• Au début du vingtième siècle, Joseph Bédier, spécialiste du Moyen-Âge, réunit textes et autres fragments anciens pour construire le récit populaire de Tristan et Iseut dans son entière vérité et authenticité. C'est ce récit traduit et mis en forme par Joseph Bedier qui fait aujourd'hui référence pour tous ceux qui souhaitent découvrir ou redécouvrir, mais aussi approcher de plus près, le mythe fascinant de Tristant et Iseut.


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  • Dans les lettres médiévales se cristallisent toutes les associations entre le passé et la littérature, tous les indices qu'un lien essentiel unit la notion de littérature au sentiment du passé. La curiosité qu'a éveillée la littérature du Moyen Âge depuis sa redécouverte à l'aube du romantisme suppose de telles associations. Les formes de cette littérature elle-même recèlent de tels indices. Ils invitent à embrasser d'un même regard l'intérêt de l'époque moderne pour le passé médiéval et les signes du passé dont le Moyen Âge marque sa propre littérature. Bien plus, ils invitent à chercher dans la relation avec le passé un critère de définition de la littérature, tâche tout particulièrement nécessaire s'agissant d'une époque où le mot ne s'entend pas dans son acception moderne et où l'existence même de la notion correspondante n'est pas assurée.

  • Propiciadas por el desarrollo de la imprenta, las continuaciones literarias conocen en la España de la Edad Clásica un verdadero auge que afecta a todos los ámbitos de la ficción. Sin embargo, este fenómeno no es totalmente nuevo puesto que durante la Edad Media cualquier elaboración literaria se centraba en la reutilización y continuación de textos ajenos. Sin hacer caso omiso de esta herencia medieval, este libro trata de especificar la noción de continuación para la época moderna considerándola como una modalidad peculiar del préstamo. Situándose por encima de las fronteras genéricas, ofrece un estudio de conjunto de esta práctica proponiendo una arqueología de la misma y tomando en cuenta la dimensión creativa que conllevan las obras correspondientes.

  • La littérature occitane du Moyen Âge, surtout riche de sa poésie lyrique, compte aussi quelques chefs-d'oeuvre dans le genre narratif comme le roman anonyme de Flamenca, Las novas del papagay d'Amaut de Carcasses, et le Castia Gilos de Ramon Vidal de Besalu. Utilisant les thèmes chers aux troubadours, ces trois textes racontent, chacun à sa manière, le triomphe de l'amour sur la jalousie, mais leurs auteurs ne sont pas de simples continuateurs. Au contraire, leur choix littéraire sert une volonté de contestation des mythes de la fin'amor. Dans leurs oeuvres se lit l'influence de nombreux récits et textes didactiques d'oc et d'oïl et, de ces influences croisées, naît un nouvel art d'aimer qui est aussi un nouvel art de vivre.

  • Les chansons de geste nous présentent la chrétienté en état de tension. Le héros doit lutter contre les Sarrasins, soit pour repousser leurs invasions, soit pour conquérir de nouveaux territoires. Les deux camps s'opposent et semblent souvent inconciliables. Pourtant, si l'on se réfère à la réalité historique, Orient et Occident ne représentent pas, au Moyen Âge, deux univers séparés, étanches ou sans communication. On constate au contraire des jeux d'influences et des transferts réciproques entre deux mondes enchevêtrés. Pourquoi les oeuvres littéraires choisissent-elles une vision manichéenne ? Est-ce uniquement pour mettre en évidence des traits spécifiques de chaque parti ? N'est-il pas possible d'apercevoir, à travers les Sarrasins épiques, une sorte de miroir des chrétiens ?

  • La Quête du Saint Graal et la mort d'Arthur dans sa version castillane (Demanda del Sancto Grial) marque l'aboutissement de trois siècles de littérature arthurienne (xiii-xve siècle). Elle utilise des modèles français qu'elle réécrit et transforme par l'intermédiaire d'une version portugaise qui, vers la fin du xiiie siècle, avait déjà servi de relais littéraire entre la France et la péninsule Ibérique. Voici, pour la première fois traduite en français, la version intégrale de ce texte important de la littérature hispanique et européenne attribuée au moine Juan Vivas. L'oeuvre donnée ici dans sa version du xve siècle est parcourue de tensions extrêmes entre mysticisme et esprit profane, aspirations terrestres et idéal spirituel. On y retrouve la fine fleur de la chevalerie arthurienne dans le dédale des aventures du Graal. Mais de Perceval, Gauvain, Palamède, Lancelot ou son fils Galaad, qui remportera la compétition chevaleresque ultime ? Qui méritera le titre de meilleur chevalier du monde ? Dans un univers d'aventures foisonnantes, la Demanda réserve une place de choix au merveilleux avec la bête aboyeuse, les apparitions du Saint Graal et bien d'autres mystères. Elle cultive avec délectation l'art labyrinthique des romans de quête chevaleresque qui fascinaient tant Don Quichotte. La Demanda castillane est sans doute la dernière expression poétique d'une chevalerie médiévale flamboyante.

