• Pour le dire un peu brutalement, et pour la rime, le Petit Remplacement c'est le changement de classe, le Grand Remplacement c'est le changement de race. Plus pre´cise´ment, le Petit Remplacement c'est le changement de classe de re´fe´rence culturelle (passage de la bourgeoisie a` la petite bourgeoi- sie), le Grand Remplacement c'est la substitution ethnique (passage des indige`nes aux alloge`nes). Le Petit Remplacement c'est le changement de culture. Le Grand Remplacement c'est le changement de civilisation. Le Petit Remplacement c'est le changement d'histoire. Le Grand Remplacement c'est le changement de peuple. Le Petit Remplacement c'est le changement de sens. Le Grand Remplacement c'est le change- ment de sang. Le Grand Remplacement n'est rendu possible que par le Petit. Toutefois il l'acce´le`re a` son tour. L'interaction est re´ciproque. Ils peuvent d'ailleurs se combiner a` merveille - dans la musique, en particulier, ou la danse (la Fe^te de la Musique a` l'E´lyse´e, par exemple, en 2018, c'e´tait a` la perfection les deux remplacements en un seul).
    On a re´uni dans ce recueil six essais parus se´pare´ment depuis le de´but du sie`cle : La Dictature de la petite bourgeoisie (Privat, 2005, Chez l'auteur, 2016); La Grande De´culturation (Fayard, 2008, Chez l'auteur, 2018) ; De´civilisation (Fayard, 2011, Chez l'au- teur, 2018) ; Les Inhe´ritiers (Chez l'auteur, 2012 ; nouvelle e´dition, 2018) ; La Civilisation des pre´noms (Chez l'auteur, 2014 ; nouvelle e´dition, 2018) et Le Mot «musique» (Chez l'auteur, 2018). Ce volume-ci, on l'aura compris, est le livre fre`re du Grand Remplacement.

  • Nightsound

    Renaud Camus

    • P.o.l
    • 15 Juin 2000

    Nightsound est un tableau de Josef Albers, un " Hommage au Carré " tardif et sombre, actuellement conservé au château de Plieux, dans le Gers.
    Il donne son titre à cet essai sur l'artiste germano-américain (1888-1976), rapproché ici de la mystique rhénane et de la théologie négative, de l'exploration des modes de la Présence, et de la figuration (non-figurative) de Ce-qui-n'a-pas-de-Nom. Six Prayers est le chef-d'oeuvre d'Anni Albers (1899-1994). C'est un ensemble de six tapisseries, commande du Jewish Museum de New York à la mémoire des victimes des camps de concentration.
    Le texte de Renaud Camus accompagnait l'exposition rétrospective du Musée des Arts décoratifs de Pairs, à l'occasion du centenaire de l'artiste.

  • Après un premier volume consacré à la moitié méridionale de la grande-bretagne, et avant un troisième, qui traitera du nord de l'angleterre, de l'ecosse et de l'irlande, renaud camus, dans ce deuxième tome des demeures de l'esprit, passe en revue les maisons d'écrivains, d'artistes, de savants ou de penseurs du quart sud-ouest de la france : régions d'aquitaine, de poitou-charentes, limousin, auvergne, languedoc-roussillon, midi-pyrénées ; demeures de loti, de mauriac, de montaigne, de maillol, de toulouse-lautrec, fénelon, marguerite de navarre, bernart de ventadour et bien d'autres.

    Le critère essentiel est que ces demeures soient ouvertes au public. leur intérêt et leur séduction ne sont pas envisagés ensuite selon leur beauté propre ou selon le mérite de leur hôte principal, mais selon leur qualité conservée ou perdue d'habitation, pour un créateur. ainsi le magnifique hautefort fait une très mauvaise demeure de l'esprit, pour bertran de born, tandis que le modeste cayla parle en chacune de ses pierres, et à travers la moindre de ses fenêtres, de maurice de guérin et de sa soeur. pierre benoit a une bien meilleure maison d'écrivain que jean giraudoux. abbadia, la folle résidence d'antoine d'abbadie d'arrast au-dessus des vagues du golfe de gascogne est mille fois plus éloquente que la maison natale de champollion à figeac, qui n'a plus rien d'une maison natale, et pas grand-chose d'une maison.


