Gallimard

  • La conviction qui nous anime en prenant aujourd'hui la parole, c'est que plutôt que de se taire par peur d'ajouter des polémiques à la confusion, le devoir des milieux universitaires et académiques est de rendre à nouveau possible la discussion scientifique et de la publier dans l'espace public, seule voie pour retisser un lien de confiance entre le savoir et les citoyens, lui-même indispensable à la survie de nos démocraties. La stratégie de l'omerta n'est pas la bonne. Notre conviction est au contraire que le sort de la démocratie dépendra très largement des forces de résistance du monde savant et de sa capacité à se faire entendre dans les débats politiques cruciaux qui vont devoir se mener, dans les mois et les années qui viennent, autour de la santé et de l'avenir du vivant.

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  • L'AN 2020, marqué par la Covid-19 et l'effondrement du marché pétrolier, est celui de tous les bouleversements depuis le Moyen- Orient jusqu'aux banlieues de l'Europe.
    Le conflit israélo-palestinien se fragmente avec, d'un côté, un pacte portant le nom du prophète Abraham, qui va des États-Unis à Abou Dhabi au Maroc et au Soudan en passant par Israël, agrège l'Égypte et l'Arabie, et lorgne l'Irak ; de l'autre « l'axe fréro-chiite » qui rassemble Gaza, Qatar, Turquie et Iran, avec le soutien ponctuel de la Russie.
    Dans ces convulsions sismiques, Beyrouth explose, réfugiés et clandestins affluent en Europe, et le président turc Erdogan tente de refaire d'Istanbul le centre de l'islam mondial.
    Enfin, le terrorisme frappe de nouveau, en France et en Autriche, au nom d'un jihadisme sans organisation. Il s'appuie sur une atmosphère créée par des entrepreneurs de colère, mobilisant foules et réseaux sociaux du monde musulman pour venger leur prophète face à l'Occident - tandis que Joe Biden doit restaurer la confiance des alliés de l'Amérique.

    Poursuivant la réflexion engagée dans Sortir du chaos, succès français et international, Gilles Kepel propose, cartes et chronologie à l'appui, la mise en perspective indispensable de l'actualité pour comprendre et anticiper les grandes transformations de demain.

  • Sans la liberté

    François Sureau

    « Personne d'autre que le citoyen libre n'a qualité pour juger de l'emploi qu'il fait de sa liberté, sauf à voir celle-ci disparaître. Ainsi la loi ne peut-elle permettre à l'État de restreindre abusivement la liberté d'aller et venir, de manifester, de faire connaître une opinion, de s'informer, de penser pour finir. » Lorsque Chateaubriand déclare que « sans la liberté il n'y a rien dans le monde », ce n'est pas seulement un propos de littérateur. Il exprime cette vérité trop souvent oubliée que « sans la liberté », il n'y a pas de société politique, seulement le néant de ces individus isolés auquel l'État, porté à l'autoritarisme et à l'ordre moral, a cessé d'appartenir. Tel est bien le danger de la démocratie moderne que François Sureau s'emploie ici à désigner tant dans nos moeurs sociales que dans notre vie politique et, sans concession, à la lumière de nos responsabilités individuelles et collectives. L'homme est voué à la liberté ; il lui revient continûment, avec « patience et souffle », d'en reformuler le projet politique et de n'y rien céder.

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  • Etre patriote, en ce moment charnière, demande du courage et de l'imagination. Notre démocratie est en haillons, nos procédures de vote sont cassées, notre langage abîmé, notre discours politique réduit à des cris de haine. On ne pourra même pas dire, comme Sartre jadis, "Jamais nous n'avons été aussi libres que sous l'Occupation". Au contraire, jamais il n'a paru si terriblement difficile de résister.
    Nous, Américains, ne pouvons plus nous cacher derrière l'illusion d'être une démocratie par essence ou par prédestination. La démocratie, cela se mérite.

