Karthala

  • Le bèlè, le danmyé et la kalennda sont des danses et des musiques héritées de l'Afrique noire, de l'influence européenne et des contraintes du système esclavagiste qui font l'objet d'une attention renouvelée en Martinique. Associations et militants y entreprennent de faire passer ces pratiques du statut de « folklores » méprisés à celui d'instruments de reconnaissance politique, sociale et culturelle. Depuis plus d'un demi-siècle, les habitants de « Bô Kannal », l'un des quartiers les plus défavorisés de Fort-de-France, ont ouvert cette voie en faisant du carnaval un instrument de visibilisation, de promotion et de réinvention culturelles. Mais comment comprendre qu'un groupe apparemment démuni et constitué d'individus au statut précaire soit parvenu à développer une mobilisation culturelle longue et intense, à l'écart des institutions ? Pour explorer les ressorts de cette énigme, ce livre s'appuie sur une étude serrée des acteurs et des pratiques de l'association Tanbo Bô Kannal (TBK). De 2011 à 2018, Lionel Arnaud a observé de l'intérieur les moyens concrets mobilisés par les membres de TBK pour résister à l'emprise culturelle de la société dominante. En plongeant le lecteur dans l'histoire, l'espace de vie et les modalités d'organisation de ces militants par la culture, il montre comment les obstacles à l'agir culturel peuvent se muer en véritables incitations au changement social.

  • Investir dans le développement, ce métier se décline différemment selon les institutions et selon les pays où elles exercent. Si le financement du développement semble relever d'une politique codifiée, proche de la diplomatie et des relations officielles, il est pourtant tissé d'échanges entre personnes, où les émotions et les symboles participent d'une démarche commune de coopération. L'histoire de l'AFD en Guinée examine l'aide au développement sur une de ses frontières de la guerre froide, et révèle les mutations et les complexités d'une politique publique encore insuffisamment connue, en articulant les évolutions stratégiques globales, leur déclinaison au niveau de la relation avec un pays privilégié, la Guinée, et le sens qu'elles revêtent pour les expatriés. Ce livre présente pour la première fois cette histoire, en prenant appui sur des sources et des témoignages inédits.


  • 26 juillet 2007, dakar : s'adressant à un public de notables et d'universitaires africains, le président français nicolas sarkozy évoque la rencontre de la culture africaine avec la modernité et développe le vieux discours du " continent sans histoire ".
    le discours de dakar a provoqué une onde de choc en afrique, en europe et particulièrement dans la communauté des historiens. après le temps de l'indignation vient celui de la réflexion. cinq universitaires africains et français ont décidé de réagir pour s'opposer à un véritable déni d'histoire. chacun des auteurs a choisi son angle d'attaque ; la place de l'afrique dans l'histoire universelle, la persistance de l'imaginaire colonial, les pesanteurs de la tradition raciste à l'égard des noirs, l'absence remarquable de l'afrique dans le contenu de l'enseignement en france et la richesse du débat historiographique en afrique.
    au-delà des réactions à chaud, le discours de dakar méritait des réponses documentées. le premier livre de la collection disputatio réunit les meilleurs historiens français et africains et apporte un regard croisé sur le discours de dakar.

  • Les études postcoloniales se sont imposées comme un courant important des études culturelles et de la recherche en sciences sociales de langue anglaise.
    Il est de plus en plus reproché à l'Université française de les ignorer, alors que des militants et des historiens engagés interprètent la crise des banlieues dans les termes d'une " fracture coloniale " plutôt que sociale. Ce mauvais procès n'est pas fondé. Il occulte toute une tradition d'écrits et de travaux qui ont perpétué en France une pensée critique sur la colonisation. Il tient pour acquise la contribution scientifique des études postcoloniales, qui certes ont pu être utiles, dans leur diversité, mais qui sont largement superflues au regard des apports d'autres approches.
    Surtout, les études postcoloniales restent prisonnières du culturalisme et du récit national dont elles prétendaient émanciper les sciences sociales. Et elles s'interdisent de comprendre l'historicité des sociétés, celle du moment colonial, celle enfin de l'éventuelle transmission d'un legs colonial dans les métropoles ou dans les pays anciennement colonisés. Leur reconsidération fournit l'opportunité, d'ouvrir de nouvelles pistes de réflexion pour l'analyse de l'Etat, au croisement de la science politique, de l'histoire, de l'anthropologie et de l'économie politique.

