• Ce cours, qui n'a d'autre ambition que d'introduire à la lecture de Husserl, prend pour fil conducteur la corrélation a priori et universelle entre l'étant transcendant et ses modes subjectifs de donnée. L'évidence naïve selon laquelle le monde est tel qu'il nous apparaît a en effet une portée surprenante : tout étant est essentiellement relatif à des apparitions subjectives et la conscience enveloppe, par là même, un rapport nécessaire à l'étant transcendant. De l'aveu même de Husserl, l'effort de la phénoménologie consiste à élaborer cet a priori, c'est-à-dire à penser l'être de la conscience et de la réalité en tant que, radicalement distincts, ils sont néanmoins relatifs l'un à l'autre. Or, l'élaboration de cet a priori s'expose au risque permanent d'une réification de la conscience, qui procède elle-même d'une caractérisation encore naïve du sens d'être de la réalité : tant que la conscience est pensée sur le modèle de la chose, son pouvoir de faire apparaître l'étant demeure incompréhensible.
    On présentera donc l'élaboration progressive de la pensée de Husserl - des Recherches logiques à la phénoménologie transcendantale des Leçons sur le temps et des Idées directrices - comme une tentative continuée de se libérer de toute forme de réalisme. Parce qu'elle est de part en part motivée par le souci d'échapper à la naïveté - ce qui exige d'abord de la reconnaître sous ses formes les plus sophistiquées -, la phénoménologie, telle que Husserl la fonde, apparaît comme l'accomplissement même de l'exigence philosophique.

  • Alors que le problème de la perception n'est autre que celui de notre rapport même à l'être, la tradition philosophique l'a largement négligé. La chose perçue est le plus souvent confondue avec une collection de qualités sensibles ou rabattue sur l'objet intelligible : la perception est méconnue au profit de la sensation ou de l'intellection. Il revient à la phénoménologie husserlienne d'avoir mis en évidence, avec la théorie de la donation par esquisses, l'originalité de la présence perceptive : le propre du perçu est de s'absenter de ce qui le présente, d'excéder toujours ce dans quoi il se donne. La question que Husserl permet alors de poser, sans parvenir à la résoudre complètement, est celle de la nature véritable du percevant et du sens d'être du perçu.
    Cet ouvrage tente d'esquisser une réponse en rapportant la perception à l'activité d'un sujet vivant et en opposant par conséquent à la plénitude de l'objet, sorti du néant par un regard purement théorique, un monde dont la profondeur répond à l'insatisfaction qui caractérise la vie.

  • Les concepts fondamentaux permettant de saisir l'unité et la cohérence d'une pensée

  • La vie lacunaire

    Renaud Barbaras

    • Vrin
    • 20 Septembre 2011

    Nous avons établi dans notre Introduction à une phénoménologie de la vie que, loin de s'ajouter à la vie que nous partageons avec les autres vivants, la subjectivité devait au contraire être comprise privativement, comme la négation d'une vie qui la déborde toujours et la rapporte à la profondeur du monde : nous avons nommé désir la trace en nous et l'épreuve de cette profusion. Cependant, cette négation ne devient véritablement pensable qu'à la condition de montrer qu'elle n'est pas tant le fait de l'homme que celui de la vie même, qu'elle s'enracine dans une auto-limitation de la vie. Ainsi, la vie recule en nous parce qu'elle est elle-même caractérisée par une lacune fondamentale, dont nous montrerons qu'elle renvoie en dernière instance à l'archi-événement d'une scission et d'une dérive par rapport à cette vie plus originaire encore - vie qui n'est encore la vie d'aucun vivant - qu'est la Vie de la manifestation.

  • Bien que la perception soit ce qui nous initie originairement à l'etre sous la forme d'un "il y a" primordial, la tradition en a le plus souvent manqué la spécificité.
    Il est donc nécessaire de repenser la singularité de l'événement perceptif, reconnue pour la première fois par husserl sous le titre de "donation par esquisses", au lieu de la soumettre à la loi de l'objet. une telle exigence requiert une réduction radicale, qui ne va pas de la suspension de la thèse d'existence du monde à la subjectivité transcendantale mais de la critique du néant - toile de fond de toute ontologie de l'objet - au monde comme a priori de tout apparaître.
    A ce monde, totalité imprésentable, correspond un sujet dont le sens d'être fait problème puisqu'il est à la fois un moment du monde et en rapport avec la totalité comme telle. un tel sujet doit être abordé à partir du mouvement vivant et son être caractérisé comme désir.

