• Il importe pour notre culture démocratique d'éclairer les origines historiques et l'évolution des idées ou des concepts qui ont durablement marqué notre mode de coexistence sociale et politique jusqu'à aujourd'hui. Afin d'établir pourquoi nous sommes devenus ce que nous sommes, et quelles exigences normatives sont associées à une telle vision partagée de nous-mêmes. Le concept de « reconnaissance » est essentiel à notre identité politico-culturelle : il recouvre des exigences aussi diverses que celles de se respecter mutuellement comme membres égaux d'une communauté de coopération, de garantir une reconnaissance inconditionnelle à la singularité de l'autre ou d'adresser des témoignages de considération aux minorités culturelles dans le cadre d'une « politique de la reconnaissance ».Dans ce parcours, Axel Honneth révèle l'influence qu'ont exercée les conditions socioculturelles des différents pays, à commencer par la France, l'Angleterre et l'Allemagne, sur la coloration particulière qu'y a prise l'idée de reconnaissance. Face aux multiples significations qu'a revêtues dans les Temps modernes l'idée selon laquelle nous sommes toujours déjà rattachés les uns aux autres par des relations de reconnaissance, il déploie l'hypothèse que les écarts entre ces significations tiennent aux caractéristiques nationales du contexte dans lequel elles sont respectivement apparues.

  • Les individus ont souvent - à raison - le sentiment de vivre dans une société du mépris. Ils perçoivent que l'accroissement des possibilités de réalisation de soi conquises au cours du XXe siècle donne lieu aujourd'hui à une récupération de ces idéaux par le néolibéralisme. Comment expliquer que les progrès des décennies passées soient à ce point détournés pour légitimer une nouvelle étape de l'expansion capitaliste ? Comment, à l'inverse, concevoir une théorie critique de la société lorsque les exigences d'émancipation dont elle se réclame se muent en idéologie ?
    Autant de questions abordées ici par Axel Honneth, à la lumière d'une pensée profondément originale. Inscrit dans le sillage de la philosophie sociale de l'École de Francfort dont il est un des représentants contemporains majeurs, il s'emploie surtout à mettre au jour les « pathologies sociales » du temps présent. Cette démarche s'inscrit au plus près de l'expérience sociale des sujets sociaux soumis au mépris et s'articule avec force à une morale de la reconnaissance.
    Ce livre traduit un effort rigoureux pour concevoir une nouvelle théorie critique de la société offrant des perspectives précieuses pour affronter certains enjeux politiques et sociaux majeurs du XXIe siècle.

  • II y a moins de cent ans, le socialisme était un mouvement si puissant au sein de la société moderne qu'il n'y avait guère de grands représentants de la théorie sociale qui ne jugeât nécessaire de lui consacrer une étude approfondie, tantôt critique, tantôt sympathisante, mais toujours respectueuse de son objet. C'est John Stuart Mill qui, encore XIXe siècle, s'était le premier engagé dans cette voie, suivi par Émile Durkheim, Max Weber et Joseph Schumpeter, pour ne citer que les principaux. Malgré d'importantes différences dans leurs opinions personnelles et leur programme théorique, tous ces penseurs s'accordaient pour voir dans le socialisme un défi intellectuel qui sans aucun doute accompagnerait durablement le capitalisme. II n'en est plus de même aujourd'hui.
    Si le socialisme est encore évoqué dans le cadre de la théorie sociale, il semble entendu qu'il a désormais fait son temps. On ne le croit plus capable ni de susciter l'enthousiasme des foules, ni d'apporter des alternatives innovantes au capitalisme contemporain. Du jour au lendemain - Max Weber n'en croirait pas ses yeux -, les rôles semblent s'être inversés entre les deux grands adversaires du XIXe siècle - la religion comme force éthique semble avoir l'avenir devant elle, le socialisme, en revanche, est désormais perçu comme une réalité du passé.
    Honneth démontre que le socialisme contient encore une étincelle vivante, à condition que l'on en ressaisisse résolument l'idée directrice, en la dégageant d'une structure de pensée enracinée dans les premiers temps de l'industrialisme, et en la replaçant dans le cadre d'une théorie sociale nouvelle.
    « Premièrement, je veux rechercher les raisons soit internes, soit externes, pour lesquelles les idées du socialisme ont perdu d'une manière apparemment si irrévocable leur potentiel de stimulation ; deuxièmement, à la lumière des réponses données à la question précédente, je veux me demander quelles modifications conceptuelles il faudrait apporter aux idées socialistes pour qu'elles retrouvent leur virulence perdue. »