  • Les problématiques de santé en Afrique connaissent un tournant majeur depuis les années 2000. La Global health et son objectif d'inscrire les chocs épidémiologiques dans les agendas internationaux s'illustrent par l'intervention inédite d'une constellation d'acteurs sur les terrains de la santé. Ces nouveaux faisceaux de partenariats public-privé, de réseaux transnationaux, de programmes internationaux, sur lesquels se redéploient de manière inégale des trajectoires de politiques nationales, renouvellent la pensée politique de la santé en Afrique. Ce dossier soumet à l'épreuve des faits cette reconfiguration des politiques de santé, dissèque les déterminants des progrès et des inégalités, ainsi que les apories qui fondent les rapports entre l'économie de marché et les impératifs de santé publique. Les textes de ce dossier montrent, sur des politiques spécifiques, des césures et des continuums dans la manière de penser la santé tout en mettant en lumière des angles morts de la Global Health.

  • Dans le sillage de la fuite du Palais de Carthage, de nombreuses analyses ont été produites sur le rôle des médias dans le processus qui a conduit à ce changement politique majeur de l'histoire contemporaine de la Tunisie. Les travaux portant sur les réseaux socionumériques, et principalement Facebook, sont, de loin, les plus nombreux. Certains d'entre eux reposent sur des protocoles de recherche solides, d'autres se cantonnent à l'émerveillement d'une soi-disant « révolution Facebook » cristallisé en vulgate explicative de cette séquence historique. En tout état de cause, cette insistance sur ces nouveaux outils médiatiques a eu pour conséquence de passer sous silence ou de minorer les recompositions qui ont été à l'oeuvre dans toute l'écologie des médias tunisiens depuis 2011. Or, les médias dits traditionnels ont été le théâtre de reconfigurations significatives qui se sont notamment traduites par une augmentation du nombre de titres de presse et d'opérateurs audiovisuels, mais aussi d'expérimentations diverses et variées de ce à quoi sert ou devrait servir le journalisme.
    Cet ouvrage tente de remédier à cet état de fait dans la production académique sur ce moment charnière de l'histoire de la Tunisie. Il réunit huit contributions originales réparties en deux grands axes. Le premier vise à mettre en perspective historique et épistémologique la question des médias et de leurs rôles dans les changements politiques. Le second compile des études de cas sur différents secteurs des médias tunisiens. Ainsi, sont réunies des contributions traitant tout à la fois du secteur audiovisuel et de sa régulation, de la presse écrite, de l'information d'agence, mais également des pure-players de l'information numérique et de la presse satirique en ligne. Adossée aux considérations épistémologiques et théoriques de la première partie, la lecture croisée de ces études de cas donne une intelligibilité nouvelle aux réagencements entre médias et politique lors d'une séquence de changement politique, à rebours des études d'inspirations transitologiques.

    Ont contribué à cet ouvrage :
    Renaud de la Brosse, Mohammed Ali Elhaou, Enrique Klaus, Olivier Koch, Geoffroy Lauvau, Tristan Mattelart, Racha Mezrioui, Katrin Voltmer, Fredj Zamit

