• La légende noire, qui accompagne toutes les périodes de réaction et de désarroi, a fait de l'utopie l'antichambre du Goulag, voire des camps, et elle ne nous laisse rien espérer de l'avenir. Et pourtant, un simple coup d'oeil sur l'Histoire prouve le contraire : l'utopie est inséparable d'une pensée de l'émancipation qui a trouvé dans ce « splendide xixe siècle » (André Breton) son épanouissement.
    Miguel Abensour évoque ici une de ces figures les plus fascinantes, celle du « génial Pierre Leroux» (Marx), qui fut sans doute l'inventeur du mot socialisme.
    Cette édition s'enrichit d'un article de M. Abensour publié en 1991, «L'Affaire Schelling, une controverse entre Pierre Leroux et les jeunes hégéliens ». S'éclaire ainsi à la lumière de l'utopie alors encore brûlante les relations entre philosophes français et philosophes allemands, qui donnèrent naissance aux Annales francoallemandes.
    La préface de Louis Janover montre comment utopie n'a jamais cessé d'entrer en résonance avec poésie, et de produire ce ton inouï que rien ne remplace à l'oreille.

  • Je ne puis donner la réalité des faits, je n'en puis présenter que l'ombre.
    Stendhal.

    «Le Rouge et le Noir est une oeuvre énigmatique. Énigme plurielle. D'abord, il y a le titre.
    Classiquement, en s'appuyant sur les propres déclarations de Stendhal, on l'interprète comme si le Rouge évoquait les carrières militaires et le Noir les carrières ecclésiastiques. Mais est-ce bien sûr ?
    Méfions-nous des explications de Stendhal dont nous savons qu'il avait un goût prononcé pour la mystification.

    En outre, il s'agit d'un roman écrit « à l'ombre de...» : certains protagonistes agissent et se déplacent sur une double scène, la scène contemporaine du roman, la France de la Restauration, et une autre scène située dans une époque passée qui a valeur d'exemple. Double scène donc, dans la mesure où les protagonistes trouvent la source de leur conduite dans l'identification à un modèle choisi dans le passé et dont ils s'efforcent d'imiter les hauts gestes et les grandes actions, en dépit de la résistance du temps présent. »

  • Pour reprendre la fameuse formule d'Anacharsis Cloots, «Ni Marat, Ni Roland», la ligne directrice de cet essai sera : «Ni Soboul, Ni Furet». Le pari est fait que le temps est venu de proposer une lecture qui se tienne à l'écart des idéologies qui ont cours, soit l'identification du jacobinisme à une préfiguration du léninisme, soit la glorification de Thermidor. Autrement féconde nous apparaît l'approche de R. Bodei qui, dans La Géométrie des Passions, en confrontant le projet jacobin à Spinoza dévoile une nouvelle constellation dans laquelle le recours à la crainte et à l'espoir, loin de viser à l'asservissement du peuple travaille à sa libération. Aussi cet ouvrage aura-t-il pour ambition de «s'expliquer avec Saint-Just» en faisant de la question politique le lieu critique par excellence ?
    L'ouvrage comprend deux volets : l'un consacré à la philosophie politique de Saint-Just, l'autre à l'héroïsme et à sa prégnance dans l'agir révolutionnaire.

  • L'homme est un animal utopique! Mais que signifie cette affirmation si elle est plus qu'un simple paradoxe, ou la tentative de s'approprier une formule célèbre pour en découvrir le sens ?
    L'objet de ce livre, c'est précisément de montrer que le foisonnement de l'utopie à travers les âges représente rien moins que la volonté toujours renouvelée de donner à l'émancipation un nouveau visage. Alors que les uns s'emploient à dissocier l'utopie de la politique, les autres à tout rabattre sur la politique, l'idée centrale des différentes écoles utopistes, l'idée d'Association, dément ces simplifications : elle est en réalité une idée politique qui rejoint l'inspiration de la vraie démocratie. Chaque moment des luttes suscite une nouvelle sommation utopique qui inscrit au sein même de l'Histoire l'aspiration à un au-delà du présent.
    Ainsi, l'utopie s'interroge sur les nouveaux moyens de réaliser l'idée d'émancipation et de dépasser ce qui se pose à chaque fois comme horizon indépassable.
    Si bien que l'homme apparaît alors véritablement comme un animal utopique.

