Langue française

  • Née des oeuvres incestueuses d'oedipe et de Jocaste, Antigone bravera les ordres de Créon pour inhumer son frère, Polynice. Elle sera enterrée vive. Pamphlet contre la loi humaine et pour la loi divine ou, au contraire, apologie de la raison d'État : les générations se sont succédé, incapables de trancher. Au fil des pages, l'on découvre, cependant, que la loi divine invoquée par Antigone - enterrer les morts - n'est pas moins humaine, et que défendre l'État est aussi une loi divine, tandis que la pièce met en scène l'affrontement de deux amours : celui d'une soeur pour son frère et celui d'un homme pour la cité et son pouvoir. Les hésitations du choeur sont là pour souligner les incertitudes ou les ambiguïtés du devoir que dictent et l'amour et le droit.
    Cette pluralité des sens et cette irréductibilité des interprétations - d'Eschyle et Sophocle à Anouilh et Cocteau, en passant par Garnier, Racine, Alfieri, Marmontel, Hegel, Hölderlin - sont partie intégrante de la culture occidentale. Le conflit Antigone-Créon est désormais, semble-t-il, une dimension a priori de la conscience intellectuelle et politique de nos démocraties. Comment expliquer autrement que ces légendes grecques antiques continuent à inspirer et à déterminer tant de nos réflexes culturels les plus fondamentaux ?

  • Oeuvres

    George Steiner

    Connaissez-vous George Steiner? L'arpenteur de toutes nos cultures, présentes et passées, le philosophe qui nous convainc que penser c'est aussi dialoguer avec d'autres langues, d'autres cultures. Car pour Steiner, le don des langues dont il est doté c'est la jubilation de communiquer au lecteur le savoir le plus érudit mais c'est aussi le talent sans égal de raconter la pensée, de la mettre en scène, d'en faire un événement. Il est l'homme aussi bien de l'essai, du récit, de la critique que du roman - pour ce qui relève de la forme - ; quant à son «matériau», en définir les contours reviendrait à défier la Culture même. Pour celui qui «a commis l'indiscrétion d'être juif», le coeur de l'oeuvre est habité par «la volonté d'être présent», dans tous les sens du terme, «après la Shoah». Est-ce à cet héritage talmudique que nous lui devons ce statut de maître de lecture? Un maître qui nous fait la courte échelle pour gravir des sommets autrement inaccessibles.

  • Longtemps, nous avons cru que le progrès de la morale allait de pair avec le développement de la culture.
    Le nazisme, montre george steiner a pulvérisé cette illusion : buchenwald n'est situé qu'à quelques kilomètres de weimar.
    Longtemps aussi, au moins depuis athènes, nous avons été animés par la conviction que l'investigation intellectuelle devait aller toujours de l'avant et, selon la belle métaphore de steiner, nous conduire à ouvrir l'une après l'autre les portes du château de barbe-bleue. mais cette foi dans le progrès est aujourd'hui vacillante : peut-être le développement technique est-il un piège et non une libération ; peut-être la dernière porte du château donne-t-elle sur des réalités contraires à notre équilibre mental et à nos maigres réserves morales.
    L'optimisme des lumières nous est donc interdit, et c'est une redéfinition tragique de la culture que propose le livre dense et lucide de george steiner.

  • L'étude de la tragédie grecque, élisabéthaine, classique française est la matière de ce livre.
    Définir la vision tragique du monde, découvrir le sens de l'homme traqué, du cri de cassandre au silence ultime de phèdre, déceler à quel moment dans la conscience occidentale, et pour quelles raisons complexes, cette vision tragique perd son autorité t poétique, tels sont les objets que se donne l'auteur. peut-il y avoir une tragédie chrétienne ou marxiste, l'écriture moderne a-t-elle perdu le mystère du mot et le matériel de la forme sans lesquels il peut y avoir drame, mais non tragédie ? poser la question dans les termes oú elle doit l'être est déjà répondre aux grandes lignes d'une enquête passionnée, plus qu'épiloguer vainement sur les gloires du passé.

  • On a pu dire de l'oeuvre considérable de George Steiner qu'elle tourne tout entière autour du langage, de son sens et de ses conséquences morales et religieuses. On le verra en lisant cet ouvrage écrit voici quarante ans par l'auteur de Après Babel et Réelles présences et qui, dans un style clair et rigoureux, analyse les menaces qui pèsent sur le langage, sur la position du poète face à la barbarie et la survie d'un sens lié à la culture occidentale. Les humanités survivront-elles ? Chacun sait que la réponse est un combat qui ne cessera jamais.

