Fayard

  • Des Etats-Unis à la France en passant par l'Italie et le Royaume-Uni, partout les cadeaux fiscaux en faveur des plus riches se multiplient au même rythme que les coupes budgétaires pour les plus pauvres. Une minorité d'individus, s'accaparant déjà une importante partie des richesses, semble tout mettre en oeuvre pour en récupérer encore plus. De l'autre côté, la majorité de la population subit la dégradation des services publics, les fins de mois difficiles, la précarité et le manque d'espérance.
    Des gilets jaunes aux banlieusards en passant par les cadres et les agriculteurs, cette majorité délaissée est multiple, et sa division est largement instrumentalisée par la minorité dominante et les partis politiques qui veulent s'assurer une base électorale. La lutte des classes a laissé place à une lutte entre pauvres. Et le système, intrinsèquement inégalitaire et destructeur pour la planète, ne tient qu'à ces dissensions.
    Pour sortir de l'impasse, il faut que les différentes catégories que forment « les délaissés » se constituent en une classe majoritaire à même de soutenir une lutte commune : celle d'en finir avec le modèle économique actuel pour proposer un autre projet répondant aux urgences sociale et écologique.

  • Mai 2017 : quinze ans après son stage d'énarque au Nigeria, Emmanuel Macron est élu président de la République française. Il promet de faire souffler un vent nouveau sur les relations avec le continent africain. Fort de sa jeunesse et de son libéralisme, il dénonce une « Françafrique » postcoloniale dont il ne se sent pas comptable et mise sur les nouvelles générations pour réconcilier les mémoires des deux côtés de la Méditerranée.

    Mais il se heurte vite au réel. Les autocrates, à la longévité exceptionnelle, ne tardent pas à lui rappeler qu'ils sont les derniers des Mohicans à défendre les intérêts français, en Afrique comme dans les organisations internationales. Sur un continent mondialisé redevenu géostratégique, la France ne pèse guère plus que par son armée dans le Sahel et quelques empires économiques familiaux.

    Pour échapper à cette perte d'influence globale, Emmanuel Macron joue un joker inédit : « l'Afrique » en France. Il crée un Conseil présidentiel pour l'Afrique composé essentiellement de Français originaires du continent, dans le dessein de dépoussiérer la politique africaine de l'Hexagone.

    Au terme d'une enquête de deux ans auprès de multiples interlocuteurs, les auteurs dressent un constat implacable : malgré des succès, l'ardoise magique de la « génération Macron » n'a pu effacer d'un trait, plus d'un demi-siècle après les indépendances, des relations ambiguës. L'offensive de charme, notamment auprès des diasporas, du chef de l'État n'a pas réussi à convaincre l'électorat des banlieues, comme il l'admet dans une longue interview exclusive. Une épine dans le pied à l'approche de la présidentielle de 2022 ?
    Ou comment, par un singulier effet boomerang, Emmanuel Macron risque d'être piégé autant en France qu'en Afrique.

  • De l'Europe improbable à l'Europe révélée par les crises : un art de décider à contretemps, horripilant parfois, mais dont la puissance réformatrice apparaît a posteriori. Un hommage à la résilience de la construction européenne.
    Crise de l'euro, crise migratoire, Brexit, et maintenant Covid-19... Depuis une décennie, l'Europe est en crise permanente et suscite des réactions contradictoires : rejet des interventions touchant à la souveraineté nationale, mais demande urgente de solidarité sans condition.

    La réponse de l'Europe se joue en trois temps. Elle déçoit d'abord : son intervention est tardive et inadaptée. Mais après ce temps de retard, la machine communautaire se réveille et l'action prend de la consistance. Enfin, l'Union franchit les lignes jaunes et, comme surprise par son audace, se prend à s'imaginer en puissance à l'égal de la Chine ou des États-Unis.

    Cette valse à trois temps est au coeur de ce livre, avec sa dramaturgie et ses personnages-types. Elle laisse aussi percevoir les craquements du monde ancien qui avait sacralisé la règle.

    Ni Léviathan supranational, ni syndic des nations, le projet européen se révèle dans l'épreuve lorsque l'Europe passe au politique, c'est-à-dire à la décision. C'est cette souveraineté partagée qui lui permettra d'apporter une réponse politique à un monde discordant, habité de nouveaux rapports de force.