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  • C'est de l'intérieur que François Cornut-Gentille, député de la Haute-Marne depuis plus de vingt ans, a vécu ce qu'il appelle « la mystérieuse disparition de la force de gouverner ». Il dresse un tableau saisissant de cette impuissance croissante des gouvernements successifs à répondre efficacement aux problèmes du pays, avec les conséquences politiques qui s'ensuivent. La raison fondamentale en est l'impossibilité de s'appuyer sur des diagnostics pertinents et approfondis, montre-t-il. Qu'il s'agisse de l'état réel du système éducatif ou du système sanitaire, de la situation des prisons, des réalités de l'immigration, l'État est aveugle. Il multiplie les gesticulations sous forme de lois d'annonce sans prise sur les questions qu'il prétend traiter. La conclusion s'impose, aux yeux du praticien aguerri de la démocratie qu'est François CornutGentille : l'organisation institutionnelle actuelle ne permet pas de sortir de cette impasse. Il faut concevoir de nouvelles institutions pour y remédier. Il propose dans cet esprit l'établissement d'une assemblée qui serait chargée exclusivement de cette fonction de diagnostic, à charge pour le Parlement et l'exécutif de définir et de mettre en oeuvre les solutions. À l'heure d'une élection présidentielle qui s'annonce particulièrement chargée d'incertitudes, voici une contribution éclairée et constructive au débat public.

  • Ce livre est une présentation provocatrice et cynique des sept étapes qui permettent aux leaders populistes de passer du statut de «personnage ridicule» à celui d'«autocrate terrifiant».
    Ces sept étapes qui matérialisent le moment où une démocratie bascule dans une dictature, Ece Temelkuran les a identifiées dans son pays d'origine, la Turquie. Mais elle en observe aussi les prémices dans bien d'autres États, y compris des démocraties que nous pensions très solides : création de mouvements qui veulent s'adresser au «vrai peuple», bêtise érigée en moyen de communication, complotisme comme obscurantisme contemporain...
    La journaliste en exil, qui a observé ces dérives lors de ses nombreux déplacements dans le monde, développe l'idée d'un «mal de la banalité» qui devrait nous inciter à toujours rester vigilants pour éviter de basculer hors de la démocratie. Un livre salutaire pour qui veut voir le monde tel qu'il est, et non tel qu'on espère qu'il perdurera.

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  • «Quelle heure est-il? Tôt le matin, l'Europe se met en route pour l'école. Elle rapporte ses devoirs à la maison : lutter contre les poussées en arrière par un élan vers une union plus étroite.
    Le devoir sera effectué par les meilleurs élèves, ceux du noyau fondateur.
    Que feront les autres? Ils suivront, un peu à contrecoeur, par le chemin des écoliers.» Dans cet essai inédit, prolongé par quelques textes d'intervention précédemment parues dans la presse, Erri De Luca exprime son attachement à une Europe ouverte et humaniste. Revendiquant son devoir d'ingérence au nom de la mixité des cultures, il nous offre, par ses mises à feu, sa vision d'une communauté humaine au-delà des frontières - telle que la littérature sait l'incarner : «Le remède obligatoire et immunitaire reste la lecture des livres du monde. Je leur dois d'être porteur de citoyennetés variées et de fraternité européenne.»

  • La Grande Transformation est un bel exemple de ce qu'on appelle un « classique contemporain ». À sa parution en 1983, l'ouvrage est lu et reçu comme une étude d'an thropologie. Vingt ans après, c'est désormais LA référence de tous les courants qui souhaitent penser une alternative au libéralisme économique.