  • La question de la corrélation entre l'étant transcendant et ses modes de donnée subjectifs, question qui est au coeur de l'entreprise phénoménologique, conduit inévitablement à aborder le problème du sens d'être du sujet de la corrélation en tant que celui-ci à la fois appartient au monde et est une condition de son apparaître. Conformément à cette double exigence, le sujet doit être caractérisé comme vivre, ce qui revient à dire que la phénoménologie n'a de sens que comme phénoménologie de la vie. La vie doit ici être comprise en un sens originaire, plus profond que la distinction de l'être en vie (leben) et de l'épreuve de quelque chose (erleben) : elle échappe à l'alternative d'une vie intransitive et d'une vie transitive.
    Le but de ce livre est de jeter les bases de cette phénoménologie. Une telle entreprise requiert d'abord de mettre en évidence les limites et les présupposés des philosophies, phénoménologiques ou non, qui se confrontent à la question de la vie. Elle débouche sur une caractérisation positive du vivre comme Désir, autre nom de la corrélation, rapportant l'un à l'autre un sujet qui est Réalisation et un Être qui est Inachèvement.

  • L'oeuvre de Merleau-Ponty est tout entière commandée par le souci de mettre rigoureusement en oeuvre le mot d'ordre husserlien de retour aux choses mêmes, ce qui exige, conformément au geste amorcé par Husserl dans la Krisis, de reconnaître l'oeuvre de l'idéalisation -c'est-à-dire de l'objectivation- là même où elle se fait oublier, afin de la neutraliser. A l'instar de Bergson, pour qui la tâche de la philosophie était d'aller chercher l'expérience au-dessus du tournant où, s'infléchissant dans le sens de l'utilité, elle devient proprement l'expérience humaine, pour Merleau-Ponty, la tâche de la pensée est de se situer à ce tournant où l'expérience s'accomplit et se voile à la fois dans des productions où elle se fait proprement humaine, de définir un sens de l'Être antérieur à la bifurcation du préobjectif et de l'oeuvre idéalisante. Le but des recherches est de tenter de clarifier la nature exacte du tournant de l'expérience ainsi que le projet phénoménologique merleau-pontien.

  • Si le sensible est bien ce qui présente le monde en sa profondeur et son imprésentabilité, il faut reconnaître que nous sommes éloignés de cette finitude constitutive du monde en son apparaître par une finitude plus radicale encore dont perception et langage sont l'expression. En effet, l'existence même de la subjectivité procède d'une scission qui affecte le procès de la manifestation, d'un archi-événement métaphysique séparant le monde de lui-même. Cependant, dans la mesure où nous sommes capables de nous rapporter à l'origine dont nous sommes exilés, c'est-à-dire tout simplement de faire de la phénoménologie, force est de reconnaître que nous n'en sommes pas radicalement séparés, qu'il y a donc une finitude de notre finitude. Nous nommons poétique la dimension d'existence qui nous met en relation avec notre sol ontologique et sentiment l'épreuve de ce sol, épreuve plus profonde que toute ouverture puisqu'elle excède la portée de la perception et du langage. C'est à une théorie du sentiment, où se fait jour le sens originaire de l'affectivité, que cet ouvrage souhaite contribuer.

  • La phénoménologie échoue devant la question du corps parce que celui-ci est abordé comme une question alors qu'il s'agit d'une réponse, réponse à une question qui demeure implicite et qui n'est autre que celle de l'appartenance. Ce n'est pas parce que nous avons un corps que nous appartenons au monde mais dans la mesure où nous appartenons au monde que nous avons un corps. De là la nécessité d'une phénoménologie de l'appartenance qui en distingue trois modes - le site, le sol et le lieu - et montre que ce dernier est déployé par un mouvement procédant d'une tension irréductible entre le site de l'étant et son sol ontologique. Cette phénoménologie débouche sur une cosmologie qui met au jour une dynamique originaire au coeur du mouvement phénoménalisant : celle-ci est le sens d'être véritable du sol et renvoie à l'événement d'une déflagration éternelle au-delà de laquelle on ne peut remonter.

