• La dentelliere

    Pascal Lainé

    "Certes c'était une fille des plus communes. Pour Aimery, pour l'auteur de ces pages, pour la plupart des hommes, ce sont des êtres de rencontre, auxquels on s'attache un instant, seulement un instant, parce que la beauté, la paix qu'on y trouve ne sont pas de celles qu'on avait imaginées pour soi ; parce qu'elles ne sont pas où l'on s'attendait à les trouver. Et ce sont de pauvres filles. Elles savent elles-mêmes qu'elles sont de pauvres filles. Mais pauvres seulement de ce qu'on n'a pas voulu découvrir en elles. Quel homme n'a pas dans sa vie commis deux ou trois de ces crimes ?"
    Prix Goncourt 1974

  • "B. est orphelin de père : situation banale et qui demeurerait sans conséquences possibles si B., justement, n'avait fait de l'image de son père, de l'image d'un absent, une idole, Dieu même. Or, désormais, B. ne saura jamais envisager l'être, je veux dire l'Être suprême, que sur le mode de l'absence. B. sera un athée, non par fantaisie, non par accident, non par goût, mais parce que son père, parce que celui qui lui représente la divinité, n'est effectivement qu'un mort, ou qu'une image.
    Sa vie ne sera plus ensuite qu'une longue détromperie, une passion à l'envers : la passion de Barabbas, de celui qui n'est pas élu ; une passion sans la croix, une passion inutile et solitaire.
    L'ultime geste de B. est un acte de foi. Il croit enfin. Il croit dans la mort, dans ce seul bien dont il a maintenant l'idée, dont il sent le besoin ; dans la seule chose, enfin, que Dieu-son-père lui ait jamais promise.
    Le texte se présente sous la forme d'un long monologue de B., recueilli par le personnage invisible du médecin, psychiatre ou analyste : personnage muet, d'une réalité variable à l'extrême d'après lés intonations affectives de B., selon qu'il se dévoile comme pour soi-même ou qu'il s'adresse réellement à son interlocuteur. Et cette présence du médecin, plus ou moins sensible selon l'instant, affecte le discours de B., confession, message ou bien défi."

  • Théâtre
    1993-1999
    Virginité
    On a retrouvé Papa
    Capitaine Bringuier
    Famines
    Le Jubilé d'Agathe
    Nulle part au monde
    Vivarium
    Le Murmure des vagues

  • « A huit heures vingt-cinq précises, le 26 juillet 1952, toutes les radios, à Buenos Aires et dans le reste de l'Argentine, annonçaient qu'Eva Peron venait d'"entrer dans l'immortalité".
    ... Le 9 août 1952, le cercueil placé sur un affût de canon fut tiré par vingt ouvriers en chemise blanche, puis déposé dans le nouvel immeuble de la CGT, le syndicat des chers descamisados, les plus fidèles militants du péronisme. Deux millions de personnes accompagnaient Evita. Sur la place de Mai, la madone des pauvres souriait sur son portrait géant et ce sourire appartenait désormais à la légende. »

  • Julien saura-t-il conquérir sa cousine Julia? La naïve passion de l'adolescent ne touche guère la jeune fille, et Julien souffre en silence d'être encore un petit garçon pour sa cousine.
    Trop jeune ? Ce n'est assurément pas ce que pense Mathilde, la brune aux seins généreux. Ni Justine, la rousse. Ni la petite Angèle. Ni la blonde Liselotte. Ni Clémentine, la belle actrice...
    Pascal Lainé nous donne avec Tendres cousines un livre espiègle et sensuel, un conte à la manière de Candide, mais sur le mode léger, sans autre philosophie que l'amour juvénile de la vie.
    L'auteur de La Dentellière nous emporte à nouveau par la magie de son écriture élégante et limpide, et l'on regrette seulement que les pages courent si vite vers la fin d'une aventure qu'on n'aurait pas voulu quitter.

