• « Les révolutions sont des temps où le pauvre n'est pas sûr de sa probité, le riche de sa fortune et l'innocent de sa vie », estimait Joubert. Si les héros de Délit de Fuite ne font pas la révolution au moins vivent-ils les temps agités d'un monde possible - où l'amour lui-même participerait de la guerre sociale. Quelques millions de chômeurs parmi lesquels nombre d'éclopés de la performance survivent tant bien que mal alors que s'affrontent les militants de l'Association pour l'Application et le Respect de la Constitution et ceux des Milices antiparasites sociaux. Fable sociale et roman d'humour noir, Délit de Fuite est aussi un bel exercice de style, car Bernard Alliot, à l'instar de Roger Nimier dans Le Hussard bleu, prête un langage particulier à chacun de ses personnages.

  • À nos premiers rendez-vous, la géographie de nos corps nous préoccupait davantage que notre milieu d'origine. Elle avait quatorze ans, j'en avais quinze. Nous vivions sur des planètes différentes, nous n'aurions jamais dû nous rencontrer... Nous, c'est Lisa Desmar-Frontac et moi. Elle est riche, solaire et conquérante. On dirait Jean Seberg. Moi qui ai grandi sur le bitume des parkings, mal fringué, fauché jusqu'à l'indécence, la rage au ventre, moi, elle m'aime ! Malgré mes petits boulots minables, ma violence, et la mort bizarre de mes parents. Nous, c'est le Loup et moi. Lui, c'est mon Ténébreux aux silences de pierre. Moi, insolente, futile et fantasque, diablement irrésistible. Et il m'aime ! Même s'il déteste mes parents, avec tous leurs millions, et que mon père veut le casser. D'ailleurs, s'il ne m'avait pas aimée d'un amour pur et gnangnan, je l'aurais pris pour le plus roublard des coureurs de dot... En toile de fond, la misère et le désarroi de notre société. Sur scène, un amour à deux voix où s'affrontent, intensément, cruellement, deux univers. Une passion flamboyante, qui réunit et qui déchire, en dépit des convenances, malgré les désaveux, ces êtres que tout devait séparer.

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