• Pourquoi «l'écart absolu» ? Pourquoi «écart», et pourquoi «absolu» ?
    «Écart», d'abord, par rapport à quoi ? Pour Miguel Abensour, l'enjeu de toute pensée critique consistait à se situer à distance des «lignes culturelles et politiques» qui orientent et organisent le réel existant. Il est aisé de se dire «critique» ; il l'est beaucoup moins de circonscrire un lieu - et de s'y tenir - où ces «lignes culturelles et politiques» sont tenues à distance, où la pensée se conjugue avec une liberté qui fait entrevoir d'autres chemins, d'autres voies. Un Ailleurs.
    Une «pensée libre» entendue en ce sens est ou n'est pas - elle ne peut se tenir que dans un écart «absolu» avec le réel existant.
    Cette pensée annonce obstinément le «retour des choses politiques», que le réel existant cherche à recouvrer, pour lui substituer la Nécessité économique ou la Morale.
    «Retour des choses politiques» lisible tout autant, suivant Abensour, dans la persistance de l'utopie ou du motif de l'héroïsme en politique que dans les écrits de penseurs et de philosophes contemporains qui, même quand ils ne se proposent pas explicitement de faire du politique leur objet, tissent néanmoins la trame d'une «philosophie politique» étrange, aux contours indéfinis, intempestive eu égard à la tradition, que l'on s'autorisera à dire «critico-utopique».
    L'écart absolu n'est pas l'«objet» de l'oeuvre de Miguel Abensour : plutôt que d'en parler, il serait plus juste de dire qu'elle l'incarne.

  • André Vachet a donnée son dernier cours au Département de science politique de l'Université d'Ottawa en 2000. Au total, il aura donc enseigné à l'université pendant près de quarante ans : trois ans à l'Université de Sudbury et à l'Université Laurentienne (de 1959 à 1962) et trente-six ans à l'Université d'Ottawa (de 1964 à 1999). Il est difficile de faire saisir en quelques mots l'impact qu'a eu André Vachet à l'Université d'Ottawa et au Département de science politique en particulier pendant toutes ces années. André Vachet a marqué par son enseignement plusieurs générations d'étudiants. Auteur d'un ouvrage considéré comme un classique de l'analyse de idéologies et de la pensée politique, L'idéologie libérale, André Vachet a également été très actif dans des associations professionnelles telles que le Conseil canadien de recherche en sciences sociales, la Fédération canadienne des science sociales, l'Association internationale de science politique, l'Association canadienne de science politique, qui on pris leur essor au cours des années 1960 et 1970 et on accompagné la naissance et le développement des sciences sociales dans les universités canadiennes. En un mot, André Vachet a été un universitaire complet. Nous aimons à penser qu'à travers les textes ici réunis -- témoignages et études que son travail à inspirés plus ou moins directement suivant les cas --, le lecteur saisisse en André Vachet le critique social, l'ennemi des dogmatismes, le partisan de la nuance et l'homme animé, un tantinet, par un esprit de contradiction qui l'amène à questionner inlassablement son interlocuteur.

  • En septembre 2014, dans le cadre de nos fonctions au conseil de rédaction de la revue Politique et Sociétés, nous avons réalisé un court sondage auprès des 300 membres de la Société québécoise de science politique (SQSP) et, de ce fait, abonnés de Politique et Sociétés. Ce sondage avait pour objectif de nous aider à prendre certaines décisions stratégiques en vue du renouvellement du financement pour la revue auprès des organismes subventionnaires. Nous remercions ceux et celles qui ont accepté notre invitation et qui ont pris quelques minutes afin de nous faire part de leurs opinions.[1]

    Nous vous présentons ici brièvement les résultats de notre enquête. Deux grandes interrogations guidaient notre questionnaire. Premièrement, comment les membres de la SQSP utilisent-ils et évaluent-ils la revue ? Deuxièmement, quelles grandes orientations la revue devrait-elle prendre pour l'avenir ?

  • Il y a un peu plus de vingt ans, Marcel Gauchet livrait ses réflexions sur le long et lent processus de désenchantement du monde qui, de l'intérieur même de la compréhension religieuse du monde, a abouti à l'affirmation de l'autonomie humaine et à la prise en main par les hommes de leur destin collectif. Cette thèse a fait l'objet de nombreuses discussions et controverses qui portaient sur la validité de la reconstruction historique générale, sur la méthode guidant cette dernière, et enfin sur la vérité du diagnostic final.
    Ces questions ont leur intérêt et ont été déjà vivement débattues. Ce livre sur et à partir de la pensée de Gauchet sera toutefois différemment orienté. Il porte davantage sur les effets du désenchantement sur la démocratie elle-même que sur l'origine du désenchantement du monde. Il semble en effet que la démocratie contemporaine, en gros la démocratie des individus et des identités, subisse à son tour les effets du désenchantement et qu'elle tende à devenir une démocratie "contre elle-même".
    C'est du moins dans ce sens que l'on pourrait lire les ouvrages plus récents de Gauchet, La religion dans la démocratie (1998), La démocratie contre elle-même (2002) et La condition politique (2007). L'avènement de cette démocratie désenchantée ouvre tout un ensemble d'interrogations qui seront au coeur de cet ouvrage : un tel diagnostic est-il juste ? Jusqu'à quel point la démocratie peut-elle se retourner contre elle-même ? Un régime politique qui effacerait toute trace de croyable est-il possible ? Comment la démocratie doit-elle réagir devant les tentatives idéologiques de réenchantement du monde ? Quelles seraient les ressources internes à la démocratie pour corriger les excès provoqués par son propre désenchantement ?

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