Kime

  • La nature

    Collectif

    Sommaire : Dominique Bourg, Crise écologique et idée de nature / André Simha, La nature au défaut du discours / Louis Ucciani, Toutes les choses du monde / Stéphane Haber, Les apories de la libération animale : Peter Singer et ses critiques / Jean-Michel Le Lannou, La fonction « Nature »

  • Ecrit par Nietzsche entre 1882 et 1885 Ainsi parlait Zarathoustra est l'une des oeuvres majeures de la littérature allemande et l'une des oeuvres majeures de l'histoire de la philosophie.
    Sous une forme poétique qui en fait un chef d'oeuvre littéraire mais qui n'a pas facilité toujours l'accès à sa pensée profonde et qui a suscité bien des malentendus Nietzche y réalise une mise en place de tous les grands thèmes de sa philosophie. Il y montre que l'humanité est menacée de découragement et du pire laisser-aller du fait que s'est perdue la foi en Dieu, foi qui constituait depuis des millénaires le socle de la civilisation occidentale.
    Il explique comment, pour éviter ce double danger l'homme doit se faire " surhomme ", c'est à dire remplacer Dieu dans son rôle de fondement de la morale et de toute la civilisation, et comment cette nouvelle morale et cette nouvelle civilisation impliquent une nouvelle conception du monde, une nouvelle métaphysique. Il examine enfin, sans illusion mais sans se décourager, la manière dont la civilisation contemporaine - contemporaine à Nietzsche, mais aussi contemporaine à ses lecteurs d'aujourd'hui - est en mesure d'écouter son message.

  • Cet ouvrage réunit des écrits personnels : journaux et correspondances, sur une période qui s'étend d'août 1870 jusqu'à l'achèvement de la répression de la Commune. Cette anthologie est précédée d'une introduction théorique sur la forme littéraire du témoignage, de sa naissance à son déploiement, dans un régime démocratique d'information dans le dernier tiers du siècle. Ces témoignages peuvent être le fait d'écrivains, reconnus tels Goncourt, Hugo, Gautier, de journalistes ou de simples citoyens, « nouveaux auteurs » (vigneron provincial ou Parisien ordinaire) pour lesquels l'entrée en écriture est une initiation. Tous se trouvent en même temps confrontés à l'inouï : la chute du Second Empire suivie de l'invasion du pays et du siège de la capitale, puis une guerre civile qui débute le 18 mars 1871. C'est cette conflagration en même temps que l'impression que les médias ne sont plus dignes de confiance qui déterminent chez les témoins la venue à l'écriture.
    Le volume se présente comme une histoire au jour le jour d'une année de la vie de la capitale, qui est aussi un moment décisif dans l'histoire du pays : la République, proclamée le 4 septembre 1870 après la déchéance de l'Empire, durera-t-elle ? C'est là la deuxième originalité du projet que de raconter l'histoire en morceaux et de restituer les oscillations et soubresauts de la population parisienne.

  • Comme pour un roman de Bradbury, Fahrenheit 451, on peut supposer que le livre de papier s'autodétruise à une certaine température. De la même manière, la déconstruction telle que Derrida pouvait la concevoir, de nombreux détracteurs souhaiteraient qu'elle se déconstruise d'elle-même, par inanité. Et il en irait ainsi de Deleuze ou Foucault. Leurs oeuvres conduiraient au pur relativisme, à l'ère de la post-vérité qui ferait de toute proposition une valeur modifiable, sans discernement ni authenticité. Mais force nous incombe de reconnaître que les brûlots ne disparaissent pas d'eux-mêmes et que rares sont ceux qui ont exercé un regard véritablement critique sur une époque dont il est difficile de concevoir qu'une relève ait eu lieu, à considérer les propositions intellectuelles d'aujourd'hui. Voici donc que les tenants de la French Theory endossent le concept de postmodernité comme chef d'accusation, un sobriquet qui les caractérise. Il nous incombe de reprendre cette charge virulente pour en signaler les malentendus à travers une conception élargie du dépassement de la modernité tout au long d'une oeuvre singulière.
    Jean-Philippe Cazier interroge ici le parcours de Jean-Clet Martin pour clarifier sa position de penseur « postmoderne » et suivre son parcours depuis Deleuze. Se révèle ainsi l'itinéraire d'une philosophie de la différence et d'une forme de néocriticisme à reconsidérer sous un jour plus éclairant.

