Littérature générale

  • « Dans cette ville de cyniques, où personne ne croit en rien de peur de se faire avoir, je voudrais parler de Felice et Noé qui sont les seules personnes de plus de vingt-cinq ans à croire à ce qu'ils vivent. Je voudrais parler de ça, de l'amour d'un homme et d'une femme, parler de l'impossible qui a lieu, parler de ceci qui n'a aucun témoin, de ceci tellement intime qu'il est invisible à ceux qui ne le vivent pas, je voudrais parler de ceci dont on ne peut qu'interpréter les signes ou inventer les scènes. Je voudrais savoir pourquoi deux personnes peuvent rester côte à côte, se frotter longuement l'une à l'autre, et y prendre plaisir ; et continuer pendant des années. » Lors d'un été de canicule, secoué par la crise des Gilets jaunes, un romancier désabusé veut croire qu'on peut encore écrire sur le grand amour. Et le vivre. Felice et Noé, une avocate et un dessinateur que tout semble séparer, l'entraînent alors dans le secret de leur couple : le goût du risque, la soif de désir et de beauté. Avec ce roman d'enquête intime, Alexis Jenni choisit la ligne claire et dessine l'amour dans toutes ses dimensions, sensuelle et spirituelle.

  • Féroces infirmes

    Alexis Jenni

    «Jean-Paul Aerbi est mon père. Il a eu vingt ans en 1960, et il est parti en Algérie, envoyé à la guerre comme tous les garçons de son âge. Il avait deux copains, une petite amie, il ne les a jamais revus. Il a rencontré ma mère sur le bateau du retour, chargé de ceux qui fuyaient Alger.
    Aujourd'hui, je pousse son fauteuil roulant, et je n'aimerais pas qu'il atteigne quatre-vingts ans. Les gens croient que je m'occupe d'un vieux monsieur, ils ne savent pas quelle bombe je promène parmi eux, ils ne savent pas quelle violence est enfermée dans cet homme-là.
    Il construisait des maquettes chez un architecte, des barres et des tours pour l'homme nouveau, dans la France des grands ensembles qui ne voulait se souvenir de rien. Je vis avec lui dans une des cités qu'il a construites, mon ami Rachid habite sur le même palier, nous en parlons souvent, de la guerre et de l'oubli. C'est son fils Nasser qui nous inquiète : il veut ne rien savoir, et ne rien oublier.
    Nous n'arrivons pas à en sortir, de cette histoire.»

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  • «J'allais mal ; tout va mal ; j'attendais la fin. Quand j'ai rencontré Victorien Salagnon, il ne pouvait être pire, il l'avait faite la guerre de vingt ans qui nous obsède, qui n'arrive pas à finir, il avait parcouru le monde avec sa bande armée, il devait avoir du sang jusqu'aux coudes. Mais il m'a appris à peindre. Il devait être le seul peintre de toute l'armée coloniale, mais là-bas on ne faisait pas attention à ces détails.
    Il m'apprit à peindre, et en échange je lui écrivis son histoire. Il dit, et je pus montrer, et je vis le fleuve de sang qui traverse ma ville si paisible, je vis l'art français de la guerre qui ne change pas, et je vis l'émeute qui vient toujours pour les mêmes raisons, des raisons françaises qui ne changent pas. Victorien Salagnon me rendit le temps tout entier, à travers la guerre qui hante notre langue.» Alexis Jenni.

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  • Né en Écosse en 1838, débarqué à 10 ans dans la région des Grands Lacs, aux États-Unis, le jeune Muir s'échine chaque jour dans les champs et lève parfois la tête pour regarder la nature environnante qui l'émerveille. Le soir, il imagine et crée des objets mécaniques qu'il présente ensuite en ville comme, par exemple, cet appareil pour le sortir automatiquement du lit à l'heure du lever. Très vite, John Muir s'interroge sur le sens de cette vie de labeur, alors qu'il pourrait vivre en autonomie dans la nature. Il quitte le Wisconsin, sillonne le pays à pied du nord au sud et d'est en ouest, participe aux transhumances de bergers isolés, vit en ermite dans les bois, fasciné et nourri par la vie qui l'entoure. Dans la Californie de la ruée vers l'or, on fait fortune en creusant une dette écologique abyssale, que personne ne voit encore. Sauf Muir, qui la pressent grâce à son attention aux hommes et son amour du paysage. Figure mythique aux États-Unis, fondateur des parcs nationaux, sauveur du Yosemite, John Muir posa clairement la question du sens de la vie dans la nouvelle société industrielle et industrieuse et il y a répondu, par son mode de vie, en termes tout aussi clairs. Ancêtre du concept d'écologie, il fut, selon Roosevelt, « l'homme le plus libre que j'ai jamais rencontré ».