  • Merleau-Ponty disparaît brusquement en 1961, laissant inachevée une oeuvre essentielle qui devait fixer la signification ultime de toutes ses recherches antérieures et qui nourrira de nombreux courants de la philosophie contemporaine.
    Le propos du présent ouvrage est à la fois d'en tenter une lecture, c'est-à-dire une reconstitution aussi précise que possible s'appuyant de manière privilégiée sur les notes de travail posthumes, et de prendre la mesure de cette " intra-ontologie " que Merleau-Ponty considérait comme l'accomplissement nécessaire de la phénoménologie husserlienne. L'ambition de cette ontologie est d'assumer, c'est-à-dire de dépasser la " diplopie " de l'ontologie occidentale depuis Descartes, la tension entre la reconnaissance d'un ordre brut de l'existence, irréductible aux thématisations de la science, et la nécessité de fonder la connaissance et l'objectivité.
    Une telle entreprise ne peut aboutir qu'au prix d'un changement de terrain radical. Celui-ci passe d'abord par la dénonciation du " positivisme " ontologique à l'oeuvre dans la revendication réaliste du fait, dans la position intellectualiste de l'eidos, comme dans la tentative de dépasser dialectiquement leur opposition. Il s'accomplit sous la forme d'un mouvement régressif qui, de l'expression, fait retour vers le logos originaire en lequel elle s'enracine, mettant ainsi à jour un univers de l'essence sauvage, sol phénoménologique ultime que les notions de Chair et de Dimension visent à thématiser.
    Celles-ci permettent de penser une unité et une signifiance du monde qui ne compromettent pas sa profondeur originaire, une expression qui n'est pas ordonnée à la positivité d'un eidos ou d'un telos, une phénoménalisation qui excède de toutes parts les phénomènes qu'elle déploie. L'ambition de cet ouvrage est ainsi de tenter de restituer à l'ontologie de Merleau-Ponty la place qui lui revient: par-delà Husserl et Heidegger.

  • Les textes ici réunis correspondent à une importante période de maturation philosophique de l'auteur. Conscient du caractère crucial de la question de la chair pour la phénoménologie et perplexe devant la manière dont Merleau-Ponty l'élabore, Barbaras interroge le sens d'être du sujet : comment celui-ci peut-il être sous le même rapport, c'est-à-dire sans qu'il soit nécessaire d'introduire en lui la coupure de l'empirique et du transcendantal, appartenir au monde et s'en distinguer, être à la fois devant et au coeur des phénomènes ?
    Avec Patocka, la critique radicale de l'intuitionnisme husserlien et du Dasein heideggerien le conduit à une détermination existentiale de l'existence et du corps propre comme mouvement. Mobilisant ses travaux sur la vie, irréductible à la fois aux lois de la matière et à la conscience, l'auteur comprend ce mouvement du sujet comme celui de la vie même et définit tout vivant comme un existant. Le mouvement vivant par lequel les sujets phénoménalisent le monde s'inscrit dans un mouvement plus originaire du monde lui-même, oeuvre d'une archi-vie et renvoyant à une dynamique phénoménologique.
    Arrimant la phénoménologie à une cosmologie et à une métaphysique, Barbaras la conduit à s'interroger sur ses propres limites. Demeure alors la question du passage de l'apparaître anonyme du monde à l'apparaître à une conscience, de la physis au sujet, de l'archi-vie du monde à la vie des vivants. Rompant ici avec Patocka et écartant l'écueil du naturalisme, l'auteur assume la scission entre la physis proto-phénoménalisante et notre existence phénoménalisante : le mouvement subjectif résulterait d'une rupture au sein de l'archi-mouvement du monde et relèverait d'un pur événement. Par cet archi- événement scissionnaire, le procès de la physis, se séparant de lui-même, donnerait naissance à un sujet dont le mouvement serait nécessairement aspiration à une réconciliation avec soi, tentative de rejoindre l'archi-vie originaire, bref, désir. Celui- ci repose la question de l'unité originaire de la chair. En effet, la dualité qui structure toute la démarche de Barbaras, entre mouvement et événement, apparaît comme l'avatar ultime de la dualité conscience/monde ou sujet/objet ; elle vient buter sur l'épreuve du corps comme sa limite interne.
    Le volume est complété par une bibliographie exhaustive des travaux de Renaud Barbaras, élaborée par Mathias Goy, avec l'aide de Marco Barcaro, Mariana Larison et Petr Prášek.