  • Nul autre que chardin, dans son tableau un philosophe occupé de sa lecture, n'a mieux dépeint cet acte : le philosophe a revêtu un habit de cérémonie, car la lecture est un acte de courtoisie à l'égard du texte, entrée en commerce du lecteur avec un auteur et ses mots ; il s'est entouré de dictionnaires et d'autres volumes, car les mots lui arrivent chargés de tout ce que leur histoire contient en puissance ; il a préparé sa plume, car la lecture est réponse à un texte, grâce aux annotations marginales, aux notes prises, aux citations relevées.
    Dans le silence de son étude, il va apprendre des passages par coeur, sur lesquels, devenu lui-même écrivain, il fera fond, comme les grands écrivains d'occident qui n'ont cessé de reprendre quelques thèmes uniques et singuliers - telles les deux cènes, du christ et de socrate -, imposant la littérature comme réseau de résonances. dans le inonde numérique de demain, que restera-t-il de ces passions impunies, de ces lectures bien faites, pour reprendre la formule de péguy ? mourir plutôt que d'abandonner, dans sa cité livrée au pillage, une déduction géométrique, tel avait été, aux origines de notre continent, le choix d'archimède.
    La culture, réponse à la barbarie, est notre destin. ce destin, il se trouve encore à syracuse - syracuse en sicile plutôt que dans l'état de new york.

  • épreuves

    George Steiner

    Rien de plus faussé en notre siècle que le rapport à la vérité.
    Rarement l'humanité aura à ce point sacrifié à l'erreur.
    A lui seul, le héros de george steiner illustre ce terrifiant constat. voilà plus de trente ans que les yeux infaillibles de ce correcteur d'épreuves repèrent l'erreur la plus minime au long de documents aussi ardus que des annuaires téléphoniques ou la liste des cours en bourses.
    Mais un jour, la vision aiguë qui fit la réputation du professore commence à décliner.
    Cette tragédie personnelle est en soi une tragédie historique : ce n'est pas seulement la vision du correcteur qui se voile, c'est la vision du monde de ce communiste qui se brouille. défilent alors devant lui les tragédies du siècle : le facisme, le communisme, leur volonté d'éradiquer l'erreur de l'opinion libre chez l'homme, le nazisme qui prétendit éliminer les juifs par le génocide. quel avenir reste-t-il lorsque tous les systèmes, le capitalisme y compris, se sont révélés insuffisants ? l'histoire est un grand livre qui devient, pour finir, illisible, donc impossible à corriger.


  • les cafés caractérisent l'europe.
    ils vont de
    l'établissement préféré de pessoa à lisbonne aux cafés d'odessa, hantés par les gangsters d'isaac babel. ils s'étirent des cafés de copenhague, devant lesquels passait kierkegaard pendant ses promenades méditatives, aux comptoirs de palerme. pas de cafés anciens ou caractéristiques à moscou, qui est déjà un faubourg de l'asie. très peu en angleterre, après une mode éphémère au xviiie siècle.
    aucun en amérique du nord, sauf dans cette antenne française qu'est la nouvelle-orléans. dessinez la carte des cafés, vous obtiendrez l'un des jalons essentiels de la "notion d'europe".

  • Sommes-nous aujourd'hui encore capables de jouir d'une oeuvre ? savons-nous encore lire un texte, voir un tableau, écouter une sonate ?
    La question est d'importance.
    Nous vivons à l'ère moderne - celle qu'inaugurèrent rimbaud et mallarmé. tous deux prophétisèrent la fin d'un monde, celui - classique - où le mot désignait une chose. depuis lors, on s'est acharné à théoriser la fin du discours, l'arbitraire du signe, le texte autoréférentiel, l'autonomie de la structure, la mort de dieu d'abord, de l'homme ensuite. même les compositeurs ont proclamé la mort de la musique, et les artistes la fin de l'art...
    De tout cela, il nous reste un lourd héritage : nous vivons, en effet, à l'époque que george steiner appelle l'ère de l'épilogue.
    C'est l'ère où le monde n'a plus de sens, où le sens d'une oeuvre, quelle qu'elle soit, n'est plus la raison d'être de notre lecture, mais où, au contraire, chacune de nos lectures accorde une raison d'être à l'oeuvre. les intentions du créateur n'importent plus, seule compterait ce qu'arbitrairement nous mettrions dans l'oeuvre que nous déconstruirions.
    Face à cette mode de l'indécidable, de l'interchangeabilité du sens, george steiner, nourrissant ses réflexions d'exemples puisés dans la littérature, la musique et la peinture, nous convie à parier à nouveau sur le sens, et même sur le scandale radieux de la transcendance : il y a bien un accord et une correspondance entre le mot et le monde, entre, d'une part, les structures de la parole et de l'écoute humaines et, d'autre part, les structures, toujours voilées par un excès de lumière, de l'oeuvre.
    C'est grâce à ce pari que nous pourrons jouir de l'oeuvre et comprendre sa nécessité.

