• C'est sans doute la scène la plus célèbre de toute l'histoire du cinéma, la fameuse « scène de la douche » de Psychose ; son influence est telle que ne cessent de se multiplier les hommages, de Brian De Palma à Francis Ford Coppola, de Gus Van Sant à David Fincher, des séries Bates Motel aux oeuvres d'artistes contemporains tels Douglas Gordon, Pierre Huyghe, Cindy Sherman.

    Le phénomène est décortiqué, sous toutes ses coutures, par Sébastien Rongier dans Alma a adoré, où il met en lumière l'importance du film d'Alfred Hitchcock, en faisant appel aux réflexions de penseurs tels qu'Emmanuel Kant ou Roland Barthes, tout est en démontrant la primauté de ce véritable emblème de la Pop Culture, un pur « effet cinéma ». Par ailleurs, ce texte, traversant les prolongements littéraires et cinématographiques du film, développe une vision très personnelle de cette oeuvre, l'auteur étant l'une des premières victimes de cet « Effet Psycho ».

  • Le cinéma s'est imposé à la fois comme valeur culturelle et comme patrimoine. Il est une source d'inspiration et d'interrogation pour les autres formes artistiques.
    Dans les années 1990-2000, l'art contemporain a largement accueilli les images cinématographiques, à la fois comme citation, référence et expérimentation des formes. Cette période a vu éclore de nombreuses oeuvres, d'importantes expositions aux quatre coins du monde.
    Cinématière dresse la généalogie des conditions d'exposition de ces formes, des débats esthétiques et artistiques qui ont nourri cette relation entre cinéma et art contemporain. Cette étude vise à combler un manque en offrant une synthèse des relations du cinéma avec l'art contemporain ou la littérature, et crée le concept de cinématière pour comprendre la plasticité des matériaux esthétiques et les déplacements de l'idée d'image.
    En s'appuyant sur de nombreux artistes et écrivains (de Pierre Huyghe à Eija-Liisa Ahtila, de Brice Dellsperger à Christoph Girardet, de Douglas Gordon à Vibeke Tandberg, de Tanguy Viel à Claro, d'Eric Rondepierre à Patrick Chatelier), l'essai de Sébastien Rongier explore l'expérience d'une génération, la replace dans une perspective historique et éclaire la place centrale d'Alfred Hitchcock dans nos représentations contemporaines.

  • Marcel Duchamp a transformé les formes de l'art moderne avec des oeuvres emblématiques comme Nu descendant un escalier ou Fontaine. Entre deux voyages, l'invention de ready-mades ou l'abandon de la peinture, celui qui aura fait de son emploi du temps une oeuvre d'art, a encore le désir d'aller au cinéma.
    Car Duchamp est un spectateur assidu. Comme la plupart de ses contemporains, il aime Charlot.
    Mais sait-on que l'auteur du Grand verre est également un acteur et un cinéaste, un bricoleur de formes cinématographiques et un inventeur d'une poésie de cinéma, notamment grâce à la  gure de Rrose Sélavy, véritable star cinématographique de l'univers duchampien ? Au  l d'une existence voyageuse entre la France et les États-Unis, Duchamp multiplie les rencontres, les jeux d'in uences et les expériences avec le cinéma.
    Ses amitiés avec Francis Picabia, Man Ray, Hans Richter ou Henri-Pierre Roché, permettent de découvrir la traversée d'un siècle duchampien artistique et cinématographique, nous conduisant de Chaplin à Tru aut en passant par ses oeuvres cinématographiques : auteur d'Anémic cinéma, acteur d'Entr'acte et de nombreux autres  lms, jusqu'aux images d'Andy Warhol. Ce que Duchamp sait faire mieux que quiconque, c'est de faire tourner le cinéma, y compris en rond.

  • Conscient que sa tentative de fuir l'Europe était vouée à l'échec, Walter Benjamin s'est suicidé à Port-Bou en 1940.
    Avec lui, c'est une part de la conscience européenne qui a trouvé la mort.
    Sébastien Rongier s'est retrouvé par hasard dans la petite localité espagnole, lieu à la fois solaire et tragique où les apports majeurs de l'écrivain et philosophe allemand à l'histoire de l'art et de la pensée prennent un relief particulier.
    Où mieux qu'ici prendre conscience de la fragilité d'une pensée face au totalitarisme ? L'auteur trace le chemin qui l'a conduit vers ce penseur, au milieu des livres et des villes. Il dessine son portrait, entre souvenirs et mémoire des dernières années de l'existence de Benjamin. Celui qui avait à coeur de penser en dehors des systèmes s'est pourtant retrouvé acculé dans une impasse par le pire des systèmes qui soient. Et c'est autant l'impossibilité de penser autrement que celle de fuir qui l'a conduit à son geste fatal.
    En ce début de XXIe siècle, cette impossibilité ne menace-t-elle pas à nouveau ?