  • Les textes ici réunis correspondent à une période importante de l'activité philosophique de l'auteur et accompagnent la maturation de sa pensée propre dont rendent compte les Recherches phénoménologiques, éditées parallèlement dans la même collection du « Grenier à sel ». Publiés sur une quinzaine d'années (1999-2015), ils ont incontestablement participé à l'effort d'élaboration théorique qui a traversé ces années, dont ils livrent une sorte de photographie.
    L'effet de perspective produit est saisissant : selon l'aveu même de l'auteur, ils montrent « en accéléré », en en rapprochant un certain nombre d'étapes, le mouvement qui l'a conduit de sa lecture critique de Merleau-Ponty, de Sartre et de Patocka, ainsi que de quelques autres (Maldiney, Garelli), jusqu'à ses ouvrages récents et aux bilans dont témoignent les entretiens également réunis dans les Recherches phénoménologiques. Chacun des articles du présent volume constitue une lecture des auteurs manifestement aimantée par une interrogation théorique qui dépasse l'auteur abordé, mais, à l'évidence, la méditation historique vient nourrir en retour le questionnement philosophique qui en porte la trace. Ainsi, au moment même où il se sépare de Merleau-Ponty, Sartre ou Patocka, Renaud Barbaras semble redevable de leurs analyses. Ce sont ces dialogues ouverts et non clos qu'exposent finalement ces Lectures phénoménologiques.
    Elles intéressent à ce titre aussi bien ceux qui veulent s'introduire à la phénoménologie française dans ses concepts majeurs, comme la chair (Merleau-Ponty) ou le désir (Sartre), ressaisis dans la pensée vivante et agissante de Renaud Barbaras, que ceux qui veulent plus spécifiquement étudier la philosophie que l'on dira à présent proprement « barbarassienne ».

  • Quel est le sens, ou la possibilité, de la phénoménologie ? Suffit-il, comme le faisait Husserl, de la définir par l'élaboration de l'a priori corrélationnel ? Ne faut-il pas aussi questionner l'a priori de cet a priori de la corrélation entre le sujet et le monde ? Telle est la tâche que s'assigne Renaud Barbaras dans le présent ouvrage, remettant ainsi en question les débats sur les limites de la phénoménologie et son rapport à l'ontologie et à la métaphysique. L'interrogation sur l'a priori de l'a priori de la corrélation, ou encore sur un possible dépassement de la phénoménologie à l'intérieur d'elle-même, dépassement qui est à la fois approfondissement et excès, ouvre en effet des perspectives inédites, et notamment la question de l'appartenance, ou du « sol », c'est-à-dire d'une parenté ontologique entre le sujet et le monde, à laquelle seule une philosophie de la nature (comme puissance téléologique) semble pouvoir répondre.

  • Tout au long du XXe siècle, les discussions autour du statut des théories scientifiques et les développements technologiques et disciplinaires qui se sont imposés après la Seconde Guerre mondiale ont bouleversé l'image de la science. La constitution du neurone comme objet scientifique au XXe siècle illustre magistralement cette mutation et en propose un modèle basé sur la dynamique des disciplines à l'oeuvre dans l'étude d'objets distincts, et pourtant homogènes, reconnus au fil du temps comme unique, conforme à une même représentation commune à plusieurs cultures matérielles. Par des processus de convergence entre sous-disciplines des neurosciences, le neurone devient objet unique et central de toute approche scientifique. Il apparaît comme un enjeu essentiel et la pierre angulaire des interactions disciplinaires au centre de l'explication scientifique.

  • L'intuition fondamentale de Patoêka est que l'existence du sujet est de part en part mouvement, et c'est la signification de cette affirmation surprenante que l'auteur tente d'élaborer tout au long de son essai.
    Quels sont les résultats les plus décisifs de l'analyse ? En intégrant le mouvement de notre existence dans un procès plus général de phénoménalisation dont le sujet est d'abord le monde lui-même, on découvre deux niveaux de la manifestation qui renvoient eux-mêmes à deux sens de l'individuation. D'une manifestation primaire - manifestation qui n'est encore pour personne et prend la forme d'une délimitation des étants -, il faut distinguer, au titre de son prolongement, voire de son accomplissement, une manifestation destinée, c'est-à-dire subjective, qui présuppose une individuation neuve et unique, celle par laquelle nous advenons.
    C'est en ce point que la perspective cosmologique elle-même atteint sa propre limite pour autant que cette individuation ne peut procéder que d'un événement que rien n'annonce, d'une expulsion qui ne se prémédite pas dans le procès " physique " de manifestation. Cette scission entraîne comme une dérive dans la vie de la manifestation, de telle sorte que, par elle, le mouvement de venue du monde à la manifestation se tourne soudain vers son origine.
    Or, cette scission, qui nomme tout simplement le point d'émergence du sujet, affecte le procès de mondification mais ne peut en provenir et, à ce titre, elle projette la phénoménologie, mais aussi la cosmologie, à sa propre limite. Identifier cette limite revient à poser un regard neuf sur le statut de la phénoménologie, ainsi que sur le rapport qu'elle entretient avec la cosmologie et la métaphysique.