  • Roman mourut le 12 septembre 1939, en chargeant un tank allemand sur sa jument favorite.
    Lucyna mourut à Varsovie sous un bombardement, le 24 août 1944, dans la cave de sa couturière.
    Maître Rytwinski est mort d'apoplexie le jour où les communistes prenaient le pouvoir. C'était en 1948.
    Le petit Witold est devenu un cinéaste célèbre. Sa vie se partage aujourd'hui entre la création, l'alcool et les femmes, entre les chefs-d'oeuvre et les scandales. La gloire le poursuit d'une rive à l'autre de l'Atlantique.
    Nul ne saurait dire s'il se souvient encore de Roman, de Lucyna, de tous ceux qui sont morts autour de lui.
    Nul ne saurait dire s'il se souvient de cette terre des ombres qui est sa terre natale.

  • Enfant, déjà, le romancier rêvait d'aller ailleurs, en quête d'une insaisissable harmonie, pacifiée mais glorieuse, qui lui permettrait d'échapper aux mille désastres d'une vie en train de se faire et de se défaire à chaque instant.
    Alors, pour atteindre la réalité de l'imaginaire, le romancier se fait magicien. Grâce au kaléidoscope d'un scintillant langage, il construit un roman à l'envers en saisissant l'ensemble de ses je d'autrefois et de maintenant. Il est le petit et le grand Jeannot. Il est l'instituteur en mal de fiction. Il est tour à tour fragile et soumis, mûr, lucide, moqueur, féroce. Il projette son angoisse et sa gaieté. Il plante son regard aigu d'observateur sur notre monde bétonné, sur la famille. Il secoue le shaker de ses mille et une images intérieures. Et soudain, l'émulsion se fait pour l'enchantement du lecteur éberlué, dans un prodigieux récit capable de l'emmener à rebours - bon gré mal gré - à travers l'espace et le temps.

  • « C'est en s'exposant nue, ou, pour mieux dire, dans son dénuement même que la chair, non sans
    paradoxe, manifeste le mieux sa vocation, en chacun de nous, à nier et dépasser sa nature matérielle. Ainsi, le grand âge et ses stigmates ne sauraient rien retrancher de cette beauté «essentielle» de la chair. La nudité est par nature innocente, et belle par vocation, car l'humain se célèbre lui-même dans la chair aussi bien que par les idées et les mots. »

  • Ce roman est un témoignage original sur les deux jeunesses contemporaines françaises : celle du narrateur, jeune professeur de philosophie révolté, nommé dans un lycée technique provincial, et celle de ses élèves, ceux qu'on appelle la masse silencieuse : jeunesses opposées à tout point de vue et pourtant unies dans la même "irrévolution" : vaine confrontation d'une insurrection purement verbale et d'une indifférence, d'une résignation que l'on devine, au cours des pages, grosse d'un insondable et muet désespoir.
    Prix Médicis 1971

  • Genève, printemps 1942. Pour Jakub H., rescapé de la terreur nazie, la rencontre d'Éléna représente le premier sourire de la vie retrouvée. L'homme et la petite fille ont le même âge, en vérité, car Jakub vient de naître : son passé, ses souvenirs sont restés de l'autre côté de la frontière, dans l'Europe occupée. Très loin du monde des adultes, Éléna et Jakub se prennent au jeu de l'amitié passionnée, puis, très bientôt, de l'amour. Voilà trois ans, Pascal Lainé a publié sous le titre "Le monde est un mensonge, Éléna", et sous le pseudonyme de Milan Reicha, une première version de cette histoire. « L'adoption d'un pseudonyme, précise Pascal Lainé dans la postface de ce livre, me fut imposée par des motifs contractuels, et ne répondait nullement à une volonté d'anonymat. Cette supercherie, pourtant, jeta son éclairage pervers sur plus d'une page de mon texte, dont la substance, finalement, fut affectée par cette tromperie initiale. » Et Pascal Lainé ajoute : « La première version de mon roman péchait, me semble-t-il, par un certain conformisme. Tous mes efforts, depuis lors, se sont portés sur la description de la relation érotique entre Éléna et Jakub : rien de ce qui les unit n'est innocent, bien sûr, puisque leur passion est dans son principe transgression et défi. Mais leurs plaisirs, à l'inverse, conservent jusqu'au bout l'innocence d'une relation absolument désintéressée, puisqu'elle est condamnée a priori par la société. C'est en tâchant de ne jamais résoudre cette contradiction première, fondatrice du drame, que j'espère avoir mieux approché, dans cette nouvelle version de mon roman, la « vérité » de Jakub et d'Éléna. »

