Littérature traduite

  • Ce livre est une étude comparative, narrative et exploratoire des crises et des changements sélectifs survenus au cours de nombreuses décennies dans sept nations modernes : la Finlande, le Japon, le Chili, l'Indonésie, l'Allemagne, l'Australie et les États-Unis. Les comparaisons historiques obligent, en effet, à poser des questions peu susceptibles de ressortir de l'étude d'un seul cas : pourquoi un certain type d'événement a-t-il produit un résultat singulier dans un pays et un très différent dans un autre ? L'étude s'organise en trois paires de chapitres, chacune portant sur un type différent de crise nationale. La première paire concerne des crises dans deux pays (la Finlande et le Japon), qui ont éclaté lors d'un bouleversement soudain provoqué par un choc extérieur au pays. La deuxième paire concerne également des crises qui ont éclaté soudainement, mais en raison d'explosions internes (le Chili et l'Indonésie). La dernière paire décrit des crises qui n'ont pas éclaté d'un coup, mais qui se sont plutôt déployées progressivement (en Allemagne et en Australie), notamment en raison de tensions déclenchées par la Seconde Guerre mondiale. L'objectif exploratoire de Jared Diamond est de déterminer une douzaine de facteurs, hypothèses ou variables, destinés à être testés ultérieurement par des études quantitatives. Chemin faisant, la question est posée de savoir si les nations ont besoin de crises pour entreprendre de grands changements ; et si les dirigeants produisent des effets décisifs sur l'histoire. Tout en respectant la volonté première de ne pas discuter d'une actualité trop proche qui, faute de distance et perspective, rendrait le propos rapidement obsolète, un Épilogue, propre à l'édition française, esquisse, en l'état des données, une réflexion sur la pandémie du Covid-19.

  • Il importe pour notre culture démocratique d'éclairer les origines historiques et l'évolution des idées ou des concepts qui ont durablement marqué notre mode de coexistence sociale et politique jusqu'à aujourd'hui. Afin d'établir pourquoi nous sommes devenus ce que nous sommes, et quelles exigences normatives sont associées à une telle vision partagée de nous-mêmes. Le concept de « reconnaissance » est essentiel à notre identité politico-culturelle : il recouvre des exigences aussi diverses que celles de se respecter mutuellement comme membres égaux d'une communauté de coopération, de garantir une reconnaissance inconditionnelle à la singularité de l'autre ou d'adresser des témoignages de considération aux minorités culturelles dans le cadre d'une « politique de la reconnaissance ».Dans ce parcours, Axel Honneth révèle l'influence qu'ont exercée les conditions socioculturelles des différents pays, à commencer par la France, l'Angleterre et l'Allemagne, sur la coloration particulière qu'y a prise l'idée de reconnaissance. Face aux multiples significations qu'a revêtues dans les Temps modernes l'idée selon laquelle nous sommes toujours déjà rattachés les uns aux autres par des relations de reconnaissance, il déploie l'hypothèse que les écarts entre ces significations tiennent aux caractéristiques nationales du contexte dans lequel elles sont respectivement apparues.

  • Une fois encore, comme hier à propos de la famille en Europe ou de la place de l'écriture dans notre civilisation, Jack Goody vient perturber la ronde des historiens emportés par leurs certitudes. À la question soulevée par l'anthropologue britannique, on devine déjà ce qu'argueront les esprits chagrinés par cette interpellation d'exigence : comparaison n'est pas raison. Or, c'est bien de cela qu'il s'agit.
    La question ? C'est le « vol de l'histoire », c'est-à-dire la mainmise de l'Occident sur l'histoire du reste du monde. À partir d'événements qui se sont produits à son échelle provinciale, l'Europe a conceptualisé et fabriqué une représentation du passé toute à sa gloire et qu'elle a ensuite imposée au cours des autres civilisations.
    Le continent européen revendique l'invention de la démocratie, du féodalisme, du capitalisme de marché, de la liberté, de l'individualisme, voire de l'amour, courtois notamment, qui serait le fruit de sa modernisation urbaine. Plusieurs années passées en Afrique, particulièrement au Ghana, conduisent Jack Goody à mettre aujourd'hui en doute nombre d'« inventions » auxquelles les Européens prétendent, sous les plumes de Fernand Braudel, Joseph Needham ou Norbert Elias notamment, alors que ces mêmes éléments se retrouvent dans bien d'autres sociétés, du moins à l'état embryonnaire.
    Économiquement et intellectuellement parlant, seul un écart relativement récent et temporaire sépare l'Occident de l'Orient ou de l'Afrique. Des différences existent. Mais c'est d'une comparaison plus rapprochée que nous avons besoin, et non d'une opposition tranchée entre le monde et l'Occident, au seul profit de ce dernier.