  • La théorie critique, autrement appelée " ecole de francfort ", fait retour, avec la troisième génération représentée par axel honneth, à la " philosophie sociale ".
    C'est-à-dire à l'analyse des processus de développement qui sont vécus comme manqués ou perturbateurs. dans sa quête d'une critique des " pathologies du social ", la théorie peut-elle également faire retour à des concepts marxistes ? soit le concept, fixé par georg lukacs, de " réification " - colonisation du monde vécu par la généralisation unidimensionnelle de l'échange marchand à toute interaction sociale, en sorte que les sujets perçoivent partenaires et biens comme des objets.
    La théorie critique, pour sa part, distingue trois formes de réification - intersubjective (le rapport aux autres), objective (le rapport au monde) et subjective (le rapport à soi) - également fondées sur l'oubli préalable de la reconnaissance de l'autre. la réification intersubjective résulte aujourd'hui de pratiques nouvelles qui considèrent les hommes indépendamment du monde vécu auquel ils appartiennent - depuis l'abolition de la substance juridique du contrat de travail jusqu'à la réduction des dons de l'enfant à un objet de mesure génétique et de manipulation.
    L'autoréification - saisir ce qu'on éprouve psychiquement comme objets à observer ou à produire de manière normée - est le fruit des pratiques institutionnalisées de présentation de soi : des entretiens d'embauche ou du coaching à la recherche d'un partenaire amoureux sur internet. demeure, pour axel honneth, " une certaine inquiétude : celle de voir nos sociétés prendre le chemin que lukacs, en utilisant des moyens insuffisants et en généralisant à l'excès, a entrevu il y a quatre-vingts ans ".

  • Cet ouvrage est de première importance pour les sciences et la philosophie sociales. Au travers d'un panorama d'ensemble de toute la tradition de la Théorie critique, de Max Horkheimer à Jürgen Habermas, Axel Honneth y élabore en effet les linéaments d'un chemin conceptuel propre tout en tirant certaines conséquences déterminantes pour la suite de son travail, lequel l'a conduit par la suite à l'élaboration de sa désormais célèbre théorie de la « reconnaissance sociale ». C'est aussi dans Critique du pouvoir qu'Axel Honneth développe son importante critique à l'encontre de la conception irénique de la société de Habermas, en insistant sur la nécessité de développer une théorie du conflit et de la lutte.
    Mais cet ouvrage offre surtout une lecture tout à fait singulière de l'oeuvre de Michel Foucault, dont il inscrit la contribution dans la filiation de la Théorie critique de l'École de Francfort. La relation entre Foucault et la Théorie critique, souvent évoquée sans être vraiment discutée, trouve ici une explicitation remarquable. En Allemagne, Critique du pouvoir a joué un rôle essentiel dans la réception de l'oeuvre de Foucault, dans le contexte polémique de la tension entre Habermas et le postmodernisme français.

