• Hidden river

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    • Loco
    • 1 Juin 2013

    La Tiretaine n'est pas la première rivière que le photographe anglais John Davies choisit comme fil conducteur pour aborder et comprendre un pays(age). Ses images de la Mersey, du Po, du Nervión, de la Loire, la Taff, l'Arno, la Seine ou la Durance ont déjà su saisir ce que ces cours d'eau racontent des tensions - entre beauté et nécessité, passé et présent, public et privé, économie et écologie, nature et urbanisme... -, tricotées dans un paysage au gré de choix politiques successifs. Gambadant parfois à ciel ouvert, mais le plus souvent recouverte, cimentée, canalisée, soupçonnée de pollution et privée de liberté, la Tiretaine n'échappe pas aux différentes problématiques déjà soulevées par les précédents travaux du « géographe-photographe ». Quoique de taille tout à fait modeste, la Tiretaine est cependant le cours d'eau qui plaça John Davies dans l'une des situations les plus paradoxales qu'il soit pour un photographe : saisir l'image d'une rivière jouant à cache-cache sur plus de la moitié de son parcours. Autant dire montrer l'invisible. Ses facéties ne sont pas venues à bout des talents d'observation de cet enquêteur minutieux qui prend très vite le parti d'un salutaire partage des eaux, la saisissant en couleur lorsqu'elle s'ébat à l'air libre, en noir et blanc lorsqu'elle se glisse sous terre.

  • Faisant suite au travail mené au Maroc, Sans conte, ni légende, Catherine Poncin continue d'explorer des albums photographique au sein de familles issues de l'immigration maghrébine en France (Miramas en Provence).
    Par cette nouvelle recherche, elle explore et enregistre la mémoire des êtres et des matières.
    Voyageant par-delà les des deux rives, la surface sensible des photographies 'années cinquante' résiste, les années 'soixante-dix' vieillissent, bleuissent, jaunissent, celle des grands parents parfois s'effacent... Lorsque sur les supports disparaissent les signes, d'autres sont réinventés...
    Toutes ces images s'inscrivent dans un perpétuel flux/reflux - aller/retour - confondant les lieux, les rives, les langues, les rites et les coeurs... parfois elle s'exposent, s'épinglent, ou se dissimulent.
    De vis à vis en confidences, Catherine Poncin laisse poindre, réinvente et donne à voir.
    Monsieur et Madame A. sont en partance depuis 1964 : Alger, Djijjel, St Denis. A l'origine, en France, l'immeuble c'était du provisoire. Aujourd'hui les canalisations claquent souvent, alors, les enfants colmatent, replâtrent et repeignent. Ils sont au nombre de dix, nés pour certains d'un côté de la Méditerranée, d'autres de l'autre. Tous demeurent en France aujourd'hui.
    Monsieur et Madame A. ont été très actifs dans les réseaux d'immigration, jusqu'à vingt personnes ont séjourné parfois dans cet appartement de quatre pièces!
    Les récits affluent, mon corps se love dans la profondeur du canapé, je me laisse porter... Des albums s'épanchent les images - des récits, quatre voix - des gâteaux, le miel chaud. Beaucoup de photographies sont réalisées depuis les années 70 en France ou durant des vacances en Algérie. Certaines viennent de Djijjel; elles témoignent entre autres de la construction, durant de longues années, de la grande maison de vingt pièces et de ses soixante quatre marches d'escalier !
    Les couleurs y sont particulières, augurent ou témoignent, j'interprète. les récits me parviennent de façon fragmentaire. En revanche, peu d'images des ascendants, pas d'images des trois voyages à la Mecque, pas d'images des baptêmes des fils. Le troisième oeil domine notre rencontre. Madame A. installe la fréquence algérienne " aux cosmonautes " et " tf1 " en Algérie. Un photo-montage du père et du frère de Mr A. fusillés lors d'une rafle dans leur village durant la guerre d'Algérie, la colonisation, le racisme inavoué de la voisine du premier étage, les problèmes enfin révélés du commissariat de police de quartier... Certaines images ne sont pas mais... on en parle...
    Depuis 1986, Catherine Poncin poursuit une recherche photographique et plastique qu'elle nomme "de l'Image par l'Image". C'est à partir d'images qui existent déjà, telles que des photographies trouvées, fonds photographiques de musées ou de régions, d'illustrations, de presse, que s'élabore sa démarche. Les isolant de leur contexte, elle procède alors à l'exploration de leur représentation. Par indices prélevés et par l'évocation qu'ils lui suggèrent, elle construit le parcours fictionnel d'une mémoire ainsi "affectée". C'est par cet autre regard, allant au delà du simple constat représenté, que par détournements s'exposent ses travaux sous forme d'accrochages multiples, de projections, de performances, d'objets, liés pour certains à l'écriture et au son.

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