  • Charme, spontanéité, insouciance ou vertu : il semble que les états les plus désirables, à l'image du sommeil, ne puissent survenir qu'à condition de n'être pas recherchés, le simple fait de les convoiter pouvant suffire à les mettre en déroute. Comment se soustraire à ce piège ? Cet essai prend pour point de départ le paradoxe de l'action volontaire, repéré depuis longtemps, mais mal élucidé et jamais résolu dans la philosophie occidentale. Il se poursuit par l'exploration des mécanismes en jeu dans la quête de ces états qui se dérobent à toute tentative de les faire advenir de façon délibérée. L'auteur montre dans diverses sphères d'expérience, de la pratique d'un sport à la création artistique, de la recherche du sommeil à la remémoration d'un nom ou de la séduction amoureuse à l'invention mathématique, comment se défont parfois les crampes mentales et les blocages physiques induits par le caractère trop fortement intentionnel de l'action.En remontant aux fondements même des erreurs et des leurres sur le pouvoir de la volonté, cette enquête remet en question l'« éthique musculaire » sur laquelle se sont construites en Occident les représentations fondatrices de l'action efficace et du mérite individuel. Les oppositions trop fermes entre vouloir et non-vouloir, entre effort et lâcher-prise, entre vigilance et distraction, sont réévaluées à la lumière des changements qui affectent concrètement le sujet dans le cours de son action. Une fois ces oppositions dissoutes, ou rendues à leur porosité, il est possible de faire place à des notions plus fertiles, comme celles d'amnésie intentionnelle, d'éclipse du moi ou de dissimulation bienveillante. Une telle approche, qui requiert une observation patiente des dynamiques du corps et des différents registres de conscience, permet de comprendre pour quelles raisons, et au terme de quelles expériences, les penseurs taoïstes de l'antiquité chinoise ont formulé les concepts si déroutants de non-agir ou de vide.Mobilisant, sans les opposer, les ressources de la pensée chinoise et européenne, les huit chapitres dont se compose ce livre sont autant de variations à partir d'un thème fondamental, l'intelligence de l'action, de ses noeuds et ses ressorts.

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  • écrits pacifistes

    Jean Giono

    « Ce qui me dégoûte dans la guerre, c'est son imbécillité. J'aime la vie. Je n'aime même que la vie. C'est beaucoup, mais je comprends qu'on la sacrifie à une cause juste et belle. J'ai soigné des maladies contagieuses et mortelles sans jamais ménager mon don total. À la guerre j'ai peur, j'ai toujours peur, je tremble, je fais dans ma culotte. Parce que c'est bête, parce que c'est inutile. Inutile pour moi. Inutile pour le camarade qui est avec moi sur la ligne de tirailleurs. Inutile pour le camarade en face. Inutile pour le camarade qui est à côté du camarade en face dans la ligne de tirailleurs qui s'avance vers moi. » Ce volume réunit «Refus d'obéissance», «Précisions» et «Recherche de la pureté», trois textes pacifistes d'un homme qui n'oublia jamais l'horreur de la Première Guerre mondiale.

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  • Dans le sillage de la crise du libéralisme examinée dans le volume précédent, ce troisième volume est consacré à la crise totalitaire sur laquelle débouche la Grande Guerre. Il s'efforce d'en établir la signification dans l'histoire de la démocratie.
    Les totalitarismes ne se contentent pas, en effet, de combattre les démocraties «bourgeoises» comme si elles leur étaient étrangères, ils en procèdent. Ils leur lancent un défi qu'elles sont mises en demeure de relever.
    D'où ont-ils pu sortir? Au-delà des circonstances, ils ont partie liée avec des idéologies d'un genre nouveau, nées autour de 1900, à l'enseigne de la révolution et de la nation. Marcel Gauchet en retrace la genèse. Elles sont à comprendre, montre-t-il, comme des «religions séculières», c'est-à-dire des antireligions religieuses résultant d'une phase spécifique et périlleuse du processus de sortie de la religion.
    Le coeur de l'ouvrage est formé par la reconstitution des trois expériences qui méritent le nom de totalitaires au sens strict : le bolchevisme, le fascisme et le nazisme. L'accent est porté sur la dynamique qui les anime, voie royale pour en appréhender l'essence à partir de leurs contradictions intimes.
    Mais l'intérêt de la perspective est aussi d'éclairer par contraste les transformations profondes qu'a connues la démocratie. Les grandes réformes politiques et sociales d'après 1945 prennent tout leur sens en tant que réponses au défi totalitaire. Au vrai, la «démocratie libérale» telle que nous la connaissons aujourd'hui est issue de cet effort pour surmonter les failles dont se nourrissaient les refus totalitaires.
    Le XXe siècle n'a pas été seulement le théâtre de tragédies sans exemple. Il a été également le siège d'une réussite aussi méconnue que décisive qu'il n'est que temps de tirer de l'ombre.