  • Les 26 et 27 avril 2002, l'Université Paul-Valéry - Montpellier III a accueilli une quinzaine d'étudiants de troisième cycle, spécialistes des Études occitanes. Cette rencontre, organisée par ReDòc (Recherche en domaine occitan, U.M.R. 5475), a permis à une nouvelle génération de chercheurs venus d'horizons divers (France, Espagne, Italie, Allemagne) de présenter une partie de leurs travaux, de dialoguer et de nouer des liens avec d'autres chercheurs. Les contributions qui sont présentées dans cet ouvrage offrent un panorama varié de la recherche actuelle en domaine occitan : études sur la littérature médiévale ou contemporaine, enquêtes sociolinguistiques sur les pratiques dialectales, sur l'enseignement ou sur les milieux culturels occitanistes, travaux sur la toponymie et la codification linguistique, analyse de l'histoire de la linguistique occitane, approche linguistique du futur ou encore des pratiques dialectales, réflexions sur la traduction de textes occitans médiévaux ou contemporains.

  • Le système auquel répond la versification française n'est pas original. Il a été déterminé par une crise qui se produisit avant la naissance de notre langue, lorsque, tout à la fin de l'Empire romain, les vers latins numériques, d'abord inventés pour les besoins du culte chrétien, puis étendus à la littérature profane, remplacèrent les mètres quantitatifs du classicisme. C'est l'Église qui l'a créé. Au moment où elle triompha du paganisme, elle se trouva en présence de nécessités qu'il lui fut impossible d'éluder. Il lui fallut de toute obligation que le peuple, ignorant des finesses érudites, et d'ailleurs de moins en moins cultivé à mesure que se succédaient les vagues des invasions barbares, eût à sa disposition une métrique très simple, grâce à laquelle les enseignements de la religion nouvelle, ses traditions et ses légendes se fixeraient commodément dans sa mémoire. Le syllabisme satisfit à ce besoin.

  • Toute versification, pour pouvoir prendre corps, a besoin d'un instrument, d'une langue qui lui est préexistante et qu'elle doit utiliser. La versification française est basée sur le syllabisme. Dès lors il est indispensable de savoir comment sont comptées les syllabes et selon quelles règles est faite la numération. La question ainsi formulée conduit à rechercher dans quels rapports se trouve la métrique avec le parler courant. On n'ignore pas en effet que la prononciation française a beaucoup évolué depuis les origines. Dès lors il faut savoir si l'usage des poètes s'est modifié au cours des siècles ou s'il est resté immuable, jusqu'à quel point il a pu se modifier, et si, en se modifiant, il a suivi toutes les transformations du langage. Les habitudes primitives, qui sont devenues bien souvent des règles, étaient-elles fondées sur une réalité certaine, et, si elles ont parfois changé, l'ont-elles fait pour s'accommoder à la réalité la plus récente, ou bien ont-elles toujours subsisté, même d'une manière artificielle, rapidement détachées peut-être de l'objet qui devait logiquement leur servir de support ?

  • Le renom du ms. 3351 de la Bibliothèque de l'Arsenal est tel qu'il se passe de présentation : Léon Gautier s'en est servi amplement pour ses recherches, Gaston Paris lui a consacré un article pertinent dans Romania, Georges Doutrepont l'a décrit en détail, Eduard Koschwitz en a publié Le Voyage de Charlemagne à Jérusalem et à Constantinople et Hermann Tiemann Le Roman de la reine Sibile, et Jules Horrent et François Suard, entre autres, le citent abondamment dans leurs études respectives. Mais une édition intégrale de ce texte fait encore défaut, ce qui est d'autant plus regrettable qu'il forme avec le manuscrit publié de Cheltenham (actuellement à l'Université de l'Oregon) et les deux incunables de Guérin une triade littéraire importante du Moyen Âge finissant, à savoir La Geste de Garin de Monglane. Voilà pourquoi nous avons entrepris ici une édition complète du texte, en omettant cependant Le Roman de la reine Sibille (f°s 280-379), publié il y a vingt ans séparément et dont le rapport avec La Geste de Monglane est assez problématique.