  • Ce que social veut dire est un ouvrage en deux tomes, destiné au seul lecteur français. Il entend permettre à ce dernier de comprendre, à travers quelque vingt-cinq textes échelonnés sur vingt ans, l'évolution théorique d'Axel Honneth, représentant de la troisième génération de l'École de Francfort.
    Le premier volume (Le déchirement du social) rassemble les contributions dans lesquelles Honneth, à travers la confrontation avec des auteurs classiques (Kant, Fichte, Hegel) ou contemporains et la philosophie sociale (Sartre, Lévi-Strauss, Merleau-Ponty, Castoriadis, Bourdieu, Boltanski et Thévenot), précise les caractères constitutifs de la 'lutte' sociale pour la 'reconnaissance'.
    Le second (Les pathologies de la raison, à paraître) appliquera la théorie de la reconnaissance au vaste domaine du diagnostic des injustices et des pathologies sociales (confrontations avec Adorno, Benjamin, Neumann, Mitscherlich, Wellmer, mais aussi la psychanalyse et la théorie de la justice).
    Ces deux aspects de l'évolution théorique - éclairer les causes des conflits sociaux et étudier comment ils peuvent être justifiés et jugés sur le plan normatif - sont ici distingués en deux volumes pour un souci de lecture, bien qu'ils se soient toujours chevauchés et mutuellement fécondés, dans un projet global très précis : rapporter toute vie sociale au désir des sujets de valoir aux yeux de leurs semblables comme des personnes à la fois dignes de considération et dotées d'une individualité unique.
    Ce qui exige que nous comprenions toujours les régulations centrales de la vie sociale comme des ordres de la reconnaissance, mais aussi comme la manifestation sociale d'un devoir-être moral. Prises ensemble, ces deux idées signifient également que la sociologie et la philosophie pratique ne peuvent s'exercer indépendamment l'une de l'autre.

  • Le tome I de Ce que social veut dire (2013), centré sur "Le déchirement du social", dégage, par le biais notamment d'une confrontation avec la tradition de la philosophie sociale (Sartre, Lévi-Strauss, Merleau-Ponty, Castoriadis, Bourdieu, Boltanski et Thévenot), le modèle du conflit mis en oeuvre par la théorie de la "lutte pour la reconnaissance".
    Mais se pose alors le problème de la justification normative de ce modèle. Deux possibilités s'offrent, qui ont longtemps paru s'exclure mutuellement : soit la valeur normative des luttes pour la reconnaissance est appréciée selon ce qu'elles apportent à la réalisation d'une "vie bonne" parmi les membres de la société ; soit leur rôle normatif se mesure à leur contribution à l'instauration de la "justice" sociale dans la société. Dans le premier cas, c'est la réalisation individuelle de soi qui constitue le critère normatif, et, dans le deuxième, la répartition équitable des libertés individuelles entre tous les membres de la société.

    Renouant avec la tradition de la Théorie critique, Honneth se confronte ici avec Adorno, Benjamin, Neumann, Mitscherlich, Wellmer, mais aussi la psychanalyse et la théorie de la justice ; il établit qu'à la différence d'autres terminologies morales qui peuvent être mobilisées pour juger de l'état normatif des sociétés - que ce soient les concepts d'"aliénation" ou de "réification" d'un côté, de "discrimination" ou d'"exploitation" de l'autre, mais qui ne relèvent que de la philosophie sociale ou de la philosophie politique -, la lutte pour la reconnaissance est à la fois l'indicateur d'une pathologie sociale et l'indice d'une injustice.

  • Avec cet ouvrage, Axel Honneth marque une étape décisive dans ce qu'il appelle "le parcours de la reconnaissance", c'est-à-dire l'appréhension de la société contemporaine comme mue par les luttes visant à la reconnaissance par autrui de la spécificité et de l'égale dignité de chaque individualité. Prônant une répartition équitable des libertés individuelles entre tous les membres de la société, il repense à nouveaux frais une théorie de la justice, qui, afin d'échapper à la simple proclamation de principes idéaux, allie impérativement analyse empirique et réflexion normative.

    Chaque sphère constitutive de notre société incarne institutionnellement un aspect déterminé de notre expérience de la liberté individuelle : l'idée une, moderne, de justice est donc fragmentée en autant de sphères institutionnalisées d'une promesse de liberté efficiente, selon leurs modalités propres.

