Seuil

  • Pourquoi avons-nous besoin de chefs ? Pourquoi leur obéit-on ? Pourquoi les sociétés n'ont-elles pas toutes les mêmes régimes politiques ? Pourquoi se défie-t-on autant de la politique ?

    En abordant ces questions si actuelles, ce dialogue veut faire comprendre que la démocratie, qui nous apparaît aujourd'hui bien fragile et même décevante, est toujours à recommencer, à inventer, et qu'il est de notre responsabilité de la faire vivre.

  • L'Etat-providence est toujours en crise.
    Mais celle-ci a changé de nature. Au-delà des lancinants problèmes de financement et de gestion, au-delà des questions posées sur l'efficacité du système de redistribution, ce sont les principes organisateurs de la solidarité et la conception même des droits sociaux qui se trouvent remis en cause. La crise est maintenant d'ordre philosophique. Elle est liée à l'avènement d'une nouvelle question sociale.
    Il ne s'agit plus seulement, comme il y a dix ans, de relégitimer l'Etat-providence. Devant les fractures sociales des années 1980, l'intervention publique a en effet retrouvé toute sa justification. C'est à une refondation intellectuelle et morale qu'il faut aujourd'hui procéder. Pierre Rosanvallon explore, dans ce livre, les formes que pourrait prendre un Etat actif-providence lié au développement de la citoyenneté sociale.
    Il invite notamment à enrichir la notion de droit social, à reformuler la définition du juste et de l'équitable, à réinventer les formes de la solidarité. Cette recherche est indissociable d'une pratique plus active de la démocratie et d'une idée renouvelée de la nation. Ce livre propose une rediscussion d'ensemble de la question sociale. Il prolonge et renouvelle profondément les analyses désormais classiques que l'auteur avait menées dans la Crise de l'Etat-providence.

  • Le peuple est la source de tout pouvoir démocratique. Mais l'élection ne garantit pas qu'un gouvernement soit au service de l'intérêt général, ni qu'il y reste. Le verdict des urnes ne peut donc être le seul étalon de la légitimité. Les citoyens en ont de plus en plus fortement conscience. Une appréhension élargie de l'idée de volonté générale s'est ainsi imposée. Un pouvoir n'est désormais considéré comme pleinement démocratique que s'il est soumis à des épreuves de contrôle et de validation à la fois concurrentes et complémentaires de l'expression majoritaire. Il doit se plier à un triple impératif de mise à distance des positions partisanes et des intérêts particuliers (légitimité d'impartialité), de prise en compte des expressions plurielles du bien commun (légitimité de réflexivité), et de reconnaissance de toutes les singularités (légitimité de proximité). D'où le développement d'institutions comme les autorités indépendantes et les cours constitutionnelles, ainsi que l'émergence d'un art de gouvernement toujours plus attentif aux individus et aux situations particulières.Nous sommes entrés dans ce nouveau monde sans en avoir perçu la cohérence ni interrogé lucidement les problèmes et les conséquences. C'est à en dévoiler les ressorts et les implications que s'emploie ici Pierre Rosanvallon. Après avoir publié La Contre-démocratie (Seuil, 2006), il propose, dans ce deuxième volet de son enquête sur les mutations de la démocratie au XXIe siècle, une histoire et une théorie de cette révolution de la légitimité.Accédez à une critique du livre, sur nonfiction.fr.Pierre Rosanvallon est professeur au Collège de France. Il est le directeur du site laviedesidees.fr et anime par ailleurs la République des idées.