  • Les fantômes sont partout : dans la littérature comme dans le cinéma, la photographie, la peinture, la philosophie, les sciences, la technologie et même dans notre vie psychique. Mais qu'est-ce qu'un fantôme ? L'essai Théorie des fantômes tente d'offrir une réponse à cette question. Le fantôme est certes une figure de la peur, mais se pencher sur les formes de la revenance, c'est apprendre à penser les images et les formes artistiques. Envisager le fantôme comme mode de définition de l'image, c'est revenir aux sources culturelles de l'image (étymologies, formes artistiques, questions esthétiques et philosophiques). Ce parcours permet de penser le fantôme comme enjeu esthétique mais aussi question anthropologique puisque le fantôme nous place devant une représentation de la mort et un dispositif de mémoire. Qu'est-ce qu'un fantôme ? Réponse qui, de Pline à Derrida, de Platon à Spinoza, de Poussin à Hippolyte Bayard, de Homère à Shakespeare, de Hitchcock à M. Night Shyamalan, de Botticelli à Mankiewicz, de Kubrick à Benjamin, d'Aristote à Boccace, de Dante à Oliveira, de Barthes à Alain Cavalier, de Mesmer à Billy Wilder, de Proust au Général Instin, cherche à donner les contours esthétiques du fantomatique et des images en s'appuyant sur de nombreuses analyses d'oeuvres littéraires, artistiques et cinématographiques. Cette hantise de la mort qui traverse les oeuvres et la pensée nous permet d'envisager le fantôme comme un acte esthétique fondamental.

  • Quand on aura traversé les lieux de l'enfance, les souvenirs et la forme des villes, on fera face à la dislocation des journées.
    On affrontera un mot, accident, qui n'interrompra jamais la brutalité d'une disparition : au petit matin, un samedi de juin, une camionnette percute une voiture sur une route de vendée. a paris, le téléphone sonne dans l'appartement d'un jeune homme.

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    Sébastien Rongier

    • Fayard
    • 19 Août 2015

    Il y a cet homme qui a gardé le réflexe de tendre la main sous la table pour caresser son chien, alors que son chien est mort. Cette femme qui boit du Get 27 pour oublier que son amant ne viendra pas. Ce militant d'extrême droite qui cherche à embrigader le patron de la brasserie. À l'abri des regards, dans la cuisine, il y a le rescapé d'une nuit d'octobre. Et puis il y a l'enfant. L'enfant qu'un adulte accompagnait mais qui est seul à présent devant son verre vide. L'enfant qui attend que l'adulte revienne.
    Nous sommes en 1978, dans une brasserie près de la cathédrale de Sens. C'est un instantané de la France et d'une époque. Mais aussi le récit atemporel et poignant de la perte de l'enfance, dans le bourdonnement indifférent de cette ruche française.

    Sébastien Rongier fait d'un café une chambre d'échos, où résonnent les voix d'un pays venant tout juste de basculer dans la crise. Avec les guerres mondiales et coloniales, le paysage social se décompose et se recompose. Et les différentes lignes de forces du passé et du présent se croisent toutes, dans ce bar, dressant un portrait à la fois morcelé et puissant du xxe siècle français.

  • Elle a été socratique, rhétorique ou tragique.
    On en a fait un trait d'esprit, une forme de sarcasme ou de cynisme. On l'a dite douce ou mordante. On lui a donné des vertus politiques (jusqu'aux sombres utilisations berlusconiennes). Elle a revêtu l'ombre du sort avant de devenir une posture mondaine. Tout est ironique. Tout peut le devenir à peu de frais. Tel livre, tel film, telle oeuvre d'art, tel (bon) mot entouré d'oeillades appuyées, tel rictus contenu mais tremblant à la commissure des lèvres, tout devient, ou est devenu ironie.
    C'est la posture de l'époque, l'estampillage facile qui désigne les nouvelles futilités du sens, l'alibi ou le vernis culturel d'une vacuité bientôt revendiquée. Souvenons-nous de Socrate, premier écart d'une pensée qui déroute nos certitudes. Mais Platon veillait au grain et la philosophie a vite oublié cette forme de complexité. Dès lors le malentendu s'est installé. pour longtemps. Ces avatars historiques et philosophiques n'ont pourtant pas épuisé toute l'énergie de l'ironie.
    L'ambition de ce livre est de retracer l'aventure philosophique de ce concept en reconsidérant ses enjeux critiques à partir de traits essentiels : l'invention d'un retard, un esprit de déplacement et de claudication, une certaine idée de l'écart et de la modernité, une inconciliation. L'auteur porte ici le débat esthétique sur les images et le cinéma. En confrontant la dynamique ironique à la question du remake, il étend la critique aux industries culturelles.
    Contre les programmations du regard, l'ironie ouvre un chemin critique, à l'écart des habitudes.

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