  • Anno domini

    George Steiner

    Traduit de l'anglais par louis lanoix " sous la violence de l'effort, il avait la tête enfoncée dans les épaules comme s'il portait une armure et, à chaque pas, des gouttes de sueur perlaient à la limite de sa chevelure rousse.
    La douleur ainsi que l'attention constante qu'il prêtait à son précaire équilibre embrumaient si bien son regard que ses yeux avaient pris une teinte grise indéfinissable. mais lorsque, posant sa valise par terre, il reprenait son souffle en s'appuyant sur sa canne comme le héron sur ses longues pattes, alors ses yeux retrouvaient leur couleur naturelle, un bleu dur. le visage à la bouche fine, à l'ossature délicate, jurait avec sa démarche contorsionnée.
    L'homme était beau, mais d'une beauté lasse ".

  • Par ses romans et ses essais, george steiner s'et imposé comme une des dernières figures de la grande culture européenne.
    Errata raconte comment très tôt la conscience lui est venue que notre monde était désormais celui où le contrat entre le mot et le sens était rompu, ouvrant une faille où s'engouffrerait toute la barbarie du siècle : il n'est d'examen possible de la frustration contemporaine des espoirs et des promesses des lumières qui ne doive partir de cette " crise du langage " qui, avec la première guerre mondiale, a porté notre siècle sur les fonts baptismaux.
    Un siècle que george steiner a accompagné.
    La dizaine de chapitres s'ouvre à chaque fois sur une anecdote, familiale, malgré une pudeur extrême, ou historique, à partir de laquelle steiner déroule le sens de ses quêtes, comme autrefois on déroulait avec mille précautions un rouleau ou l'on ouvrait un incunable.
    George steiner se fait ici, pour le plaisir de chacun, le lecteur de sa vie, l'herméneute de lui-même.

  • Nous avons tendance à oublier que les livres, éminemment vulnérables, peuvent être supprimés ou détruits. Ils ont leur histoire, comme toutes les autres productions humaines, une histoire dont les débuts mêmes contiennent en germe la possibilité, l'éventualité d'une fin. George Steiner souligne ainsi la permanence sans cesse menacée et la fragilité de l'écrit en s'intéressant paradoxalement à ceux qui ont voulu - ou veulent - la fin du livre. Son éblouissante approche de la lecture va de pair ici avec une critique radicale des nouvelles formes d'illusion, d'intolérance et de barbarie produites au sein d'une société dite éclairée. Cette fragilité, répond Michel Crépu, ne renvoie-t-elle pas à un sens intime de la finitude que nous apprend précisément l'expérience de la lecture ? Cette si étrange et douce tristesse qui est au fond de tous les livres comme une lumière d'ombre. Notre époque est en train de l'oublier. Jamais les vrais livres n'ont été aussi silencieux.

  • Dans ce petit volume, divers textes inédits - essais, entretiens, nouvelle - qui jalonnent le parcours critique de George Steiner, révèlent sur quelles bases théoriques et métaphysiques il a déployé son art. Ses options fondamentales y sont clairement exposées, notamment : sa conception de l'art ; ses allégeances " cratyliennes " ; son rapport au livre avec ce qu'il doit aux " religions du Livre " ; sa dette envers Boutang et ses thèses philosophiques " Le logocrate souscrit soit intuitivement, soit en vertu d'une réflexion, aux mots et aux sens [... ]. Les mots ne sont pas les jetons arbitraires de Saussure. Ils désignent et donc définissent la quiddité des êtres...