  • Depuis quelques années, les politiques nous entretiennent d'eux-mêmes, en partie pour ne plus avoir a parler de nous. De quoi ces mises en scène de l'intime, sont-elles le symptôme? La "pipolition" n'affecte pas seulement la politique, mais l'intime lui-même qui se trouve dévalué d'être ainsi donnée à voir. L'intime désigne l'ensemble des liens qui n'existent que pour autant qu'ils sont soustraits au regard social et à son jugement. Ces liens sont le support d'expériences qui, contrairement à ce que l'on dit le plus souvent, ne sont pas sans rapport avec la démocratie. La privation de l'intime est d'abord sa " privatisation ", c'est à dire sa confusion avec les propriétés du Moi. L'intime n'est pas le privé parce qu'il renvoie à des liens affectifs, amoureux, désirants où le sujet prend le risque de se perdre. On découvrira que la ^préservation de l'intime est aussi une manière de nie pas rabattre la démocratie sur un société de propriétaires. Michaël Foessel interroge les ambivalences de la modernité libérale qui invente l'intime et l'identifie presque aussitôt avec le privé. De là des questions inattendues: la démocratie doit-elle être sensible pour demeurer démocratique? L'intime peut-il figurer au range d'idéal commun? Dans quelle mesure l'amour est-il un sentiment politique ?

  • Les comportements politiques sont moins déterminés par un système doctrinal que par une " culture " à la fois moins précise et plus vaste qu'une philosophie politique.
    Quand les journalistes d'aujourd'hui parlent de " sensibilité de gauche ", de " sensibilité de droite ", de " sensibilité écologiste ", etc., ils se réfèrent précisément à un système de représentations, mêlant la mémoire, les images, les formules répétées, les mythes et les rites, qui composent au bout du compte une culture spécifique d'identification. Cet ouvrage est à la fois un essai d'élucidation d'une notion encore assez peu répandue et le répertoire des cultures politiques vivantes de la France contemporaine.

  • à l'ouest d'Allah

    Gilles Kepel

    • Seuil
    • 12 Octobre 1994

    Jusqu'à présent, l'islam, c'était loin, c'était l'autre.
    Désormais, de l'amérique à l'europe, des populations musulmanes se sont installées au gré des migrations, et ont fait souche. des banlieues de los angeles à celles de londres ou de lyon, gilles kepel a observé et écouté les militants qui opposent à un occident privé de ses repères des croyances et un mode de vie censés fournir une alternative radicale.
    Le lecteur découvrira ici comment s'organisent des communautés qui mettent en question nos sociétés impuissantes à maîtriser les exclusions et à penser à l'avenir.

    Un livre informé, lucide et nécessaire.

  • Où va l'État-providence ? Faut-il se résigner à le voir décliner ou à le regarder comme une charge pesant sur le dynamisme de l'économie ? Les formes de la solidarité collective et de la protection sociale qui ont caractérisé son développement dans les décennies d'après-guerre étaient adaptées à un certain type de société : la société industrielle qui se distinguait notamment par des besoins massifs en main d'oeuvre peu qualifiée, une population féminine tenue à l'écart du monde du travail et un chômage quasi-inexistant. Selon des modes d'organisation assez différents en Europe, ces solidarités ont permis de prémunir les individus contre les grands risques de l'existence - la maladie, la vieillesse impécunieuse, etc. Le passage à une économie de la connaissance, le vieillissement des populations occidentales, l'arrivée des femmes sur le marché du travail, l'émergence d'une concurrence internationale toujours plus aiguë..., sont autant de phénomènes qui bouleversent ces équilibres et imposent de nouveaux défis à l'ensemble des pays développés. Ce sont ces défis dont le grand sociologue danois Gösta Esping-Andersen fait ici la synthèse, avec la collaboration de Bruno Palier. Plaçant les femmes et les enfants au coeur des préoccupations de la protection sociale, il décrit les contours et les mécanismes d'un nouvel État-providence pour le XXIe siècle. Ce faisant, il redéfinit radicalement les ambitions d'une politique véritablement social-démocrate dans le cadre de la mondialisation.
    NB : La contribution de Bruno Palier consiste dans la présentation des trois conférences qui constituent la trame de l'ouvrage. Gösta Esping-Andersen est sociologue, spécialiste de l'État providence et de la protection sociale. Il enseigne actuellement à Barcelone. Il a notamment publié Les trois mondes de l'État providence qui s'est imposé comme une référence internationale en la matière.