  • «Lorsque je rééditai, il y a quelques années déjà, en collaboration avec Valentin Pelosse, des textes de Blanqui devenus rares, Instructions pour une prise d'armes ; L'Éternité par les astres (Sens&Tonka, Paris, 2000), je tentai de lire et d'interpréter la geste révolutionnaire d'Auguste Blanqui en m'aidant de Walter Benjamin; nous eûmes ainsi recours à un « collage » de citations en regard du texte des Instructions pour une prise d'armes et nous décidâmes d'insérer dans cet ensemble les thèses de Benjamin, Sur le concept d'histoire.
    Plutôt que d'une décision arbitraire, il s'agissait de la reconnaissance d'une dette. Benjamin, en effet, notamment dans le texte Paris capitale du XIXe siècle (1935) apparaissait comme un «phare » dont les rayons permettaient de discerner les arrière-fonds philosophiques, cosmogoniques de la radicalité révolutionnaire de Blanqui et donc d'extraire celui que son biographe Gustave Geffroy nommait « l'Enfermé », à l'approche traditionnelle, trop exclusivement politique.
    C'est dans la direction inverse que j'aimerais maintenant avancer :
    Non plus redécouvrir le visage de Blanqui grâce au regard attentif de Benjamin, mais percevoir ce qui dans l'oeuvre de Benjamin est en rapport avec la présence soudain insistante de Blanqui. Ou plutôt, il s'agirait de repérer, de rouvrir, de parcourir les «Passages » qui vont de Blanqui à Benjamin, de s'attacher aux mouvements et aux arrêts qu'y effectue Benjamin. Bref, les «Passages Blanqui », les Passages ouverts, percés par Blanqui dans l'oeuvre de Benjamin :
    - Quels sont les objets que le choc de cette rencontre a révélés ?
    - Quelle puissance d'éveil accorder à l'image de l'Enfermé ?
    Quelles sont les pistes neuves, renouvelées ou entrecroisées sur lesquelles cette image a lancé Benjamin?
    - Quels sont les enjeux qui se sont constitués, noués, quelles sont les affinités électives qui se sont instaurées transversalement dans l'heur de cette rencontre ? » (M. A.) Par ce texte nous poursuivons le travail éditorial que nous avons engagé avec le philosophe Miguel Abensour. Ce texte se situe, dans sa pensée, au carrefour de sa réflexion sur l'utopie (ou l'utopique), la servitude volontaire, la théorie du héros et la pensée de l'émancipation : Comment devient-on réellement libre ?