  • Tout au long de son oeuvre, George Steiner s'est interrogé sur la poétique de la traduction et sur le sens de la lecture, ce qu'il appelle sa " responsabilité ".
    Dans cette Préface à la Bible hébraïque, c'est-à-dire à l'Ancien Testament des chrétiens, il se frotte au texte fondateur de notre culture et à ses diverses traductions. Prenant pour point de départ la King James Version (1611), qui fut le véritable creuset de la langue anglaise, comme la Bible de Luther le fut de la langue allemande, il offre une analyse concise mais percutante des enjeux de la traduction.
    Interrogeant le texte biblique à la lumière de l'histoire moderne, notamment de la Shoah, il montre en virtuose pourquoi c'est ce livre qui " pose le plus de questions à l'homme ", en quoi il a façonné notre conception même du divin, de la création, de l'inspiration, mais aussi de la littérature, de Shakespeare à Moby Dick. George Steiner nous rappelle enfin à quel point toute lecture de la Bible reste une aventure risquée.
    À ce titre, cette préface, qui est sans conteste l'un des textes les plus personnels de l'auteur, est aussi une méditation sur la transcendance et sur le sens même de l'écriture, qu'elle soit de Dieu ou de l'homme.

  • Ce livre rassemble des essais de George Steiner consacrés à la linguistique, où il met en doute la capacité de celle-ci à parvenir à une perspective universelle sur le langage. Il lui oppose en effet la capacité de la littérature de parvenir à l'universel, fondé sur une relecture attentive d'auteurs qui n'ont pas écrit dans leur langue : Beckett, Nabokov, Borgès. Cette « extraterritorialité » de la littérature, George Steiner la révèle aussi comme étant au principe de son propre parcours, de juif allemand né en exil en France puis ayant vécu en Grande-Bretagne et aux États-Unis.

  • "Les questions que pose Heidegger à propos de la nature et du sens de l'existence sont capitales et contraignantes. En les posant encore et toujours, il a amené au centre d'une perspective nouvelle et radicalement provocatrice de nombreuses régions du comportement humain, de l'histoire sociale, et de l'histoire de la pensée. Son projet, probablement avorté, de créer un nouvel idiome, de délivrer le langage de présuppositions métaphysiques ou "scientifiques", largement non réfléchies et souvent illusoires, est fascinant et d'une extrême importance. Son diagnostic d'une aliénation et d'un asservissement de l'homme dans une écologie dévastée était prophétique, et il n'a pas été dépassé en sérieux et en cohérence. La réévaluation heideggerienne du développement et du sens ambigu de la métaphysique occidentale de Platon à Nietzsche est profondément stimulante, quand bien même on ne l'accepterait pas. Elle nous force littéralement à tenter de repenser le concept même de pensée. Seul un penseur majeur peut provoquer de façon si créatrice.
    Grâce à la présence de Heidegger parmi nous, l'idée que le questionnement est la piété suprême de l'esprit et l'idée étrange que la pensée abstraite est, éminemment, l'excellence et le fardeau de l'homme, ont été affirmées".
    G. Steiner.
    Cet essai, magistralement clair, demeure la meilleure introduction à l'oeuvre de Heidegger.

  • Extraterritorialite

    George Steiner

    • Pluriel
    • 19 Novembre 2003

    Ce livre rassemble des essais de George Steiner consacrés à la linguistique, où il met en doute la capacité de celle-ci à parvenir à une perspective universelle sur le langage. Il lui oppose en effet la capacité de la littérature de parvenir à l'universel, fondé sur une relecture attentive d'auteurs qui n'ont pas écrit dans leur langue : Beckett, Nabokov, Borgès. Cette « extraterritorialité » de la littérature, George Steiner la révèle aussi comme étant au principe de son propre parcours, de juif allemand né en exil en France puis ayant vécu en Grande-Bretagne et aux États-Unis.

  • Le déclin des systèmes religieux institutionnalisés a laissé un grand vide moral et affectif au sein de la culture occidentale.
    Après la décomposition du christianisme et de sa théologie, steiner examine les mythologies de substitution offertes par le programme philosophico-politique de marx, la psychanalyse freudienne et l'anthropologie structurale de lévi-strauss. s'intéressant à leur dimension rédemptrice ou apocalyptique, il s'interroge également sur les racines juives de ces trois grands mouvements prophétiques qui ont pris la relève d'un christianisme qui avait voulu supplanté l'héritage du judaïsme.
    A côté de ces sommets de l'intelligence spéculative, il examine ensuite la vogue des " petits hommes verts ", mais aussi des sciences occultes ou de l'astrologie, sans oublier les cultes orientaux : autant de tentatives incapables à ses yeux d'apporter une réponse à la " crise du sens " qui frappe l'homme moderne.

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