  • Libres et égaux en voix

    Julia Cagé

    • Fayard
    • 30 Septembre 2020

    Seule une démocratie accomplie pourra nous permettre de traverser les épreuves en cours et à venir. Cet essai décapant propose des solutions pour refonder notre système de représentation politique, pour enfin faire advenir une démocratie où la voix de tout le monde comptera.
    La démocratie n'existe pas. Elle reste à inventer.

    Loin d'être un refus de la politique, la crise actuelle de la démocratie représentative se manifeste par le combat de citoyens demandant davantage de démocratie, de participation et d'égalité.
    Libres et égaux en voix propose ainsi de donner une voix et des places à celles et ceux qui en ont été trop longtemps privés : les femmes, les classes populaires, les minorités. D'abord en repensant notre système électoral et en garantissant la représentation parmi les parlementaires de la réalité de la société. Ensuite en proposant un nouvel équilibre entre la démocratie représentative et un usage raisonné du référendum. Enfin en donnant aux citoyens les moyens de reprendre le contrôle des partis, des médias et de la philanthropie, afin de dessiner un nouvel horizon politique égalitaire.
    En tant que chercheuse et citoyenne, Julia Cagé renouvelle en profondeur la réflexion sur l'égalité politique dans un plaidoyer armé de propositions concrètes pour changer les règles du jeu politique. Nous pouvons faire mieux que le monde dans lequel nous vivons ; fini de rêver, voici venu le temps d'agir !

  • Geoffroy de Lagasnerie poursuit son entreprise critique avec la déconstruction des catégories politiques dans lesquelles nous baignons.
    La politique est peut-être le domaine de notre existence que nous pensons le plus faussement : nous ne cessons d'utiliser des catégories totalisantes (peuple, volonté générale, souveraineté populaire), des récits mystificateurs (le contrat social, la démocratie délibérative) ou encore des notions abstraites (le législateur, le corps politique, le citoyen) dont nous reconnaissons la plupart du temps le caractère fictif, tout en affirmant la nécessité d'y recourir.
    Mais pour quelles raisons faudrait-il adosser la pensée politique à des fictions ? À quoi voulons-nous échapper de cette manière ? Et surtout, que se passe-t-il sitôt que nous rompons avec ces modes de pensée et regardons la réalité telle qu'elle est ?
    Geoffroy de Lagasnerie propose d'élaborer une conception réaliste de l'État, de la Loi et de notre expérience comme sujets. Il pose les principes d'une théorie qu'il appelle « réductionniste », qui conduit à faire vaciller les oppositions qui structurent toute l'histoire de la philosophie politique entre démocratie et colonie, force légitime et violence illégitime, État de droit et exception ou arbitraire, crime politique et délinquance ordinaire, etc.
    Un ouvrage qui renouvelle profondément les cadres de la théorie politique.

  • Ouvrage de référence et de combat d'une grande économiste, L'État entrepreneur est un appel à modifier notre façon de parler de l'État et de son rôle dans l'économie.
    Contre un certain discours de dénigrement de l'action étatique et les politiques d'austérité budgétaire particulièrement prégnantes depuis 2008, Mariana Mazzucato montre que, de l'iPhone à l'industrie pharmaceutique, ce sont souvent les fonds publics qui apportent une stratégie à long terme. Les « innovateurs de génie » sont d'abord des bénéficiaires privilégiés des investissements publics dans la recherche fondamentale et le développement des nouvelles technologies, alors qu'ils réclament toujours plus d'avantages fiscaux et moins de contraintes administratives.
    Pour que l'innovation ne soit pas laissée aux seuls acteurs du secteur privé, nous avons besoin de mieux comprendre comment transformer l'État en moteur principal d'une croissance tirée par l'investissement, capable de s'attaquer aux grands défis de notre époque, depuis le changement climatique jusqu'à la santé de demain, en passant par la maîtrise de la révolution numérique.
    Ce livre qui repense la vocation du capitalisme moderne a connu un immense retentissement et a déjà fait l'objet de 17 traductions à travers le monde.

