Arts et spectacles

  • L'oeil naïf

    Régis Debray

    • Seuil
    • 28 Septembre 1994

    Un film : vingt-quatre images/seconde.
    Une vie: vingt-quatre images fécondes ? C'est le nombre des photos ici commentées, empruntées à des photographes célèbres, et parfois même inconnus. L'éclectisme de cet album, entre rêve et réalité, est le mien. Il ne me semble pas infidèle à l'esprit d'un médium tout de prestesse et de spontanéité. Ouverts à tous les vents, cueillis ici et là, ces hasards objectifs m'ont sauté à la figure, dépourvus de mode d'emploi.
    Et comme toutes les vues sur vie donnent d'abord sur la nôtre, j'ai regardé celles-ci avec mes loupes et mes lubies. Il est des regards naïfs, il n'en est pas d'innocent. Face au flux télévisuel, L'oeil naïf ne se veut pas une contre-attaque mais un contre-feu de plaisirs à la fois gratuits et réfléchis. Pour mieux savourer le difficile bonheur de voir.

  • L'image a toujours eu barre sur les hommes, mais l'oeil occidental a une histoire et chaque époque son inconscient optique. Notre regard fut magique avant d'être artistique. Il devient à présent économique.
    Il n'y a pas d'image en soi. Son statut et ses pouvoirs ont varié au gré des révolutions techniques et des croyances collectives. C'est la logique de cette évolution surprenante qu'on a voulu ici suivre à la trace, depuis les grottes ornées jusqu'à l'écran d'ordinateur. En réconciliant, par une démarche médiologique, les approches matérielle et spirituelle du monde de l'art, trop souvent exclusives.
    L'ère des images n'aura-t-elle été qu'une brève parenthèse entre le temps des «idoles» et celui du «visuel» où nous sommes entrés ?
    La mise au jour des codes invisibles du visible dissipe en tout cas quelques mythes tenaces, tels que «l'histoire de l'Art» ou «la Civilisation de l'image». En entrant dans la vidéosphère, avec le saut décisif du cinéma à la télévision et bientôt avec la révolution numérique, c'est sans doute aussi à «la société du spectacle» qu'il nous faut dire adieu.

  • Au-delà des analyses de l'histoire de l'art, il y a le domaine des émotions inspirées par telle ou telle plastique. Ces sentiments-là arrêtent les montres et traversent les genres. Régis Debray a voulu élucider le noir vertige que suscite en nous la peinture du Tintoret, ce vénitien du XVIe siècle qui inventa le cinéma et engendra Orson Welles. De ce pessimiste complet mais allergique au désespoir, il propose une interprétation critique tout à l'opposé de Jean-Paul Sartre et de son célèbre " Séquestré de Venise " Écrite avant " Vie et mort de l'image ", cette surprenante confession fouille autant un certain style pictural qu'un persistant mouvement du coeur qui déborde le cadre des tableaux : " le sentiment panique de la vie ". Applications contemporaines garanties.
    " On sait que Le Tintoret est l'inventeur du septième art. Les frères Lumière ont recommencé le travail à un point que le premier des cinéastes avait déjà dépassé dès 1548. La caméra au ras du sol, la contre-plongée comme procédé dramatique, l'objectif 18,5 et les grands angulaires, la fuite des plafonds, la lumière rasante, le désaxement, la profondeur de champ, le plan séquence, tout cela a surgi de la lagune dans la seconde moitié du XVIe siècle et l'accueil a été plutôt froid. L'innovation fit même scandale auprès de la critique qui lui préféra la pompe statique et bienséante des metteurs en scène de théâtre comme Titien et Véronèse."

  • Ces trois conférences abordent la question centrale de la médiologie les rapports entre communication et transmission.
    Communiquer c'est transporter une information dans l'espace, transmettre c'est la conserver dans le temps. Les savoirs et les techniques du communiquer éclipsent, à notre insu, les arts de transmettre. Le médiologue s'efforce d'analyser ces médiations techniques de la culture, cette dimension machinique des formes hautes de la vie symbolique. Il le fait ici sur trois sujets d'actualité : la transmission des valeurs et la conservation de la mémoire collective sur la longue durée, le rôle des intellectuels et leurs capacités d'influence dans le nouveau contexte technique des moyens de communication, nos voyages quotidiens dans l'espace et les conséquences de l'" auto-mobilité " sur notre culture.

  • Jésus-christ a très tôt inspiré les artistes.
    Son message, sa vie terrestre si brève et si riche et, pour finir, son martyre et sa résurrection ont donné naissance à quantité de chefs-d'oeuvre, dont une partie importante se trouve dans cet ouvrage.
    Jamais les oeuvres d'art n'ont été mises en valeur avec plus de soin que dans nos musées. jamais les expositions n'ont suscité un aussi grand engouement de la part du public. jamais non plus les églises et les cathédrales n'ont été autant visitées.
    Et jamais sans doute la signification du fabuleux patrimoine artistique religieux n'a été aussi méconnue. nous avons voulu rendre leur contenu aux tableaux, en racontant les histoires qu'ils représentent. et aussi, partant du foisonnement de l'expression artistique, revenir aux sources religieuses, historiques, culturelles de son inspiration. ce livre permet à chacun de se plonger dans les merveilles du nouveau testament à travers cent chefs-d'oeuvre de la peinture, pour y découvrir ou redécouvrir la force et la beauté de l'un des fondements spirituels et culturels de notre civilisation.