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  • Après avoir été considéré comme le sauveur du capitalisme, auquel il ouvrit une voie médiane entre libéralisme et socialisme, keynes a été la première victime du retour en force du libéralisme économique dans les années 1980.
    Mais les perturbations économiques récentes et les contrecoups de la mondialisation nous invitent à le redécouvrir. qu'il s'agisse de son analyse du chômage et de la pauvreté, qui ne sont que l'autre face de l'abondance capitaliste, des moyens qu'il propose pour éviter une récession, ou de ses réflexions sur les dangers d'une interdépendance trop étroite des économies, on s'aperçoit, en lisant les quatorze essais réunis dans ce volume, que keynes est toujours notre contemporain.

  • Emmanuel Macron a de grandes ambitions pour l'Europe, énoncées lors d'un discours à la Sorbonne et dans une lettre adressée à l'ensemble du continent. Elles se heurtent à un manque total de répondant de Mme Merkel et plus généralement du principal partenaire de la France, l'Allemagne.
    Pourquoi ce couple historique censé être le moteur de l'Union européenne ne fonctionne-t-il plus ? Peut-on le réparer et comment ? C'est l'objet de cet ouvrage, qui porte un regard incisif sur l'Allemagne d'aujourd'hui et sur les aléas de nos relations avec la grande voisine d'outre- Rhin. La France, note Édouard Husson, observe depuis deux siècles l'Allemagne avec passion, que ce soit pour la haïr ou l'imiter, tandis que celle-ci hésite entre admiration et condescendance - sans qu'aucune ne soit vraiment capable de comprendre l'autre.
    À l'heure où les déséquilibres mondiaux mettent l'Union Européenne en péril, face aux États- Unis et à la Chine, où les populismes et l'immigration menacent sa cohésion de l'intérieur, Édouard Husson décrypte d'une plume acérée l'incroyable décalage entre la vision qu'ont les élites françaises de l'Allemagne et la réalité. Grâce à ses expériences personnelles, ses rencontres et sa profonde connaissance du terrain, il nous éclaire de manière inédite sur le les lignes de faille de l'Europe d'aujourd'hui et propose en urgence des pistes pour demain.

  • «Une Algérienne de vingt-trois ans, agent de liaison du F.L.N., a été séquestrée, torturée, violée avec une bouteille par des militaires français : c'est banal. Depuis 1954, nous sommes tous complices d'un génocide qui, sous le nom de répression, puis de pacification, a fait plus d'un million de victimes : hommes, femmes, vieillards, enfants, mitraillés au cours des ratissages, brûlés vifs dans leurs villages, abattus, égorgés, éventrés, martyrisés à mort ; des tribus entières livrées à la faim, au froid, aux coups, aux épidémies, dans ces "centres de regroupement" qui sont en fait des camps d'extermination ? servant accessoirement de bordels aux corps d'élite ? et où agonisent actuellement plus de cinq cent mille Algériens. Au cours de ces derniers mois, la presse, même la plus prudente, a déversé sur nous l'horreur : assassinats, lynchages, ratonnades, chasses à l'homme dans les rues d'Oran ; à Paris, au fil de la Seine, pendus aux arbres du bois de Boulogne, des cadavres par dizaines ; des mains brisées ; des crânes éclatés ; la Toussaint rouge d'Alger. Pouvons-nous encore être émus par le sang d'une jeune fille ? Après tout, ? comme l'a insinué finement M. Patin, Président de la Commission de Sauvegarde, au cours d'un entretien auquel j'assistais ? Djamila Boupacha est vivante : ce qu'elle a subi n'était donc pas terrible.» Simone de Beauvoir.

  • Sociologie du parti dans la démocratie moderne est, depuis 1911, un classique de la sociologie politique. Traduit ici pour la première fois dans son intégralité, il demeure le maître ouvrage sur les rapports de pouvoir qui prévalent au sein des organisations politiques. Plus largement, Robert Michels (1876-1936) s'intéresse à la possibilité essentielle de réaliser la démocratie, question pour laquelle les partis qui se réclament de la forme de démocratie la plus radicale offrent une sorte d'expérience cruciale.

    Si la démocratie ne se réalise même pas au sein des organisations partisanes qui s'en réclament explicitement, doit-on désespérer qu'elle se réalise au-dehors ? C'est la raison pour laquelle l'ouvrage analyse aussi bien le rapport entre électeurs et députés, la professionnalisation des permanents, l'autonomisation de la presse du parti, l'émergence des intérêts de la bureaucratie des organisations, le charisme des dirigeants, etc.

