• Selon Patrice Vermeren, Horacio Gonzalez a conceptualisé le geste d'auteur et d'éditeur de Miguel Abensour comme un « processus de libération des textes ». Il s'agit moins pour lui, dit H. Gonzalez, de théoriser sur l'utopie que de l'invoquer avec des textes propitiatoires afin de discerner ses mécanismes et son fonctionnement. Il s'agit de lire Abensour lisant ou éditant des textes oubliés ou retrouvant le fil conceptuel perdu d'autres textes, non pas en tant qu'il en proposerait une interprétation nouvelle qui donnerait matière à légitimer le dispositif spéculatif de son propre système philosophique qu'il chercherait à nous imposer, mais en ceci qu' il nous incite à penser par nous-mêmes avec lui. Soit la dimension d'une nouvelle exigence de la pensée, qui déplace la question de son rapport au politique.
    « Abensour était un homme de l'égalité, un homme du conflit pour mieux établir un lien d'égalité. Dans n'importe quel entretien qu'il vous accordait, il s'arrangeait toujours pour rétablir l'égalité, vous poser une question , vous dire qu'il ne connaissait pas telle référence à laquelle vous aviez fait allusion, tandis que c'est vous qui étiez demandeur de ses références et de ses réflexions. Il récusait le paradigme de l'ordre pour celui du lien, tant dans les rencontres individuelles que dans la communauté politique. C'était son côté spinoziste : plutôt qu'un pouvoir sur les hommes, valoriser un pouvoir entre les hommes et avec les hommes, parce qu'il augmente la puissance d'agir. « Qu'est-ce qu'une bonne rencontre, à l'opposé du malencontre, sinon l'événement heureux où se forme entre les hommes un nouveau lien, un nouveau tissu relationnel tel que ce tissu augmente aussitôt la puissance collective d'agir, la puissance d'agir de concert ? ».

  • Emprisonné par la Prusse pour ses convictions politiques, réprimé par la Restauration française pour ses idées politiques, Victor Cousin (1792-1867) est surtout connu pour avoir "(mis) le feu à la philosophie". En puisant dans la philosophie allemande le nécessaire pour revitaliser une pensée française fossilisée, il s'imposera comme le philosophe la monarchie de Juillet. Etroitement liée à l'Etat, son oeuvre pose un grand nombre de problèmes, de légitimité notamment, que la revue Corpus, en 1991, s'était essayée à résoudre.
    A la veille du 150ème anniversaire de sa mort, cette réédition est bienvenue.

  • Comment penser la Commune de Paris (1871) autrement que comme une révolution prématurée (Marx) ou comme ayant sauvé la République en France? Si l'événement ne procède d'aucune nécessité historique, quel est le sens de l'énigme de cette affirmation inattendue d'un principe politique, sous le drapeau de la république universelle, et qui voit tout un peuple de sans-noms se constituer comme sujets de l'émancipation dans l'existence en acte d'une puissance d'égalité et dans l'expérience inédite d'une démocratie contre l'État? Plutôt que de traiter de son oeuvre pédagogique ou de sa capacité à produire du commun, ce dossier s'interroge sur la manière de se saisir aujourd'hui des chemins aporétiques de la liberté et de la démopédie insurgée.

  • Le philosophe communeux : Napoléon La Cécilia, néokantien, philologue et général de la commune de Paris Nouv.

    Philologue philosophe devenu responsable militaire de la Place de Paris en 1871, quasi inconnu de l'historiographie, Napoléon La Cécilia contribue d'une manière exceptionnelle à l'invention éphémère d'un monde émancipé de l'exploitation des travailleurs et de la domination de l'État. Marié à une institutrice proche de Louise Michel, secrétaire de la Société de revendication des droits des femmes, il combat pour l'indépendance italienne aux côtés de Garibaldi, s'engage dans les Francs-tireurs de Paris en 1870, adhère à l'Internationale et devient général de la Commune de Paris. A l'écart des interprétations traditionnelles de cette période historique, la figure de Napoléon La Cécilia est esquissée ici à partir d'archives privées, de correspondances et d'autres sources inédites.

  • «Es gibt keine UNESCO ohne Philosophie» so die programmatische Erklärung dieser 1945 mit dem Ziel dauerhaften Friedens entstandenen Weltorganisation. Ohne sich auf eine bestimmte Philosophie festzulegen, versteht sie sich als eine philosophische Institution': Sie will ihren Beitrag leisten durch Frderung der Zusammenarbeit zwischen den Vlkern in Bildung, Wissenschaft und Kultur, um in der ganzen Welt die Achtung vor Recht und Gerechtigkeit, vor den Menschenrechten und Grundfreiheiten zu stärken. Es handelt sich um eine Zielsetzung, die mit Mitteln, die selbst philosophischer Natur sind, zur praktischen Anwendung einer Philosophie des Rechts, der Menschenrechte und der Universalgeschichte verpflichtet. In dieser Perspektive hat der Autor eine Geschichte der intellektuellen und institutionellen Beziehungen zwischen der UNESCO und der Philosophie seit 1945 verfasst.

  • "Notre défi consiste à penser avec les lèvres, à faire sentir la portée de certaines philosophies contemporaines qui font jouer l'exigence d'avoir la bouche bien ouverte et des lèvres qui montrent les dents. Comment faire de la philosophie, non pas avec le langage, mais avec la langue, autrement dit avec sa matérialité et sa singularité ? Ce livre ne traite pas du langage, de l'identité ou du sujet, ou peut-être que si, mais à partir des lèvres : il questionne la frontière, l'altérité, le pouvoir, la jouissance, la littérature et ses politiques. Bref, il recherche le plaisir de faire de la philosophie en langues."