  • Les oeuvres littéraires médiévales restent, pour la plupart, méconnues du public cultivé, qui les considère volontiers comme un domaine réservé aux érudits et aux spécialistes. C'est là une situation d'autant plus regrettable et paradoxale qu'on sait assez l'attirance, voire la fascination, ...

  • Commencèrent, à partir du printemps 1984, les réunions du Comité de préparation pour lesquelles déjà Strasbourg - ville des routes, croisée des chemins - méritait son nom puisque de Milan, de Liège, de Neuchâtel ou de Lille, toutes les voies y conduisaient. Denses et paisibles rencontres, dans l'atmosphère studieuse de la Bibliothèque de Philologie romane, qui construisirent progressivement l'architecture de notre Congrès. Sur la suggestion de notre Président, C. Segre, qui anima la préparation du programme scientifique, trois domaines furent ainsi proposés aux fervents de l'épopée : les rapports entre la chanson de geste et l'histoire, qu'il s'agisse des problèmes généraux de la constitution du genre épique ou des relations entre une geste et une époque ou un milieu déterminés ; l'étude des transformations et des relectures de l'épopée ; enfin la question des échanges entre univers roman et monde germanique.

  • This long tradition would certainly not be a reason in itself to keep or restore the subject, had it not something to do with the subject itself. All of the associations between the past and literature, all of the signs that point towards an essential link between the notion of literature and a feeling for the past, are crystallized in medieval literature. The curiosity that medieval literature has aroused since it was rediscovered at the dawn of Romanticism presupposes such associations. The very forms of this literature bear indications of them. They encourage us to consider jointly the interest of modern times in the medieval past and the signs of the past with which the Middle Ages marked its own literature. Even more, they invite us to seek in the relationship with the past a defining criterion for literature, a most necessary task with reference to a time when words are not understood in their modern sense, and there is no guarantee that a corresponding notion exists. The best reason to continue with this hundred-and-fifty-year-old teaching is that its object may not even exist.

  • L'épopée vise donc à un but, qu'il soit purement narratif, ou qu'il se double d'une valeur morale. La marche du temps est ressentie comme la force qui nous en rapproche ; le récit est fortement marqué de cette téléologie. Dans la chronique, au contraire, le départ vaut autant que l'arrivée, parfois jamais atteinte, et le temps, ou le récit, ne fait qu'interposer des couches successives, au gré des années, entre l'auteur et le début de son texte. Les deux genres sont donc on ne peut plus différents dans leur manière de représenter l'essence même de l'historiographie, le déroulement des événements dans le temps. C'est pourquoi les procédés d'adaptation des chroniqueurs confrontés par nos poèmes nous révèlent autant de méfiance que de foi. Leur témoignage sur la valeur 'historiographique' des chansons de geste est donc bien moins que probant.

  • Le Dit de la fleur de lis, intitulé Roman de la fleur de lis par son précédent éditeur, relate une vision advenue à l'auteur dans la nuit de la Toussaint 1338: Une vision vueil noncier Qui, en dormant, m'avint l'autrier, A la Toussains, a mie nuit, L'an mil .CCCXXXVIII. A l'abbaÿe de Chaalis, Qui fondee est du roy Louys (v. 3-8). Le poème relate la conception et la réalisation par Grace Dieu, Sapience et Raison d'un signe fait d'étoffes, destiné à honorer le roi de France.
    Le Dit de la fleur de lis est un texte complexe. S'il se prête à des lectures très différentes (politique, symbolique, héraldique, linguistique et littéraire), aucune n'est pertinente si elle fait abstraction des autres. Ainsi le discours politique est-il contraint par le lis héraldique à allégoriser. Le Dit se signale autant par l'élaboration doctrinale d'une proprietas regis que par l'invention littéraire et l'admirable maestria avec laquelle Guillaume construit un signe allégorique et en suggère de multiples interprétations. Le lis, résultat d'une addition de signes, n'a ici n'a plus rien à voir avec les interprétations précédentes, qui se contentaient de donner une valeur symbolique à chaque feuille ou à chaque fleur. Mais l'originalité du poème est aussi narrative, puisque les allégories créatrices du signe partent du concept pour construire le signe. Par cet élégant procédé, Guillaume met en scène son travail d'écrivain et double le message politique d'une réflexion sémiotique.
    Incontestablement, le Dit de la fleur de lis a trop longtemps été négligé. La faute tenait autant au texte insatisfaisant imprimé par Arthur Piaget qu'à l'absence complète d'annotation et de contextualisation. Comme les deux témoins subsistants livrent chacun un texte largement corrompu, le présent volume propose à titre d'hypothèse une édition critique reconstructionniste associée à la transcription synoptique des deux manuscrits.