  • À l'heure où les États sont toujours plus concurrencés par des institutions nombreuses aux pouvoirs divers sur la scène internationale, Samantha Besson invite à re-poser la question institutionnelle en droit international pour contribuer ainsi à reconstruire l'ordre institutionnel mondial.
    Les États n'agissent plus seuls sur la scène internationale. Interviennent désormais à leurs côtés, voire parfois à leur place, d'autres institutions comme les organisations internationales, les entreprises multinationales, les organisations non gouvernementales, les régions, ou encore les villes globalisées. Or, on ne dispose d'aucune indication claire, et encore moins d'un « droit international des institutions », permettant de répondre aux trois questions essentielles de l'organisation sociale et politique que sont la représentation, la règlementation et la responsabilité. Quelles institutions peuvent agir pour qui sur le plan international ? À quelles conditions leurs décisions peuvent-elles prétendre lier juridiquement, et avoir la légitimité de le faire ? Et, quelles institutions doivent répondre envers qui, et comment, de la violation du droit international ? Le temps est venu de reconstruire l'ordre institutionnel international.

  • Le profit avant l'homme

    Noam Chomsky

    • Fayard
    • 12 Mars 2003

    Depuis l'effondrement des régimes communistes, le dogme néo-libéral est le pavillon sous lequel les Etats-Unis, imités par la majorité des pays occidentaux, ont décidé de défendre leurs intérêts stratégiques. Non qu'ils aient abandonné l'emploi de la force - les dépenses militaires américaines n'ont jamais été aussi élevées qu'aujourd'hui -, mais les deux grands mots d'ordre de ce que l'on appelle la « mondialisation » - « moins d'Etat » et « liberté des marchés » - sont désormais leurs armes privilégiées pour assurer leur domination sur le reste du monde.
    Pourtant, Noam Chomsky souligne à quel point la réalité du néo-libéralisme actuel tourne le dos aux principes du libéralisme « classique ». En effet, la compétition est truquée et les pays riches, en position de force, recourent à toutes sortes de mesures qui sont autant de violations déguisées de la liberté des marchés qu'ils prétendent défendre. L'auteur illustre ce double langage de façon saisissante, en rappelant le rôle décisif qu'a joué l'Etat dans le processus de développement des pays industrialisés, mais aussi en citant des documents secrets américains ahurissants, qui ne laissent aucun doute sur les visées ultimes des promoteurs de la mondialisation.
    Chomsky montre surtout que ces politiques économiques sont profondément antidémocratiques : elles ont été imposées « d'en haut », parfois dans le plus grand secret, en l'absence de toute consultation, et même information, populaire. Pour autant, précise-t-il, la lutte contre la dictature néo-libérale n'est pas désespérée : le recours à l'« arme absolue » - la voix de la majorité - permettra seul de l'emporter.

    Noam Chomsky, linguiste éminent, auteur et philosophe politique radical de réputation internationale, est aujourd'hui professeur de linguistique au MIT (Massachusetts Institute of Technology).

  • Ce que l´État social nous donne à voir, c´est tout à la fois l´armature de solidarités qui en un siècle ont profondément transformé nos manières de vivre ensemble, et le jeu de forces puissantes qui ébranlent cet édifice institutionnel et menacent de le mettre à bas. Ce sont ces forces qu´il s´agira d´essayer de comprendre, ainsi que leur impact prévisible. Mais avant d´analyser les maux qui assaillent l´État social on commencera par prendre la mesure de sa grandeur historique et institutionnelle. Partant du témoignage de Franz Kafka, qui consacra sa vie professionnelle à la mise en oeuvre de la loi sur les accidents du travail en Autriche-Hongrie, Alain Supiot nous propose un diagnostic de l´État social en Europe et nous aide ainsi à réfléchir aux solutions qui pourraient permettre de le réformer.

