• La collection Philo-textes a pour but de faire découvrir  les plus grands textes de la philosophie, accompagnés de commentaires et d'explications de vocabulaire.

  • L'image peut-elle créer du sens ? Pour répondre à cette question le cinéma est un auxiliaire précieux, lui qui recueille, en le transformant, l'héritage formel et stylistique des arts qui l'ont précédé, y compris celui des arts voués aux seules formes statiques. L'idée directrice du parcours proposé ici est que le cinéma est, bien davantage que l'art des images mobiles, un art de la mobilité du sens et de son intensification parce qu'il est art du montage. C'est sa spécificité. La reconnaître ne conduit pas, loin s'en faut, à oblitérer la seconde composante de l'esthétique et de la logique cinématographiques : la composition du plan, le cadrage.
    C'est par là que le cinéma donne une nouvelle amplitude à ce que nous nommons le « réel ».

  • Depuis sa fondation husserlienne, l'un des traits les plus singuliers de la phénoménologie est de s'infléchir toujours à nouveau vers elle-même pour se refonder, de recommencer pour mieux commencer.
    Ainsi Husserl s'est-il lui-même défini comme un " véritable commençant " (wirklichen Anfdnger) à défaut d'en avoir été, une fois pour toutes, un " vrai " (rechten). Pour sa part, Merleau-Ponty est revenu avec opiniâtreté sur " l'ombre " de Husserl aussi bien que sur les présupposés conceptuels de ses propres premiers ouvrages. Il en a été de même encore de Michel Henry relativement aux deux précédents, et de Jan Patoéka, dans l'élaboration antihusserlienne de son " asubjectivisme " d'une part, et, d'autre part, dans sa reprise, autocritique cette fois, du problème du sens du " monde naturel ".
    Et que dire de la critique heideggérienne des catégories métaphysiques de Husserl ? La doctrine de l'intentionnalité fait ainsi constamment l'épreuve de sa validité. C'est pourquoi, " laborieuse comme l'oeuvre de Balzac, celle de Proust, celle de Valéry ou celle de Cézanne " (Merleau-Ponty), elle est en affinité intime avec la création artistique. Ces processus de fondation, de refondations et de consonances forment la matière de cet ouvrage.

  • Le présent ouvrage entrecroise les thèmes directeurs de la praxis, du langage, du savoir politique et du bonheur humain, afin de cerner les contours de la conception aristotélicienne de la « vérité pratique » et des modes du langage susceptibles de la faire partager. C'est bien l'expérience d'une certaine sensibilité du langage philosophique à la spécificité de la pratique humaine que la lecture d'Aristote nous engage à redécouvrir et à refaire, chaque fois, à nouveaux frais.

  • Interpréter le monde, transformer le monde. L'alternative est célèbre depuis les Thèses sur Feuerbach.
    Sa signification suscite pourtant les plus vifs débats, comme si l'ensemble des problèmes relatifs au statut du philosophique chez Marx se condensait dans l'énoncé laconique de la onzième Thèse, comme si le spectre de la philosophie et de la pensée abstraite n'en finissait décidément pas de hanter le(s) marxisme(s). On écarte ici la version exclusive de l'alternative, qui considère que c'est de deux choses l'une. La question à affronter est donc celle-ci : comment Marx conciliait-il la dénonciation de « l'idéologie » philosophique avec l'hommage au génie, à la grandeur ou au sérieux de philosophes comme Aristote, Hegel et Feuerbach ? C'est en suivant cette voie qu'on espère retrouver le principe de l'ontologie de Marx.

  • Aristote

    Pierre Rodrigo

    Aristote - qui est, écrivait dante, " le maître de ceux qui savent " - n'a pas craint de comparer les premiers pas de la connaissance à la débâcle d'une armée.
    C'est qu'en effet ; confrontés à la pluralité mouvante des aspects du monde sensible, nous fuyons d'abord en désordre vers des opinions sans réel fondement. or, la connaissance théorique, le savoir-faire technique et l'action éthico-politique doivent reposer sur des principes stables appropriés à leurs objets respectifs. comment cette " marche aux principes " est-elle possible ? comment pouvons-nous produire, à partir de l'expérience, des formes logiques de signification capables de cerner l'unité spécifique d'une multiplicité phénoménale ? l'aristotélisme répond à ces questions par une rigoureuse limitation des régions de l'être et des modes du savoir, sans hypostasier ni l'etre ni l'idée.
    Dans cette philosophie des espèces (eidè), dans cette eidétique du sensible, se dessine la figure d'un monde du sens partagé.