  • Les études réunies ici visent toutes à explorer la voie, ouverte par Patocka, d'une phénoménologie de la vie, d'abord à travers une série de confrontations avec d'autres pensées de la vie (Bergson, H. Jonas, E. Straus, Sartre), puis directement, en tentant d'explorer les traits de la vie intentionnelle. C'est en effet à Jan Patocka qu'il revient d'avoir su concilier la différence radicale du sujet intentionnel et de son intramondanéité en proposant une définition originale du corps comme mouvement vivant, permettant de dépasser à la fois le Dasein heideggerien et la notion de chair thématisée par Merleau-Ponty. Le présent ouvrage met ainsi en perspective les multiples facettes de la phénoménologie et invite à la lecture de l'uvre audacieuse de Patocka.

  • Le désir et le monde

    Renaud Barbaras

    • Hermann
    • 23 Novembre 2016

    Renaud Barbaras compte parmi les philosophes vivants les plus importants. Il a reçu le Grand Prix de philosophie de l'Académie française en 2014 pour l'ensemble de son oeuvre. Cet ouvrage constitue un tournant dans l'analyse philosophique du désir, et noue un dialogue entre les traditions philosophiques (phénoménologie) et psychanalytiques (Freud, Lacan). Tout désir est désir du monde, non pas au sens où il se rapporterait à un monde déjà là, mais bien parce qu'il en est la condition d'apparition.

  • La collection est dirigée par Yves-Charles Zarka, directeur de recherches au CNRS. Il dirige le Centre d'histoire de la philosophie moderne - Centre Thomas Hobbes. Elle a un double objectif : -- réouvrir le débat sur les questions majeures de la philosophie, celles qui ne cessent d'alimenter la pensée, en vue d'éclairer leurs enjeux par des contributions inédites dues aux meilleurs spécialistes - mettre à la disposition des étudiants, des enseignants et plus généralement de tous ceux qui s'intéressent à la philosophie, des dossiers permettant de se faire une idée claire de l'état actuel des connaissances sur un sujet.
    Rendre des travaux philosophiques de pointe, accessibles à un large public universitaire et extra-universitaire, tel est le pari de cette collection. (Autres collections : Fondements de la politique - Intervention philosophique)
    Revue Cités. Philosophie, Politique, Histoire, dirigée par Yves Charles Zarka. Publication trimestrielle

  • L'oeuvre de Merleau-Ponty fait l'objet depuis quelques années d'un commentaire insistant et d'une exégèse érudite. C'est désormais à une philosophie classique que nous avons affaire : donc moins à un ensemble de textes passés que nous aurions à situer, dans un espace historique ou conceptuel, qu'à une pensée désormais directement interrogée sur ses pouvoirs d'élucidation et d'éclairement. Et c'est une question, du coup, de savoir ce qu'une telle pensée peut nous apprendre sur les partages, aussi vieux que la philosophie même, du corps et de l'esprit, du sensible et de l'intelligible, de l'immanence et de la transcendance ou, selon les termes de Merleau-Ponty, du visible et de l'invisible. Parce qu'il voulut se situer non dans l'invisible, ce lieu de l'apaisement et des problèmes résolus, mais bien « aux frontières de l'invisible », là où s'inquiète la pensée et où s'ouvrent les questions, Merleau-Ponty stimule une réflexion inédite : qu'est-ce que l'invisible, quand ne nous est jamais donné que le visible ? Comment un corps se creuse-t-il de significations fonctionnelles, lorsqu'il se fait corps vivant, ou de significations partageables, lorsqu'il se fait corps percevant, ou encore de significations affectives, lorsqu'il se fait corps désirant ? Comment définir la chair, si cette dernière nomme justement, sous ses différentes modalités, cette naissance continuée de l'invisible au coeur du visible ? S'il est un point commun à l'ensemble des, textes qui composent ce volume, c'est bien d'avoir pris au sérieux de telles questions, et d'avoir sommé la philosophie merleau-pontienne d'y répondre : sans fausse révérence, donc, et avec une claire conscience que ce sont les problèmes, davantage que les auteurs, qui sont le sel de la philosophie.

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