    Table détaillée en fin de volume avec appréciations résumées et renseignements pratiques.

  • Tricks

    Renaud Camus

    Ceci n'est pas un livre pornographique. Ni exploitation commerciale du sexe, ni tentative de titillation du lecteur : ratages et demi-fiascos, contingences et ridicules sont relatés au même titre que les plaisirs les plus heureusement partagés. Nulle prouesse. Ceci n'est pas un livre érotique. L'art du narrateur, si art il y a, ne consiste pas en un effort pour rendre plus poétique le récit, plus culturel, plus relevé ni, partant, plus acceptable socialement. Pas d'esthétisme. Ceci n'est pas un livre scientifique, certes, pas même un document sociologique. Les épisodes rapportés ne doivent leur agencement qu'au hasard, ou aux déterminations les plus subjectives. Ce livre essaie de dire la sexualité, en l'occurrence l'homosexualité comme si ce combat-là était déjà gagné, et résolus les problèmes que pose un tel projet : tranquillement.

  • Aux différents textes réunis dans les précédentes éditions de cet ouvrage on a ajouté ceux de plusieurs conférences et articles plus récents, dont la plu­part tendent à dégager le "concept" de "remplacisme global" : c'est le nom que propose l'auteur pour

  • Découvrez Septembre absolu - Journal 2011, le livre de Renaud Camus. Mercredi 21 septembre.  J'ai beau me saouler de travail et ne sortir pratiquement pas de cette bibliothèque, je bois à grandes lampées l'élixir de septembre, qui d'ailleurs n'est nulle part si enivrant qu'entre ces pans de livres. Les Pyrénées complaisantes, pour la première fois de la saison, sont apparues dans le soleil au-dessus de la canopée, comme en hiver.Pourtant nous sommes encore en été, je crois bien. Le matin semblait le penser aussi, sans y tenir plus que cela. C'est cela, l'enchantement de septembre : il n'y tient pas. Creusé qu'il est du temps qui fut (weather aussi bien que time), il habite avec nonchalance le pays des morts.Je regrette de m?être laissé influencer une ou deux fois déjà, jadis et naguère, par mon entourage qui a poussé les hauts cris à l'idée d'un volume de ce journal qui se serait appelé Septembre absolu.  C'est pourtant bien de cela qu'il s'agit. Toute la journée s'est écoulée dans la splendeur discrète de ce mois détaché des choses, tranquillement revenu de tout, et qui n'en fait pas une affaire. Entré sans manières par les fenêtres, il prenait ses aises entre les rayonnages, dans les fauteuils, sur les tapis, jusqu'entre les dalles de notre carrelage décrié.Nous vivons sans doute les dernières heures de l'absolutisme. C'est aussi ce qui le rend irrésistible.

  • Lire est de même se retirer du monde, peu ou prou, s'approcher de la fontaine, traiter de pair à compagnon avec la nuit.
    " Je n'y suis pas ", dit l'homme qui lit : je suis sorti de moi par l'oeil, le souffle et la virgule, ce corps n'est celui de personne, respectez-le comme tel, vous avez raison d'avoir peur. Toute phrase est uns clef des champs. Mais les champs sont à leur tour autant d'incipit, les bois des guillemets, dans cette ferme abandonnée nous aurions tort de ne pas reconnaître une victime, encore une, de la concordance implacable des temps.
    Je parle d'une source : c'est une source qui parle.

