L'herne

  • Les livres sont notre mot de passe pour devenir plus que nous ne sommes.
    Leur capacité de produire cette transcendance a suscité des discussions, des allégorisations et des déconstructions sans fin. la rencontre avec le livre, comme avec l'homme ou la femme, qui va changer notre vie, souvent dans un instant de reconnaissance qui s'ignore, peut être par hasard. le texte qui nous convertira à une foi, nous ralliera à une idéologie, donnera à notre existence une fin et un critère, pouvait nous attendre au rayon des occasions, des livres défraîchis, des soldes.
    Il peut se trouver, poussiéreux et oublié, sur un rayon juste à côté du volume que nous cherchons. g. s.

  • « Si vous autres, fumiers de Nord-Américains, vous avaliez pas toutes ces drogues, si vous vous jetiez pas dessus comme des chiens enragés, toute cette fosse à purin s'assécherait du jour au lendemain. Fini les feuilles de coca. Fini les labos dans la jungle. Fini les passeurs, fini les mules qui trimballent des sacs de marchandises après avoir passé la frontière. Fini le bain de sang à Medellin. Kaput. Nada, mon jeune ami. Pigé ? » Warren surprit comme une odeur de caoutchouc brûlé dans l'haleine de l'Informateur. « Pigé, le scribouillard ? Foutus Amerloques ! Ils prêchent, vous demandent des excuses pendant qu'ils sniffent de l'héroïne à plein nez.

  • Les logocrates

    George Steiner

    Le point de vue "logocratique" est par définition ésotérique.
    Il radicalise le postulat de la source divine, du mystère de l'incipit dans le langage de l'homme. il part de l'affirmation suivant laquelle le logos précède l'homme, que " l'usage " qu'il fait de ses pouvoirs numineux est toujours, dans une certaine mesure, une usurpation. dans cette optique, l'homme n'est pas le maître de la parole, mais son serviteur. il n'est pas le propriétaire de "la maison du langage", mais un hôte mal à l'aise, voire un intrus.
    La pierre de touche de la position logocratique, notamment dans ses habits modernes, est le recours canonique à deux textes. le premier est le cratyle. le logocrate souscrit soit intuitivement soit en vertu d'une réflexion aux mots et aux sens. les mots ne sont pas les jetons arbitraires de saussure. ils désignent et donc définissent la quiddité des êtres. le second est l'énigmatique fragment sur le logos auquel diels a assigné le numéro un de son édition des fragments d'héraclite.
    Il semble parler de l'octroi du logos à l'homme, de la présence et du présent dans le logos de "tout ce qui est là", mais aussi de l'incapacité dans laquelle se trouve l'ordre commun de l'humanité d'appréhender le logos dans sa plénitude de l'être.

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