  • La question paraît aujourd'hui grossière, elle n'a pourtant toujours pas reçu de réponse : qu'est-ce qui habilite un homme ou une femme à " enseigner " à un autre être humain, oú réside la source de l'autorité ? l'enseignement authentique est le dévoilement d'un logos révélé, diront les uns : c'est le modèle du maître qui enseigne la torah, explique le coran ou commente le nouveau testament.
    Au contraire, argueront d'autres, l'enseignement passe par la seule vertu de l'exemple : socrate et les saints enseignent en existant. l'enseignement est un rapport de force, une forme de violence, protesteront les troisièmes : le maître possède un pouvoir psychologique, social et physique dont ionesco fait la satire dans la leçon. c'est compter sans les refus d'enseigner, faute de destinataire jugé par le maître digne de son héritage.
    Les exemples abondent dans l'histoire de la tradition alchimique et kabbalistique, ou bien de la philosophie. puis il y a les pertes, les disparitions par accident, voire les auto-illusions - fermat avait-il résolu son propre théorème ? que sont devenus les textes d'aristote sur la comédie, les recettes de fabrication de certains pigments de van eyck, les manières de jouer des triples points d'orgue que paganini refusait d'enseigner ? par-delà une réflexion qu'inspirent nombre de témoignages religieux, philosophiques, littéraires et scientifiques, george steiner, au terme de sa carrière d'enseignant, laisse son lecteur se risquer à conclure : la seule réponse qui vaille n'est-elle pas la question de savoir s'il existe quelque chose à transmettre, sinon un premier éveil, une aurore de l'intelligence ?.

  • Face aux progrès des biosciences, au développement des biotechnologies, au déchiffrement du génome, le philosophe ne peut plus se contenter des déplorations sur l'homme dominé par la technique.
    Les réalités sont là, qui exigent de lui qu'il les pense à bras-le-corps.
    Désormais, la réponse que l'éthique occidentale apportait à la vieille question " quelle vie faut-il mener ? " : " pouvoir être soi-même ", est remise en cause. ce qui était jusqu'ici " donné " comme nature organique par la reproduction sexuée et pouvait être éventuellement " cultivé " par l'individu au cours de son existence est, en effet, l'objet potentiel de programmation et de manipulation intentionnelles de la part d'autres personnes.
    Ainsi se trouve rompue la symétrie de responsabilité qui existe par principe entre des personnes libres et égales.
    Cette possibilité, nouvelle à tous les plans : ontologique, anthropologique, philosophique, politique, qui nous est donnée d'intervenir sur le génome humain, voulons-nous la considérer comme un accroissement de liberté qui requiert d'être réglementé, ou comme une autorisation que l'on s'octroie de procéder à des transformations préférentielles qui n'exigent aucune autolimitation ?
    Trancher cette question fondamentale en la seule faveur de la première solution permet alors de débattre des limites dans lesquelles contenir un eugénisme négatif, visant sans ambiguïté à épargner le développement de certaines malformations graves.
    Et de préserver par là même la compréhension moderne de la liberté.

  • Spécialiste des Lumières, Robert Darnton a développé une approche anthropologique par le biais de l'histoire du livre et de la lecture. Pour ce faire, il a puisé dans un fonds inédit, les archives de la Société typographique de Neufchâtel, fondée en 1769 - une correspondance de 50 000 lettres, les états des stocks, les pièces comptables, les livres de commandes qui recréent l'univers du livre, des imprimeurs, colporteurs, libraires et lecteurs pendant les vingt dernières années de l'Ancien Régime.