  • Ophélie, Agnès, Clarisse ? Ces noms, Shakespeare ou Molière les lui ont choisi et elle n'en porte pas d'autre. Le théâtre est sa vie, puisqu'il contient pour elle toutes les vies, mais elle ne serait pas comédienne si elle ne convoitait, sans cesse, de nouveaux rôles et de plus grands succès. La célébrité, enfin ? En voici la promesse, par la grâce d'un grand film dont elle sera la vedette ! Implacable, la chance s'abat alors sur elle, l'arrache à toutes les Agnès et les Ophélie qui étaient sa chair et son âme. Mais comme le dit Alex, son agent, la gloire est une catastrophe qui ne se refuse pas.

  • " Je l'ai revue quelques semaines plus tard. Elle était plus belle encore, sous le soleil cru des projecteurs. Elle jouait. "
    Elle est comédienne. L'amour qu'elle joue sur scène n'est-il pas plus vrai que celui qu'elle pense éprouver pour son amant qui, fasciné, la regarde chaque soir enlacer son partenaire?
    Il est écrivain. Mais l'amour d'un romancier, ses jalousies, ses élans et ses doutes d'homme de lettres sont-ils autre chose, à leur tour, que des sentiments de théâtre?
    De ces deux êtres de fuite, de ces deux esclaves de l'imaginaire, c'est à qui doutera le plus fort de l'autre et de lui-même. Mais cette perpétuelle mise en danger de l'amour ne fait que prolonger une passion qui s'exalte jour après jour.
    Et cette passion, pour être constamment jouée, pétrie de mensonges et d'incertitude, n'en devient que plus vertigineuse et plus essentielle à la vie de ces deux êtres voués à la fiction, au faux-semblant, mais qui bientôt n'ont plus qu'eux-mêmes à jeter sur le tapis.

  • Entre le Montmartre magique et foisonnant du début du siècle, le Paris des poulbots et celui des grands noms de la noblesse, voici les aventures amoureuses et les tribulations rocambolesques d'Adrienne de Montferrat _ jeune fille négligée par un père héritier d'une époque révolue, livrée à la haine d'une machiavélique belle-mère _ et de Jean de la Rue, fils perdu d'un comte parti aux Amériques à la reconquête de son honneur, recueilli par un brave chiffonnier et devenu chanteur de cabaret.
    De La Dentellière à L'Incertaine, Pascal Lainé nous a charmés par la précision de son dessin, la délicatesse de ses couleurs. Dans Fleur de pavé, librement inspiré d'un feuilleton d'Aristide Bruant, il se tourne vers la tradition du grand roman populaire d'autrefois dont il retrouve la spontanéité, la richesse d'inspiration, le souffle, sans sacrifier pour autant la pureté de style ni rien perdre des qualités d'analyse qui lui valurent le prix Médicis et le prix Goncourt.

  • Anaïs enfile son peignoir, fait un noeud lâche à la ceinture et quitte sa chambre, pieds nus. Elle se lavera plus tard. Oui, plus tard... comme on passe un coup de balai dans la boutique après l'heure de la fermeture. Si elle se regardait dans le miroir, elle ne verrait maintenant, à la place du visage, qu'un plancher poussiéreux. Le barman est dans la cuisine, assis devant son bol de café, mais déjà rasé de près, habillé comme pour partir au travail. Anaïs ne l'a jamais vu qu'ainsi, en cravate, le visage propre et lisse, prêt à vous servir votre consommation. Elle ne peut pas l'imaginer nu, ou même en manches de chemise. Ajoutons quelques accessoires au décor : un cadavre, une grosse cylindrée, un policier blasé, un journaliste en mal de faits divers : il en résulte un huis clos diabolique, palpitant jusqu'à la dernière page, jusqu'au dernier rebondissement, à la fois inéluctable et totalement surprenant.