    Trop souvent réduit à la fameuse "loi d'airain" qui veut que toute organisation tende à devenir une oligarchie, le véritable intérêt de l'ouvrage est ailleurs : se situant en amont de ces phénomènes, restituant les débats sur la question de l'organisation qui avaient cours au sein du socialisme du début du XXe siècle, la Sociologie du parti permet d'éviter le piège ordinaire qui voudrait juger du projet émancipateur de s'organiser à la seule lumière de ce que les organisations sont devenues.

  • Nicola Sacco et Bartolomeo Vanzetti eurent le malheur d'être ouvriers italiens immigrés aux États-Unis, et anarchistes. Pris dans une spirale infernale, ils seront arbitrairement accusés par la justice américaine d'un braquage meurtrier, au cours d'un procès retentissant qui débouchera sur leur exécution, dans la nuit du 22 au 23 août 1927.
    Devant la chaise électrique, écrit par John Dos Passos pendant le procès, est curieusement resté inédit en français. Il s'agit pourtant d'un pamphlet passionnant, dont l'intérêt est aussi bien historique que littéraire. Publié par le comité de défense bostonien de Sacco et Vanzetti au moment où un ultime recours en appel vient d'être rejeté, ce texte fait feu de tout bois : analyse des contradictions de l'instruction ; invocation des valeurs de l'Amérique ; réflexion sur le sort réservé aux immigrants.
    Le ton est tour à tour lyrique, didactique, polémique, et Dos Passos fait alterner narration et documents, suivant une technique de montage qui fera plus tard la singularité de la trilogie USA.
    Réflexion sur la diabolisation des immigrés et sur les crispations de l'Amérique en temps de crise, ce texte marqué par l'urgence est resté d'une brûlante actualité.

  • 'Sécurité publique', 'sécurité alimentaire', 'sécurité énergétique', 'sécurité des frontières' : la sécurité constitue aujourd'hui dans tous les États un Principe régulateur, c'est-à-dire, confusément et tout à la fois, un sentiment, un programme politique, des forces matérielles, une source de légitimité, un bien marchand, un service public.
    Ce Principe est le fruit de quatre acceptions historiques : la sécurité comme état mental, disposition des grandes sagesses stoïciennes, épicuriennes et sceptiques à atteindre la fermeté d'âme face aux vicissitudes du monde ; la sécurité comme situation objective, ordre matériel caractérisé par une absence de dangers (c'est l'héritage du millénarisme chrétien) ; la sécurité comme garantie par l'État des droits fondamentaux de la conservation des biens et des personnes, voire comme bien public (surveillance, équilibre des forces, raison d'État et état d'exception) ; la sécurité comme contrôle des flux à notre époque contemporaine, avec ses concepts nouveaux : la 'traçabilité', la 'précaution', la 'régulation'.
    Loin d'être des acceptions successives, ces dimensions sont des 'foyers de sens', toujours à l'oeuvre conjointe ? la tranquillité du Sage ne dépend plus de techniques spirituelles mais d'un bon gouvernement et d'un État fort ; les ressorts millénaristes ont été recyclés par les révolutions totalitaires du XXe siècle ; la tension s'est installée entre la sécurité policière et la sécurité juridique, entre la sécurité militaire et la sécurité policière qui prétend, à son tour, combattre 'l'ennemi intérieur' ; la biosécurité et ses logiques de sollicitations permanentes ? être toujours et partout accessible, réactif ? sont à l'opposé de l'idéal antique de la stabilité intérieure ; tandis que la sécurité du marché impose un démantèlement de l'État-providence, des politiques de santé publique et des logiques de solidarité : la sécurité-régulation se substitue à la sécurité-protection.
    Pour finir, le Principe Sécurité se définit toujours par une retenue au bord du désastre.