    Or, il s'y trouve le carnet tenu au jour le jour par un commis voyageur, Jean-François Favarger, qui entreprend, pour la STN en 1778 et pendant plusieurs mois, un tour de France littéraire en rendant visite aux libraires (un quadrilatère de Pontarlier et Besançon jusqu'à Poitiers et La Rochelle puis Bordeaux, Toulouse, Montpellier et Marseille, retour par Lyon et Bourg-en-Bresse). Il prend des commandes, classe les libraires en partenaires fiables ou aventuriers mauvais payeurs, affiche des valeurs calvinistes rigoureuses (se défier d'un libraire catholique, bon bougre mais qui a trop d'enfants et conséquemment ne se concentre pas assez sur son commerce). Il négocie des traites ou des échanges d'ouvrages publiés par la STN contre d'autres succès imprimés par les libraires-éditeurs et livrés dans des balles de feuilles non reliées et mélangées avec des ouvrages édifiants et autorisés car le commerce porte sur des textes soit censurés, soit interdits puisque piratés en violation du privilège des éditeurs parisiens ; enfin, il évalue les risques des voies empruntées par les colporteurs-passeurs à la barbe des douaniers ou avec leur complicité, tant la corruption règne.

    Cette chaîne du livre, depuis les entrepôts de la STN jusqu'aux mains des lecteurs, permet enfin d'évaluer ce que furent à la STN les meilleures ventes des Lumières en dehors des élites politiques et sociales : Anecdotes sur Mme la comtesse du Barry de Pisandat de Mairobert ; l'An 2440 de Mercier ; le Mémoire de Necker ; La révolution opérée par M. de Maupeou de Mouffle d'Angerville ; l'Histoire philosophique de l'abbé Raynal, loin devant La Pucelle d'Orléans de Voltaire.
    Il s'agit donc ici d'un livre essentiel à la compréhension des Lumières et des origines culturelles et intellectuelles de la Révolution.

  • Sociologue de l'économie, Wolfgang Streeck analyse la crise financière et fiscale de 2008 non pas comme un événement singulier, mais comme une séquence de l'évolution du capitalisme depuis 1945.
    Plus particulièrement de ce que l'auteur appelle le «capitalisme démocratique» - ce régime économique qui, jusqu'aux années 1970, achetait l'adhésion des populations occidentales grâce à la promesse d'un constant progrès de leur condition sociale et par les possibilités d'emprunt et de crédit. Il fallait gagner du temps sur la crise éventuellement à venir.
    Dès les années 1980, suite à la résistance à l'impôt des producteurs de richesses financières et à leur lutte pour les allègements fiscaux, un nouveau régime se met en place, marqué par l'inflation et les déficits budgétaires nationaux. Le financement de la dette publique passe à des institutions privées qui exigent en retour la consolidation par la dérégulation des marchés financiers, puis la compensation de leur faillite par les États.
    Plus que jamais, l'économie ne relève pas d'une gestion technicienne, mais d'une instabilité constante dans les rapports de force entre producteurs de biens et producteurs de profits : aujourd'hui les marchés entendent s'internationaliser sans plus rencontrer d'obstacles politiques du fait des Parlements nationaux ni de leur législation.
    La globalisation est un leurre qui masque la réalité : à l'État fiscal classique a succédé dans les années 1970 l'État débiteur, qui entendit, par les emprunts publics et les crédits privés, désamorcer les antagonismes sociaux et maintenir une forme de croissance. Aujourd'hui, nous vivons dans l'État de consolidation - celui qui fait payer aux citoyens le service de la dette par des réformes de structure visant à se délester de ses fonctions régaliennes et de certaines missions de service public au profit d'institutions hors de portée des représentations démocratiques nationales : l'euro et la Banque centrale européenne en sont deux exemples avérés.