  • Cet ouvrage renvoie tout d'abord les « légendes » de la Commune à leurs insuffisances et à leur rapport biaisé aux faits. Puis il examine, sans préférence affirmée, la pensée des actrices et des acteurs, en s'efforçant d'en restituer aussi fidèlement que possible la pluralité. Trois principales conceptions de la Commune se combinèrent souvent au sein du mouvement pour définir celle-ci : soit comme un simple conseil républicain garant des franchises municipales de Paris, soit comme un gouvernement révolutionnaire central de la France, soit comme le complément politique des organisations de travailleurs dans la restructuration socialiste de la société.
    Pour ne pas réduire la Commune à un appendice meurtrier du passage de l'Empire à la République d'ordre, il faut réhabiliter la révolution théorique inachevée et la quête d'une alternative à la République bourgeoise qui mirent une population en mouvement autour de ces trois axes politiques.
    Dans cet esprit, la modeste mais ferme ambition de cet ouvrage est de contribuer à l'exploration de la philosophie politique et des pratiques politiques qui circulèrent dans le Paris libre du printemps 1871 et qui, aujourd'hui encore, portent des enseignements pour les révolutions contemporaines du Commun.

  • Le nihilisme européen

    Friedrich Nietzsche

    • Kime
    • 25 Janvier 1997

    Dans ces pages datées du 10 juin 1887, Nietzsche conçoit un nihilisme européen : concept daté et circonstancié, historique et géographique, philosophique, et tout à la fois moral et politique, bien plus que métaphysique ou mystique. Analysant les valeurs sacrées et éternelles, il prononce la parole déraisonnable de l'imprécateur. Mais son intention est de purifier la société européenne.

  • Le loser, l'Amérique et le cinéma Nouv.

    L'idéologie américaine repose sur un principe : chacun peut réussir dans ce pays s'il s'en donne la peine. Cette assertion a inspiré un concept : le rêve américain. Cependant, comme dans tout autre pays, seule une minorité connaît le succès. Si l'essentiel du cinéma américain fait l'apologie des Etats-Unis, il existe un faible pourcentage de cinéastes qui ont choisi, dès la naissance du parlant au moins, d'offrir une image beaucoup plus sombre de leur pays.
    Ainsi est né un personnage paradoxalement très américain, le loser, celui qui, pour avoir cru au rêve, paye le plus souvent sa conviction au prix de sa déchéance et même de sa vie. En réalité, le loser est le produit de trois données : l'histoire, qui repose sur un quasi-génocide et sur l'esclavage ; le calvinisme, qui fait de l'élection divine le moteur de toute existence ; le capitalisme qui privilégie absolument la réussite économique au détriment de la loi sociale.
    Avec plus ou moins de constance, tous les genres cinématographiques ont montré des personnages de losers, mettant ainsi en évidence une véritable sociologie des laissés-pour-compte. Ce faisant, le cinéma américain, montrant les tares d'une société productrice d'individus trahis par l'illusion à laquelle elle incite à croire, démontre à la fois que l'Amérique n'est pas l'Eden dans lequel les Pèlerins ont pensé pénétrer, et qu'elle est condamnée, comme le loser, à l'échec, parce qu'elle contient dans ses fondements les tares qui auront raison d'elle.

  • Médée

    Euripide

    • Kime
    • 4 Septembre 2009

    Cette traduction nouvelle de la Médée d'Euripide par Florence Dupont est une commande du metteur en scène Laurent Fréchuret, Directeur du Centre de Sartrouville et des Yvelines Centre Dramatique National pour une création en octobre 2009.
    Elle est donc destinée à la scène, c'est pourquoi le texte français laisse volontairement de l'espace aux acteurs afin qu'ils s'approprient le texte et ne comprend aucune ponctuation, c'est à chaque acteur en l'oralisant de lui donner forme par ses pauses et ses intonations. Florence Dupont et Laurent Fréchuret ont travaillé ensemble à un projet visant à retrouver la force spectaculaire du théâtre grec ancien, en particulier les émotions directement créées par le "décor sonore" : musique du choeur et voix des acteurs, chantées ou non.
    La traduction comme la mise en scène partent de la structure musicale de la pièce et s'organisent à partir des choeurs et de la musique. C'est pourquoi le texte indique par la typographie (italique) les passages chantés afin de les distinguer des passages parlés.