  • C'est entendu : nous vivons dans une "société d'individus". On peut entendre ce diagnostic de plusieurs manières : d'un côté, l'individu serait un être absolument indépendant par rapport aux appartenances collectives ; de l'autre, on peut y voir le culte de soi et le développement de comportements narcissiques. Dans ces deux formes d'individualisme, l'individu ne trouve rien qui le dépasse pour lui imposer des cadres.
    Dès lors, comment inventer une politique fondée sur l'individu ? Car l'individu en société ne "tient" pas tout seul. Une politique de l'individu doit passer par le soutien : de manière générale, au niveau des politiques publiques, de manière locale, au niveau des politiques territoriales, et dans la liberté de se réaliser, c'est-à-dire d'être soi-même - ce qui suppose des politiques individualisées.
    Reconnaître la place des individus, c'est interroger les relations qui les unissent dans une même société. Si la gauche veut faire référence à la notion d'individu, elle doit au préalable s'interroger sur ces relations interindividuelles. Plus fondamentalement, la question du lien social doit devenir un objet politique, afin que les capacités et la protection de la vulnérabilité concourent à une véritable politique de l'individu.

  • Mon ambition est de penser la démocratie en reprenant le fil de son histoire.
    Mais il est tout de suite nécessaire de préciser qu'il ne s'agit pas seulement de dire que la démocratie a une histoire. Il faut considérer plus radicalement que la démocratie est une histoire. L'objet de l'histoire conceptuelle du politique est ainsi de suivre le fil des expériences et des tâtonnements, des conflits et des controverses, à travers lesquels la cité a cherché à prendre forme légitime.
    En retraçant la généalogie longue des questions politiques contemporaines, il s'agit de reconstruire la façon dont des individus et des groupes ont élaboré leur intelligence des situations, de repérer les récusations et les attractions à partir desquelles ils ont formulé leurs objectifs, de retracer la manière dont leur vision du monde a borné et organisé le champ de leurs actions. C'est pour cela une histoire qui a pour fonction de restituer des problèmes plus que de décrire des modèles.

    L'histoire ainsi conçue est le laboratoire en activité de notre présent, et non pas seulement l'éclairage de son arrière-fond. L'attention aux problèmes contemporains les plus brûlants et les plus pressants ne peut se dissocier pour cette raison d'une méticuleuse reconstruction de leur genèse. P. R.

  • À la faveur de luttes intestines, d'opportunités politiques, mu par un désir impérieux de participer au jeu politique national, Jean-Marie Le Pen s'impose peu à peu parmi les siens et mène le Front national, agrégat de groupuscules né au début des années 70, sur le devant de la scène. Dans les années 2000 il transmet à sa fille Marine un parti toujours aussi extrémiste sur le fond, mais présentable, qui a réussi à recueillir jusqu'à 17. 9% de voix à l'élection présidentielle de 2012.
    Valérie Igounet retrace l'histoire politique et idéologique du Front national. Elle s'intéresse en particulier à ses origines, à ses mouvances, au long travail de gestation, de formation de militants et de cadres. Elle décrypte le travail des idéologues du parti, ceux qui lui ont donné sa couleur, son identité et théorisé le discours frontiste. Elle s'attache particulièrement au parcours de Jean-Marie Le Pen. L'histoire du Front national, c'est celle d'un homme politique qui reste à la tête de son parti pendant près de quarante ans, d'un provocateur bruyant qui ne supporte pas ses numéros deux, ses rivaux potentiels, tous ceux qui pourraient lui faire de l'ombre, jusqu'à l'arrivée de sa fille, Marine.
    Avec patience et détermination l'historienne a réussi à pénétrer le parti jusqu'à obtenir de longs entretiens avec nombre de militants, de dirigeants anciens et nouveaux, jusqu'à Jean-Marie le Pen lui-même, qu'elle reproduit largement. Plusieurs d'entre eux lui ont confié archives et papiers personnels. Cette masse de documents inédits lui a permis d'élaborer de nouvelles thématiques (la formation interne, les guerres intestines, les jeunes, la propagande...) et d'aborder différemment l'histoire du parti d'extrême droite. Elle bâtit un livre résolument novateur et qui fera référence pour comprendre le phénomène Front national.