  • La France se réveille en Afrique avec la gueule de bois. Elle pensait que tout y était encore sous son contrôle et que sa « science africaine » était infaillible. Tout cela n'est qu'un leurre : les destinées politiques, religieuses, sociales et économiques de ce continent lui ont complètement échappé.
    Par arrogance, les dirigeants français ne se sont jamais véritablement intéressés à la complexité de l'Afrique. Quant à ceux qui s'y sont installés tout au long de la guerre froide - coopérants venus pour enseigner ou militaires y vivant en famille -, ils ont plus souvent cherché à former des Africains à leur image qu'à comprendre leurs spécificités et leurs désirs. D'ailleurs, en France même, n'aime-t-on pas que les Afro-Français qui nous ressemblent ?
    Aujourd'hui, la France paie cher cette arrogance. Les anciennes générations lui reprochent son ingratitude, tandis que les jeunes diplômés refoulés aux portes des consulats préfèrent poursuivre leurs études ailleurs. Les plus grands groupes industriels français perdent des contrats qu'ils pensaient leur être dus et des parts de marché face à leurs concurrents chinois. Les congrégations catholiques françaises sont vivement concurrencées par les Églises de réveil (évangéliques, pentecôtistes, charismatiques.), sans parler de l'expansion de l'islamisme radical.
    La méconnaissance de l'Afrique et des Africains a conduit la France à des analyses anachroniques et à sous-estimer la richesse de ce continent et de sa diaspora. C'est ce mépris qu'Antoine Glaser s'emploie à dénoncer ici. Il est temps de cesser de donner des leçons et d'apprendre de l'Afrique !

  • L'Occident impose-t-il au reste du monde sa propre définition des droits de l'homme et de la démocratieoe La globalisation menace-t-elle l'identité françaiseoe Le confucianisme est-il vraiment le moteur de la réussite économique de l'Asieoe La culture africaine est-elle compatible avec le multipartismeoe L'islam est-il un obstacle insurmontable à l'intégration des Maghrébins et des Turcs en Europe de l'Ouestoe Autant d'incertitudes, ou plutôt de trop grandes certitudes sur lesquelles nous butons constamment et qui tiennent pour acquise la permanence des cultures. Or, c'est paradoxalement l'idée même de culture qui nous empêche de saisir la dimension culturelle de l'action politique ou du développement économique. Car la formation de l'Etat met en jeu des conceptions esthétiques et morales; elle est aussi affaire de pratiques sexuelles, alimentaires, vestimentaires ou pileuses.

    Au terme d'une pérégrination ironique _ et souvent drôle _ dans les imaginaires et les passions politiques du monde contemporain, cet ouvrage décapant invite le lecteur à réinventer l'universel démocratique pour mieux s'opposer aux tenants du " combat identitaire ". Les conflits qui font l'actualité _ les guerres de Yougoslavie, du Caucase, d'Algérie, d'Afrique noire, ou les affrontements communalistes en Inde _ tirent leur force meurtrière de la supposition qu'à une prétendue " identité culturelle " correspond une " identité politique ", en réalité tout aussi illusoire. Dans les faits, chacune de ces identités est une construction, souvent récente. Il n'y a pas d'identité " naturelle " qui s'imposerait à nous par la force des choses. Il n'y a que des stratégies identitaires, rationnellement conduites par des acteurs identifiables, et des rêves ou des cauchemars identitaires auxquels nous adhérons parce qu'ils nous enchantent ou nous terrorisent. Mais nous ne sommes pas condamnés à demeurer prisonniers de tels sortilèges. Le " choc des civilisations " n'est pas une fatalité.

    Directeur de recherche au CNRS et directeur du Centre d'études et de recherches internationales de la Fondation nationale des sciences politiques, Jean-François Bayart est un spécialiste de politique comparée dont les travaux ont contribué au renouvellement de l'analyse de l'Etat. Il a publié plusieurs essais sur les sociétés politiques d'Afrique et du Moyen-Orien, en particulier L'Etat en afrique. La politique du ventre.