  • La constitution brésilienne de 1988 prévoit que soient reconnues et légalisées les terres des populations noires paysannes dont les ancêtres étaient des esclaves fugitifs et vivaient en communautés (communautés marrons, en brésilien quilombos).
    Votée dans le contexte du premier centenaire de l'abolition de l'esclavage et sous la pression des mouvements militants noirs, cette disposition était surtout un gage symbolique de réconciliation nationale. Dépourvue de tout cadre réglementaire, elle ne semblait d'ailleurs pas applicable. Les quilombos n'étaient voués qu'à être d'improbables lieux de mémoire. Au début des années 1990, pourtant, des " communautés noires " affirment être les héritières des anciens quilombos et, invoquant la constitution, exigent les titres de propriété des terres qu'elles occupent.
    A l'interface entre " question agraire " et " question raciale ", entre mémoire et ethnicité, au carrefour du terrain ethnographique et de l'analyse sociologique, cet ouvrage propose de suivre l'aventure au cours de laquelle l'une de ces communautés, Rio das Rãs (littéralement " Rivière des Grenouilles ") de l'État de Bahia, fut amenée à puiser dans son passé les ressources pour garantir sa survie dans le Brésil contemporain.

  • Le Territoire de Quintana Roo, au sud-est du Mexique, à la frontière avec le Belize, naît en 1902. Le premier défi des autorités locales et nationales est de mettre en oeuvre des mesures pour attirer de nouveaux habitants. Et pour les définir. Dans cette région périphérique, le peuplement constitue un enjeu stratégique d'affirmation de la souveraineté et de l'identité nationales, amenant à imposer les caractéristiques raciales et nationales de la population.

    Cet ouvrage propose une sociologie historique portant à la fois sur la racialisation des politiques migratoires, l'instauration de mesures d'intégration et de développement de la région (expéditions scientifiques, accès aux terres, type d'exploitation foncière) et les négociations entre administrations du centre (Mexico) et de la périphérie (Payo Obispo - Chetumal). En s'intéressant à l'émergence d'une nouvelle entité politico-administrative à la marge de la nation et en inscrivant le Mexique au sein des sociétés post-esclavagistes marquées par les migrations de travailleurs afrodescendants, il s'agit ainsi d'introduire une altérité autre qu'indienne dans les réflexions sur la nation, le métissage et la race, à partir du cas de l'étranger noir.

    Cette recherche revient sur les logiques d'inclusion et d'exclusion propre aux politiques de métissage dans le Mexique postrévolutionnaire, en proposant un double décalage : étudier la place des populations noires plus que celle des indiens; se centrer sur l'immigration plus que sur l'autochtonie.

  • Organisation terroriste pour les uns, mouvement de libération nationale pour les autres, le Hamas refuse, dès sa création en 1989, de reconnaître l'OLP comme seul représentant du peuple palestinien. La tension entre les deux mouvements monte d'un cran en 1993 suite à la signature des accords d'Oslo par l'OLP et Israël. Le Hamas s'y oppose violemment, accusant l'organisation palestinienne, et en particulier le Fatah de Yasser Arafat, de traîtrise. En 2004-2005, le Hamas opère un changement de stratégie en faisant le choix de participer pleinement à la vie politique palestinienne.
    Dans cet ouvrage, Olivier Danino étudie l'identité du Hamas, son idéologie et ses objectifs. il analyse les raisons de son ascension, les causes de son opposition au Fatah et la manière dont il exerce le pouvoir à Gaza. Il s'interroge enfin sur les différents scénarios de sortie de crise et sur les conséquences de la situation actuelle sur le processus d'édification de l'Etat palestinien.

  • En revenant sur trois décennies d'autoritarisme, les articles de ce dossier tentent de saisir au plus près des acteurs les négociations qui s'opèrent avec le pouvoir autoritaire et les manières dont ces pratiques participent à la formation de l'État soudanais, ici depuis le déploiement du régime dit « islamiste » en 1989 jusqu'à sa chute en avril 2019. Les contributions donnent à voir des acteurs qui s'adaptent et négocient afin de maintenir leur influence ou de renégocier leur capacité d'action. Les fondements économiques, politiques et idéologiques du régime, loin d'être linéaires sur ces trois décennies, sont également discutés pour comprendre les redéfinitions des pratiques concrètes du pouvoir ou, au contraire, leurs permanences. Parmi ces permanences, on notera une domination de long terme fondée sur une pratique exclusive, discriminante et violente d'un pouvoir de plus en plus contesté et affaibli. La dernière décennie, débutée avec l'indépendance du Soudan du Sud en 2011, signe en effet une déliquescence progressive des bases économiques, sociales, et politiques qui mènera à la révolution de décembre 2018, présentée par les révolutionnaires comme « anti-islamiste », et à la chute du président le 11 avril 2019.

