• Les philosophes ne traitent jamais de la course à pied ; déjà les Grecs faisaient l'éloge de la tortue marcheuse, mais disqualifiaient le vaillant Achille, pris dans la folie de ses enjambées... L'auteur, coureur de fond lui-même, s'oppose ici à cette tradition : en autant de textes qu'il y a de kilomètres au marathon, il va à la rencontre des millions de joggers qui ignorent parfois leur propre sagesse.
    Il brosse pour cela de nombreux portraits, de Guy Drut aux fuyards des sociétés modernes, en passant par les marathoniens de New York ou d'Amsterdam. Il montre que la course permet de tester les philosophies (si l'on démarre kantien, on finit toujours spinoziste...). Il la ressaisit enfin comme une expérience du temps, et révèle sa vraie nature : la course est l'épreuve d'un pouvoir intérieur.

  • La crise de notre modèle politique éveille le plus grand pessimisme. Face à cette peur de l'avenir, Guillaume le Blanc nous propose une hypothèse détonante, aussi ludique qu'originale : l'hypothèse Charlot.
    Chaplin invente le témoin précaire de son temps, celui qui, au bord de la désintégration, parvient néanmoins à survivre. Charlot appartient à une humanité vulnérable qui déroule sous nos yeux une vie minuscule. Et pourtant, que l'on regarde Les Temps modernes, The Kid ou Le dictateur, c'est bien lui qui remet en question tous les partages sociaux entre le grand et le petit, le centre et la périphérie, le dedans et le dehors, le normal et le pathologique : faut-il vraiment vivre en travaillant ? Qu'est-ce qu'être amoureux ? Etre père ? Sommes-nous tenus d'être des citoyens patriotes ?

    L'hypothèse Charlot, c'est cela : contester les normes du monde commun pour le rendre justement encore plus commun, plus partageable, pour inventer et réinventer la démocratie. N'est-ce pas la force ultime de Chaplin et de son personnage de nous éloigner du nihilisme qui semble à nouveau guetter notre époque ?

  • Il est temps. De vaincre nos peurs et de tendre la main.
    L'humanisme ne signifie rien s'il laisse de côté les femmes, les enfants, les hommes venus d'ailleurs. Il n'est rien non plus s'il laisse sur le bord de la route les exclus d'ici. Il est temps de refuser l'idéologie du ministère de l' Intérieur, et de bâtir ensemble les fondations de notre société hospitalière. Il est temps de nous faire connaître.
    Notre conviction est simple, elle est portée par tout un peuple, citoyens, associations, intellectuels, qui dit « ça suffit ». L'humanité est plus grande que la nation.
    Voici un manifeste, assorti de propositions concrètes, pour que nous agissions ensemble et qu'ensemble nous prenions la parole.
    Ne nous y trompons pas : en refusant d'accueillir les autres, c'est nous-mêmes que nous cessons d'aimer.

  • GAGNER SA VIE EST-CE LA PERDREoe. La question du travail ne se pose pas comme une question quelconque. Elle surgit d'abord comme la préoccupation des adultes : le travail est un passage obligé pour que l'on puisse s'assumer. Savons-nous pourtant ce qu'il implique réellementoe Plutôt que de le penser par rapport au seul argent gagné, il faut le considérer comme un ensemble de gestes répétés, de représentations qui forment un monde commun. Le travail crée les moyens d'une vie décente. Mais il peut être perdu à tout moment et de son absence compromet le sens d'une existence en lui ôtant les moyens de son développement social et personnel. Dans le travail cohabitent misère et grandeur : il y va de ce que les autres peuvent faire de nous mais aussi de ce que nous parvenons à faire de nous-mêmes.


  • banalisée, inscrite désormais dans le décor de notre quotidien, la précarité bouleverse notre rapport aux normes sociales.
    sait-on simplement aujourd'hui ce qui distingue une vie ordinaire d'une vie précaire ? a-t-on seulement noté que les chômeurs, les surnuméraires, les inutiles, cette armée de sans-voix, s'inventent une nouvelle langue à laquelle nous restons sourds ? si la philosophie peut espérer contribuer à la critique sociale, il lui revient de traduire ces expériences d'inexistence et de redonner droit de cité à ces voix discordantes, participant ainsi à la construction d'une " société décente ".
    non point un programme, mais une exigence : parce que les voix des précaires sont l'ultime voix de la démocratie, leur faire une place dans le bruit ordinaire de nos vies.