  • En retraçant sur le temps long, du XIXe au XXIe siècle, l'histoire des populismes en Europe centrale et orientale, Roman Krakovsky éclaire d'une façon inédite les violences et politiques à l'oeuvre aujourd'hui dans cette partie de l'Europe, foyer de dérives qui menacent de s'étendre au reste du continent.
    En 1989, la chute du communisme est saluée comme une victoire de la démocratie sur l'autoritarisme. Trente ans plus tard, c'est dans cette partie du continent qu'agissent les plus virulents mouvements du populisme européen.
    Comment comprendre un tel paradoxe ? Une manière d'y répondre est de replonger dans l'histoire. Cette perspective de longue durée est d'autant plus nécessaire que le populisme n'est pas un phénomène nouveau dans cette partie de l'Europe. Au xixe siècle, les narodniki russes promettent de sortir la paysannerie de son « arriération » et de la doter d'un droit de cité. Par la suite, les mouvements agraires semblent apporter des réponses au sous-développement et à la difficile construction, dans cet espace, de communautés politiques fortes, et les régimes communistes mobilisent certaines stratégies populistes. Aujourd'hui, les démocraties illibérales remettent en question le mode d'organisation de nos sociétés, issu des Lumières.
    En redonnant leur épaisseur historique aux dérives populistes à l'oeuvre en Europe centrale et orientale en ce début de xxie siècle, Roman Krakovsky rappelle combien leur récente poussée peut servir d'avertissement pour le reste du continent.

  • "L'entourage du président", "un proche du chef de l'Etat", "l'Elysée"... Pendant trois ans, c'était moi. Le lecteur des pages politiques des gazettes l'ignorait, mais je me cachais souvent derrière ces formules sibyllines que seuls les journalistes et les politiques savent décoder. En avril 2014, Gaspard Gantzer est nommé conseiller en communication de François Hollande. Dans l'ombre, il tente tout pour améliorer son image auprès des médias et des Français.
    Mais vite, les crises s'enchaînent. Le Mali, la Syrie et, surtout, les attentats les plus sanglants de notre histoire... En parallèle, les menaces contre le président se multiplient. La montée du Front national, le retour de Nicolas Sarkozy, les frondeurs, un Premier ministre trop ambitieux, cette nouvelle génération qui pousse, brille. Avec, parmi eux, un ancien camarade de l'ENA, Emmanuel Macron, qui prend de plus en plus de place.
    De tout cela, Gaspard Gantzer a pris des notes quotidiennes. Jour après jour, jusqu'au dernier, il raconte, de l'intérieur et au plus près du président, les trahisons, les coups bas et les épreuves. Les chroniques édifiantes d'un quinquennat hors du commun.

  • Contre-courants politiques

    Yves Citton

    • Fayard
    • 3 Octobre 2018

    «  La gauche  », «  la droite  », ça n'existe plus   dit-on. Il n'y aurait que des innovations en marche, et des réformes imposées au pas de course. Mais dans quelle direction  ? Selon quels principes d'orientation  ?
    Ce petit livre espère nous réorienter à partir d'un angle peu usité dans nos débats politiques  : celui de la sensibilité littéraire. À l'ineptie médiatique des petites phrases, il oppose les vertus poétiques et politiques des nouveaux mots. Une vingtaine de termes insolites sont proposés pour représenter les tensions sous-jacentes à nos problèmes contemporains. Organisée en polarités, cette panoplie espiègle de nouveaux -ismes décline et reconfigure la grande opposition droite-gauche sans pour autant l'abolir.
    Davantage que fonder un nouveau parti, il s'agit d'identifier de nouveaux courants, inséparables de leurs contre-courants. Plutôt qu'à choisir un camp, la littérature aide à saisir des tensions, qui nous traversent tous et toutes. Au lieu d'appeler à la guerre, elle invite à (se) sourire   nos problèmes étant bien trop graves pour être abandonnés à l'esprit de sérieux ou de faction.
      Yves Citton est professeur de littérature et media à l'université Paris 8 Vincennes-Saint Denis, et co-directeur de la revue Multitudes.
       