  • Le narrateur, Juan de Luna, est un jeune noble espagnol. Il raconte comment, avec cinq cents hommes de hasard, son patron Hernán Cortés a découvert et conquis le grand empire des Mexicas, dans une suite de prouesses que l'on croirait tirées d'un roman de chevalerie qui tourne mal. Cuba, début du XVI e siècle. Cortés est à l'affut d'informations concernant « l'île de Yucatan », dont on ignore s'il s'agit d'une grande île ou d'un continent. Il cherche au Nord l'équivalent du détroit que Magellan a trouvé au Sud, afin d'accéder aux fameuses Indes.  En débarquant au Yucatan, il fonde la ville de Veracruz puis s'appuie sur les guerres entre les peuples indigènes pour détrôner l'empereur Moctezuma. La conquête espagnole est un génocide, le Mexique entier tombe dans la bourse de Charles Quint. Mais le roi se montrera ingrat et le retour de Cortés en Espagne sera douloureux. Alors que Pizarro triomphe en s'emparant du trésor des Incas, Cortés connaîtra une fin sans gloire, victime de la dysenterie dans une bourgade andalouse. Jamais il n'y eut plus grande aventure que celle-ci, et jamais il n'y en aura d'autre, car désormais le monde est clos, connu, fini. Servi par un style très enlevé, ce roman splendide et sanglant est aussi terrible que passionnant.

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  • Récit d'un apprentissage, d'un dépassement de soi ou hymne aux mots, et donc à la littérature ? Évidemment, le tout ensemble, intimement et magnifiquement lié. Pour la première fois, Alexis Jenni dit avec une sincérité émouvante ce que la vie signifie pour lui : oser apprivoiser la parole lui, qui enfant, « fut muet, puis bègue, puis embarrassé ». Le romancier et essayiste se donne tout entier à un jeu de cache-cache avec lui-même, dans une recherche non pas de la vérité mais de sa vérité.
    Dans une belle énergie, avec l'art de mettre en littérature les émotions les plus infimes, il fouille, creuse, se remémore, s'interroge, appelle d'autres à la rescousse, Camille Desmoulins, Sebastião Salgado, Alain Cuny ; aussi quelques écrivains, Denis Diderot, Valère Novarina, Marcel Proust.
    Il raconte la solitude, la honte, la douleur physique, le rouge aux joues et le souffle trop court jusqu'à l'étouffement. Il raconte l'inquiétude sinon l'angoisse de prendre la parole, de prendre place dans le monde des humains. Alexis Jenni lutte contre le silence et s'arme de désir : « L'écriture est la revanche des muets, des bègues et des maladroits ». L'écriture, pour lui synonyme de patience et de labeur, nait de la parole vivante. Elle est une vie commune, un partage.

  • Dans l'attente de toi

    Alexis Jenni

    Ecrivain en quête de mots pour dire le plaisir du toucher, Alexis Jenni est allé chercher des images du côté de la peinture. Dans les tableaux qui le troublent, chez les peintres qui parlent à son corps et à son désir. Il raconte ces détails qui attirent irrésistiblement sa main : les fesses de Maria Boursin chez Bonnard, les étoffes sensuelles de Poussin, les chairs tendres de Fragonard, le blanc crémeux que Picasso pose sur la joue de Jacqueline, le mouvement fébrile des corps enlacés chez Bacon... Enchevêtrant lettres d'amour à sa bien-aimée et plongées intimes dans la vie de ces artistes devenus amis, il cherche à cerner au plus près cette beauté qu'il regarde, sent, écoute, touche et goûte.