  • D'un côté, partout dans le monde la sécularisation s'accélère ; de l'autre, les religions manifestent une forte vitalité : telle semble la contradiction de ce temps. Ce livre éclaire, à l'échelle mondiale, ces phénomènes mêlés de sécularisation et de réveil religieux. Mais il montre aussi la puissance de " laïcisation " partout à l'oeuvre, avec la démocratie et les droits de l'homme, l'individualisme, le consumérisme... Dans bien des régions du monde, les États prennent des mesures constitutionnelles pour mettre fin au poids d'une religion officielle et permettre le pluralisme religieux ; ils donnent les mêmes droits à toutes les religions ; ils refusent les vetos religieux qui voudraient brider les libertés collectives et individuelles. Mais en même temps que cette " laïcisation ", ils s'efforcent d'entretenir de bonnes relations avec les religions, en leur accordant des avantages matériels et parfois des droits nouveaux. Au-delà des apparences, cet ouvrage de référence éclaire ces mutations religieuses et laïques en cours dans le monde entier dès lors que les libertés démocratiques sont respectées.

    Jean Baubérot a été le premier titulaire de la Chaire d'Histoire de la laïcité à l'EHESS. Ses nombreux travaux sur la laïcité font autorité en France et à l'étranger.
    Micheline Milot, professeure à l'Université du Québec à Montréal, experte auprès du Conseil de l'Europe, est auteure de plusieurs ouvrages sur la religion, l'éducation et la laïcité.

  • L'exception islamique

    Hamadi Redissi

    • Seuil
    • 2 Avril 2004

    Parmi les grandes civilisations non européennes, celle d'islam est l'une des dernières, sinon la dernière à faire exception, en résistant à la modernisation du politique, de l'économie, du religieux, des modes de vie, des rapports hommes/femmes. Il importe à cet égard de refuser les jugements globaux, définitifs, souvent idéologiques et polémiques, qui considèrent que l'islam est « par nature », substantiellement, incapable d'accéder à la modernité. Pas moins que les autres religions, cultures et civilisations l'islam n'échappe à l'histoire, et les éléments de son exception ou de ses exceptions doivent être analysées avec précision, sans a priori mais dans un esprit critique, pour tenter de dévoiler et de défaire le « noeud gordien » qui fait stagner les pays d'islam. Du parcours de Hamadi Redissi dans les exceptions islamiques ressort un paradoxe éclatant : ce n'est pas un refus frontal de la modernité qui enferme l'islam dans la tradition. Au contraire, depuis les temps médiévaux, une « raison conciliatoire », un esprit d'accommodement, des demi-mesures de toutes sortes empêchent les intellectuels musulmans, même « réformistes », d'admettre qu'il y a de l'inconciliable entre islam et modernité et d'envisager les ruptures nécessaires. Faute de payer le prix de la modernisation, les pays d'islam végètent dans des semi-modernités, où, en dernière instance, le religieux a toujours le dernier mot et fait peser sa chape sur les sociétés et les individus musulmans.
    L' « exception islamique » provient notamment de l'idée, ancienne, que l'islam peut se concilier sans peine avec les temps modernes. Cette pensée conciliatoire mène à une impasse.