  • Ils sont à peine majeurs et se sont rêvés djihadistes. Ils sont en prison et déjà sur le point d'en sortir. Ils ont voulu combattre la France. Elle doit à la fois les punir, s'en protéger et les réintégrer.
    Celle-ci a 19 ans et a tenté de « monter à Paris » pour aller « tuer des gens » et faire « pire qu'au Bataclan ». Celui-là a quitté sa famille pour la Syrie, d'où il est revenu, plein de haine, décidé à frapper son propre pays. Ceux-là s'aimaient en France, mais s'imaginaient un avenir meilleur au coeur de l'État Islamique.
    Leur point commun est d'avoir entrepris le pire, et d'avoir échoué.
    Revenus vivants, sans gloire ni martyre, tous sont poursuivis pour association de malfaiteurs terroristes. Ils posent à la justice l'énigme de leur parcours, du mépris de soi à la détestation des autres, de l'illusion d'une vie meilleure à l'appel du mal radical.
    La justice découvre en eux à la fois des enfants et des ennemis de la société française.
    En nous emmenant au coeur des audiences, Mathieu Delahousse élève chaque enquête au rang d'un récit véritable. Il ne nous épargne aucune des questions auxquelles le juge devra répondre en quelques heures. Il nous fait participer à cette justice rendue en notre nom et pour notre avenir.
    Mathieu Delahousse est grand reporter spécialiste des affaires judiciaires. Il a déjà publié plusieurs ouvrages, notamment La chambre des innocents (Flammarion, 2017), consacré aux victimes d'erreurs judiciaires.

  • « En tant quoeenvoyée spéciale en Tchétchénie, je suis fière, mais également profondément triste doeavoir pu apporter mon témoignage sur ce sombre conflit.
    En 1999, c?était mon devoir de journaliste ; aujourdoehui, cela reste mon devoir tout court. Coeest pourquoi joeai décidé de publier ces nouvelles pages sur cette guerre qui se perpétue dans loeindifférence quasi générale et dont on pourra bientôt dire quoeelle noeaura pas eu lieu. »

  • Les frontières du jihad

    Filiu-J.P

    • Fayard
    • 2 Novembre 2006

    Al-Qaida s'est implantée en Iraq à la faveur de l'invasion américaine et ne pourra en être éradiquée sans le concours des insurgés jusqu'à présent engagés dans le jihad. Le Président irakien a d'ailleurs tendu la main à tous les groupes armés qui rejetteraient Al-Qaida et son Premier ministre a proposé un « dialogue avec les rebelles ».
    L'adversaire le plus déterminé d'Al-Qaida en Afghanistan était le commandant Massoud, un héros du jihad de libération anti-soviétique. Son assassinat par les sicaires de Ben Laden fut perpétré à l'avant-veille du 11-Septembre et scellait la transformation de l'Afghanistan en premier émirat terroriste de l'Histoire.
    Al-Qaida a cherché depuis dix ans à occuper durablement un territoire d'où projeter sa subversion terroriste. Elle nomadise d'une terre de jihad à l'autre pour y vampiriser les combats nationaux et les récupérer dans son jihad global. Tant que ce monopole du jihad lui est disputé, la guerre contre le terrorisme a toutes les chances d'être gagnée.
    Pour appréhender ce conflit fondamental au coeur du jihad, Jean-Pierre Filiu nous replonge aux racines historiques de l'Islam et brosse pour nous la fresque des jihads de résistance anti-coloniale. Il nous décrit la matrice des jihads contemporains en Afghanistan et l'importation dévastatrice en Bosnie, en Tchétchénie et au Cachemire de jihads qui y ont imposé leur joug à la population locale.
    Etrillée en Arabie saoudite, Al-Qaida a échoué avec Zarqaoui à exporter son jihad global en Jordanie. Et c'est en Iraq que l'organisation de Ben Laden, contestée au nom même du jihad, joue son avenir à quitte ou double.
    Comprendre les enjeux réels et les frontières de cette guerre des jihads, telle est l'ambition de ce livre nourri aux meilleures sources.

  • Lignes d'horizon

    Jacques Attali

    • Fayard
    • 3 Janvier 1990

    Devant nous, à la veille du troisième millénaire dont une brève décennie désormais nous sépare, quel nouvel ordre politique se profile ? quel développement ? quels rapports de pouvoir entre les nations ? quels styles de vie ? quelles tendances artistiques ?
    Nous entrons dans une période radicalement neuve : l'Histoire s'accélère, les blocs se dissolvent, la démocratie gagne partout du terrain, acteurs et enjeux nouveaux surgissent. Face à ces évolutions en apparence désordonnées, la mode est à se méfier des modèles, à s'abandonner au jeu des forces multiples qui agitent notre planète, à faire du marché le maître de toute chose, l'arbitre de toute culture.
    Je ne souscris pas à cette mode. Je crois au contraire que notre époque, comme les autres, est relativement explicable, que notre avenir peut être éclairé d'hypothèses sérieuses, qu'on est en droit d'esquisser des lignes d'horizon. A condition de jeter des ponts entre les innombrables apports des sciences sociales d'aujourd'hui et de s'en servir pour donner sens au foisonnement de faits qui surprennent notre quotidien.