  • Le texte de Miguel Abensour, écrit et publié au début des années 1970, correspond bien à l'esprit de l'époque qui ne redoutait pas de remettre en question ce qui, d'un avis général, ne faisait pas question. Désireux de penser l'utopie à nouveaux frais - ce qu'il n'a pas cessé de faire depuis - l'auteur de cet essai novateur isole un obstacle majeur à une nouvelle pensée de l'utopie, à savoir la critique marxiste de l'utopie au nom de la science. Il perçoit dans cette formation critique un énoncé dominant qui a pour fonction d'exclure tout énoncé en rupture. De là son travail qui, par un patient retour aux situations énonciatrices, vise à élaborer un autre modèle d'interprétation, un autre paradigme que celui issu de la critique marxiste classique de l'utopie. À suivre M. Abensour, la véritable matrice critique marxienne n'est pas le couple antinomique de l'utopie et de la science - ce qui est la position d'Auguste Comte le fondateur du positivisme - mais bien plutôt l'opposition découverte en 1843 entre la révolution partielle et la révolution totale. La « faiblesse » de l'utopie serait non pas son excès, mais son appartenance à la sphère de la révolution partielle. Si l'on ajoute à cela que Karl Marx pratique une inversion de la critique bourgeoise de l'utopie, il apparaît que l'auteur des Manuscrits de 1844 invite de façon décisive à distinguer entre les utopies qui ne sont que « l'ombre portée de la société présente » (Proudhon) et les utopies à beaucoup d'égards révolutionnaires qui sont « des expressions imaginatives d'un monde nouveau » (Fourier, Owen ).
    S'opposant également à la thèse selon laquelle l'utopie s'éteindrait en 1848, M. Abensour s'emploie à discerner trois formes de l'utopie : le socialisme utopique, le néo-utopies et ce qu'il appelle le nouvel esprit utopique qui persiste après 1848 jusqu'à nos jours.
    Dans la seconde partie, il s'agit - au-delà de la restitution des conditions d'énonciation - de dévoiler , en sachant mettre en lumière la traversée du mouvement jeune-hégélien de gauche, la trajectoire du geste marxien de sauvetage de l'utopie, à savoir la transformation de la question statique de la propriété privée en celle, historique, du rapport du travail aliéné à la marche du développement de l'humanité. Marx n'est donc pas le fossoyeur de l'utopie et ce d'autant moins qu'il a su effectuer une transcroissance de l'utopie au communisme critique. De cette démarche, il ressort qu'il existe un noyau insécable d'utopie dans l'oeuvre de Marx, qui est bien plus le penseur du communisme critique que celui d'un socialisme dit scientifique. Il ne faut pas se méprendre sur la critique marxienne de l'utopie ; loin d'être purement destructrice, elle est cathartique - salvatrice, c'est- à-dire que la critique de l'utopie ne saurait se dissocier de son sauvetage, mieux encore, la critique de l'utopie est la voie privilégiée qui mène à son sauvetage.
    Nous assistons, contre toute attente, à un renouveau de l'utopie, ce qui donne à la pensée du nouvel esprit utopique de M. Abensour tout son sens et toute son actualité.
    Comme l'écrit Adorno : « On ne jette pas le bébé avec l'eau du bain ».

  • Enfin disponible en livre de poche, cette nouvelle édition de La Démocratie contre l'État revue et augmentée par une préface inédite et un texte final : " Principe d'anarchie et démocratie sauvage ". Son propos est au centre du débat politique contemporain et remonte bel et bien à l'origine de 1789 : la démocratie est-elle entièrement incluse dans l'État, ou bien serait-elle, dans son essence même, en opposition avec lui ? Tradition jacobine, avec renforcement de l'État, ou tradition conseilliste brisant le pouvoir pour lui substituer une nouvelle forme de lien politique ?

  • Le livre développe le trajet philosophique de Miguel Abensour (1939-). Il montre comment s'est construite ce qu'il nomme sa philosophie politique critique dont les deux foyers sont la "démocratie insurgeante" et le "nouvel esprit utopique".
    La Boétie n'a pas seulement conçu l'inconcevable - la servitude volontaire. Il a discerné, dans le champ politique, deux formes de totalités destinées à s'opposer : soit celle du Tous Un ou de l'État, soit celle de la communauté politique des tous uns, ou vraie démocratie, sous le signe du C ontr'Un. Notre histoire politique, depuis la Révolution n'est-elle pas le théâtre d'un conflit récurrent entre ces deux formes, entre la démocratie insurgeante et l'État ?
    C e livre d'entretiens avec Miguel Abensour interroge son oeuvre. À travers la lecture de Hannah Arendt, il fait le choix d'une opposition frontale à la philosophie politique institutionnelle, par le recours à un double dispositif : l'antiplatonisme d'une part, le C ontre-Hobbes de l'autre. Par là il propose une philosophie politique critique sous la forme d'une articulation entre la critique de la domination, issue de la Théorie critique et la pensée de la politique née avec la tradition de la liberté.
    Un second trajet, les Utopiques, suit les aventures de l'utopie dans la modernité, de Thomas More à Levinas en passant par Marx, William Morris et la Théorie critique. Face à cette persistance de l'utopie, Miguel Abensour invite à une conjugaison entre le désir de liberté en guerre contre la domination et le désir d'utopie qui grâce à l'envol de l'imagination, oriente l'action vers la venue d'une société autre.
    A l'opposé d'une philosophie politique de la restauration, s'affirme ici l'intensité d'une politique de l'émancipation pensée et pratiquée comme une force active toujours en éveil.