  • Cet essai fait le point sur deux questions étroitement liées : l'immigration et l'intégration. La première est devenue un enjeu pour toute l'Europe. La pression migratoire qui s'exerce sur cette région du monde suscite d'ores et déjà de nombreuses interrogations. L'espace Schengen est-il une forteresse ou une passoire ? Faut-il passer par l'harmonisation des politiques nationales, par les quotas, par le co-développement ? Les difficultés de l'intégration ne sont pas plus minces, notamment en France. Que proposons-nous à celles et ceux que nous accueillons ? Les causes des difficultés actuelles résident naturellement dans le chômage persistant et la ségrégation territoriale et sociale, mais aussi dans la crise profonde qui atteint le « modèle français ». Ces difficultés ne sont d'ailleurs pas le seul fait des populations immigrées, elles concernent aussi les Français de couleur qui sont victimes de discriminations directes et demeurent absents des sphères dirigeantes. Comment expliquer ces discriminations ? Quels remèdes y apporter ? Quelles sont les solutions développées aux États-Unis, au Canada ou au Royaume -Uni ? Ne faut-il pas s'en inspirer et finalement développer une politique de droits pour les minoritésoe

  • La question de l'opinion publique - de sa puissance, de sa mesure et de son contrôle - hante le gouvernement des sociétés occidentales depuis la fin du xviiiè siècle.
    Intellectuellement, elle mène au coeur des contradictions de la pensée démocratique. tout à la fois vénérée et redoutée, écoutée et dénigrée, elle s'est imposée très tôt aux élites politiques et savantes comme une énigme à résoudre autant que comme un risque à domestiquer. cette " force impalpable comme le vent " qu'évoquait encore à la fin du siècle dernier un publiciste anglais se matérialise aujourd'hui à nos yeux sous la forme presque exclusive du sondage.

    Une telle révolution dans nos manières de penser le nombre, en statistique et en politique, n'a paradoxalement jamais fait l'objet d'une véritable histoire. a l'heure où chaque élection importante semble devoir tourner au procès des sondages, ce livre voudrait revenir sur les origines de ce phénomène et comprendre comment cette improbable statistique de l'opinion a fini par s'imposer comme une composante majeure de notre univers démocratique.
    En exhumant les débats passionnés qui ont jalonné la naissance des enquêtes d'opinion, en revenant sur les pas de ses pères fondateurs, en reconstituant avec précision le récit de l'avènement de cet instrument, en s'interrogeant sur la spécificité du rapport que la france entretient avec les sondages, l'auteur veut inviter à réfléchir aux implications politiques de cette invention.

  • La démocratie

    Dominique Rousseau

    Partout, le mot démocratie résonne ; nulle part il n'est entendu. Sur les places de Tahrir, de Taksim, du Maïdan, de la Kasbah, de la Puerta del Sol, il est la référence commune. Et en Europe, en Inde, en Amérique latine, au Proche-Orient pourtant en guerre, il est l'objet de colloques, de livres, de tables rondes sur sa force mobilisatrice et son absence pratique.
    Ce décalage tient à la force de l'idée démocratique. Elle peut n'être « réalisée » dans aucun pays, les inégalités sociales et culturelles peuvent progresser dans les sociétés qui se réclament de la démocratie, les libertés peuvent reculer devant l'impératif sécuritaire et le suffrage universel devant les marchés, l'idée démocratique garde néanmoins ce pouvoir extraordinaire de faire déborder la vie des lieux et cadres où « on » voulait la maintenir. Même si elle ne s'incarne dans aucun système, c'est toujours en son nom que des hommes et des femmes s'insurgent contre l'ordre « naturel » des choses. La démocratie est une idée-force.
    S'il est possible d'admettre la difficulté à définir la démocratie, il est facile d'identifier un espace d'où cette idée serait absente. Ce qui manque dans cet espace-là, toujours, c'est la pratique des droits fondamentaux ; tout le reste est présent : le Parlement, le président, le gouvernement, l'administration, et même les élections au suffrage universel direct et les déclarations de droits. Ce qui manque, c'est l'expérience de la liberté, la pratique des droits qui fait de l'individu un citoyen. La démocratie est, écrit John Dewey, « une expérience vécue par le peuple », elle est l'exercice par les citoyens de leurs droits dont celui, énoncé à l'article 6 de la Déclaration des droits de l'Homme, de concourir personnellement à la formation de la loi.