  • Le neuvième volume de la collection Demeures de l'esprit est le premier qui soit consacré à l'Italie, en l'occurrence à l'Italie du Nord, Lombardie, Vénétie, Frioul-Vénétie julienne, Ligurie, Émilie-Romagne, etc. Les compositeurs y sont fortement représentés, notamment Verdi, bien entendu, par sa maison natale, celle de son âge mûr et celle de son protecteur et beau-père Antonio Barezzi ; mais aussi Donizetti, Ponchielli, et, plus inattendu, Mahler, pour sa maison de vacances de Dobbiaco, dans les Dolomites - de son temps Toblach, alors en territoire autrichien. Les peintres sont quatre : Titien dans les Dolomites également ; Cima da Coneglianio dans la petite ville qui lui a donné son nom ; Mariano Fortuny dans son fameux palais de Venise ; et Giorgio Morandi dans ses deux résidences austères et quasiment cénobitiques, celle de Bologne et celle de Grizzana Morandi, dans les Apennins d'Émilie. On peut leur ajouter Canova, le sculpteur. Quant aux écrivains ils vont des plus illustres, tels Pétrarque, l'Arioste, Goldoni ou Manzoni aux moins connus hors d'Italie, et même peut-être en Italie, tels l'étrange Alfredo Oriani ou le crépusculaire poète Marino Moretti, sur les rivages de Romagne. Le plus excentrique et le plus fastueusement logé est certainement D'Annunzio, en son énorme Vittoriale, au-dessus du lac de Garde. Ajoutons à cette liste incomplète deux étrangers à la gloire assez différente : Alfred Nobel, le chimiste et fondateur de prix, déjà rencontré en Suède mais qui mourut dans sa riche maison de Gênes ; et Rainer Maria Rilke, qui écrivit à Duino, forteresse des La Tour et Taxis en surplomb de l'Adriatique, ses Élégies du même nom.

  • Le dixième volume des Demeures de l'esprit est aussi le cinquième de la série française et, après le Sud-Ouest, le Nord-Ouest, le Nord-Est et le Sud-Est, il est consacré aux maisons d'écrivains, d'artistes, de compositeurs, d'inventeurs ou de grands intellectuels de la région parisienne, plus exactement de l'Île-de-France, moins Paris.
    De ces maisons, la plus fidèle à son grand homme, et sans doute la plus séduisante, est celle de Ravel à Montfort-l'Amaury. Parmi les demeures de musiciens, elle n'a pas de mal à l'emporter sur la maison natale de Debussy à Saint-Germain-en-Laye, qui n'est hélas qu'un musée, flanquée d'un office du tourisme. Le Prieuré de Maurice Denis, dans la même ville, est lui aussi un musée plus qu'une habitation mais dans son cas c'est plus légitime, les oeuvres d'art y abondent, de même qu'à Meudon chez Rodin, non loin de là. Et si la muséification a frappé un peu trop fort, sans les dépouiller tout à fait de leur charme et de leur intérêt, la maison de Mallarmé à Valvins ou celle de Cocteau à Milly-la-Forêt, elle a laissé intacte celle de Foujita à Villiers-le-Bâcle ou celle de Pierre Mac Orlan à Saint-Cyr-sur-Morin.
    La plus modeste est probablement celle où naquit Louis Braille à Coupvray, près de Meaux ; la plus fastueuse est sans doute la Vallée-aux-Loups, à Châtenay-Malabry, où Chateaubriand mena grand train dix années durant. Celle d'Aragon et d'Elsa Triolet à Saint-Arnoult-en-Yvelines est un vaste moulin ; celle de François Mauriac à Vémars est devenue la mairie du village. Rosa Bonheur habitait un château nommé By, à Thomery ; Jean-Jacques Rousseau une maison de poupée à Montmorency. Daubigny vivait en bourgeois à Auvers-sur-Oise, Jean-François Millet en rapin à Barbizon. À Bossuet un palais épiscopal, dans Meaux ; à Tourgueniev une datcha à Bougival, avec vue sur Pauline Viardot, dont le manoir est en contrebas. Quant au pauvre Alexandre Dumas, non loin de là, à Port-Marly, il ne profita que quelques mois de son opulente folie, Monte-Cristo.

    Table détaillée des sites en fin de volume avec appréciations et renseignements pratiques.