  • Depuis l'invasion de l'Irak, l'actualité proche-orientale a propulsé sur la scène médiatique un chiisme dont la " montée ", signalée comme une donnée géopolitique majeure au Moyen-Orient, est parfois appréhendée comme un nouveau " péril ", en Occident et par certains régimes arabes.
    C'est ce contexte qui a popularisé l'expression de " croissant chiite " pour désigner et souvent stigmatiser, de l'Afghanistan au Liban, une série de zones chiites, articulées autour de l'Iran et susceptibles de former un bloc servant les intérêts de la République islamique d'Iran. A l'encontre de ce " croissant chiite ", ce livre présente les " mondes chiites ", au pluriel, dans toute leur complexité.
    De l'Afrique à la Chine, sans compter les diasporas, on trouve des groupes chiites duodécimains souvent minoritaires, parfois majoritaires. Par sa position géographique et son rôle dans l'histoire, l'Iran est au centre de ces mondes chiites, mais que signifie et que recouvre vraiment cette centralité ?. Ce livre réunit des spécialistes des aires géographiques concernées. Il offre un parcours au coeur de ces contextes multiples, où être chiite ne correspond jamais exactement à une même réalité sociale et culturelle, malgré des références communes, doctrinales et politiques.
    L'exportation de la révolution, qui fut longtemps le paradigme de l'influence iranienne sur les mondes chiites, a fait son temps, même si dans certains cas, tel celui du Hezbollah libanais, son héritage est évident. Quel rôle joue réellement l'Iran dans les chiismes en construction, à Istanbul, Bakou, Boukhara et Tachkent, ou encore chez les chiites de Dakar ?. Le " modèle iranien " n'est plus seulement, et, parfois plus du tout, celui d'un islam politique révolutionnaire.
    Du clerc rebelle Muqtadâ al-Sadr en Irak aux écoles religieuses où étudient de jeunes Pakistanaises, l'influence iranienne se décline sous de multiples formes. Pour les mondes chiites, l'Iran reste un formidable laboratoire d'idées

  • Comment penser la modernité des sociétés africaines contemporaines, et en particulier celle des régions rurales ? A première vue, les villages retirés des Kabre (Kabyiè) du Nord-Togo partagent tous les signes extérieurs d'une culture africaine " isolée " - agriculture de subsistance, cases au toit de paille, échange de dons, rites des ancêtres et forte présence du monde des esprits.
    Dans Isolément global, Charles Piot suggère pourtant que cette culture locale se révèle profondément globalisée, modelée par l'histoire coloniale et postcoloniale qui a placé les Kabre au coeur de l'Etat togolais. Par une analyse subtile des pratiques quotidiennes et cérémonielles d'une localité reculée, Piot montre que les caractéristiques supposées de la " tradition kabre " sont en réalité des produits et des expressions de la modernité.
    II restitue ainsi à la subjectivité des Kabre toute son historicité. Ce faisant, il offre un nouveau regard sur la société togolaise dans son rapport à l'ethnicité et sur le fonctionnement d'un Etat qui, avec le général Eyadéma, s'est donné à voir dans toute sa violence et ses rituels comme un État kabre. S'opposant aux théorisations et aux images stéréotypées du village africain colportées par l'orientalisme, l'africanisme et le développementalisme des bailleurs de fonds, Isolément global présente une approche alternative des rapports que les populations subalternes entretiennent avec la globalisation culturelle.
    Par-delà sa dimension monographique, ce livre nourrit une réflexion épistémologique sur les évolutions de l'anthropologie occidentale et ses penchants européocentriques.