  • " J'appelle amateur en philosophie celui qui accepte tels quels les termes d'un problème usuel ", écrivit un jour Henri Bergson, en lointain écho à Hippocrate (pour qui les abstractions d'Empédocle n'étaient que philosophie : " savoir d'amateur ").
    C'est qu'en effet, de l'amour ou du désir de sagesse à l'amateurisme il n'y a qu'un pas. Chacun des textes rassemblés dans La Pensée et le Mouvant nous met en garde contre la facilité avec laquelle nous franchissons ce pas en généralisant indûment. " Chose ", " état ", " mouvement ", " temps ", " néant ", " possible " etc. Ces concepts tout faits masquent la réalité ontologique première : l'être est mobilité, et il l'est substantiellement.
    Ne pas franchir le pas de l'amateurisme, c'est dès lors accorder la pensée au rythme de l'être-mouvant, c'est " penser en durée ". Il y faut un effort et une attention renouvelés à chaque problème. La Pensée et le Mouvant nous initie à ce travail de recherche, à cette méthode souple et précise - précise parce que souple.

  • Parce qu'elle semble devoir rester prise entre réalité et idéalité, l'oeuvre d'art n'a été philosophiquement pensée que comme représentation imitative, élan spirituel grevé de matière ou, dans le meilleur des cas, figuration sensible de l'Idée.
    Mais le meilleur fut aussi le pire : dès lors qu'elle fut vouée à la manifestation de l'Absolu, l'oeuvre dut mourir en tant qu'oeuvre d'art. Interroger " l'étoffe de l'art ", c'est rechercher un autre rapport entre le sens et la matérialité, une autre texture du sens ; c'est entreprendre de penser les oeuvres à partir de leur texture logique propre, et non plus à partir du " grand récit " idéaliste du Sens.
    Ce projet suppose une critique des catégories esthétiques usuelles, qui participent d'un univers logique tout à fait étranger à la phénoménalité des oeuvres. Au vrai, l'esthétique philosophique et l'histoire idéaliste de l'art ont toujours déchiré le tissu unitaire de l'expérience artistique. Cet essai s'applique donc à donner une analyse globale de cette expérience. L'élément ultimement mis au jour s'avère plus " archaïque " que les couples matière/forme, dessin/couleur, sensible/intelligible : c'est l'effet de tache, la résistance de toute oeuvre à l'esthétique qui est alors envisagée.

  • Au nord du Québec, les Montagnais ; au sud du Chili, les Yaghan et les Kawashkar, ces peuples amérindiens vivent chacun aux antipodes du continent américain ; au delà du climat rude de leurs latitudes, ou d'être des peuples natifs de l'Amérique, ils partagent une communauté de destin.
    Les premiers, parqués dans des réserves, dissolvent peu à peu leur culture dans un mode de vie occidentale, perdent leurs coutumes, leur langue, leur histoire, bien que certains tentent de les préserver ; les second disparaissent simplement, corps et biens, engloutis par la mer. Pierre Hybre s'est rendu à Pointe Bleue, au Québec, Eric Facon a voyagé en Patagonie. Dans cet ouvrage, les deux photographes ont mêlé leurs travaux, ont mis en lumière ces correspondances et rendu hommage aux cultures amérindiennes.
    La postface de Jean-Michel Rodrigo, documentariste engagé, ouvre la réflexion.

  • Ce recueil vise à interroger un versant moins connu, mais essentiel, de la pensée de Gadamer, sa méditation des philosophes grecs, des Présocratiques à Plotin, qui occupe un tiers de ses oeuvres complètes.
    L'impact de cette méditation sur sa pensée herméneutique est tel que Gadamer recommande lui-même de commencer par la philosophie grecque pour pouvoir pénétrer et comprendre la sienne. Mais cette lecture des Grecs constitue inversement une pierre de touche pour juger de la pertinence de l'herméneutique élaborée par Vérité et méthode, c'est-à-dire de la rigueur et de la fécondité de ses principes, au regard des interprétations aussi bien heideggériennes que classiques, ou philologiques, des philosophes de l'Antiquité.

  • l'omniprésence des images dans la société mass-médiatique est corrélative de leur évanescence et du constant renouvellement qui conditionne le processus de leur consommation.
    leur omnipotence se réduit ainsi à celle de stimuli destinés à induire des comportements. or, il convient d'autant plus de revenir d'une telle exténuation de l'image que cette dernière constitue l'une des dimensions essentielles du déploiement de la vie humaine. l'image est traditionnellement rapportée à l'activité imaginante d'un sujet. mais, s'il est vrai que l'étoffe des hommes et des choses qui se donnent à voir dans le paraître sensible d'une image n'existe pas coupée d'un tel paraître, l'esthétique relève aussi de l'ontologie et sa tâche est de nous ré-apprendre à contempler les images.
    au regard de la clarté et de la distinction conférées par la théorie à notre appréhension des choses, la détermination positive des images ne tient-elle pas en effet au fait que c'est dans leur dimension qu'il nous est donné de faire l'expérience vive du paraître de ces choses, jusqu'à l'extrême de l'horreur, du merveilleux et du sacré oe

empty