  • L'Islam nous accuse. On mesure, dans ses griefs, le poids des troubles du dernier demi-siècle, décolonisation, conflit palestinien, question du Cachemire, mobilisation contre le communisme. Mais y a-t-il des causes plus lointaines, des blessures plus profondes ? Le discours islamiste le dit, invoque le Prophète et la génération fondatrice, énumère la litanie des offenses subies quatorze siècles durant, invite les peuples musulmans à n'en rien oublier, y trouve les raisons compulsives de ses combats.
    Il ne s'agit pas de balayer ce discours identitaire, mais de constater qu'il est tenu par de jeunes générations musulmanes plus au fait de l'Occident honni que des traditions de l'Islam. On met donc en lumière dans un premier temps certains des mécanismes fondamentaux de l'État islamique ancien et de ses rapports avec la foi - mécanismes irréparablement brisés par la modernité. On insiste ensuite sur l'ampleur de l'esprit de ' réforme ', d'adaptation à la modernité depuis le XIXe siècle, et sur son échec aussi surprenant que relatif. Dans une conclusion à deux voix, les auteurs tombent enfin d'accord sur le modernisme des mouvements islamistes, et sur l'héritage tiers-mondiste qu'ils pervertissent.

  • Aimer l'Europe mais honnir Bruxelles. Rêver d'une ' Europe puissante ' en la bridant. Invoquer l'amitié avec l'Allemagne avec l'Allemagne tout en la redoutant. À force de contradictions et d'incohérence, de supériorité affichée et de complexes inavoués, la France s'est détournée de l'Europe qu'avaient voulue les pères fondateurs. Au pays de Jean Monnet et de Robert Schuman, rares sont les hommes politiques français qui pensent et agissent en Européens. Plus personne ne se sent responsable de l'intérêt commun. Depuis les débuts de l'aventure communautaire, les Français ont parfois été des meneurs engagés et de formidables ' inspirateurs ' capables d'inventer une méthode révolutionnaire de coopération entre peuples. À plusieurs reprises, ils se sont aussi révélés être des lâcheurs, intéressés, arrogants, violant les principes que le génie propre des meilleurs d'entre eux a légués à l'Europe. Le coq gaulois a gaspillé la perle.
    Pourtant, rien dans ce constat ne doit nous désespérer : l'Union européenne telle qu'elle se fait n'est pas l'Europe ; c'est au mieux un ersatz. Les difficultés actuelles sont passagères et réversibles : que l'on se remette enfin à faire l'Europe sérieusement, dans l'esprit communautaire, et l'élan reviendra.

  • Le niveau de vie moyen de l'humanité a davantage augmenté entre 1990 et 2000 qu'entre l'an I de notre ère et 1820. Plusieurs milliards d'individus sont ainsi sortis de la misère ou sont sur le point de s'en extraire. Une nouvelle loi de Malthus semble cependant s'imposer : compte tenu de la fragilité des équilibres environnementaux, nous serions désormais trop nombreux à être trop riches et bien portants. Après 200 000 ans de lutte contre les forces de la nature, l'homme aurait acquis sur elle un tragique ascendant et devrait renoncer au développement économique : devant la malédiction de la prospérité, des voix nombreuses appellent à l'interruption de la croissance et à la suspension du progrès. Nous croyons au contraire qu'il est possible de poursuivre sur le chemin du développement humain sans sacrifier les écosystèmes terrestres à condition d'élever notre niveau d'exigence démocratique. L'égalité écologique est la clé du développement durable.