  • Décidément, le monde n'est plus ce qu'il était... Il y a dix ans encore horizon indépassable des relations internationales, la souveraineté peine à maintenir ses positions face à l'émergence des valeurs communes à l'humanité et à la globalisation de l'économie. A vrai dire, elle recule un peu partout : de vieux Etats-nations doivent en sacrifier une partie pour s'intégrer à de plus grands ensembles ; l'ingérence a de moins en moins besoin de se parer des oripeaux des grands principes et passe à l'occasion pour un devoir ; certains Etats ne parviennent plus à garantir l'immunité de leurs ressortissants, voire de leurs anciens dirigeants... Bref, l'autorité des Etats n'est plus un dogme.

    Cette mutation - considérable - n'ayant pas fini de produire ses effets, les Etats gagneraient grandement à mener une politique moins brutale et moins cynique. Au lieu de se cramponner au couple dépendance/coopération du temps de la Guerre froide, ils pourraient, plus modestement, défendre celui que forment l'autonomie et l'interdépendance. Sans doute doivent-ils aussi développer l'esprit de responsabilité au détriment de la ruse (qui n'est rien d'autre que la violence déguisée).

    Beau programme pour le XXIe siècle !

    Bertrand Badie est professeur de science politique à l'Institut d'études politiques de Paris. Il a publié chez Fayard Les Deux Etats (1987), L'Etat importé (1992) et La Fin des territoires (1995).

  • Rompre les rangs

    Chacham-R

    • Fayard
    • 16 Avril 2003

    En janvier 2002, ha'aretz, grand quotidien libéral israélien, a publié une lettre signée par 52 soldats et officiers réservistes de l'armée israélienne, dans laquelle ils exprimaient leur refus de servir dans les territoires occupés. après avoir suscité un vif débat, la proclamation de ceux que l'on a appelés les « refuzniks » a sombré dans l'indifférence au milieu d'une avalanche d'attentats suicides. mais les questions qu'elle soulevait restent d'une brûlante actualité, alors que l'impasse politique paraît totale.
    Rompre les rangs est constitué des entretiens qu'a menés ronit chacham avec neuf des membres de ce mouvement. ils y exposent les raisons morales, religieuses ou politiques qui les ont poussés au refus, révélant des trajectoires individuelles extrêmement variées. aucun ne se considère comme un opposant ; bien au contraire, tous estiment défendre à travers leur attitude les valeurs fondamentales du judaïsme et du sionisme.
    Cet ouvrage offre surtout une extraordinaire radiographie de la société israélienne, de ses mythes et de ses croyances - ainsi le rôle fondamental qu'y joue l'armée ou la place prépondérante qu'occupe dans les consciences le souvenir obsédant de la shoah. voilà un portrait saisissant de « l'autre » israël, celui qui ne se résigne pas à la répression.

    Ronit chacham, née en israël, diplômée de littérature anglaise et de philosophie, vit actuellement à jérusalem.

    Traduit de l'anglais (etats-unis) par jean-paul mourlon

  • LoeAlgérie, le Maroc et la Tunisie ont constitué loeAfrique du Nord française. Ils forment aujourdoehui le Maghreb indépendant. Cet Occident des Arabes est devenu loeOrient proche des Français. Un monde à la fois voisin et très mal connu. Après les luttes anticoloniales, le tiers-mondisme triomphant et la seconde guerre doeAlgérie, le temps de la maturité est venu. Mais entre pouvoir autoritaire et menace islamique, la démocratie est-elle envisageable dans cette région du monde ? Coeest la question que pose cet essai et à laquelle il tente de répondre grâce à un éclairage historique approfondi. Le nationalisme arabo-musulman ne peut occulter vingt siècles doeune histoire complexe que les militants pour loeindépendance ont voulu gommer. A loeheure de la démocratie planétaire et du grand jeu américain au Proche-Orient, quel destin pour le Maghreb ? Poste avancé de loeAmérique dans le monde arabe, ou marge démocratique de loeUnion européenne ?