  • Une première édition de cet ouvrage parut en 1981. Les auteurs écrivaient alors : « La France n'est pas une nation comme les autres : elle n'est pas un peuple mais cent, qui ont décidé de vivre ensemble. Or du nord au sud, de l'est à l'ouest de l'Hexagone les moeurs varient aujourd'hui comme en 1750. Chacun des pays de France a sa façon de naître, de vivre et de mourir. L'Invention de la France est un Atlas qui cartographie cette diversité en révélant le sens caché de l'histoire nationale : hétérogène, la France avait besoin pour exister de l'idée d'homme universel, qui nie les enracinements et les cloisonnements ethniques. Produit d'une cohabitation réussie, la Déclaration des droits de l'homme jaillit d'une conscience aiguë mais refoulée de la différence » L'idéologie aujourd'hui dominante, analysée dans la nouvelle partie inédite de cet ouvrage augmenté, pourrait être décrite comme un programme de défense d'une homogénéité menacée, ou, chez les plus radicaux, le rêve d'un retour à une homogénéité perdue. Mais ce que montrait justement L'Invention de la France, dès 1981, c'est que cette homogénéité n'a jamais existé. Les défenseurs autoproclamés de l'identité nationale ne comprennent pas l'histoire de leur propre pays. Osons le dire : ils sont aveugles à la subtilité et à la vérité du génie national. Alors, pourquoi ne pas ajouter quelques différences, parfois importantes, quelques nouvelles provinces mentales, maghrébine africaine ou chinoise, pour les atténuer, les apprivoiser avec le temps, comme on l'a toujours fait en France ? Il n'y est pas question de fixer des différences pour l'éternité, d'essentialiser des pays et des peuples. La culture est mouvement, progrès, diffusion, homogénéisation bien sûr, mais sans oublier que de nouvelles différences apparaissent sans cesse. L'Invention de la France s'achève par une partie politique. L'effondrement du catholicisme, puis du communisme ont engendré un vide religieux et idéologique qui a fini par couvrir tout l'hexagone. On peut donc parler d'une nouvelle homogénéité par le vide, qui explique l'apparition, parmi bien d'autres choses, dans un pays où les Français classés comme musulmans ne pratiquent pas plus leur religion que ceux d'origine catholique, protestante ou juive,, d'une islamophobie laïco-chrétienne, qui prétend que la seule bonne façon de ne pas croire en Dieu est d'origine catholique. Le vide métaphysique du moment Sarkozy est ici saisi à sa source.

  • De nombreux essais ont pu être écrits sur l'ascension de Donald Trump et la fin de l'ère Obama.
    Mais ce journal, axé sur la vie d'un jeune diplomate, décrit comment l'Union européenne tente de développer une diplomatie commune, ses défis et les remous qui peuvent secouer les négociations. Il nous fait entre dans les arcanes du Congrès, de la Maison Blanche, des think tanks et de l'Amérique rurale. A travers cette expérience vécue au coeur du pouvoir américain, c'est également de la France qu'il est question et des risques auxquels elle fait face : les fractures qui ont conduit à l'élection de Trump ne serait-elles également à l'oeuvre dans notre pays ?

  • La Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, oeuvre éclair du mois d'août 1789, est devenue dès sa promulgation l'un des symboles révolutionnaires les plus populaires en France et à l'étranger. Véritable évangile des principes sacrés de la République française, elle a immédiatement été considérée comme l'indispensable abrégé, le catéchisme de la formation politique des futurs citoyens. Le souci constant de son affichage et de sa diffusion en France depuis la Révolution jusqu'à nos jours montre encore l'exceptionnalité conférée à ce texte singulier, finalement constitutionnalisé.

    La sacralisation implicite de la Déclaration des droits, credo révolutionnaire devenu républicain, pose la question de l'existence d'une forme de religion civile dans la République, en dépit de sa laïcité revendiquée. Le culte des droits de l'homme, élaboré dès les premiers mois de 1789, s'est en effet constamment perpétué dans la tradition républicaine, du centenaire de 1889 au bicentenaire de 1989, jusqu'à l'exaltation plus contemporaine de la France "pays des droits de l'homme".