  • Dans cet ouvrage d'entretiens avec Danielle Cohen-Levinas, Miguel Abensour explore la pensée philosophique d'Emmanuel Levinas en interrogeant ce que le philosophe appelait " l'importance extrême dans la multiplicité humaine de la structure politique de la société soumise aux lois et dès lors aux institutions où le pour-l'autre de la subjectivité - le moi - entre avec la dignité du citoyen dans la réciprocité parfaite des lois politiques essentiellement égalitaires ou tenues à le devenir " (Paix et proximité).
    Si Levinas n'est pas un penseur de la politique, il n'a cessé toutefois d'y revenir, avec insistance, notamment dans Autrement qu'être ou au-delà de l'essence, au terme d'une réflexion sur la justice. Ainsi pensée, la politique, de par la prise en considération du tiers, devient le temps du passage de la dissymétrie de la relation éthique à la réversibilité, la réciprocité entre citoyens. Aussi est-il légitime de soutenir que Levinas, loin d'avoir recours à l'éthique pour déprécier la politique, invente plutôt entre les deux sphères une articulation originale qui vise à rendre à la politique sa consistance et sa dignité, à renouveler en quelque sorte la question politique.
    La proposition levinassienne, de par le rapport qu'elle instaure avec la justice et plus profondément avec la proximité, aurait pour effet de " relativiser " la politique en la posant et en la pensant en regard d'une autre instance, l'éthique, qui naît de la responsabilité pour autrui. Invention de Levinas, car il réussit au sein de la modernité, à élaborer un dispositif proche, formellement tout au moins, de celui des philosophes politiques classiques qui, en pensant la politique en regard de la métapolitique - l'excellence, la quête du bien-vivre, la vie juste - lui conféraient, grâce à cette relativisation, irréductibilité et différence.
    Du même coup, Levinas évite les deux écueils qui menacent la politique dans la modernité, soit le technicisme qui réduit la politique à une techné permettant de " gérer " les contradictions qui traversent une société donnée - de nos jours " la gouvernance " -, soit l'absolutisation au sens où la dissolution du complexe théologico-politique recentre la politique sur son axe, sur elle-même, l'autonomise jusqu'à faire naître chez certains le vertige de la politique se transformant en religion.

  • La légende noire, qui accompagne toutes les périodes de réaction et de désarroi, a fait de l'utopie l'antichambre du Goulag, voire des camps et elle ne nous laisse rien espérer de l'avenir.
    Et pourtant, un simple coup d'oeil sur l'histoire prouve le contraire : l'utopie est inséparable d'une pensée de l'émancipation qui a trouvé dans ce splendide XIXe siècle (André Breton) son épanouissement. Miguel Ahensour évoque ici une de ces figures les plus fascinantes, celle du génial Pierre Leroux (Marx), qui fut sans doute l'inventeur du mot socialisme. Cette seconde édition d'un livre paru en 2000 est en tait une édition nouvelle.
    Elle s'enrichit d'un article de Miguel Ahensour publié en 1991, l'Affaire Schelling, une controverse entre Pierre Leroux et les jeunes hégéliens. S'éclaire ainsi i la lumière de l'utopie alors encore brûlante les relations entre philosophes français et philosophes allemands, qui donnèrent naissance aux Annales franco-allemandes. La préface de Louis Janover montre comment utopie n'a jamais cessé d'entrer en résonance avec poésie, et de produire ce ton inouï que rien ne remplace a l'oreille.

