• Pierre Sky l'enchanté

    Sébastien Smirou

    • Marest
    • 10 Octobre 2019

    Sébastien Smirou est écrivain, mais aussi psychanalyste. Il a eu pour patient Pierre Sky, sociologue du langage dont les éditions Marest ont publié en 2019 l'unique essai : Chant-contre-chant. Dans Pierre Sky l'enchanté, Smirou fait le récit de sa relation avec ce patient qu'il a suivi jusqu'à son suicide en 2015.

    À la fois enquête, réflexion sur le langage et la parole, éloge aux sens ou aux arts, ce texte raconte aussi l'impossible résolution d'une énigme, celle du sentiment d'étrangeté aux autres, celle des origines. C'est avant tout l'aventure désespérée d'une quête identitaire, l'histoire tragique d'un homme qui, oublieux de son père, contemple le ciel à la recherche de sa mère.

  • "Je suis souvent gêné par les textes psychanalytiques écrits « sur » tel livre, telle sculpture, tel tableau, tel film ; mais je ne suis gêné que lorsqu'ils s'ignorent eux-mêmes. S'ils tiennent explicitement lieu d'exercices psychanalytiques, comme le musicien fait des gammes en vue de pouvoir jouer ensuite à son aise, l'esprit plus agile, s'ils permettent à leur auteur de progresser dans la compréhension de son propre appareil psychique, aucun problème. Mais lorsqu'ils prétendent simplement révéler la vérité subjective d'un artiste au prix d'un travail de recherche et d'élaboration théorique, ils perdent beaucoup de crédit à mes yeux. Il n'y a tout simplement pas de psychanalyse possible hors transfert. Dans ce livre, le seul transfert qu'on puisse y observer est le mien, sur Robert Capa".

    Des notes prises par un narrateur-chercheur entre octobre 2013 et août 2014 forment une fiction psychanalytique où l'on découvre un Robert Capa, épris du danger qui lui donne toute la mesure de la vie et sauvant ainsi celle de sa mère, et pris dans l'impossibilité de témoigner des camps. Déroulant la pellicule de cette existence en fusion où le danger n'est jamais assez proche, l'auteur déjoue sa propre culpabilité et renoue avec sa judéité.

  • À l'origine, un travail thérapeutique avec des enfants, et le sandwich de la pause, une commande pour une anthologie de poésie destinée à la jeunesse, une lettre cryptée de Sand à Musset dans laquelle elle mixe une prose d'amour très chaste et un billet plein de fougue érotique (il suffit pour le voir apparaître de ne lire qu'une ligne sur deux : les lignes les plus crues sont comme prises « en sandwich » par les autres). Mais Sébastien Smirou a renforcé la contrainte initiale, en créant un « sandwich double » : le poème intégral y dissimule non pas un mais deux autres textes : celui que forment seuls ses vers impairs, puis celui que forment ses seuls vers pairs. Au final le sandwich double est donc triple...

    On peut...

  • Mon laurent

    Sébastien Smirou

    • P.o.l
    • 4 Décembre 2003

    Au bout d'un temps d'exposition variable mais long, l'intensité du regard qu'on porte sur Laurent de Médicis change en intimité sa profondeur. Lorsqu'on s'en aperçoit, je sais qu'on pense il me regarde aussi, et qu'on ne l'en aime en retour que davantage. (On pense plus vite qu'on ne croit). Dans cette histoire, Mon Laurent compose un poste d'observation des regards, un point de vue mobile, télescopique, infiniment souple. C'est de votre oeil - position, acuité, densité - que dépend ainsi sa capacité à retourner le sablier, à changer son intimité en profondeur. Lorsqu'on y est, je crois qu'on pense ce livre me regarde aussi.

  • Beau voir

    Sébastien Smirou

    • P.o.l
    • 15 Mai 2008

    Cette fois, c'est autour d'un bestiaire que le « poste d'observation des regards » s'est constitué - en miroir, donc. Mais bien qu'il débute par un lion et qu'il ordonne ensuite classiquement les animaux en fonction de leur degré de sauvagerie et de leur taille, il s'inscrit davantage dans une vision profane du genre que dans sa visée chrétienne. Pas de vertu particulière à mettre en scène, pas de dindon de la farce, pas de fable à raconter ; juste la tentative, à chaque fois, de mieux cerner « l'animal que donc je suis », pour reprendre la dernière grande formule de Jacques Derrida. Par différence avec lui, ou plutôt par différence avec chacun d'entre eux , à l'infini de la Création.
    Sébastien Smirou s'inflitre donne à voir des images denses, irréductibles, éclatantes. Il s'agit avec elles d'absorber et de concentrer le regard sur un plan défini plutôt que de le laisser se diluer dans une profondeur in(dé)terminable. Comme si au lieu de revenir à lui-même en boomerang après avoir atteint sa cible, ce regard venait s'écraser au retour, à mi-distance, contre un miroir sans tain apparu par miracle. Toute la matière dont il s'était chargé viendrait alors s'étaler par diffraction sur l'ensemble de la surface, dans une lumière inédite, et dans l'oubli de sa destination première. C'est ce tableau rêvé que cherche à produire chaque poème de Beau voir, avec les outils de l'écrivain.

  • « La poésie n'est pas seule », elle est entourée, traversée, mais elle fait aussi le tour de son terrain et l'enjambe. Nous avançons, un pied dans le passé et la transformation de ses éléments, un pied dans leur présent quasi-mythique.
    Avec, au sommaire : Roger Giroux, Christophe Mescolini, Alain Cressan, Michèle Cohen-Halimi, Rémi Froger, Jean Daive, J.H. Prynne, Jean-Michel Fauquet (avec F. Cohen), Marie-louise Chapelle, Marie Rousset, Laurent Prost, Sébastien Smirou, Frédéric Forte, + Sylvain Lazarus. (Dessins : François Matton).

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