  • Les hommes révoltés

    Emmanuel Jousse

    • Fayard
    • 11 Janvier 2017

    Qu'est-ce que le réformisme ? Omniprésent dans le débat politique, le mot clive les gauches françaises en signifiant la trahison de l'idéal. L'opposition binaire entre réforme et révolution est cependant le fruit de controverses oubliées, qui pèsent lourdement sur les débats contemporains.
    Pour le comprendre, il faut remonter à Commune. Après 1871, le socialisme se définit comme un univers intellectuel autonome dans lequel émerge le réformisme. Pour celui-ci, la révolution ne se gagne ni sur une barricade, ni par un parti de classe. La réforme consiste à planter une graine de socialisme qui fera imploser le capitalisme. Trois décennies durant, cette tradition, souple et mouvante, traverse l'histoire du socialisme et de la République. Des figures sortent de l'ombre, de Brousse à Malon, de Jaurès à Millerand, jusqu'à Albert Thomas. Ce livre démontre la forte cohérence d'une tradition ancienne, originale, occultée depuis la Grande Guerre et la révolution d'Octobre.
    En revenant aux origines du socialisme français, Emmanuel Jousse donne des clés pour comprendre des enjeux contemporains essentiels pour la gauche française, en ces temps de profonds questionnements sur son identité et son rapport aux réformes.

  • La politique extérieure de la France s'ordonne autour de quelques idées simples: l'indépendance nationale, l'équilibre des blocs militaires dans le monde, la construction de l'Europe, le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, le développement des pays pauvres. Les textes réunis dans ce livre en feront apparaître la trame et la raison des choix qu'elles ont inspirés. On y relèvera à la fois la trace continue du sillon, creusé par le destin bientôt millénaire de la plus ancienne nation d'Europe, et la marque particulière qu'imprime à la vie d'un peuple celui qui le conduit.J'ai rencontré sur ce terrain, depuis le premier jour, l'adhésion du plus grand nombre des Français. On sait pourtant que la place que notre pays occupe dans le monde est mieux reconnue à l'extérieur de nos frontières qu'au dedans. C'est une constante de notre Histoire. Certains de nos compatriotes qu'habite une passion singulière, se sentent Espagnols ou brûlent pour l'Angleterre en oubliant d'être Français. D'autres plantent leurs oriflammes et campent à jamais sur des lignes Maginot où se terre, pour survivre, une patrie imaginaire. Dédaignons les collaborateurs. Négligeons les moines ligueurs. J'attache, en revanche, de l'importance aux observations de mes censeurs quand je sens qu'ils cherchent, comme moi, en passant par d'autres chemins, comment le mieux servir l'intérêt national. Bref, mes contradicteurs, lorsqu'ils sont sérieux, m'intéressent. Ils me permettront cependant de leur dire que je les vois trop souvent chausser des verres grossissants pour isoler un fait de ceux qui le précèdent et de ceux qui le suivent, au point de se priver de toute vue d'ensemble. Je souhaite, par ces textes, les convaincre de l'unité d'une démarche qui exprime de bout en bout l'ambition que, d'instinct, de passion, de raison je nourris pour la France. F.M.

  • Vendu à 400 000 exemplaires, le livre explosif qui a révélé des pratiques financières délictueuses et les collusions avec la mafia de l'entourage de Silvio Berlusconi, nouveau président du Conseil italien, qui contrôle de ce fait désormais cent pour cent de la télévision de son pays.L'auteur de l'introduction, Elio Veltri, est un député membre de la Commission Anti-mafia et Justice de la Chambre, proche de l'ancien juge Antonio di Pietro (« Mains propres ») ; Marco Travaglio est un journaliste d'investigation. Il écrit pour le quotidien La Repubblica (centre-gauche et très engagé sur les problèmes de la justice et de la lutte anti-corruption) et pour la revue de philosophie et de politique Micromega, qui a « relayé » dans l'opinion le travail des juges aux temps de « Mains propres », sur les thèmes de la corruption, de l'infiltration mafieuse, etc.

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