  • Cet ouvrage est une référence par la qualité de son information comme par sa mise à distance de l'histoire officielle, qu'elle soit castriste ou anticastriste. Après une perspective historique critique («De l'indépendance à la révolution» ; «Le socialisme des Caraïbes»), Olivier Languepin nous conduit dans le vif du sujet : «L'économie cubaine dans la tourmente» ; «Société : la fin des certitudes»; «Le peuple cubain : tensions et réconciliations» ; enfin, question longtemps tenue pour un tabou mais désormais ouvertement posée : «Quelle transition pour Cubaoe». À l'heure d'une percée diplomatique rendue possible par le basculement de l'Amérique latine vers la gauche, sociale-démocrate ou populiste, le régime balance entre ouverture et raidissement répressif contre ses opposants. Quant à l'alternative démocratique, elle demeure aujourd'hui encore à construire.

  • La question de la Sécurité sociale a des allures de marronnier et donne lieu à des prises de position tranchées, chacun accusant les autres de vouloir la "tuer" et appelant à la "sauver". Il en va ainsi depuis des décennies, en fait depuis que le fameux "trou", que les experts sondent sans relâche, est devenu à lui seul un objet de controverse. Aux antipodes de ces polémiques, l'ouvrage de Colette Bec entend revenir à l'intention de ses pères fondateurs, en 1945, et saisir les principes à l'oeuvre dans son évolution, ses réformes, ses problèmes actuels. Dans le projet de l'immédiat après-guerre, la Sécurité sociale était envisagée comme une politique de protection globale. Elle était conçue comme le socle de la solidarité et relevait de choix collectifs engageant le destin commun et l'organisation d'une société juste. En ce sens, elle se distinguait radicalement des assurances sociales limitées à la protection des salariés. Pour ses concepteurs, la Sécurité sociale constituait une institution de la démocratie à venir, une démocratie capable d'aménager un cadre permettant l'émancipation individuelle. En interrogeant ce projet, Colette Bec établit que la crise de la Sécurité sociale est en fait celle d'un mode d'appartenance que le système de protection a contribué à élaborer et qu'il participe désormais à déconstruire. Elle montre à quel point cette ambition vaut toujours dans le contexte actuel, qu'une approche technicienne et budgétaire rend en grande partie inintelligible.

  • Au sommet de sa gloire, Mussolini fait don de son corps au peuple italien : photographies, affiches et films de propagande exaltent dans son physique ce que sera l'Homme nouveau. Le 29 avril 1945, ce même corps est suspendu par les pieds au treillis d'une station-service à Milan. Le régime fasciste a vécu. Mais l'Italie n'est pas pour autant sortie du fascisme.
    Un an après, à la veille du premier anniversaire de la Libération, un commando de jeunes néofascistes enlève de la fosse anonyme du cimetière de Milan la dépouille du Duce. Une fois celle-ci récupérée, la toute nouvelle République ne sait qu'en faire cependant : l'enterrer de nouveau, au risque de voir l'anonymat de la sépulture une fois encore percé par les nostalgiques du fascisme? Ou la rendre à la piété de sa veuve et de ses enfants, au risque de voir le caveau familial devenir un lieu de pèlerinage pour des cohortes de néofascistes? Dans le doute, les autorités profitent en secret de la disponibilité de l'Église : la caisse de bois brut est cachée dans un couvent, onze ans durant.
    L'Italie, poussée par la puissance du clérico-fascisme et la Guerre froide à s'attendrir chrétiennement sur les mésaventures des ex-fascistes plutôt qu'à s'enorgueillir des hauts faits des partisans, ne sait pas construire une mémoire fondatrice ni un culte patriotique sur le martyrologe des résistants.
    Entre l'Italie et la France, Sergio Luzzatto trame des fils plus robustes encore que ceux de l'enlèvement du cercueil de Pétain par des nostalgiques de Vichy en 1973, ou du mythe, commun à la mémoire néofasciste et à la mémoire pétainiste, du don de leur personne qui aurait fait du maréchal et du Duce des «boucliers» contre les exigences nazies. Les deux histoires sont avant tout unies par une gêne à l'égard de la Résistance comme événement fondateur. À Rome comme à Paris, une simple question d'ordre public - que faire de la sépulture d'un cadavre encombrant? - en cachait une autre, bien plus délicate : comment transformer une réalité historique qui par définition exclut et divise - celle du mouvement partisan - en un mythe fondateur inclusif et partagé?

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