  • Au tournant des années 1960, le monde connaît de grands changements dont le moindre n'est pas celui de la décolonisation. Après l'Asie, les peuples d'Afrique accèdent à l'indépendance. Plus largement, les femmes et les hommes aspirent à prendre davantage en main leur destin. Les sociétés antillaises sont particulièrement parties prenantes de ce mouvement. À côté d'une prise de parole plus libre, se fait sentir le besoin de débats, d'informations et de formation. C'est dans ce contexte, qu'à l'initiative de personnalités martiniquaises (enseignants, médecins, travailleurs sociaux et médico-sociaux) est créé le Centre d'études, de documentation, d'information familiale et de formation, bien connu sous le nom de CEDIF.

    Face à des questions nouvelles comme celle de la limitation des naissances, les couples et les familles ont besoin de formation. L'article 2 des statuts du CEDIF décrit l'un de ses objectifs comme celui « d'aider les familles de la Martinique à résoudre les problèmes psychologiques et sociaux susceptibles de nuire soit à l'harmonie du foyer, soit à l'éducation des enfants ».

    À partir de 1965, le CEDIF travaillera dans trois directions : la formation à la connaissance de soi et à la relation aux autres ; la conscientisation et la responsabilisation qui entraînent une nouvelle conception de la relation d'aide ; les questions autour de l'éducation à la vie et à la sexualité ; les techniques de dynamique de groupe et de conduite de réunions. Il interviendra au sein d'institutions, comme l'Éducation nationale, les associations sociales et médicales, et même l'Église catholique. De nombreuses personnes formées par le CEDIF poursuivent aujourd'hui les mêmes objectifs, en dépit de la disparition de l'association CEDIF en 2000.

    À travers les documents qui relatent les activités du CEDIF, le lecteur pourra retrouver, avec cet ouvrage, l'esprit et la méthode d'un organisme qui a marqué la Martinique et la Guadeloupe et dont les lignes de force sont toujours d'actualité.

  • Dès le tout début des années 1980, les auteurs posaient le problème du politique par le bas en Afrique.
    Ils soulignaient le rôle des " petits ", des " sans importance ", des " en bas du bas " dans l'invention de formes originales de l'Etat, alors même que prévalaient au sud du Sahara des situations autoritaires. Mais ils s'interdisaient aussi de postuler l'existence d'une " culture populaire ", en reprenant à leur compte les critiques formulées à l'encontre de cette notion. Ils proposaient pour leur part une problématique de l'énonciation du politique, seule à même de restituer l'historicité du politique dans sa complexité et son ambivalence.
    Leurs analyses ont marqué le renouvellement des études africaines et ont reçu une large audience bien au-delà de ces dernières. Réunies en 1992 dans un volume qui fit date mais qui était épuisé depuis plusieurs années, elles sont aujourd'hui reprises, alors que de nombreux travaux redécouvrent la portée de l'approche du " politique par le bas " et la mettent en perspective avec les subaltern studies indiennes, l'Alltagsgeschichte allemande, la microstoria italienne ou l'historiographie marxiste anglaise.
    Dans cette nouvelle édition augmentée, une préface inédite montre en quoi elle demeure utile pour comprendre le monde contemporain en dehors des facilités de pensée. A condition de voir qu'elle n'a jamais prétendu être une " école ", mais un simple état d'esprit, une forme d'hétérodoxie par rapport aux courants établis des sciences sociales, une expression de cynisme heuristique vis-à-vis des croyances et des convenances académiques ou politiques.