  • Critique, cette philosophie politique l'est de par la jonction de deux dimensions, la critique de la domination d'une part, une interrogation permanente sur ses conditions de possibilité de l'autre. A vrai dire, une troisième dimension se fait jour dans ces pages, traversées en quelque sorte par une montée de l'utopie, au point d'infléchir cette philosophie vers une philosophie politique "critico-utopique", si l'on reprend le terme forgé par Marx pour désigner les socialistes utopiques qu'il tenait, contrairement à la légence, en grande estime pour avoir su donner "l'expression imaginative d'un monde nouveau".
    C'est sous des formes diverses, le lien humain chez Pierre Leroux, l'humain chez Emmanuel Levinas, la confrontation entre l'utopie et la démocratie que sont tentées une sortie, mieux, une évasion vers ce qui est différent, vers l'autrement. Contrairement à la doxa prisonnière de l'horizon libéral, il n'est pas vrai que la démocratie ait évincé l'utopie, comme si l'époque de la démocratie avait succédé à l'époque de l'utopie en en signant la fin.

  • Selon l'opinion du jour, Hannah Arendt serait connue et reconnue pour avoir élaboré sur des grandes philosophies politiques du temps présent. Cette
    appréciation n'a-t-elle pas pour défaut d'occulter l'hostilité déterminée d'Hannah Arendt à ce qu'il est convenu d'appeler "philosophie politique" ? Hannah Arendt n'a-t-elle pas explicitement avoué qu'elle prenait toujours soin de mentionner l'opposition qui existe entre philosophie et politique ? De là, sinon l'ouverture d'un réquisitoire, tout au moins la mise en lumière de ce qui fait obstacle à une fusion harmonieuse entre philosophie et politique. N'est-ce pas du côté d'une conception héroïque de la politique que Hannah Arendt trouve une réplique pertinente aux déficits de la philosophie politique classiqueoe
    Loin de mener à un retour vers une science empirico-analytique des phénomènes politiques, l'offensive d'Hannah Arendt conduit au seuil de ce que pourrait être une philosophie politique critique.La question est : faut-il canoniser Hannah Arendt ou bien laisser entendre la voix dérangeante de "l'enfant terrible" de la pensée politiqueoe

  • Cet essai, initialement paru en nos éditions en 1997 et que nous rééditons aujourd'hui, explore une relation entre certaines formes d'architecture et les expériences totalitaires du siècle dernier. En s'appuyant sur l'emblématique totalitarisme nazi incarné par deux hommes, Hitler et Speer, Miguel Abensour sonde les profondeurs, les connivences, les avatars des dirigeants dans l'oeuvre de domination. L'auteur laisse en filigranes d'autres totalitarismes aux résolutions esthétiques semblables.
    Par un regard attentif sur le passé, M. Abensour pointe en réalité, cruellement, notre présent.

  • Levinas Nouv.

    Levinas

    Miguel Abensour

    Ce dernier livre prévu par l'auteur voyant son état de santé décliné montre l'importance qu'Emmanuel Levinas avait prise dans la vie philosophique de Miguel Abensour. Le sommaire, constitué de textes «bruts» ou «sans ambages», montre parfaitement les multitudes d'angles que cette pensée inspirait à M. Abensour, il l'imaginait comme l'une des plus libres qui soient, y compris sur des questions aussi délicates qu'inextricables qui se posaient en son temps et se posent toujours dans le nôtre.

  • L'homme est un animal utopique ! Mais que signifie cette affirmation si elle est plus qu'un simple paradoxe, ou la tentative de s'approprier une formule célèbre pour en détourner le sens ? L'objet de ce livre, c'est précisément de montrer que le foisonnement de l'utopie à travers les âges représente rien moins que la volonté toujours renouvelée de donner à l'émancipation un nouveau visage.
    Alors que les uns s'emploient à dissocier l'utopie de la politique, les autres à tout rabattre sur la politique, l'idée centrale des différentes écoles utopistes, l'idée d'Association, dément ces simplifications : elle est en réalité une idée politique qui rejoint l'inspiration de la vraie démocratie. Chaque moment des luttes suscite une nouvelle sommation utopique qui inscrit au sein même de l'histoire l'aspiration à un au-delà du présent.
    Ainsi, l'utopie s'interroge sur les nouveaux moyens de réaliser l'idée d'émancipation et de dépasser ce qui se pose à chaque fois comme horizon indépassable. Si bien que l'homme apparaît alors véritablement comme un animal utopique.

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