  • Il s'agit de partir du présent pour envisager le passé comme « défini » ou rendu insaisissable, ce qui complexifie l'espace temporel et le propos des jeunes médiévalités. Qu'ils soient en rapports étroits et historicisés avec le Moyen Âge, ou simplement dans des liens lâches, poétiques et métaphorisés avec ce souple référent, plusieurs types d'objets culturels inondent le marché actuel. L'enfant en est la cible préférentielle : le plaisir qu'on lui offre (ou plus souvent lui vend) sera apporté par un livre, une BD ou un jeu de rôle. Les adaptateurs de littérature médiévale se situent dans une chaîne de transmission qui soumet les chefs-d'oeuvre classiques à d'autres exigences qualitatives. Rencontres internationales avec le roi Arthur, Vikings enfin rendus présentables, Graal servant de moule aux reformulations littéraires, tous les anciens supports revivent, la fantasy contribuant également à cet essor puisque elle correspond à une sorte de conte merveilleux que des bouillons de culture médiévale ont aidé à grandir. La figure du chevalier s'autonomise, le Père Noël envoie des lettres, les albums de BD servent de compléments naturels. Toutes ces tentatives sont charmantes, mais plus ou moins intellectuelles. Il faut s'attendre à de constantes métamorphoses, donc aussi au fait que la plume change de main (car il n'y a pas que le lectorat à se féminiser). Le néo-médiéval popularise à tout-va, livre du rêve, du jeu et du savoir tout ensemble. Car si récréatives les médiévalités enfantines le sont par destination, éducatives elles le sont aussi par nature. Cet ouvrage s'adresse à tous ceux qui s'intéressent : aux objets culturels destinés à la jeunesse ; - à l'éducation des enfants ; - à la mouvance des rapports établis entre le savoir et le jeu ; - à l'écriture des adaptations ; - à la littérature médiévale et au médiévalisme ; - à l'émergence de nouvelles mythologies et à la redéfinition de grands types ; - à la fantasy et à Harry Potter.

  • Que devient le miracle, motif traditionnellement associé au récit hagiographique, dès lors qu'il est transposé dans d'autres « genres » plus ou moins éloignés du contexte religieux initial ? Ce volume, portant sur les domaines français et espagnol, explore permanences et transformations du miracle sur une large période, en envisageant un vaste échantillon de nouveaux contextes : littérature juridique, historiographie, exempla, poèmes, textes fictionnels... On pourra ainsi suivre le cheminement de tel miracle célèbre, mais aussi retrouver les échos des mutations intellectuelles qui ont affecté la conception de ce phénomène. L'approche ici proposée est délibérément de nature poétique : ce que mettent en lumière ces aventures du miracle, ce sont les processus d'adaptation et de transfert qui sont au coeur des pratiques d'écriture médiévales et relativisent nos représentations modernes de la séparation entre profane et sacré.