  • Ce livre décrit d'abord avec précision un paradoxe politique. En pleine crise du capitalisme, l'opinion publique est assez largement en phase avec l'anticapitalisme et les programmes de la gauche radicale (Front de gauche en France, Die Linke en Allemagne, etc.). Pourtant, partout en Europe, dans les urnes, cette crise profite à l'extrême droite, à des mouvements nationalistes qui n'ont rien de mouvements anticapitalistes, bien davantage qu'à la gauche anticapitaliste.
    L'ouvrage expose ensuite une explication convaincante de cette énigme. Depuis vingt ans, la gauche radicale est paralysée par trois tabous. Elle prône une démocratie plus forte qui restaure une réelle souveraineté populaire, mais elle n'ose plus assumer la défense de la « nation ». Elle veut une autre Europe plus sociale, mais refuse tout coup de force politique contre l'Europe actuelle, toute désobéissance aux traités européens. Enfin, elle est anticapitaliste mais, au nom de son internationalisme, elle n'ose pas envisager le protectionnisme contre une compétition mondiale sauvage. Nation, Europe et protectionnisme. Tels sont les trois sujets tabous que la gauche radicale abandonne à l'extrême droite et qui font le succès électoral de cette dernière.

  • Depuis 1951 existe en Chine un organisme spécial intitulé « Administration des Lettres et visites ». Créé par Mao Zedong, il était destiné à  recevoir les plaintes, protestations et doléances des particuliers, notamment à  l'encontre des cadres du Parti communiste. Bien entendu, cette administration fut le plus souvent instrumentalisée idéologiquement. Aujourd'hui, elle est devenue une grosse « machine », avec des ramifications dans tout le pays, qui fonctionne imperturbablement.
    Cette immense collection de doléances " tant par voie écrite (les lettres) qu'orale (les visites) " qui racontent « en creux » l'histoire de la Chine moderne, n'avait jamais été examinée, y compris par les sinologues confirmés. Les auteurs ont pu avoir accès à  plusieurs centaines de ces lettres et enquêter sur la pratique (très réglementée) des visites, jusqu'alors inconnues du dehors. A partir de ce corpus, ils ont reconstitué l'histoire de la protestation en Chine. Le résultat de leur travail est totalement neuf, inédit, et permet de dresser un tableau panoramique des réalités politiques chinoises contemporaines jamais établi auparavant. Il montre aussi qu'un espace de parole a été ouvert au peuple par cette Administration des Lettres et visites " qui n'est pas prêt de se refermer.

  • Génération Occident retrace l'histoire méconnue et parfois secrète de jeunes gens passés de l'extrême droite à la droite d'aujourd'hui ; leur engagement était sérieux, certains ont tenu des rôles de premier plan (trésorier, chef du service d'ordre, publiciste, « théoricien »...) : Alain Madelin, Hervé Novelli, Claude Goasgen, Gérard Longuet, Xavier de Bongain (Raufer), Patrick Devedjian, Alain Robert, Gérard Écorcheville, Anne Méaux, Roland Jacquard, Patrick Mahé, William Abitbol, Guy Tessier, Frédéric de Saint-Sernin... sont désormais des figures de la droite.
    Frédéric Charpier raconte la genèse des mouvements dans les années 60 (collaboration, OAS) et leur fonctionnement « en bandes ». Puis, très vite, viennent les bagarres avec l'extrême gauche et les règlements de comptes internes. Ainsi l'affaire de Rouen : les parisiens d'Occident vont tabasser dans les règles un groupe de gauchistes à la faculté de Rouen : un blessé grave, arrestations et procès ; de même, l'affaire Duprat : co-fondateur d'Occident, fondateur du Front National, agent de la DST et des RG, François Duprat est assassiné en 1978. Si l'enquête n'a jamais abouti, plus personne ne doute aujourd'hui qu'il a été victime de son propre camp.
    L'auteur décrit ensuite le reclassement progressif et méthodique dans la droite classique ; de 1968 à 1986, des « filières » ont veillé à l'avenir politique des anciens d'Occident, d'Ordre nouveau et du Parti des forces nouvelle (PFN). Les principales avaient pour noms Albertini, Pasqua et Foccart.
    Beaucoup d'autres militants ne sont pas inféodés à un parti politique mais ont opté, après les bandes, pour le compagnonnage - réseaux et vieilles amitiés.

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