  • « La jeune fille me sourit. Je me sentis délicatement étreint par son regard, comme un animal qu'on lui aurait donné à tenir, et malgré moi je me laissais prendre à ce sourire et à cette douceur qui m'anéantissaient... Je pris gauchement la main qu'elle me tendit, je l'effleurai plutôt, surpris et quelque peu alarmé qu'il fût si facile de toucher cette main. La jeune fille avait certainement senti mon trouble. Quelque chose en elle venait peut-être d'entrevoir toute la violence de mon émotion. Il passa dans ses yeux, à nouveau, cette lueur très tendre qui était comme un roucoulement. Ce furent mon premier bonheur et ma première victoire. » D'autres passions naîtront en nous, d'autres désirs viendront nous surprendre jusque dans notre âge mûr, mais chacune de ces aventures ne sera qu'une métaphore, pour ainsi dire, de notre premier amour : toutes les rencontres que nous ferons désormais seront empreintes de la même nostalgie, et formeront comme un éternel adieu à ce seul amour.

  • Ni par leur atmosphère, ni par leur intrigue, ces Enquêtes de l'inspecteur Lester ne se conforment aux règles habituelles du roman noir. Ces quatre comédies policières sont aux couleurs de la vie. En débrouillant avec nous l'écheveau des « folles raisons » du crime, Lester nous entraîne dans un fascinant zoo humain où ceux qui n'ont tué personne ne sont pas innocents pour autant. Personnages baroques, situations inattendues, rebondissements incessants : le rire côtoie le frisson et les cadavres prennent leur revanche en nous narguant de leur mystère. Le tout, soutenu par l'allegro vivace d'un style étincelant. Trois petits meurtres... a été adapté pour la télévision, sous le titre : Les Vacances de l'inspecteur Lester (France 2, réalisation d'Alain Wermuss). Claude Rich y prêtait son visage et son humour à l'inspecteur Lester.

  • L'inspecteur Lester déteste la neige, est sujet au vertige, pourtant, le commissaire Fournel l'envoie au coeur des Alpes... Rajah Yshodhana, prince régnant de Bhogavati, aux Indes, s'était fait construire en 1937 un somptueux chalet sur le sommet du Mont Revard. C'est là qu'il choisit de vivre son exil doré lorsqu'il doit quitter son pays en 1949. C'est là que ce passionné d'alpinisme trouve une mort tragique, deux ans plus tard, au cours d'une randonnée. C'est là encore que disparaîtront ses deux fils, dans des conditions pour le moins suspectes. Et aujourd'hui sa veuve craint pour la vie du jeune prince Shudraka, son petit-fils et l'héritier de l'immense fortune des princes de Bhogavati : quarante tonnes d'or déposées dans les coffres de plusieurs banques suisses. L'assassin éventuel serait-il de ses intimes : le banquier suisse Strehler, probablement coupable de graves malversations ; l'architecte Naphta, au passé douteux ; le ministre Manahsvamin, homme de confiance et agent des services secrets indiens. Se pourrait-il qu'il soit une légende ? Voici la troisième aventure de Lester publiée aux Éditions Ramsay. Elle est aussi drôle que les précédentes. Également aussi énigmatique.