  • "La solidarité est une valeur croissante, mais soumise à des transformations. D'un côté, la crise sanitaire (Covid-19) a souligné la nécessité d'affirmer des principes et des valeurs pour aider à alléger les pires maux de la société individualiste et mercantile d'aujourd'hui. D'un autre côté, elle change parce que nos valeurs morales et sociales de cette société s'érodent. Dans ce nouveau scénario de contradictions et de changements sociaux, il faut repenser le concept de solidarité et voir s'il est possible de surmonter les problèmes que la démocratie et les théories de la justice ne peuvent résoudre, à savoir les énormes inégalités sociales et économiques."

  • Ernesto Laclau (1935-2014) est reconnu aujourd'hui comme l'un des philosophes politiques principaux pour le XXIe siècle. Cet ouvrage poursuit les débats entrepris avec lui, et réunit quelques-uns de ses principaux interlocuteurs en France (Étienne Balibar, Toni Negri, Jacques Rancière), aux États-Unis (Judith Butler, Nancy Fraser) et en Argentine (Horacio González, Leonor Arfuch, Emilio de Ipola, Senda Sferco). Laclau a écrit des ouvrages devenus des références sur l'hégémonie, le populisme et l'émancipation. Longtemps ignorées par la philosophie institutionnelle et méconnues du grand public, ses thèses originales ont su perturber la scène contemporaine de la pensée politique. Son activité citoyenne en Argentine a fait de lui un intellectuel familier du public hispanophone. Ce que disent ici les penseurs argentins éclaire d'un jour nouveau la contribution des épistémologies du Sud aux débats politiques français et européens, mais aussi au-delà, portant sur la question d'un populisme de gauche que Laclau appelait de ses voeux et qu'il nous laisse en héritage.

  • Il est des moments dans la vie d'un concept où l'explication (le passage de l'implicite à l'explicite), s'impose. Les auteurs de cet ouvrage ont noué des liens avec la pensée du politique, et leur examen porte donc sur ce qu'ils ont convenu d'appeler la rénovation de la pensée de la fraternité. Les auteurs proposent ici une expérimentation qui consiste à lire la fraternité en se débarrassant de l'idéologie du progrès et en faisant le pari que la fraternité dans sa constellation première a encore bien des choses à nous apprendre.

  • La publication récente des Ecrits philosophiques et politiques de Georges Canguilhem (1926-1939) (Vrin, 2011) éclaire d'un jour nouveau le champ agonistique dans lequel apparaît une génération formée dans le pacifisme et le refus du culte du fait, à l'école d'Alain, mais bientôt confrontée à l'ascension du nazisme et à l'exigence de la Résistance.
    Tandis que les enjeux majeurs de la philosophie en France après 1945 tournent autour de Hegel, la génération qui suit voudra s'en déprendre, mais sous une autre condition qu'une philosophie existentialiste. Georges Canguilhem, philosophe saisi par l'histoire des sciences de la vie et Résistant, rompt avec le statut d'élève d'un Alain pacifiste, pour endosser celui de maêtre de cette géneération à l'origine d'une discontinuité radicale dans le champ philosophique. On ne saurait comprendre ni Althusser et l'althussérisme, ni Lacan et les lacaniens, ni Bourdieu, Castel ou Passeron sans Canguilhem, de même que le débat d'idées qui a précédé et suivi le mouvement de mai 1968, affirme Michel Foucault.
    Revenir sur la formation de Georges Canguilhem, c'est alors se poser la question de la singularité d'un combat philosophique.

  • "À la suite d'un long cycle de dictatures, l'Amérique latine tente de revenir à la voie démocratique et doit faire face aux conséquences de son passé. Cet ouvrage vise à réfléchir sur l'héritage de la violence d'État et de ses manifestations, depuis le passé récent jusqu'à nos jours. Dans ce but, les démocraties de l'Amérique latine sont interrogées en ce qui concerne le travail qu'elles sont en train de construire sur la mémoire et l'oubli. Les voix des témoins se situent sur le devant de la scène, brisant le silence qui leur a été imposé pour transmettre leurs expériences."

  • La philosophie interrompue ; venir après la Reforme Universitaria de 1918 et Mai 68 Nouv.

    "Deux modèles temporels, celui de l'interruption et celui du venir-après, président ce montage inédit entre deux séquences : le mouvement de la réforme universitaire, parti de la ville argentine de Córdoba en juin 1918 ; les mouvements de jeunesse ouvriers et étudiants dans les rues de Paris en mai 1968. Par une prise de parole imprévue dans les règles institutionnelles et par le débordement de cette parole, la révolte étudiante antiautoritaire a propulsé l'université hors d'elle-même, en instaurant à sa place l'idée du démos universitaire. Cette invention latino-américaine implique de nouvelles subjectivations et de nouvelles formes de transmission des modes de concevoir la démocratie et l'histoire, des rapports non dialectiques entre savoir et pouvoir. La mise en avant du modèle temporel et du mode d'ouverture, mais aussi des contradictions et des promesses déçues de ce moment d'émancipation, permet d'interroger une autre durée, relative aux paradoxes intimes de Mai 68 ; c'est-à-dire d'« interrompre » son interruption dès lors que ce dehors intérieur à l'université est menacé par la transformation en marchandise de l'université contemporaine, réduite à un pur service professionnel de la société."

  • Cet ouvrage donne une dimension actuelle au débat autour de la philosophie politique dont les protagonistes sont Jacques Rancière, Alain Badiou, Miguel Abensour et Jacques Derrida, et offre une référence pour penser la question de la démocratie en France et en Amérique du Sud.

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