  • Dès leur parution, en 1951 et jusqu'à nos jours, Les Origines du Totalitarisme de Hannah Arendt s'est imposé comme une référence incontournable. Pourtant cette oeuvre est plus une synthèse des analyses (politique, historique, juridique, sociologique, ...) antérieures des systèmes totalitaires, qu'une interprétation entièrement originale.
    Ce livre se propose d'examiner les sources juridiques du modèle totalitaire arendtien. Il montre comment Hannah Arendt utilise aussi bien la théorie du droit d'inspiration critique (élaborée par des juristes en exil, en lutte contre totalitarisme, comme Ernst Fraenkel ou Franz Neumann) que la doctrine juridique dogmatique, développée par des juristes engagés dans les systèmes totalitaires, comme Carl Schmitt ou Theodor Maunz.

  • Hitler par lui-même d'apres son livre Nouv.

    Le philosophe Charles Appuhn s'est adonné à l'ingrate lecture de la "Bible du peuple allemand" , selon l'auréole de la propagande officielle de 1933 car Mein Kampf offre une vue sans égal non pas seulement sur Hitler, mais sur l'idéologie et les projets politiques de l'hitlérisme. La "destruction des Juifs d'Europe" (selon le titre que Raul Hilberg donna à la somme qu'il consacra à cette destruction) n'est pas seule à y être programmée mais de façon fanatiquement répétée, celle de l' "ennemi de toujours" , la France.
    Quant à l'Est et aux peuples Slaves, le sort que Hitler annonce constituer également une nécessité vitale pour l'Allemagne, revient à les anéantir aussi afin que la population allemande puisse s'approprier leurs territoires (Drang nach Osten). Il s'agit bien, là ou jamais, de ce que Alexandre Koyré a appelé dans ses Réflexions sur le mensonge une "conspiration en plein jour" . La traduction et la présentation des extraits les plus "significatifs" , selon les termes de Charles Appuhn permettent de disposer en France dès 1933 de cent soixante-dix pages lumineuses en lieu et place des quelque huit cents pages de l'allemand verbeux de Hitler.
    Aussi bien, il faut y insister, cet Hitler par lui-même est en France la première divulgation autorisée. Elle ne sera interdite qu'en 1943. Sans entrer dans le labyrinthe des avatars éditoriaux, l'originalité courageuse de l'éditeur Jacques Haumont apparaît d'autant mieux qu'en 1933 on disposait certes de nombreux articles en français consacrés au parti national-socialiste, à la montée du nazisme et à la politique allemande, en général tout en ignorant ce manifeste nazi qu'est Mein Kampf.
    Rappelons que le premier volume, dans lequel Hitler se livre à son autobiographie, fut publié à Munich en 1925, suivi en 1926 du second qui, cette fois, expose les idées et le programme hitlériens. Or, Hitler, en accord avec Eher Verlag, son éditeur, en interdit toute traduction française.

  • La référence au populisme semble bien, en ce début de XXIe siècle, redoubler de fait et se faire de plus en plus accusatrice en droit dans le cadre des sociétés démocratiques désenchantées de notre temps.
    Une telle peur du loup populiste provient-elle d'un corps étranger qui menacerait de s'introduire, de l'extérieur, dans la bergerie démocratique ? Ou ne tient-elle pas, bien plutôt, à l'essence même de la démocratie et, plus particulièrement, à la crise de la représentation en politique qui sévit actuellement dans nos démocraties tiraillées entre les modèles représentatif, participatif et délibératif ? Si le populisme est bien « l'ennemi public numéro un », comme cela paraît être définitivement acquis pour la science et l'action politiques démocratiques, ne faut-il pas l'exclure de la cité voire l'excommunier de l'humanité ? S'il s'avérait, cependant, que le chef d'inculpation politique de populisme relève assez souvent d'un anathème idéologique anti-populaire, ne faudrait-il pas envisager d'accorder quelque place au populisme dans la refondation républicaine de la démocratie qui s'impose de plus en plus aujourd'hui ?