  • Poursuivant son grand panorama européen des maisons d'artistes, de compositeurs, d'écrivains, de penseurs et de savants, considérées comme un moyen d'accéder à l'intimité des cultures, des peuples et des civilisations, Renaud Camus, après le Danemark et la Norvège, la Grande-Bretagne, l'Irlande et la France, aborde la Suède, pays qui se distingue, malgré la vastitude géographique et les distances, par une grande homogénéité : presque tous les personnages de son panorama appartiennent grosso modo à la même époque, la deuxième moitié du XIXe et la première du XXe. Sauf exceptions princières ou bohèmes, ce ne sont ni de grands seigneurs dans des châteaux ni des artistes maudits dans des galetas. Ils habitent de plaisantes maisons de campagne, souvent très représentatives de leur art, et ils appartiennent à la même société. La plupart se sont étroitement connus, ce qui permet à l'auteur, selon un jeu de récurrences des noms et des figures, de brosser par le biais des habitations le tableau d'une littérature, d'une vie artistique et de l'esprit d'un peuple. En revanche, les différences sont grandes dans les degrés de célébrité internationale : si tout le monde connaît les noms de Strindberg, de Linné, d'Alfred Nobel ou de Selma Lagerlöf, voire, prix Nobel aidant, ceux de Verner von Heidenstam ou d'Erik-Axel Karlfeldt, le public français aura plus vraisemblablement l'occasion de découvrir ou de redécouvrir ici, outre le grand poète Gustav Fröding ou le mémorialiste thaumaturge Axel Munthe, un peu oublié malgré son succès mondial, des peintres comme Anders Zorn ou Bruno Liljefors, Bror Sahlström ou Carl Larsson, adoré dans son pays, des compositeurs tels qu'Alfvén ou Peterson-Berger, des sculpteurs, un médecin, un caricaturiste, des militantes féministes et même un fondateur de dénomination religieuse, le pittoresque Laestadius, père du laestadianisme, en sa lointaine Laponie.

  • Théâtre ce soir

    Renaud Camus

    'Théâtre ce soir' met en scène une famille traditionnelle dans un décor très traditionnel , et presque caricaturalement tel - d'où le titre : père bourgeois, mère bourgeoise, fils, fille et la bonne. Seulement ils ne tiennent pas exactement les propos que l'on attendrait d'eux. La bonne, par exemple, est la voix de la grammaire, du juste mot, de l'hyper-correction, du beau langage : elle parle comme un dictionnaire des difficultés du français classique et contemporain. La mère n'a de souci que le combat contre les inégalités, les discriminations, le racisme, l'impérialisme américain, le mondialisme, les délocalisations, l'insécurité de l'emploi et toutes les injustices. Le père n'a d'autre thème que sa passion sentimentale et sexuelle pour un jeune homme qu'il voit tous les matins à l'abri d'autobus.
    Il n'y a aucun échange entre les personnages. Chacun poursuit son idée, dans son idiolecte particulier. Ils semblent ne pas s'entendre et ne pas s'en soucier.
    Mais, coup de théâtre, le Christ s'invite...

  • Aguets ; journal 1988

    Renaud Camus

    «Cette fois nous n'avons plus le prétexte de Rome, de l'Italie, du voyage, du spectacle du monde : el viajo que narro es... autour de ma chambre, comme dit Carlos Argentino Daneri, l'admirable et ridicule poète, "Second Prix National de Littérature", que Borges met cruellement en scène dans son Aleph. Et les "aguets" dont il est ici question sont bien souvent déçus, fatalement. Peuvent-ils offrir autre chose, dès lors, qu'une "décevante" lecture? Pertinente inquiétude, certes, si je puis me permettre. "Tandis que, d'un autre côté...", comme dit cette fois Laforgue, qu'en serait-il, je vous prie, d'une lecture qui ne serait pas "décevante" ? La littérature ? nous n'y prétendons pas tout à fait, "mais tout de même" ? la littérature ne commence-t-elle pas à la phrase qui ne fait pas absolument son travail, qui ne dit pas exactement ce qu'on s'attendrait à ce qu'elle dît, qui ne donne pas ce qu'on a payé pour qu'elle nous fasse entendre? Et le comble de la forme "journal", d'autre part, son essence, sa fin, son fin des fins, ne serait-ce pas de montrer un homme qui tiendrait avec une si maniaque assiduité son journal qu'il ne pourrait plus avoir d'autre activité journalière que celle-là, puisqu'elle lui prendrait tout son temps? J'écris que j'écris Aguets, voilà quoi. Si notre scribe avait une existence palpitante, au contraire, s'il faisait tous les matins la révolution, l'après-midi la guerre, le soir l'amour et la nuit la critique de la Raison pure, non sans déjeuner entre temps avec Gorbatchev, goûter avec le prétendant au trône de Moldavie pour finalement dîner avec Arielle Dombasle, ou Marie-France Garaud, voire Bertrand Poirot-Delpech, ou l'inverse, je ne sais plus, il se ferait la part trop belle, à mon avis, et ce ne serait plus de jeu, vraiment. Ici rien de tel, rassurez-vous. Rien dans les mains, rien dans les poches (encore que...). Lisez Aguets, je ne saurais trop vous le conseiller : on s'y tient les côtes de bout en bout. C'est un bloc de pur glamour. Et l'on reste pantois de voir l'univers entier avec ses plages, ses bars, ses basiliques, ses cuisines, ses critiques littéraires, ses tragédies et ses beaux promenoirs, tenir à l'aise dans une si mince plaquette.»