  • Les artistes européens, croyants ou non, ont très tôt vu dans l'ancien testament un extraordinaire gisement de sujets, de personnages, de situations.
    Libérés par le christianisme des interdits de la représentation picturale, ils ont donné, à travers les siècles, quantité de chefs-d'oeuvre, dont une partie significative se trouve dans le présent ouvrage.
    Jamais les oeuvres d'art n'ont été mises en valeur avec plus de soin que dans nos musées. jamais les expositions n'ont suscité un aussi grand engouement de la part du public. jamais non plus les églises et les cathédrales n'ont été autant visitées.
    Et jamais sans doute la signification du fabuleux patrimoine artistique religieux n'a été aussi méconnue.
    Nous avons voulu rendre leur contenu aux tableaux, en racontant les histoires qu'ils représentent. et aussi, partant du foisonnement de l'expression artistique, revenir aux sources religieuses, historiques, culturelles de son inspiration.
    Ce livre permet à chacun de se plonger dans les merveilles de l'ancien testament à travers cent chefs-d'oeuvre de la peinture, pour y découvrir ou redécouvrir la force et la beauté de l'un des fondements spirituels et culturels de notre civilisation.

  • De 1990 à 1999, la photographe italienne Giorgia Fiorio a effectué une longue série de reportages sur des communautés fermées d'hommes. Boxeurs, mineurs, légionnaires, marins, toreros, pompiers, pêcheurs ont fait l'objet de six monographies qui ont marqué par leur force plastique et la qualité documentaire de leur investigation. Figuræ se propose de revisiter ce travail, dont de larges extraits ont été publiés dans la presse internationale, et d'en proposer un panorama réactualisé et enrichi. Initialement intitulées Des hommes, les séries photographiques de Giorgia Fiorio rendent compte d'un univers archétypal où l'idéal de la masculinité occidentale s'exprime en termes de force physique et de courage.
    Pénétrer des univers masculins clos, fortement marqués par la discipline, le labeur, la hiérarchie et l'esprit de conquête, constitue pour tout photographe une forme de défi.
    Une salle de boxe, un parcours d'entraînement, une galerie de mine tolèrent difficilement la présence d'un témoin qui ne participe pas à l'effort ou à la tâche collective assignés au groupe ; on devine que cette faible tolérance frise l'exclusion quand le témoin est, de surcroît, une femme. C'est au coeur de cette difficulté que Giorgia Fiorio a voulu s'inscrire pour déchiffrer in vivo les stéréotypes de la représentation de la virilité.
    Dans la subtilité d'un noir et blanc parfaitement maîtrisé qui donne à chaque environnement abordé (mer, terre, ciel, murs) les aspects d'un décor neutre et presque organique, la photographe met en exergue le rôle et la présence des corps. Corps au travail, en souffrance, en tension, c'est la violence faite au corps masculin - qu'il s'expose aux cornes d'un taureau dans la poussière d'une arène lointaine pour l'apprenti torero, ou à la suffocation de la forêt tropicale pour le légionnaire de Guyane - que les photographies qui constituent Figuræ révèlent de manière saisissante. Elles viennent en quelque sorte démontrer visuellement ce que certains théoriciens ont mis en évidence : la discipline et le sens de l'effort sont d'abord des mises au pas méthodiques des corps.
    Mais de l'Ukraine aux îles Shetland et du Texas au Tchad, la vérité des hommes que nous fait découvrir Giorgia Fiorio ne saurait se réduire aux communautés de destins ou d'épreuves qui les rassemblent. Sous son regard attentif, s'efface l'indifférencié des uniformes et des postures, et parviennent à se révéler des visages uniques, des expressions singulières, des libertés distinctes, qui soulignent la part irréductible d'humanité et de subjectivité qui habite chacune de ces «figures».
    «Il n'est pas si fréquent de capter autour de nous, avec un art aussi maîtrisé, l'ombre portée du néolithique sur notre modernité, quand tout nous pousse à oublier les fondamentaux indélébiles du vivre - et de l'oeuvrer - ensemble», note avec grande justesse Régis Debray dans la préface qui introduit l'ouvrage.

  • Cet ouvrage est constitué d'un long dialogue entre l'artiste peintre Leonardo Cremonini et Régis Debray le célèbre philosophe, écrivain et médiologue. Il ne s'agit pas d'une interview mais bien d'un dialogue entre deux intellectuels, deux créateurs, deux amis, sur les enjeux de la création, sur la réception de celle-ci, sur la mode, l'engagement, la place de l'art dans la société, la nécessité de l'art.

    Corinne Mercadier, importante photographe (représentée par la Galerie Les Filles du Calvaire) a pris en photo l'atelier de l'artiste quelques semaines après sa mort : 32 images, publiées ici pour la première fois, en couleurs, rendent compte de l'atelier, de l'ambiance particulière qui y régnait, des divers objets dont aimait s'entourer Cemonini, de ses outils, etc.

  • Cet aide-mémoire trop négligé, le tissu, peut réap­prendre à l'homme son histoire, et lui dévoiler au plus cru son présent vécu. Envisager le tissu sous tous ses états, au moyen d'un abécédaire couvrant à la fois le conscient et l'inconscient, le court et long terme, c'est décloisonner les domaines du fa­
    briqué et du signifiant, c'est remettre sur un seul et
    même flan d'architecture le tissu-matière, moteur
    de progrès industriel ; le tissu-modèle qui nous rend
    le monde intelligible et le tissu-motif, porteur des
    codes par où s'atteste à travers les générations une
    identité collective et personnelle. C'est restituer au
    tissu sa dualité de médium universel.

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