  • L'essai De la révolution (1963) représente, après Condition de l'homme moderne et La crise de la culture, le troisième ouvrage de la série dans laquelle Hannah Arendt expose le nouveau paradigme du politique qu'elle entend développer. Il s'agit également de proposer un nouveau paradigme de la révolution. Arendt se propose de tirer les leçons de l'histoire en opposant ce qu'elle nomme le «désastre» de la Révolution française aux leçons d'une révolution supposée réussie, la « Déclaration des droits » américaine.
    Il importe donc qu'historiens et philosophes analysent conjointement la façon dont Arendt envisage les Révolutions américaine et française et se détermine par rapport à la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen et la remise en cause de celle-ci dans la pensée contre-révolutionnaire d'Edmund Burke. Il s'agit également de voir la place qu'Arendt attribue au peuple dans ces processus et dans quel esprit elle se réfère, dans le dernier chapitre de son essai, aux « conseils » révolutionnaires.
    La formule arendtienne du « droit à avoir des droits » amorce-t-elle, comme certains le soutiennent aujourd'hui, un tournant politique dans la considération des droits de l'homme ? Ne représente-telle pas une machine de guerre contre la notion même de droit naturel, qui se trouve au fondement de ces droits ? Dès lors, que reste-t-il de l'idée d'humanité dans la perspective construite par Arendt?
    Il s'agira de montrer que dans le contexte de la Guerre froide, Hannah Arendt a pu élaborer, dans ses essais de théorie politique, un nouveau paradigme du politique et de la révolution au prix d'une instrumentalisation de l'histoire et d'une mise en pièce de l'idée d'humanité.

  • René Pommier a cherché dans ce livre, qui tient à la fois du florilège et du condensé, à opérer une sorte de synthèse de ses différents écrits sur la littérature et la critique. Ceux-ci présentent deux facettes complémentaires. L'explication de textes était la base de son enseignement et sa grande familiarité avec des oeuvres qu'il avait apprises par coeur et ruminées parfois pendant des années, lui a permis, non pas d'en renouveler véritablement l'interprétation, prétention absurde à ses yeux, mais de mieux éclairer certains aspects des pièces de Racine et de Molière, de Cinna ou de La Princesse de Clèves notamment. Mais cette même familiarité avec les textes lui a aussi permis d'apercevoir très vite les incroyables libertés que les tenants de la nouvelle critique prenaient avec les textes pour leur faire dire tout et n'importe quoi pourvu que ce ne fût pas ce que l'auteur avait voulu dire. Polémiste impénitent, il a lancé alors son cri de guerre avec Assez décodé ! et s'est ensuite attaqué dans sa thèse de doctorat d'État au livre phare de la nouvelle critique, le Sur Racine de Roland Barthes dont il a patiemment démontré l'incroyable ineptie. Il n'a cessé par la suite de mettre les pieds dans les plats de la cuisine ridicule de tous les cuistres issus de la cuisse de Saussure. Par sa pratique claire et vivante de l'analyse des textes ainsi que par ses efforts incessants pour soulever la chape de plomb que le structuralisme et la nouvelle critique faisaient peser sur les études littéraires, René Pommier a donc doublement oeuvré pour essayer de restaurer le goût des lettres.

  • Flaubert ou l'oeuvre muse Nouv.

    Et si la commémoration du bicentenaire de la naissance de Flaubert exigeait un effort de prospective ? En effet, de quel texte majeur l'oeuvre de Flaubert, fondamentalement matricielle, sera-t-elle finalement l'oeuvre source ? La critique s'est beaucoup intéressée aux lectures du romancier et à ses sources d'inspiration ; elle a longuement analysé les principes de sa poétique, la manière patiente dont elle s'est élaborée et ses influences multiples sur ses contemporains.
    Elle a beaucoup moins observé comment les héritiers autoproclamés se sont emparés de l'esthétique flaubertienne pour construire leur propre oeuvre et comment ces dernières font honneur ou pas à l'héritage reçu. C'est cet oubli que prétend réparer Flaubert ou l'oeuvre muse en offrant une exploration panoramique des oeuvres qui, dans le mystérieux processus labyrinthique de la création artistique, en plus d'être prismatique, devenue multidimensionnelle, ont contribué jusqu'à ce jour à faire vivre une réelle flaubertolâtrie.

  • William James ; vie et pensée.