  • "J'ai beau m'ingénier, rouler les pensées les plus meurtrières, j'ai encore l'air gentil, personne ne croit à mes méchantes intentions, je serai toujours l'enfant sage de la classe ! Alors, je répétai : "Viande ! Viande ! Viande !" Trois fois ! Avec toute l'agressivité dont j'étais capable, mais Samara me coupa la parole :
    - Oui, mon chéri ! Je suis ta grosse barbaque, hein ? Ta bidoche ! Ton plat de tripes ! Ton sac à viscères !
    - Et bien faisandée, tentai-je de renchérir..."
    L'auteur-héros-narrateur de ces histoires ne manque pas une occasion de se montrer égoïste, cynique et parfaitement inconvenant avec les femmes qui ont le malheur de le rencontrer. Il est et se veut "sexuellement incorrect". Chaque jour un peu plus. Consciemment et délibérement. C'est sa manière favorite de "faire la révolution". Pour son propre compte et, bon gré mal gré, pour le compte de ses partenaires.
    Auteur d'une vingtaine de romans et de plusieurs pièces de théatre, Pascal Lainé (prix Médicis en 1971, prix Goncourt en 1974 pour La Dentellière), signe là son premier recueil de nouvelles.

  • Avec la mise au rancart de l'Au-delà et la défaite de l' "avenir radieux", le monde est enfin devenu une affaire sérieuse. Notre époque restera marquée par l'ultime et décisive victoire de la marchandise sur l'homme, du quantitatif sur le vivant. Le rêve et le désir eux-mêmes ne sont plus que des produits normalisés circulant sur Internet ou vendus sur disques numériques.
    Le plus grand progrès de la civilisation occidentale aura ainsi été l'invention du monde "virtuel", ce théâtre d'ombres.
    Jamais nous n'avons été aussi "rationnels" ni aussi stupides, ayant perdu le "sens".
    Connu depuis longtemps comme romancier (prix Médicis en 1971, prix Goncourt en 1974 pour La Dentellière), Pascal Lainé revient à sa vocation première de philosophe. Il ne fait en cela qu'obéir à l'urgence, dans laquelle nous sommes tous, de retrouver un sens à ce que nous faisons, et surtout à ce que notre société prétend nous faire faire.

  • "Toutes à croquer, oui ! Quelle idée charmante ! Et quel homme charmant ! Aucune ne lui résiste, car elles sentent qu'il saura les aimer bien mieux qu'un autre. Bien plus complètement ! Voilà un homme qui a le goût des femmes, savent-elles d'instinct, et cet instinct-là ne saurait tromper. C'est donc à lui qu'elles se donnent, à lui qui sait les désirer absolument, qui ne négligera rien de leur moelleuse beauté, de leurs tendres galbes et des ineffables douceurs qu'elles réservent au véritable amateur. Il n'en laissera rien, ce gourmand... Car la vérité, messieurs, mesdames les jurés, c'est que les femmes ne sont qu'une friandise pour ce dangereux, pour ce très redoutable séducteur. Ses crimes, direz-vous, ne sont pas du ressort de ce tribunal ? Certes ! Avec bon sens, vous préférez confier ce cas à l'institution psychiatrique. Soit ! Mais prions pour les infirmières !
    Le roman d'un séducteur pas comme les autres : les « belles à croquer », il aime vraiment se les mettre sous la dent. Un érotisme drolatique à base de câlins canins, par l'auteur de La Dentellière.

  • Pascal Lainé, précisément, a reçu le Goncourt en 1974. Voilà donc un quart de siècle que ce courageux écrivain retenait son éclat de rire. Il nous accorde aujourd'hui l'ultime et décisive interview qu'il donnera sur la question du prix Goncourt, car il est bien décidé à parler désormais des livres qu'il écrit effectivement, non des fables qu'on en peut tirer quelquefois. Pascal Lainé voit dans ce prix le concentré de la futilité d'une culture dominée par les médias et les purs effets de mode. Excellent point de départ pour une réflexion globale sur une société vouée aux apparences, tombée dans l'idolâtrie et l'esclavage du spectaculaire.
    Prix Goncourt, prix Médicis, Pascal Lainé a travaillé pour le cinéma, la télévision, le théâtre, et est notamment l'auteur chez Fayard de La Moitié du bonheur (deux tomes), L'Incertaine, Il ne s'est rien passé (nouvelles), Fleur de pavé, ainsi que d'un essai, Le Commerce des apparences, d'un volume de Théâtre et d'un recueil de quatre romans intitulé Quatre femmes.