  • À partir d'une enquête ethnographique effectuée dans le monde tribal du sud de la Jordanie, ce livre traite des enjeux de l'hospitalité chez les chrétiens de la région de Karak.
    Il décrit comment s'y déploient les micro- pratiques de pouvoir, de prestige et d'autorité qui contournent les stratégies de la monarchie hachémite ou qui les confortent. De l'offre d'une tasse de café entre proches aux cérémonieux tribaux, de l'accueil de l'ethnologue à celui du roi, l'ouvrage décrypte la manière dont se négocient et sont mis à l'épreuve des statuts et des rapports de force, dont sont mobilisés des savoir-faire, déployant des canevas alternatifs à la pratique politique institutionnalisée.
    À l'encontre de la vision d'un Proche-Orient éclaté entre minorités religieuses et soumis à une violence latente, Christine Jungen analyse comment sont mobilisées les solidarités entre parents et " presque frères ", entre alliés et tribus, entre la sphère locale et le roi. En s'attachant aux paroles et gestes ordinaires, elle montre comment se font et se défont les hiérarchies, comment se reconfigurent les réseaux d'actions, et la manière dont se laissent lire le jeu des fictions et des faux-semblants, les recalibrages et les ajustements qui nourrissent les façons de penser le pouvoir, de le pratiquer et d'y résister.

  • A la fin du XIXe siècle, sauf à l'intérieur de quelques garnisons et forts de traite européens de la côte, les prisons étaient inconnues en Afrique.
    Aujourd'hui, les Etats africains utilisent massivement le système pénitentiaire légué par les colonisateurs. Comme le rappellent chaque jour les prisons surpeuplées du Rwanda, la nuit carcérale étend désormais son ombre sur l'ensemble des sociétés au sud du Sahara. Dès les premières années de la conquête coloniale, la prison joua un rôle central dans le contrôle de la population. Des bâtiments temporaires aidèrent à contraindre et à soumettre les Africains au travail forcé et à l'impôt obligatoire, remplacés bientôt par un maillage serré de prisons permanentes, partie intégrante du décor colonial et de ses techniques répressives.
    Aujourd'hui, ce réseau architectural n'a été ni détruit ni remplacé, et fournit la majeure partie des bâtisses utilisées par le régime pénal des Etats contemporains. Mais la prison fait partie d'un ensemble plus vaste. Les gouvernements coloniaux dotèrent leurs territoires d'institutions destinées à connaître, comprendre et surtout quadriller les espaces et les hommes qui persistaient à leur échapper.
    Ces outils intellectuels et matériels - cartes ethniques, routes, villages regroupés, asiles, camps de travail - enfermèrent peu à peu l'Afrique dans une nouvelle forme d'espace politique, dont les paysages actuels sont les héritiers directs. Ce basculement séculaire d'une Afrique ouverte à une Afrique fermée contient de précieuses leçons sur l'efficacité des modèles de gouvernement occidentaux à envahir d'autres aires culturelles, sur la capacité des hommes ordinaires à refuser ou à manipuler les systèmes imposés de l'extérieur, ainsi que sur le destin de l'autorité en Afrique, et de ses Etats.
    Cet ouvrage présente pour la première fois l'histoire sociale, culturelle et politique des arsenaux répressifs apparus en Afrique, depuis la capture des esclaves au XIXe siècle jusqu'aux prisons du génocide rwandais, en passant par les asiles d'aliénés coloniaux, les camps de réfugiés, et les réponses des prisonniers à leurs bourreaux.

  • La nuit est froide, ce dix-sept janvier 1961, au Katanga.
    La riche province du cuivre, peu aptes l'indépendance du Congo, a fait sécession avec l'aide de la Belgique. Dans la savane boisée, un endroit ouvert est illuminé par les phares des voitures de police. Un commissaire de police belge prend Lumumba par le bras et le mène jusque devant le grand arbre. L'ex-Premier ministre congolais marche avec difficulté : pendant des heures il a été gravement maltraité. Un peloton d'exécution, fort de quatre hommes armés de stenguns-Vigneron et de fusils-FAL, se tient en attente, alors qu'une vingtaine de soldats, de policiers, d'officiers belges et de ministres katangais regardent en silence.
    Un capitaine belge donne l'ordre de tirer et une salve énorme fauche Lumumba.
    Ce livre révèle qui a assassiné Patrice Lumumba, les raisons de ce meurtre et comment il a été perpétré. L'histoire de cet assassinat annoncé est écrite par le gouvernement belge de Gaston Eyskens et exécutée par des officiers et diplomates belges, avec l'aide de leurs complices congolais. Bruxelles, tout comme Washington et les dirigeants des Nations unies, étaient d'avis que la liquidation de Lumumba était indispensable pour sauvegarder les intérêts des trusts qui exploitaient la colonie comme leur pays conquis.
    Cinq ans et des dizaines de milliers de morts plus tard, la quête occidentale d'un régime néocolonial stable est parachevée par le second coup d'État de Mobutu.