  • Dans les tableaux des peintres la présence d'oiseaux est instructive pour l'esprit mais, plus que leur aspect, c'est la place qu'ils occupent dans la composition qui est signifiante (Jean Arrouye). La représentation d'oiseaux aussi étranges que la sirène, le griffon ou la serre, échappés de la tradition des bestiaires, est analysée dans le but de comprendre le conflit entre approche rationalisante et goût du merveilleux (Jacqueline Leclercq-Marx). L'étude du rapport entre un texte et ses illustrations permet de montrer la polyvalence de la fonction illustrative, de l'ornementation à l'enrichissement sémantique (Valérie Gontero). Ces créatures ailées évoquent les temps paradisiaques et convient à une lecture symbolique du monde et de l'expression artistique ; leur envol figure le libre voyage de l'âme vers les régions spirituelles (Xénia Muratova). Cette valeur spirituelle est portée par l'oiseau dans des textes aussi différents que les Confessions d'Augustin (Jean Lacroix) et ceux qui célèbrent les amours tristaniennes (Jean-Marc Pastré). Une réflexion philosophique et morale est proposée à travers diverses figures aviaires mises en place dans des textes didactiques (Olivier Linder), ou à portée didactique comme l'Ovide moralisé (Marylène Possamai-Pérez, Stefania Cerrito), mais aussi dans des textes plus narrativisés comme Kalila et Dimna (Nadia Iskandarani) ou comme les sagas islandaises (Daniel Vassaux), où l'oiseau se fait messager d'un savoir caché dans les rêves. Plus emblématique est la fonction de certains oiseaux dans des textes épiques dans lesquels ils représentent les valeurs guerrières ou montrent le pouvoir à venir de celui qui les abat (Armelle Leclercq) ; ou bien encore, sous la forme d'un tendre poussin goulûment dévoré par une femme, l'oiseau dénote des puissances charnelles (Valérie Naudet). De par sa capacité (exemplaire) à se mouvoir dans l'espace aérien invisible, l'oiseau est porteur d'un sens métapoétique : l'usage varié de ce motif permet de rendre sensibles par sa présence récurrente la structure d'une oeuvre (Valérie Fasseur), la mise en place d'une esthétique nouvelle à travers une mise en prose (Mathieu Marchal), de dessiner le rôle des personnages (Vanessa Obry), de mettre au jour par le biais de l'humanisation une « stylistique de genre » dans les Isopets (Séverine Abiker), de manifester une matière courtoise (Anne-Marie Begou-Ball) ou une critique de la tradition courtoise (Margarida Madureira), de révéler la beauté au-delà de l'apparence (Marie-Pascale Halary). L'invention du serpolion dans l'Estoire del Saint Graal conforte la cohérence symbolique du texte (Sophie Albert), tout comme le vol des grues dans la Divine Comédie fait accéder au sens du poème dantesque (Sylvie Coche). Le chant de l'oiseau se propage de pièce lyrique en pièce lyrique mettant à l'unisson amour et poésie (Helena Kogen, Sophie O. Poitral), dans une même nostalgie (Hélène Basso). Un motif n'est pas figé. L'attention que les participants ont choisi de porter sur celui de l'oiseau en a fait apparaître les variations les plus subtiles. Qu'elle soit définie par sa couleur, sa forme, son vol ou son chant, la créature ailée anime les inventions artistiques qu'elle habite et y dessine des lignes et des courbes à suivre.

  • Ce volume 48 de la collection "Senefiance" rassemble les textes des quinze communications qui ont été prononcées lors du colloque organisé par l'équipe de recherche du CUER MA les 22-23-24 février 2001 à l'Université de Provence. Le choix du sujet a été déterminé par l'engagement pris au mois de novembre 1993 d'inscrire ce colloque parmi les manifestations proposées à Aix-en-Provence dans le cadre du 750e anniversaire de la fondation d'un lieu de culte à Saint-Jean-de-Malte. Textes médiévaux concernant la vie de Jean-Baptiste ou s'y référant sont ici étudiés, qu'il s'agisse des Vies rédigées du XIIe au XIVe siècle, du roman de Perlesvaus (XIIIe), de la Divine Comédie de Dante, des Mystères du XVe siècle, d'un chant royal rouennais du XVIe siècle, ou de diverses productions littéraires canadiennes du XIXe siècle consacrées au saint patron des canadiens français. Fresques avignonnaises du XIVe siècle, sculptures sur pierre de la cathédrale de Chartres, ou sur bois des stalles de Saint-Gervais à Genève fournissent un champ d'étude varié de la figure du saint. Celui qui parle dans les déserts, offre le baptême sur les rives du Jourdain, qui annonce la nouvelle Loi et montre le Christ, est "inscrit dans le temps en ce moment où le monde a changé". Figure du solstice d'été, il dit la rupture bénéfique, l'énergie et l'espérance joyeuse d'un temps nouveau, ici-bas ou dans le royaume divin.