  • Etc ; abécédaire

    Renaud Camus

    Abécédaire d'une "oeuvre" en grande partie imaginaire, fantasmée, dérobée - d'un désir d'oeuvre, plutôt.
    Carte infiniment extensible, en son principe, et qui pourrait finir, n'y prendrait-on garde, augmenterait-on l'échelle, par devenir si vaste qu'elle recouvrirait entièrement le pays dont elle se prétend la carte - jusqu'à pouvoir se substituer à lui, qui sait (plus précise, même, en de certaines parties, que cette contrée élusive inachevée).

  • Le département de l'Hérault n'est pas ce que l'on croit.
    En fait il en est peu, parmi les départements français, qui ressemblent moins à leur image. On pense à lui, on voit des plaines viticoles et des plages. Pour la plus grande part, cependant, il ressemble plus à la Lozère qu'à la Côte d'Azur. Entre Cap-d'Agde et Saint-Jean-de-Buèges, entre Lunel et Saint-Pons-de-Thomières, il ne se ressemble même pas à lui-même. Et ce malentendu accroît sa solitude. Or, s'il est un des conservatoires de plusieurs civilisations à leur meilleur, et le laboratoire d'une ou deux autres - pas forcément très engageantes -, la solitude possède en lui nombre de ses hauts lieux.
    Mais elle est peut-être une civilisation, elle aussi ?.
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  • Ce volume est le neuvième de ses journaux annuels, inaugurés avec Journal romain. La série s'inscrit elle-même dans l'ensemble des "chroniques autobiographiques" de Camus, ouvert dès la fin des années soixante-dix avec Tricks et Journal d'un voyage en France (1980).
    Ce volume, bien qu'il prenne rang dans une suite déjà longue, marque incontestablement une étape. Un degré nouveau est franchi dans le dépouillement de soi, dans la franchise souvent cruelle de l'autoportrait à travers le temps, dans l'abandon des prudences personnelles, des précautions sociales et des pudeurs d'opinion. La série des journaux a toujours été pour Renaud Camus une sorte de "laboratoire central" d'où sortent tous ses autres ouvrages. Cette année 1994 a été particulièrement féconde en ce sens, car c'est de la crise qui s'y manifeste que sont issus des livres tels que P.A. et Vaisseaux brûlés, le gigantesque chantier littéraire de Renaud Camus sur Internet.
    Ce qu'on voit naître dans La Campagne de France, et dont on peut suivre jour après jour le processus d'élaboration, c'est justement la décision de l'écrivain de brûler tous ses vaisseaux. Aucun retour possible. Le grand feu dure encore..