  • Ce livre se distingue nettement de ceux déjà publiés sur le Sénégal en raison de l'étendue de sa période d'observation et de la complexité des sujets qui y sont abordés, mais aussi de l'originalité des perspectives analytiques proposées.
    Dans un style serein, les auteurs tentent de résumer le processus de construction de l'Etat à partir de l'examen des procédures mises en oeuvre, depuis la période coloniale, pour arrimer l'administration aux populations. C'est ainsi qu'ils ont mis en évidence la nature de l'héritage des élites ayant conduit le Sénégal à l'indépendance, éclairé les relations entre l'Etat et différents acteurs et évalué la pertinence et l'impact des réformes mises en oeuvre depuis la fin des années 1970.
    Les contributions rassemblées dans ce volume mettent un accent particulier sur les rapports entre les chefs religieux et les hommes politiques, et sur la logique de base du fameux " contrat social " sénégalais dont le contenu implicite, dans sa première version, date de l'époque coloniale. Elles expliquent aussi comment le système politique mis en place par Senghor s'est progressivement érodé jusqu'à déboucher, en mars 2000, sur la défaite d'Abdou Diouf face à une coalition, le Front pour l'alternance (FAL), conduite par Abdoulaye Wade.
    Cet ouvrage permet de lire les projets des forces qui, sur le temps long, tentent de (re) construire à leur profit l'espace politique et économique national. C'est pourquoi il constitue un outil précieux pour tous ceux qui s'intéressent au devenir du Sénégal.

  • Ancien directeur du CERI, spécialiste internationalement reconnu de l'Espagne et de l'Amérique latine, Guy Hermet est aussi l'un des fondateurs de l'école française du comparatisme.
    Ses travaux sur les situations autoritaires et les colloques qu'ils ont inspirés ont marqué la science politique et ont eu un vrai retentissement à l'étranger. Il s'est ensuite consacré à l'analyse critique de la formation de la démocratie, à la faveur de la "troisième vague" d'expansion de celle-ci dans l'ensemble du monde. Ce qui l'a naturellement conduit à se pencher sur le phénomène du populisme.

    Volontiers ironique à l'encontre des "amis excessifs de la démocratie", Guy Hermet a développé une pensée du paradoxe, libre, souvent dérangeante, mais toujours érudite. Celle-ci a inspiré une génération de chercheurs qui lui rend aujourd'hui hommage.

  • Bien que l'Allemagne proclame haut et fort sa politique de développement et son désir de favoriser la mobilité des individus dans le cadre d'études, de stages ou de formation et que, depuis 2000, les discussions sont vives au sein du gouvernement pour transformer la politique vis-àvis des étrangers, il s'agit en réalité d'une politique qui, en terme de migration, donne la priorité aux accords bilatéraux ou s'élabore uniquement pour satisfaire les besoins de l'économie allemande.
    C'est sur cette toile de fond que l'auteur retrace la migration sénégalaise au XXe siècle et son arrivée relativement récente en Allemagne, en se penchant plus particulièrement sur le groupe des commerçants, des hommes d'affaires et des opérateurs économiques. L'objet de la publication sont les Sénégalais en Allemagne entre l'organisation qu'ils déploient pour y vivre, y travailler et y légaliser leur présence, et simultanément leur objectif de retour, ce désir qui les tenaille et se transforme avec le temps en un " mythe du retour ".
    L'ouvrage présente, d'une part, ce grand écart constant entre le quotidien en Allemagne, leur présence virtuelle et leur engagement au Sénégal et, d'autre part, les stratégies mises en place pour réaliser ce retour. Il énumère les difficultés qui surgissent pour quitter l'Allemagne et les handicaps socio-culturels et politico-économiques que les émigrés rencontrent dans leurs projets d'investissement au Sénégal, malgré les tentatives de l'Etat pour une politique de rémigration et de rapatriement des capitaux.
    Les plus chanceux, ceux qui auront " réussi leur migration ", arriveront à mettre en place un va-et-vient économique et à vivre dans un monde d'entre-deux entre l'Allemagne et le Sénégal.