  • Aimant cueillir les fleurs variées de l'imaginaire dans l'espace qu'il appelle son « jardin secret », André Moisan n'est pas sans évoquer ces clercs du Moyen Âge qui savaient allier le soin des réalités célestes et l'amour des belles lettres. Par ce volume de Mélanges, ses collègues et ses amis ont voulu rendre hommage à l'engagement scientifique et à la modestie d'un « chercheur de l'ombre », au travail et à l'érudition d'un homme qui, inlassablement et en marge de l'institution universitaire, a contribué jour après jour à l'ouverture et à la diffusion des connaissances dans le vaste domaine qui était le sien : l'épopée française. Malgré la diversité des textes abordés et la variété des approches choisies, ce volume s'organise autour de ce thème unique qui lui confère, par sa richesse et par son ampleur, souplesse et cohérence. Épopée et hagiographie, épopée et historiographie, rayonnement européen de l'épopée en constituent en effet les lignes directrices. Certains essais ont privilégié une approche linguistique, d'autres ont insisté sur la dimension spirituelle de divers textes ; l'étude des sources, les mises en valeur thématiques, l'analyse des effets d'intertextualité, la confrontation de plusieurs versions d'une même oeuvre sont les autres lieux de cette réflexion plurielle qui vient enrichir notre connaissance d'un genre auquel André Moisan, comme en témoignent les cinq volumes de son Répertoire et ses nombreux travaux, a consacré sa brillante énergie. Ce livre d'hommage constitue donc, pour sa part, un apport, à la fois riche et généreux, aux études médiévales.

  • Ce volume 47 de la collection « Senefiance » offre le texte des 29 communications qui ont été prononcées lors du colloque organisé par l'équipe de recherche du CUER MA (EA 2077) les 2, 3 et 4 mars 2000 à l'Université de Provence. Les intervenants ont porté leur réflexion soit sur des oeuvres précises (Fierabras, Aliscans, Eneas, Bisclavret, Silence, Merlin, Lancelot en prose, Queste del saint Graal), soit sur une vaste partie ou l'ensemble d'un domaine littéraire (lyrique occitane, chanson de geste, roman d'antiquité, roman arthurien, fabliau, théâtre, hagiographie). La connaissance de realia propres à la vie monastique ou aux pratiques funéraires permet des rapprochements intéressants avec la littérature, en éclairant des détails descriptifs ou des allusions. L'étude de l'imaginaire du vêtement révèle ses richesses mais aussi celles dont se pare la rhétorique lorsqu'elle joue des métaphores. Enfin, cinq de ces communications portent sur les littératures germanique et persane et ouvrent ainsi le champ à des études comparatives.

  • Les auteurs de ces contributions aux Actes du colloque du CUER MA (2002) explorent des domaines variés de la civilisation médiévale : histoire, droit, médecine, théologie, littérature, peinture. Par les textes juridiques et des documents d'archives divers, il apparaît que la fenêtre est une frontière par laquelle tente de se définir le territoire de chacun. Les traités médicaux sur la peste montrent à quel point la fenêtre est perçue comme un lieu ambigu par où peut entrer un air vicié ou sain. L'imagination et la réflexion font de cette béance dans le mur l'espace de la marginalité, mais aussi du passage possible vers un autre monde, que ce soit par les moyens de l'écriture, de la peinture ou de l'art du vitrail. Les études littéraires sur l'emploi de ce motif de « la vue par la fenêtre » portent sur l'épopée, le roman, la lyrique, l'hagiographie, le théâtre. Les variations textuelles que suscite ce motif témoignent d'une littérature qui réfléchit sur ses moyens et offre des points de vue sur le texte en train de se construire.

  • La société médiévale apparaît souvent comme une société d'affrontement, distinguant le clerc du laïc, le supérieur de l'inférieur, le croyant de l'incroyant, le courtois du vilain, mais aussi le beau du laid.

  • Si, tout au long du texte, la présence de l'eau est révélatrice de celle du Graal, calice de sang, ces images de courants sanglants apparaissent comme autant de connotations du Graal. Le jeu des images et de leurs diverses combinaisons qui sous-tend l'invention narrative n'est pas arbitraire, il se rapporte sans cesse au Graal dont il multiplie les signes pour les distribuer à travers les épisodes romanesques qui en semblent les plus éloignés par le thème, y assurant la permanence du sujet principal du Haut Livre : la quête de ce calice de sang près duquel jaillissent les eaux garantes de fertilité et de purification. Autrement dit, ces visions fonctionnent comme une sorte de leitmotiv destiné à rappeler qu'en dépit des apparences les épisodes les plus variés recèlent un sens caché en rapport avec le thème du Graal, qu'ils importent à la signification de l'ensemble, et que les onze branche du Livre forment un tout cohérent sur le plan allégorique. L'image du sang y constitue une image-clé qui souligne l'unité de l'oeuvre, en accord avec la conception initiale d'un graal vase du Précieux Sang.

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