  • Trois amis, un peintre célèbre, un metteur en scène de théâtre et un écrivain (la cinquantaine) ont trouvé le séjour dont ils rêvaient pour s'isoler, réfléchir, et revenir aux sources de la création artistique. L'endroit : un village de montagne, quelque part en Pologne méridionale - et retiré à souhait. Ils cherchaient l'inspiration, ils la trouvent sous sa forme la plus élémentaire : le désir. Il y a la jeune Henia, blonde et rose créature, charmant succube qui évolue autour d'eux comme un papillon autour d'une flamme. Il y a la « châtelaine », version moderne de Salomé, pour qui la jouissance est en même temps accès à l'infini et vision de la mort. Il y a toutes ces « dames galantes », réelles ou seulement rêvées, qui peuplent la mémoire de nos trois héros : celle du premier baiser, celle de la première jouissance, celle du premier amour. Il y a enfin le père Adas, curé de la paroisse, qui reconstruit son église et pourtant annonce, avec la fin des idéologies, le règne prochain du démon. Tous trois tirent la leçon de leur séjour initiatique, et leur sagesse nouvelle tient en une phrase : « C'est au jour de notre mort que nous saurons enfin de quoi la vie était faite. »

  • «Les gens sont sur terre pour se désirer mutuel- lement et jouir les uns des autres. Quelqu'un a déjà dit la même chose en des termes à peu près semblables, certes, mai . s on ne le répéteraj amais assez... ... Combien de millénaires de patiente réflexion, de travail, d'amour, d'énergie, de talent, de pensées sublimes et généreuses pour arriver à ceci : le journal télévisé de 20 heures ! » (Extrait des thèses révolutionnaires de Ricardo Razgouliaï, héros de cette histoire )Imaginez deux milliers d'humains abandonnés à eux-mêmes pendant quarante ans : voici Mongis-Ville-nouvelle, le plus pervers des projets urbanistiques après Sing-Sing et La Défense. Si foireux, même, que les «autorités» ont coulé sur cet immense pataquès une lourde dalle d'oubli, à défaut de béton, sans trop se préoccuper des deux mille âmes qui restaient là-dessous. Voici l'improbable histoire de ces braves gens occupés à restaurer, non pas les ruines de leur ville, mais celles, bien plus précieuses, de la belle humanité qui demeure en nous et dont rien ne pourra jamais venir a bout. Jamais rien, vraiment ? C'est à voir...
    Ce roman mi-burlesque, mi-tragique est la chronique de cette résurrection à la fois désespérée et inespérée. Un roman vraiment daté de l'orée du XXI siècle.

  • Dans l'espace tout neuf de la «télé-réalité», on n'attend même pas 22h30 (la fin du prime time) pour parler gras et rêver lourd. Sans avoir l'esprit particulièrement chagrin, Pascal Lainé nous fait partager son inquiétude sur l'avenir de notre société normée par les écrans. Que penser, notamment, de l'uniformisation des modes de vie imposée par le spectacle tout-puissant ? Les dangereux progrès des communautarismes, islamistes ou autres, ne contiennent-ils pas un élément de réponse ?
    L'auteur nous aide ainsi à mieux comprendre la violence née chaque jour des difficultés de communication entre le Nord et le Sud, ou au coeur même de nos villes. Il s'emploie à expliquer la nécessité, admise depuis 1985 par tous nos dirigeants politiques, de faire triompher définitivement la diversité culturelle sur la vraie barbarie du libéralisme «AMI» ou «OMC».
    Il termine son parcours en présentant cette Société des auteurs et compositeurs dramatiques, créée jadis par Beaumarchais, plus vieille de quelques années que les Etats-Unis d'Amérique, et qui ne défend plus seulement les droits des créateurs, mais aussi bien notre culture et notre identité. La SACD, devenue un exemple et un encouragement dans le combat mondial pour la plus essentielle des libertés : celle des cultures dans leur richesse et leur bigarrure.
    Auteur de romans, d'essais, de textes pour le théâtre, Pascal Lainé a également écrit une vingtaine de scénarios de films ou téléfilms.

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