  • Est-il possible de proposer une nouvelle histoire des sciences humaines? L'ambition de ce livre est d'y parvenir en présentant une réflexion inédite sur le type d'unité qui innerve les sciences de l'homme.
    Foucault, dans Les mots et les choses, construit une interprétation particulièrement stimulante quand il affirme que l'invention de la figure de l'homme dépend du jeu mêlé de trois formes, la vie, le travail et le langage, qui trouvent dans de nouveaux savoirs leur répondant épistémologique. La méthode archéologique parvient à contourner une histoire endogène des sciences humaines au profit d'une histoire exogène.
    Le tournant anthropologique, décrit par Foucault, peut être lu autrement. Le déploiement de l'anthropologie, qui culmine dans le positivisme, réside dans le souci croissant de la normalité. Les sciences humaines, avec Comte, commencent à fonctionner comme des sciences de l'homme normal, désireuses de traquer le pathologique sous toutes ses formes. C'est que l'homme, sitôt réfléchi comme problème par une science qui cherche à en faire son objet, s'évade par toute une série de modifications physiques et psychiques qui laissent percer une angoisse du désordre, de l'emportement, de la maladie.
    L'anthropologie ne correspond pas à l'affirmation d'une maîtrise de l'homme dans la souveraineté d'une science enfin conquise mais à l'angoisse de le voir s'échapper en permanence et se perdre dans la nuit de ses maladies, dans la terreur de ses désirs, dans l'emportement de ses instincts, dans la folie de ses idées. C'est celte angoisse de l'homme modifiable qui appelle, comme son contrepoint normatif, le désir de l'homme normal que s'efforceront de fixer les sciences humaines.
    Ce qui est révélé dans cette histoire encore méconnue, c'est l'impossibilité d'évacuer l'activité mentale jusque dans le discours de la sociologie. Là réside la thèse principale: les sciences humaines n'ont pas fait disparaître toute idée de la psyché comme cela a été souvent dit, elles l'ont au contraire reformulée de manière totalement neuve en la reliant à la série des modifications dont l'homme est l'objet.
    La question mentale est, en ce sens, la grande affaire des sciences humaines.

  • L'ouvrage défend la thèse d'une compréhension de la philosophie comme contre-culture, direction dans laquelle nous encouragent à aller les philosophies de langue française des années 1960. Il s'agit, d'une part, d'affirmer que la philosophie est une pratique de discours dépendante des contextes culturels dans lesquels elle est formulée, et, d'autre part, de localiser des scènes de la contre-culture philosophique et de les décrire.
    Encore cette description ne saurait-elle être menée pour elle-même. En révélant un style de philosophie, nous voilà projetés dans des allures de vie considérées comme interdites, tant que nous en restons aux vieux schémas des universaux faisant la loi à toutes les vies, imposant leur légitimité aux dépens des expérimentations. Ce geste philosophique des années 1960 est encore aujourd'hui notre geste, qu'il importe plus que jamais de reprendre, d'expérimenter à notre tour.

  • - Dans la lignée de Vies ordinaires, vies précaires (Seuil, 2007), Guillaume Le Blanc aborde en philosophe une réalité sociale que l'actualité ne cesse d'illustrer : la stigmatisation de l'étranger. Qu'est-ce qu'être étranger dans une nation ? Qu'est-ce qu'une vie sans attaches, prise entre deux langues, en attente ? Que fait-on quand on désigne quelqu'un par le nom d'" étranger " ? Au fil de l'analyse, Guillaume Le Blanc dénoue tous les ressorts qui assignent les étrangers à une place intenable : dans la nation mais dehors, avec elle mais perçus contre elle. Ce faisant, l'auteur conduit le lecteur vers une question qui traverse l'histoire de la philosophie : peut-on se penser soi-même comme un autre ?

    - Guillaume Le Blanc est professeur de philosophie à l'université de Bordeaux III. Il est notamment l'auteur de Vies ordinaires, vies précaires (Seuil, 2007)


  • une vie c'est une tentative pour mettre ensemble des morceaux.
    comment vais-je assembler mes pieds et mes mains, mon thorax et mon visage ? comment vais-je composer entre un désir et une idée, un affect et une impression? comment résister à l'émiettement suggéré par la rencontre du neuf, de l'insolite du brillant ?.

  • Cet ouvrage se présente comme un essai sur l'exclusion sociale, soit les différentes formes de disqualification et de ségrégation qui tendent à rendre certaines vies "invisibles". Cette invisibilité est le fruit d'une construction sociale particulière : non pas seulement un déni de reconnaissance, mais la conséquence d'un désoeuvrement social, l'absence d'une perception de l'oeuvre d'une vie précarisée qui se traduit par un effacement de cet "autre" humain. Il s'agit alors de se demander à quelles conditions politiques il est possible de revenir de manière critique sur une telle invisibilité. L'auteur situe sa réflexion à la jonction de la philosophie sociale et politique, et propose une discussion théorique des principales sources contemporaines de la théorie sociale (Honneth, Butler, Nussbaum), mais aussi de la phénoménologie (Ricoeur, Levinas).
    Guillaume LE BLANC est professeur de philosophe à l'Université Michel de Montaigne - Bordeaux III. Il codirige aux PUF la collection "Pratiques théoriques", il est membre du comité de rédaction des revues Esprit et Raison publique. Il a fait paraître aux PUF Canguilhem et les normes (1998) et La vie humaine (2002).