  • Louis-Sébastien Mercier dans L'An 2440, Jules Verne dans Paris au XXe siècle, George Orwell dans 1984 ont tenté d'imaginer le monde dans les décennies et les siècles à venir. D'autres, comme Fourier ou Cabet, ont tenté de concevoir, en des termes étonnamment précis, une société plus harmonieuse d'où l'exploitation et la souffrance seraient bannies. Ces écrivains et ces philosophes ont souvent été des visionnaires, anticipant le développement tentaculaire des métropoles et du trafic automobile, le règne de l'ordinateur, ou encore la société de surveillance.
    Nombre d'utopies (le suffrage universel, l'abolition de l'esclavage, l'émancipation des femmes, le droit à l'éducation et à la protection sociale), qui souvent laissaient leurs contemporains incrédules, ont alimenté les aspirations démocratiques au cours des deux siècles passés. Ce qui continue d'éveiller notre intérêt, c'est l'effort d'anticipation, d'arrachement au présent, couplé à une inquiétude sur le monde tel qu'il va et à une volonté d'améliorer la condition humaine.
    C'est, en d'autres termes, l'invention d'une utopie raisonnée. Unis par la volonté de s'affranchir du pessimisme et de la résignation qui brident l'imagination politique contemporaine, les textes de ce dossier sont de deux ordres : les uns anticipent le monde d'après-demain, les autres se présentent comme des récits rétrospectifs, écrits en 2112, des mobilisations qui se déploient sous nos yeux. Les utopies d'aujourd'hui constitueront sans doute la matière des livres d'histoire de demain

  • Walenhammes est la plus grande ville industrielle du nord de la France, et on sait à peine qu'elle existe. Quand les terribles événements que l'on sait commencèrent à la détruire, Charles Avril y vint sur un coup de tête, pour écrire quelques articles qu'il pourrait vendre au site d'information où il est pigiste.

    À Walenhammes, après la fermeture des mines et du haut-fourneau, il ne reste qu'un peuple abondant dont on ne sait pas quoi faire. Georges Fenycz, maire de cette immense municipalité décatie, a une idée simple : la pauvreté enrichit. Alors se déverse sur Walenhammes la cruelle guignolade du libéralisme, qui absorbe toutes les critiques qu'on lui adresse, dont on ne peut plus rien dire à moins d'en écrire un roman qui déborde.

    Charles en est le spectateur, tout en découvrant ce à quoi il ne s'attendait pas : l'amour d'une maître-nageuse, l'amitié d'hommes qui continuent de vivre malgré tout, et l'affection d'une petite fille qui pense devenir adulte en lisant jusqu'au bout Les Démons de Dostoïevski.

    Ce roman décrit l'installation d'un monde nouveau qui désormais sera le nôtre.

  • Élucidations n'est pas un ample roman comme L'art français de la guerre, mais au contraire un recueil de textes très brefs. Cinquante «anecdotes», écrites à la première personne du singulier, qui dessinent peu à peu un paysage mental.
    Ces textes nous font penser d'abord à un glaneur de souvenirs à la recherche d'impressions fugaces. Mais Alexis Jenni ne cultive pas des sensations universelles, au contraire, il veut révéler ce qu'a de totalement particulier notre expérience individuelle du monde. Tantôt mélancoliques, tantôt absurdes, tantôt amusées, mais jamais monotones. Méditations simples et accessibles, elles témoignent d'un regard étonnamment modeste de l'auteur sur soi. L'enjeu n'est pas ici la connaissance, le savoir. C'est le familier qu'explore Alexis Jenni, qu'il ne quitte jamais - comme Lyon et la Saône où ses pas finissent toujours par le ramener.
    Une excursion originale et autobiographique hors du roman par l'auteur du prix Goncourt 2011.

  • « Je suis agénésique, je suis né avec une seule main. Je suis devenu handicapé à vingt-sept ans, quand on m'a vu à la télé, parce qu'avant je n'avais jamais pensé l'être. Je menais une vie normale à quelques détails près. Maintenant je sais ce que c'est que le handicap, je l'ai vu de dehors, puis de dedans, et je trouve qu'il est important d'en parler. ».
    Grégory Cuilleron est devenu cuisinier grâce à la télévision, en participant à Un dîner presque parfait et Top chef. Il est maintenant responsable d'un restaurant à Lyon. Il a été par ailleurs ambassadeur de l'AGEFIPH, l'organisme chargé de promouvoir l'emploi des handicapés.
    En compagnie du romancier Alexis Jenni, il revient sur sa vie avec énergie et humour, développe une vraie réflexion sur le handicap, de l'accueil de l'enfant à son insertion sociale. C'est là une magnifique leçon d'optimisme qui modifie la perception des handicaps et des personnes qui les portent, et offre une source d'inspiration à laquelle chacun peut puiser, quelles que soient ses particularités.

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