  • Un voyageur arrive dans un château perdu. Quelques heures plus tard, il y fait une chute de sept mètres. La veille, dans le même édifice délabré, un artiste a installé une salle tout entière agencée autour d'une vaste composition de lui, la Carte des Vents. Victime d'une insolation, un chien tombe en catalepsie. Une sorte de régisseur, ou d'homme à tout faire, entretient avec le maître des lieux des relations bizarres, teintées de sado-masochisme. De l'autre bout de la terre arrive la nouvelle d'une mort. Dans la bibliothèque se réunit un atelier d'écriture, au bénéfice présumé d'une douzaine d'hommes et de femmes de tous âges et de toutes origines, en mal d'insertion ou de réinsertion sociales. Puis, comme on est à la Saint-Jean d'été, tout le monde se rend pour un dîner de pique-nique à la butte Sans-Nom, d'où l'on aperçoit tout le pays. Cependant on ne peut faire l'éloge d'un certain défunt, lors de son enterrement, parce que toute louange, ce jour-là, doit être réservée à D.

    Chacun des événements qui se nouent en un site unique sur une période très courte - quelques jours à peine - traîne après lui une cohorte de résonances, d'associations d'idées, de souvenirs, d'incertitudes, de répliques en miroir et de complications éparpillés sur une trentaine d'années, en des lieux aussi divers que la Bosnie-Herzégovine, l'île de Naxos, Tolède, Paris, Rome, le temple de la Sibylle à Tivoli, le cimetière de Bagneux ou le fin fond du Brésil.

    Douze lignes de récit. Onze styles. 12 fois 11, puis 11 fois 12 : 264 paragraphes. Chacun n'a qu'une seule phrase, de quelques mots ou de plusieurs pages. Dans chacune des deux parties, chaque combinaison d'un récit et d'un style ne se présente qu'une fois. Table des matières, avec titres.

  • Les Journaux de Renaud Camus participent-ils d´une entreprise échevelée d´écriture de la vie et, de fait, la vie passe dans ces pages... Ils sont, en tout cas, le lieu du délectable échange des heures avec les mots, des ciels avec les points et les virgules, des plaisirs avec les guillemets, des mélancolies mêmes avec les paragraphes. Sans doute, s´écrire ainsi tout entier, c´est jouir au plus près d´une fusion, fébrilement fabriquée sous l´instance complice de la langue, entre l´individu et tout ce que ses yeux, ses attentes, ses nerfs, ses colères, ses désirs, ses passions sont capables d´offrir à sa vigilance : tableaux, adagios, actualités, jardins, Bosnies et voluptés.

  • Ne lisez pas ce livre

    Renaud Camus

    " 1.
    Ne lisez pas ce livre ! Ne lisez pas ce livre ! " Tel était le premier des 999 paragraphes de P.A. (Petite Annonce), volume publié aux éditions P.O.L en 1997. Depuis lors P.A. s'est vu installer sur le net, l'espace qui lui était le plus approprié, et même le seul adéquat, peut-être, tant le cours du récit et du sens, en cette Annonce, loin d'être tendu de façon linéaire, du début vers une fin, comme dans les livres ordinaires, était fertile en carrefours, au contraire, en chemins de traverse, en pertes, en cavatines, en cavernes, en abymes - parenthèses dans la parenthèse et notes à la note à la note à la note, indéfiniment.
    En ce transfert d'un monde à l'autre, P.A. est devenu Vaisseaux brûlés, gigantesque atelier en expansion permanente, où chacun des paragraphes de l'ouvrage initial, chacune de ses phrases, chacun de ses mots, a vocation à engendrer une littérature arborescente, au gré de remords et d'ajouts. Pour ceux que n'inspirent pas le ciel cybernétique, cependant, et qui restent fidèles à l'encre et à la page, retour entre vos mains à l'édition classique : Ne lisez pas ce livre ! présente sur papier la postérité à ce jour du premier paragraphe de P.A., et donc de Vaisseaux brûlés (wwwperso.wanadoo.fr/renaud.camus).
    Un répertoire indique l'ordre des textes dans l'espace virtuel, tandis qu'une table des matières, selon l'usage, les énumère d'après leur succession de fait, à l'intérieur de ce volume. Entre ces deux ordres lisez, ne lisez pas, levez les yeux, promenez-vous, ne lisez pas, lisez.