  • Karine est la femme aux chats, à la fois contrôleuse des impôts et éleveuse de Sacrés de Birmanie. Mal à l'aise dans un monde de la fiscalité en pleine restructuration, elle a choisi d'aménager sa vie personnelle et professionnelle pour assouvir sa passion des félins. L'élevage des chats est pour elle un art plutôt qu'un commerce. C'est pourquoi elle a voulu faire de ce second métier un lieu de réalisation de sa philosophie du soin mutuel. Par le récit sensible de sa rencontre avec Karine, Guillaume le Blanc rend toute sa richesse à cette existence entre deux mondes.
    La vie aménagée de Karine montre la voie d'un rééquilibrage possible entre vie au travail et vie hors travail. Son histoire est aussi l'occasion de s'interroger sur la place affective croissante que les animaux domestiques occupent dans nos vies et de reconsidérer les frontières entre l'animal et l'humain.

  • Guillaume le Blanc s'interroge ici sur la prise de la parole au sein de la société et la capacité d'agir qu'elle permet. Et à tous ceux, exclus en tout genre, qui se trouvent réduits au silence.
    Comment permettre à ceux qui sont « sans-voix » de se faire entendre sans parler à leur place ? Que signifie parler au nom des autres ? Prendre la parole ? Existe-t-il un droit au silence comme un droit à la parole ? C'est la question de notre démocratie qui en définitive se trouve ici posée.

  • Ce livre peut être lu comme une réflexion sur le statut de l'anthropologie.
    Souvent, l'analyse des actes humains se tourne vers l'investigation de formes symboliques et culturelles, largement dépouillées de tout ancrage naturel. Mais on peut adopter une autre démarche, dans la tradition inaugurée par Auguste Comte. On attribue alors au concept de vie un rôle majeur, et c'est en fonction des phénomènes organiques que les phénomènes humains sont appréhendés. Il s'ensuit une véritable réforme de l'anthropologie.
    Celle-ci a pour condition une philosophie biologique et médicale qui fait apparaître la vie comme puissance d'individualisation et production de normes. Elle trouve son accomplissement dans une théorie de l'innovation sociale. Telle se présente la philosophie de la vie de Georges Canguilhem qui va du vital au social. Le centre de gravité de l'anthropologie se déplace d'une analyse linguistique ou artificialiste des faits sociaux vers une compréhension des types d'activité produits dans la vie.
    Une invitation à repenser les bases philosophiques de toutes les sciences humaines.

  • Foucault au Collège de France : ce livre a pour objet les cours aujourd'hui publiés (1975, 1976, 1982) et ceux des années 79 et 80, à paraître, dont nous publions un extrait.
    Mieux que tous les autres écrits, les cours révèlent une pensée au travail, hésitante, virevoltante, revenant sur elle-même et risquant des synthèses audacieuses. À sa manière, celle d'un cachalot habitué au grand large, Foucault fait son métier de philosophe et dessine en pointillés un itinéraire dont nous tentons de ressaisir l'unité problématique, à même ses ruptures et ses difficultés, et à travers ses divers déplacements : du pouvoir psychiatrique à la pratique de la politique comme guerre continuée, du pouvoir disciplinaire au bio-pouvoir, des figures de la souveraineté au gouvernement des autres et de soi-même, de la résistance au pouvoir à l'invention de nouvelles formes de subjectivité.