    Romain Mollard

    • Kime
    • 10 Septembre 2020

    La vie et la pensée de William James sont si difficilement séparables que le livre prend pour thème principal la tension créatrice qui anime leur rapport réciproque. Elle fait de cet auteur un exemple typique du rapport étroit, qu'il n'a jamais cessé d'affirmer lui-même, entre biographie et philosophie. Ceci le rattache moins à l'histoire classique de la philosophie qu'à des auteurs comme Pascal, Kierkegaard, Nietzsche ou Wittgenstein - auteurs qui ont fait d'un acte singulier le centre de leur pensée, foulant aux pieds les normes du discours académique.
    L'ouvrage étudie donc, en plus de l'histoire du pragmatisme que James a beaucoup contribué à vulgariser, les dimensions multiples et moins connues de ce parcours qui ont aussi fait de lui le fondateur américain de la psychologie scientifique puis le défenseur d'un empirisme radical ayant inspirés des auteurs aussi variés que Russell, Whitehead ou Deleuze.

  • Ce qu'il est désormais commun d'appeler la "rupture technologique" ne constitue en rien une révolution supplémentaire venant s'inscrire dans le cours mouvementé de l'Histoire humaine, pas plus qu'elle n'est une perversion de la technique dont le sens originaire exigerait d'être humainement restauré. Inquiétant tous les référentiels théoriques et symboliques de la tradition comme de la Modernité, ébranlant la religion comme la morale, elle constitue plus radicalement le principe d'effectuation d'un régime inédit de présence qui, issu de la culture humaine, s'en émancipe progressivement - au même titre que la culture, advenue du sein de la nature, s'en est peu à peu arrachée. L'Âge du Minotaure entend penser cette métamorphose. D'une part en analysant les présupposés ontologiques qui la rendent possible, d'autre part, en évaluant ses implications quant à l'être humain et à sa civilisation. C'est à la condition seule de parvenir à "voir" le règne technique dans toute son altérité que l'on peut espérer entretenir, vis-à-vis de lui, un rapport libre.

  • Le libéralisme n'est pas seulement une orientation de la pensée économique qui domine actuellement le paysage politique et intellectuel des pays anglo-saxons et d'Europe occidentale. C'est aussi, à l'origine, une revendication de liberté pour la personne, d'émancipation par rapport à un cadre moral hérité de temps anciens. Ces deux dimensions se croisent notamment dans l'oeuvre de John Stuart Mill dont LI Hongtu, professeur d'histoire à l'université Fudan (Shanghai) étudie l'oeuvre majeure, le traité De la liberté (1859).
    Correspondant d'Auguste Comte et disciple de Jeremy Bentham, John Stuart Mill est entré en dialogue avec les grands courants philosophiques de son temps, de l'utilitarisme au positivisme. Fervent défenseur de la liberté de l'individu confronté à la multiplicité des contraintes sociales, il a défié les préjugés de son temps en partageant la vie d'Harriet Taylor, militante du droit des femmes. La même logique l'a poussé à s'engager pour la liberté des lois du marché.
    Mais il était aussi employé de la Compagnie des Indes orientales, et même si on ne relève pas chez lui de traces de racisme, il s'accommodait très bien du colonialisme et du fait que des continents entiers, de l'Inde à la Chine, soient exclus des bienfaits du libéralisme dont il se faisait l'apôtre. Il était urgent que l'émergence du libéralisme soit aussi abordée dans la perspective d'une historiographie extra-européenne.

