• La porte du poste de pilotage s'ouvrit à la volée. L'hôtesse du vol Paris-Bastia sortit, les mains sur la tête, le cou tordu par le canon d'un revolver. - Mesdames et messieurs... commença la jeune femme d'une voix étranglée. Elle s'interrompit effarée : au bout de l'allée, un passager s'était levé et s'avançait, tranquille, désinvolte. Il était grand, large et, sous sa tignasse blonde, luisaient deux prunelles bleu acier. Une vraie gueule d'aventurier songea-t-elle, en regrettant que sa dernière heure fût arrivée.

  • Des cris d'enfants s'échappaient de la fenêtre du premier étage. L'immeuble était à demi délabré, comme tous ceux de ce quartier misérable de Manille. - Madre de Dios, qu'est-ce que cette bande de pédés leur font faire encore à ces pauvres gosses ? s'écria une vieille femme qui passait en zigzaguant au milieu des tas d'ordures qui encombraient la chaussée. - Ils s'occupent de leur "bien-être" ricana un policier, assis sur une poubelle renversée. En rigolant, il désigna la plaque de tôle, apposée sur la porte d'entrée, qui annonçait pompeusement : "Association pour le bien-être de l'enfance". Là-haut, les sanglots reprirent de plus belle...

  • Quand José Varano sortit du bordel, avec une bonne dizaine de verres d'aguardiente dans le nez, il était complètement ivre. Se prenant le pied dans une racine, il s'étala de tout son long, assommé par l'alcool. L'homme qui le suivait se pencha sur lui : - Ne crois pas que tu vas t'en tirer comme ça, pauvre con ! Je t'ai vu avaler la pierre. Il va falloir me la rendre maintenant... L'homme avait déjà tiré son couteau et, aussi tranquillement qu'on fait glisser une fermeture Éclair, il éventra Varano, du sternum jusqu'au pubis. L'énorme émeraude était bien là, dans l'estomac du type, scintillant de mille feux au milieu d'un lac d'aguardiente.

  • Les deux matelots avaient déposé la cantine contenant le trésor dans le trou qu'ils avaient creusé sous le cocotier et, maintenant, ils suivaient, pelle sur l'épaule, la belle piratesse qui les guidait vers l'embarcation. D'un brusque bond, elle sauta dedans et se releva, brandissant un pistolet-mitrailleur. - Je vais vous descendre, annonca-t-elle d'une voix égale. Préférez-vous reposer dans une tombe de bon sable chaud ou être dévorés par les crabes ? - Merde, gémit Mimile, je te l'avais bien dit ! - Bah, répondit Totor, tu es toujours aussi pessimiste. Creusons, ça nous fera gagner du temps. La nuit était presque tombée. Les lucioles volaient en clignotant sous les cocotiers. Une rafale de pistolet-mitrailleur déchira le silence de la nuit tropicale...

  • Le chef des braconniers leva les bras, puis tira deux rafales. Un feu roulant se déclencha simultanément derrière lui. Les quatorze éléphants s'abattirent dans les hautes herbes, comme des quilles géantes. Les braconniers, se débarrassant de leur fusil, se précipitèrent sur les cadavres. Sous les coups de hache, les mâchoires des pachydermes éclataient avec de sinistres craquements. Au milieu de cette boucherie, erraient en gémissant des bébés éléphants, éclaboussés du sang de leur mère. Un jeune mâle, le ventre ouvert, essayait d'arracher ses propres entrailles du bout de ses petites défenses. Sans doute, espérait-il ainsi abréger ses souffrances...

  • D'abord, il s'était contenté d'accélérer le pas. Mais les deux hommes qui le suivaient maintenaient la distance. Maintenant, il courait pour échapper à l'horreur, dévalant les ruelles de la favela de Salgueiro, l'une des quatre cents bidonvilles bâtis sur les collines qui encerclaient Rio. Ses poursuivants trébuchaient comme lui dans les escaliers, et dérapaient dans les pentes. Il était plus jeune qu'eux, c'était sa chance. Mais ils étaient plus lourds que lui, et c'étaient leur chance. En se retournant dans un virage, entre deux cahutes de planches, il vit briller les rasoirs dans leur main.

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