    Sur la base de cette idée fondatrice, Axel Honneth se livre à l'une des entreprises les plus ambitieuses de la philosophie contemporaine : une "reconstruction normative" destinée à déterminer, à travers l'évolution historique de chacune de ces sphères sociales (les rapports personnels : amitié, relations intimes, famille ; l'économie de marché : marché et morale, consommation, marché du travail ; la formation de la volonté démocratique : vie publique démocratique, État de droit démocratique, culture politique), jusqu'à quel point les conceptions de la liberté qui y furent à chaque fois institutionnalisées (liberté juridique, liberté morale, liberté sociale) ont déjà atteint une concrétisation ou se sont heurtées à des pathologies qui leur sont propres.

    Une conscience claire des exigences à venir de la justice sociale n'est possible que si nous gardons le souvenir des revendications d'une liberté institutionnalisée qui sont demeurées jusqu'à aujourd'hui sans réponse. À cette fin, il y a nécessité, pour toute théorie de la justice digne de ce nom, d'une récapitulation des combats menés sur le terrain normatif de la modernité.

  • Les évolutions sociales contemporaines font apparaître comme centrale la question du déchirement de la société. Depuis Marx, la théorie critique élabore des potentiels pratiques d?émancipation au-delà des déchirures sociales en menant une critique de la modernité capitaliste.
    La Théorie critique de l?école de Francfort, à laquelle se rattache Axel Honneth, a fait de l?articulation entre déchirement et émancipation un de ses thèmes de prédilection. Il en propose ici une lecture novatrice qui révèle les tensions qui la traversent en proposant une analyse de ses différents auteurs (Horkheimer, Adorno, Benjamin, Marcuse, Fromm), de ses précurseurs (Rousseau, Lukacs) et d?auteurs pouvant y être rattachés ou y faire écho (Bourdieu, Lévi-Strauss, Foucault, Adorno, Habermas et Castoriadis notamment). Axel Honneth examine leurs oeuvres dans une lecture toujours soucieuse de clarté et de rigueur. Son concept de « lutte pour la reconnaissance » apparaît ainsi au miroir de ces discussions théoriques, laissant entrevoir le rôle prépondérant de la philosophie sociale française dans son propre projet philosophique.
    Par ailleurs, répondant à une série d?objections, Axel Honneth se confronte à l?héritage freudien de ses prédécesseurs de la Théorie critique pour promouvoir un concept de reconnaissance puisant dans une psychanalyse interactionniste. Enfin, les apports critiques du concept normatif de reconnaissance sont réaffirmés à la fois en questionnant les potentiels émancipateurs du travail à l?heure actuelle et en interrogeant les modalités contemporaines de la critique sociale.

  • À certains égards, une grande partie de la philosophie politique de la seconde moitié du XXe siècle a vu un « retour à Kant », notamment sous l'impulsion de Jürgen Habermas et de John Rawls, qui conduit à des conceptions très formelles des problèmes de philosophie politique.
    Réagissant à cette tendance dominante, Axel Honneth montre qu'il est non seulement possible mais aussi souhaitable de réintroduire la pensée politique de Hegel au sein des débats qui animent la théorie politique et sociale contemporaine. À ses yeux, elle permet une contextualisation sociale des principes de justice et d'offrir un cadre institutionnel aux principes abstraits du droit moderne et de la morale.
    Dans ce livre, le philosophe Axel Honneth propose une interprétation radicalement nouvelle des Principes de la philosophie du droit, la principale oeuvre de philosophie politique écrite par Hegel. Cette réactualisation permet de déterminer le rôle et de délimiter la place du droit dans le fonctionnement social. Mais surtout, dans un contexte d'individualisation croissante des sociétés contemporaines, elle permet de reconnaître pleinement le principe de l'individualisme moderne, mais aussi d'en identifier et d'en corriger les dérives pathologiques.

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