  • Traduire Kafka

    Maurice Blanchot

    • Kime
    • 19 Avril 2019

    Le nom de Kafka est le nom propre le plus cité dans l'oeuvre de Blanchot, plus encore que celui très fréquent de Mallarmé. Kafka est le seul écrivain qui ait fait l'objet d'un ouvrage volumineux dans lequel Blanchot a regroupé la plupart des articles qu'il a publié sur l'auteur du Procès.
    Jean-Paul Sartre, dès la parution d'Aminadad, soulignait la ressemblance des univers de Kafka et de Blanchot, bien qu'il rapportât dans le même article qu'au moment de l'écriture d'Aminadab, Blanchot affirmait ne pas avoir encore lu Kafka. Une lettre à Paulhan de 1942 indique pourtant qu'au moment où il rédige Aminadab, Blanchot a déjà lu, ou est en train de lire Kafka.
    Pas d'écrivain littérairement, mais aussi biographiquement si proche de Blanchot que Kafka, on en esquisserait quelques traits rapides : la forte présence du religieux, la solitude, le célibat, la santé fragile, la vie vouée à l'écriture. Autant de biographèmes, qui sans justifier la totalité de l'intérêt de Blanchot pour Kafka peuvent donner du sens à cette empathie pour l'auteur tchèque, et peuvent avoir été à la source de cette reconnaissance jamais démentie.
    L'ouvrage Traduire Kafka, expose un aspect encore totalement inédit de Blanchot : son long et obstiné travail de traducteur. Le lecteur pourra observer de quelle manière l'auteur de Thomas l'Obscur est fasciné par l'oeuvre de Kafka. Si ses traductions ne sont pas datées, elles attestent d'un intérêt immédiat pour la première édition publiée par Max Brod. Fascination qui ne se manifeste que pour les oeuvres les plus autobiographiques de Kafka, le journal intime, mais aussi les lettres, notamment celles adressées à ses amis, et surtout à Felice et à Milena.
    Ces traductions offrent au lecteur un aspect encore totalement méconnu de l'oeuvre de Blanchot dont on verra dans les publications futures qu'il est aussi un grand traducteur de la philosophie allemande, notamment de celle de Heidegger. Plusieurs, des fragments traduits par Blanchot montrent à la fois une attention particulièrement fine à la langue de Kafka, mais aussi aux grands thèmes que développe l'écrivain tchèque. Nombre des fragments traduits sont accompagnés de commentaires personnels de Blanchot dont on retrouvera la trace dans ces articles sur Kafka.

  • A quoi bon réveiller le souvenir d'une grande guerre entre culture et nature ? Simplement parce qu'il est important de comprendre qu'elle n'a jamais cessé, ce qui s'est traduit par le harcèlement impénitent de la culture humaine sur la nature. On voit bien que cette nature supporte de plus en plus mal ces agressions, qui dépassent ses capacités d'absorption. Mettre en évidence, par la constitution d'un faisceau précis d'indices, le fait de cette guerre millénaire, pour en finir avec les discours lénifiants et les écrans de fumée, me semble devoir donner à l'écologie, fondement de toute politique réaliste, de nouveaux concepts pour une nouvelle culture « mondiale ». Une culture largement ouverte aux milliards d'entités non-humaines que la royauté usurpée de l'homme avait cru pouvoir traiter avec mépris. Le temps des esclaves, humains et non-humains, est révolu. Si la mentalité des maîtres s'exaspère, c'est qu'elle n'est pas loin de perdre sa morgue. Rien ne doit empêcher la pensée de faire ce pas d'une révolution à large spectre. Le suggérer par concepts, c'est la dignité de la philosophie, et sa possibilité de racheter bien des erreurs.

  • Les gilets jaunes dans l'histoire défend une thèse radicale à propos d'un mouvement qui aura secoué la France et le monde pendant de longs mois : loin d'être une énième révolte du pouvoir d'achat, celle des gilets jaunes est la manifestation d'une crise politique planétaire, celle de la démocratie représentative. Les protagonistes de ce mouvement sans chef ont d'ailleurs conscience d'être au coeur d'un processus universel visant à faire passer l'humanité à une autre étape de son histoire : celle de la démocratie plus directe, où les représentants cèderaient toujours plus de pouvoir aux citoyennes et citoyens. Renouant avec la philosophie de l'histoire pratiquée par Kant, Hegel ou Marx, Les gilets jaunes dans l'histoire possède également une dimension militante : comment concrétiser l'aspiration de millions de femmes et d'hommes exaspérés par la confiscation du pouvoir par une minorité faisant voter des lois pour elle seule, et usant, de plus en plus ouvertement, de la force pour les faire respecter ? Comment mettre en accord la démocratie avec sa définition même : le pouvoir du peuple, pour le peuple, par le peuple, et ainsi nous rendre plus libres ? En faisant du mouvement des gilets jaunes le symptôme d'une crise politique et philosophique profonde, cet essai ambitieux adresse un message d'espoir à celles et ceux qui osent encore, avec raison, croire en l'avenir : prenons collectivement possession des moyens de la décision !

  • Rares sont les philosophes d'envergure qui traitent des sciences et techniques. C'est le cas d'Auguste Comte qui au milieu du XIXe siècle, dans une oeuvre immense et audacieuse, allie théorie de la science, philosophie morale et politique, considérations sur l'industrie et définition, dans la continuité du christianisme, d'un humanisme laïque. De quoi donner des armes conceptuelles et théoriques à nombre de nos débats d'aujourd'hui.

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