  • Ce livre est la deuxième livraison sur papier du site Vaisseaux brûlés (perso.wanadoo.fr/renaud camus). Il se présente sous un faux nom. Son vrai titre est («Pallaksch, Pallaksch»). Mais ce titre était déjà pris, par un recueil de nouvelles de Liliane Giraudon, paru aux mêmes éditions P.O.L.
    «Pallaksch, Pallaksch» est le dernier vers du poème de Paul Celan, Tübingen, Janvier. Ce sont les mots que prononçait Hölderlin dans sa tour, à Tübingen, quand il voulait signifier à la fois oui et non. Dans le même temps il refusait qu´on l´appelle Hölderlin et demandait qu´on le nomme Killalusimeno. Lors de leur dernière entrevue, le jeudi saint de 1970, Heidegger proposa à Celan, pour l´été, un voyage en commun «sur les sites hölderliniens du haut Danube». Mais Celan se jeta dans la Seine, le 20 ou le 21 avril, du haut du pont Mirabeau.
    Un Roman, si l´on veut. On y croise aussi Ungern von Sternberg, Héraclite l´Obscur, «je», W., Warhol et le chien Horla.

  • Pendant l'année 1996, que couvre ce volume-ci de son journal, renaud camus organise à lectoure un festival, les nuits de l'âme, consacré à la musique contemporaine, à la musique ancienne et aux "musiques du monde". le château de plieux, dans le même temps, est le cadre d'une grande exposition des peintures et sculptures tardives de miro. il s'y tient aussi divers colloques, les devisées de plieux, sur le "thème du château" (chez thérèse d'avila, chez sade, chez kafka, etc.) ou bien autour de la question fameuse, reprise par heidegger à hölderin, habiter en poète (?). toutes occasions de recevoir et d'entendre des personnalités aussi diverses que philippe hersant, kudsi ergüner et ses musiciens soufi, esther lamandier, daniel mesguich, danielle sallenave, robert misrahi, jacques roubaud, michel deguy, etc l'année très "culturelle", en somme, d'un personnage presque "public". mais ce qui fait l'originalité de ce volume comme du journal de renaud camus en général, c'est que le "public" s'y trouve à tout moment subverti par l'intime, par une méditation d'une étonnante candeur sur l'amour, sur le temps, la solitude ou le paysage ; sur les voies et moyens plus ou moins efficaces, plus ou moins triviaux d'être là, un peu là... (et beaucoup ailleurs). renaud camus, né en 1946 à chamalières, est l'auteur d'une cinquantaine d'ouvrage,romans, essais, églogues, élégies, journaux de voyage et journaux sans voyage, auxquels il faut ajouter le vaste "vaisseaux brûlés". il vit depuis 1992 dans le gers, au château de plieux.

  • Est-ce que tu me souviens? est un livre tout à fait autonome, et ce n'est pas un «hyperlivre». Néanmoins c'est une partie de l'immense hyperlivre Vaisseaux brûlés (http://perso.wanadoo.fr/renaud.camus), lui-même extension en arborescence de P. A. (petite annonce), P.O.L, 1997.
    Outre P. A. soi-même, qui offre à Vaisseaux brûlés la structure centrale de ses 999 paragraphes, sont déjà parus sur papier, tirés du même ensemble en extension permanente, Ne lisez pas ce livre! (P.O.L 2000), arborescence du paragraphe 1 de P. A. (1. Ne lisez pas ce livre! Ne lisez pas ce livre!*), et Killalusimeno (P.O.L 2001), arborescence du paragraphe 2 (2. Oh! Laissez-le dormir, je vous en prie! Laissez-le reposer parmi les arcanes silencieux et profonds, profonds comme quarante univers, quarante mille, quarante millions, de tout l'écrit qui n'est pas lu ** (536) ! Ne l'en arrachez pas pour rien!).

  • Sont réunis dans ce recueil les textes de trois conférences prononcées par Renaud Camus, l'une à la Sorbonne le 25 novembre 2003, la deuxième à la faculté des lettres de Dijon le 25 juin 2002, la troisième au Centre culturel français de Séoul le 29 avril 2004. Ce sont trois éloges : de la syntaxe, de la honte, du chuchotement. Soit respectivement : l'autre dans la langue, l'autre dans la conscience, l'autre dans la voix.