  • Ce livre est le résultat de la Conférence organisée au Caire les 29, 30 et 31 mars 2000 par le programme MOST (gestion des transformations sociales) de l'Unesco, l'Institut de recherche sur le développement (IRD), le Centre d'études et de documentation économiques et juridiques (CEDEJ) et le Centre d'études politiques et stratégiques d'Al Ahram ; conférence qui avait pour objectif de promouvoir un débat scientifique autour des fonctions réelles des ONG en tant qu'acteurs sociaux et politiques dans les pays arabes.
    L'extension constatée des missions des ONG dans presque tous les domaines s'accompagne-t-elle vraiment d'une augmentation de leur pouvoir dans la conception des politiques de développement ou bien sont-elles toujours considérées comme les palliatifs des insuffisances des pouvoirs publics ? Quelles sont les caractéristiques des relations entre ces derniers, les associations et les ONG : partenariat, instrumentalisation, opposition et concurrence ? Quels sont les rapports entre bailleurs de fonds, ONG internationales et ONG locales, et quels sont leurs effets politiques internes ? Ces mises en réseaux des ONG locales et des ONG internationales ne contribuent-elles pas à asseoir des légitimités ou, au contraire, à susciter des discrédits politiques, aussi bien par rapport aux pouvoirs publics que par rapport aux sociétés ? Plus généralement, peut-on considérer que l'augmentation des fonctions des ONG dans les pays arabes est en train de modifier en profondeur les ordres politiques internes en terme de décentralisation, démocratisation, de lutte contre la bureaucratie et en terme de valorisation des expressions de la société ? Quels sont donc les rapports entre les ONG et la société ? Leurs relations avec la population diffèrent-elles vraiment des relations mises en place par les pouvoirs publics ? Les ONG jouent-elles un rôle politique alternatif, se substituant aux modes d'expressions politiques classiques ? Dans quelle mesure les cadres des ONG constituent-ils de nouveaux acteurs politiques locaux et, si oui, cette évolution favorise-t-elle l'émergence d'une conception décentralisée du politique ?

  • L'intérêt pour les savoirs locaux est récent.
    Pendant longtemps, il était admis que la modernité impliquait la destruction de ces savoirs et que le progrès dépendait de transferts scientifiques et techniques. Les échecs de l'aide ont remis en cause ces idées reçues et contraint à repenser les rapports entre sciences et savoirs. Entre la crainte d'une disparition et l'illusion d'une dynamique endogène des savoirs, leur rencontre avec la modernité peut susciter le changement.
    Cet ouvrage s'inscrit dans ces débats à propos de sociétés du Sud et du Nord qui entretiennent des rapports étroits avec leurs environnements naturels.
    Il rassemble des contributions sur le rôle du savoir dans le développement régional, présentés à une conférence qui s'est tenue à Tromso, en Norvège du Nord. Événement symbolique, un pasteur mbororo du Nord-Cameroun, éleveur de zébus, a rencontré à cette occasion des pasteurs sami, éleveurs de rennes.
    Au-delà de cette rencontre, des points communs sont apparus entre les régions arctiques et tropicales : rudesse d'environnements peu favorables à l'agriculture, éloignement par rapport aux capitales donc aux centres de décisions, contradictions entre les populations et les administrations, irrégularités et inégalités dans l'accès aux ressources naturelles.

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