  • Prenant appui sur les études subalternes l'auteur s'interroge sur la possibilité théorique d'un déplacement, offert dans le champ même des études subalternes, de la question coloniale à laquelle sont arrimées de telles études vers la question sociale. L'évaluation de la portée de ce déplacement (ainsi que la possibilité d'un va-et-vient entre ces deux questions) est l'enjeu de cette conférence. Une nouvelle orientation en philosophie peut en résulter, s'attachant à rendre raison de la logique pragmatique des vies ordinaires depuis leur propre difficulté à prendre la voix ou à être entendues. Cette difficulté à redonner voix aux sans-voix a été particulièrement mise en avant, dans l'argumentaire critique colonial, par la théoricienne Gayatri Chakravorty Spivak, sous le titre Les subalternes peuvent-elles parler? (1988). Critiquant les apports de la nouvelle théorie de l'intellectuel telle que formulée par Foucault ou par Deleuze, elle réfute l'argument politique et éthique de la nécessité de parler au nom des autres et nous rend attentive, par contraste, au fait que la voix qui prétend parler à la place de quelqu'un finit par remplacer la voix qu'elle est censée représenter. Cette perspective, pour intéressante qu'elle soit, risque d'oblitérer l'argumentaire social initial de la subalternité, défini par Gramsci, comme expérience de relégation et d'infériorisation, portant sur l'histoire des « groupes sociaux subalternes » (Cahiers de prison, cahier 25). Concevoir la subalternité comme épreuve sociale et non plus simplement raciale, en considérant la subalternité comme l'état de toute personne dont l'action et la voix ne sont pas appréhendées, c'est alors s'attacher à l'analyse des conditions sociales qui font et défont les vies ordinaires. La désignation de la vie comme vie subalterne (et il faudra se demander qui désigne certaines vies de la sorte) peut ainsi renvoyer, dans les limites du transfert évoqué précédemment, aux différentes épreuves de fragilisation sociale des vies. Précarité, exclusion, invisibilité sociale peuvent dès lors être interprétées comme autant de foyers d'engendrement de la subalternité dans les limites d'une philosophie sociale dont le projet de refondation de l'idée même de philosophie sera alors examiné dans le contexte élargi, fourni par l'argument de la subalternité, d'une volonté de philosopher par en bas. C'est ainsi vers la formulation d'une basse philosophie que s'acheminera l'analyse.

  • A partir d'une réflexion sur les rapports entre anthropologie et biologie, fondée sur une " relecture " de l'oeuvre de Canguilhem, cet ouvrage propose une nouvelle philosophie du sujet à la jonction de la nature et de la culture. Pendant longtemps, la philosophie a disjoint la réflexion sur la vie biologique et l'analyse de l'existence humaine. Le mérite de Canguilhem, à la suite de Comte et de Bergson, est de produire une pensée de l'homme dont l'origine est recherchée dans une compréhension de la vie comme création.

  • Courir

    Guillaume Le Blanc

    Les philosophes ne traitent jamais de la course à pied ; déjà les Grecs faisaient l'éloge de la tortue marcheuse, mais disqualifiaient le vaillant Achille, pris dans la folie de ses enjambées... L'auteur, coureur de fond lui-même, s'oppose ici à cette tradition : en autant de textes qu'il y a de kilomètres au marathon, il va à la rencontre des millions de joggers qui ignorent parfois leur propre sagesse.
    Il brosse pour cela de nombreux portraits, de Guy Drut aux fuyards des sociétés modernes, en passant par les marathoniens de New York ou d'Amsterdam. Il montre que la course permet de tester les philosophies (si l'on démarre kantien, on finit toujours spinoziste...). Il la ressaisit enfin comme une expérience du temps, et révèle sa vraie nature : la course est l'épreuve d'un pouvoir intérieur.

  • La collection "Pratiques théoriques", dirigée par Etienne Balibar, professeur à l'Université de Paris X-Nanterre, et Dominique Lecourt, professeur à l'Université de Paris VII, a pour but de présenter à un large public des ouvrages de théorie et d'analyse concrète éclairant la problématique du changement de société. Relevant de différentes disciplines des sciences humaines, ou d'une approche pluridisciplinaire, ces ouvrages concerneront notamment les formes de domination idéologique, les mouvements de masse, les rapports entre tendances économiques et structures politiques.

  • Un pamphlet rform anonyme imprim en 1684 en Hollande.

  • L'histoire débute à la fin du XIXe siècle. Persuadés d'avoir retrouvé en Afrique la nature disparue en Europe, les colons créent les premiers parcs naturels du continent, du Congo jusqu'en Afrique du Sud. Puis, au lendemain des années 1960, les anciens administrateurs coloniaux se reconvertissent en experts internationaux. Il faudrait sauver l'Eden ! Mais cette Afrique n'existe pas. Il n'y a pas de vastes territoires vierges de présence humaine, et arpentés seulement par ces hordes d'animaux sauvages qui font le bonheur des safaris touristiques.
    Il y a des peuples, qui circulent depuis des millénaires, ont fait souche, sont devenus éleveurs ici ou cultivateurs là. Pourtant, ces hommes, ces femmes et enfants seront - et sont encore - expulsés par milliers des parcs naturels africains, où ils subissent aujourd'hui la violence quotidienne des éco-gardes soutenus par l'Unesco, le WWF et tant d'autres ONG. Convoquant archives inédites et récits de vie, ce livre met au jour les contradictions des pays développés qui détruisent chez eux la nature qu'ils croient protéger là-bas, prolongeant, avec une stupéfiante bonne conscience, le schème d'un nouveau genre de colonialisme : le colonialisme vert.

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