  • Journal de travers t.2

    Renaud Camus

    • Fayard
    • 4 Avril 2007

    Avec cet énorme Journal de Travers, en deux volumes, le désormais fameux journal de Renaud Camus repart de trente ans en arrière. En effet ces pages, antérieures à toute l'oeuvre autobiographique de Camus publiée jusqu'à ce jour, et même à Tricks et au Journal d'un voyage en France, qu'elles évoquent assez étroitement, couvrent avec un grand souci (déçu) d'exhaustivité les quatre saisons d'une année entière, du 20 mars 1976 au 19 mars 1977. Elles n'étaient pas destinées directement à la publication, mais à servir de dépôt, de répertoire, de réserve de situations, de personnages et de mots, de noms, de « signifiants », comme on disait couramment alors, à la grande entreprise camusienne des Églogues, et particulièrement à la série des romans intitulés Travers, dont le troisième volume, L'Amour l'Automne, paraît aux éditions P.O.L en même temps que ce journal. N'ayant eu d'autre souci que de tout noter d'une plume égale, Camus présente en ces deux volumes, peut-être sans l'avoir voulu, le tableau le plus candide qui soit, non seulement de sa vie personnelle, de ses amours heureuses et malheureuses, de ses activités sexuelles plutôt intenses, de son travail, mais aussi des dernières années avant le sida, à Paris, à New York, à Milan, au sein d'une société où le narrateur impassible (pas toujours) passe sans transition d'Andy Warhol au Toilet (haut lieu d'orgies homosexuelles de Manhattan), des vapeurs des saunas parisiens à Roland Barthes, d'Aragon à de retentissantes scènes de ménage, de temples doriques en la lumière arcadienne à des salles obscures (très obscures) de Lombardie. Ces scènes prises sur le vif avec une crudité paisible rarement égalée, même par Camus lui-même, sertissent des annotations «techniques» de toute époque, certaines tout à fait récentes, placées ici entre crochets et en petites capitales, et destinées au travail « églogal » éternellement en cours : associations d'esprit et de termes, anagrammes, allusions littéraires, cinématographiques, artistiques, historiques, philosophiques de toute sorte. La course perpétuelle entre les phrases et la vie, au sein de cet intense « atelier d'écriture», donne lieu d'autre part à de curieux décrochements, emboîtements, retournements des causes et des effets, qui sont certainement une des sources essentielles de beaucoup des ouvrages ultérieurs de l'auteur.

  • Pour ce journal 2006, le titre l'isolation, qui a l'avantage d'une certaine amphibologie, l'a emporté sur les convertisseurs, qui sonne mal, et sur pompes à chaleur, qui suggérait trop quelque petit ouvrage pornographique. quoiqu'il en soit, les questions thermiques y tiennent une grande place. les lecteurs familiers du journal sont de longue date habitués aux problèmes de chaudière, mais ceux-ci, cette fois, du fait des agissement de deux escrocs ne promettant que du bonheur ! (un autre titre possible-impossible), prennent une importance obsessionnelle et quasi cauchemardesque : demeure glacée, défilé de corps de métier au chevet de la malade, prélèvements bancaires irrépressibles, faux et usages de faux, dérobades sans fin d'entrepreneurs élusifs, vains téléphonages jamais rendus, expertises et contre-expertises, esquisse d'un procès qui occupera beaucoup des années suivantes toute la lyre des fureurs et des impuissances coutumières aux malheureux « particuliers '; entraînés dans des dépenses folles et des soucis vertigineux par les promesses d'économies prodiguées par des aigrefins (« avec une bonne isolation, vos dépenses en énergie seront divisées par deux. entre ça et les exonérations fiscales, c'est tout juste si vous n'allez pas gagner de l'argent en vous chauffant »).

    Les voyages sont surtout français, cette année-là : bourgogne, velay, poitou, ile-de-france. et la france, comme d'habitude, son patrimoine, son histoire, son actualité, sa culture et ce qu'il déplore comme sa déculturation, tiennent une grande place dans les préoccupations de l'auteur.

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