  • Voici venu le temps des petits prophètes. Ils susurrent que le papier est voué à disparaître, ils se réjouissent de la mort du livre, qui les dispense, croient-ils, d'en lire, ils clament l'avènement du tout numérique et de sa révolution. Mais l'univers des prophéties est loin de notre monde réel. Robert Darnton met en parallèle les moyens électroniques de communication avec la puissance libérée par Gutenberg voilà plus de cinq siècles, il en évalue les effets anthropologiques sur la lecture, il mesure les avantages mutuels qui lient bibliothèques et Internet, il examine enfin nombre de problèmes d'ordre pratique, c'est-à-dire culturels, par exemple, pourquoi maintenir les acquisitions de livres imprimés tout en accroissant la place faite au numérique, support désormais privilégié par les jeunes générations? Comment légitimer les monographies numériques aux yeux des conservateurs pour qui un livre ne peut exister que sous forme imprimée ? Par quel paradoxe la bibliothèque, en apparence la plus archaïque des institutions, est, du fait de sa position au coeur du monde du savoir, l'intermédiaire idéal entre les modes de communication imprimés et numériques ? Chemin faisant, le lecteur découvre comment le livre met en forme la matière du monde, combien les processus de transmission modifient les textes mêmes, pourquoi le papier n'est pas entièrement remplaçable par le fichier numérique, que Shakespeare prouve la nécessité de conserver plus d'un exemplaire d'un livre, et ce que serait une République numérique des Lettres. Robert Darnton signe ici un livre non pas d'oraison, mais de raison gardée.

  • Ce tournant de siècle est marqué par une lassitude foncière.
    Ontologique, dirait-on : la chronométrie intime, les contrats avec le temps qui déterminent si largement notre conscience indiquent la fin d'après-midi. nous sommes des tard venus. du moins avons-nous le sentiment de l'être. le couvert est débarrassé. il y a dans l'air comme un parfum d'adieux. pareilles appréhensions sont d'autant plus marquantes qu'elles contrarient l'accroissement de la durée et de l'espérance de vie individuelles dans les économies occidentales.
    Et pourtant, les ombres s'allongent. on nous dirait ployés vers la terre et vers la nuit, comme des plantes à la tombée du jour. quel impact ces temps couverts ont-ils sur la grammaire - c'est-à-dire l'organisation articulée de la perception, de la réflexion et de l'expérience, la structure nerveuse de la conscience lorsqu'elle communique avec elle-même et les autres? que deviennent les temps verbaux qui organisent notre présence au monde quand les sciences humaines et les arts, désenchantés par la glose, ne croient plus possible la création, mais que les sciences sont, elles, saisies par l'ivresse de la découverte des commencements, possible dans les temps à venir ? faut-il vraiment désormais que du futur la pensée et les arts fassent table rase ? au crépuscule des utopies - politiques, théologiques, philosophiques - qui n'appartiennent plus à notre syntaxe, george steiner a écrit le premier in memoriam pour les futurs perdus.
    Du temps où la découverte des origines de la matière n'entendait pas encore tenir lieu de réflexion sur le néant, donc sur la création.

  • Le labyrinthe de la solitude est un ouvrage capital de la littérature mexicaine contemporaine.

    " le labyrinthe de la solitude, dit octavio paz, fut un exercice de l'imagination critique : une vision, mais aussi une révision du mexique. point du tout un essai sur la philosophie de l'essence du mexique ou une recherche de notre prétendu être. le mexicain n'est pas une essence, mais une histoire. de ce point de vue, le caractère des mexicains n'a pas une fonction différente de celui des autres peuples : d'une part, il est un bouclier, un mur ; d'autre part, un faisceau de signes, un hiéroglyphe.
    Dans le premier cas, c'est une défense contre le regard d'autrui, mais qui nous immobilise et nous emprisonne ; dans le second, c'est un masque qui, en même temps, nous exprime et nous étouffe. ce n'est donc pas la définition de l'essence du mexique qui m'intéressait mais la critique : cette activité qui consiste, autant qu'à nous connaître, à nous libérer.
    " le mexique est un fragment, une partie d'une histoire beaucoup plus vaste.
    Les révolutions contemporaines en amérique latine ont été et sont des réponses à l'insuffisance du développement, d'oú procèdent aussi bien leur justification historique que leurs fatales et évidentes limites. les modèles de développement que nous offrent aussi bien l'est que l'ouest sont des compendiums d'horreurs : pourrons-nous à notre tour inventer des modèles plus humains et qui correspondent mieux à ce que nous sommes ? gens de la périphérie, habitants des faubourgs de l'histoire, nous sommes, latino-américains, les commensaux non invités, passés par l'entrée de service de l'occident, les intrus qui arrivent au spectacle de la modernité au moment oú les lumières vont s'éteindre.
    Partout en retard, nous naissons quand il est déjà dans l'histoire ; nous n'avons pas de passé, ou si nous en avons eu un, nous avons craché sur ses restes. nos peuples ont dormi tout un siècle et, pendant qu'ils dormaient, on les a dépouillés et ils vont maintenant en haillons. et pourtant, depuis un siècle, sur nos terres, si hostiles à la pensée, ici et là, en ordre dispersé mais sans interruption, sont apparus des poètes, des prosateurs et des peintres qui les égaux des plus grands des autres continents.
    Allons-nous enfin nous montrer capables de penser une société qui ne soit pas fondée sur la domination d'autrui et qui ne nous mène ni aux glacials paradis policiers de l'est ni aux explosions de nausée et de haine qui interrompent le festin de l'occident ? ".

  • II y a moins de cent ans, le socialisme était un mouvement si puissant au sein de la société moderne qu'il n'y avait guère de grands représentants de la théorie sociale qui ne jugeât nécessaire de lui consacrer une étude approfondie, tantôt critique, tantôt sympathisante, mais toujours respectueuse de son objet. C'est John Stuart Mill qui, encore XIXe siècle, s'était le premier engagé dans cette voie, suivi par Émile Durkheim, Max Weber et Joseph Schumpeter, pour ne citer que les principaux. Malgré d'importantes différences dans leurs opinions personnelles et leur programme théorique, tous ces penseurs s'accordaient pour voir dans le socialisme un défi intellectuel qui sans aucun doute accompagnerait durablement le capitalisme. II n'en est plus de même aujourd'hui.
    Si le socialisme est encore évoqué dans le cadre de la théorie sociale, il semble entendu qu'il a désormais fait son temps. On ne le croit plus capable ni de susciter l'enthousiasme des foules, ni d'apporter des alternatives innovantes au capitalisme contemporain. Du jour au lendemain - Max Weber n'en croirait pas ses yeux -, les rôles semblent s'être inversés entre les deux grands adversaires du XIXe siècle - la religion comme force éthique semble avoir l'avenir devant elle, le socialisme, en revanche, est désormais perçu comme une réalité du passé.
    Honneth démontre que le socialisme contient encore une étincelle vivante, à condition que l'on en ressaisisse résolument l'idée directrice, en la dégageant d'une structure de pensée enracinée dans les premiers temps de l'industrialisme, et en la replaçant dans le cadre d'une théorie sociale nouvelle.
    « Premièrement, je veux rechercher les raisons soit internes, soit externes, pour lesquelles les idées du socialisme ont perdu d'une manière apparemment si irrévocable leur potentiel de stimulation ; deuxièmement, à la lumière des réponses données à la question précédente, je veux me demander quelles modifications conceptuelles il faudrait apporter aux idées socialistes pour qu'elles retrouvent leur virulence perdue. »

  • Le camp de concentration (KL) est constitutif du nazisme. Il en est le miroir le plus fidèle.
    Dès les premières heures du régime, il sert d'abord à éliminer les opposants politiques dans des bâtiments réquisitionnés en pleine ville, puis très vite est érigé hors des zones urbaines selon une architecture particulière. De concentration des prisonniers sans droits, il élargit ses fonctions selon les besoins de l'État : instrument de la terreur idéologique, il devient la machine de l'épuration sociale (malades mentaux, asociaux, homosexuels), le centre d'une économie du travail par le mortel esclavage de la main-d'oeuvre (les prisonniers russes et les Slaves au premier chef), un univers de convois ferrovaires et de rampes de sélection, d'expérimentations médicales selon les pathologies des différentes catégories de déportés, l'épicentre enfin du génocide des populations juives et tziganes en provenance de tous les pays occupés. D'emblée, le camp fut le règne de la violence absolue, sitôt que la garde en fut confiée à la SS des camps dont les rangs s'ouvrirent aux militants de base sans autre formation idéologique que les sanglantes batailles de rues.
    Le camp ne répond pas seulement aux évolutions du régime nazi, il est un univers en soi avec ses propres règles, mélange de bureaucratisme tatillon et d'arbitraire déchaîné, sur lequel entend régner Himmler.
    Un univers dont les Allemands ne pouvaient ignorer l'existence, tant il fit l'objet de reportages écrits, radiophoniques et cinématographiques afin que chacun sache de quel prix se payait la moindre dissidence. Un univers dont nombre de survivants périrent aux dernières heures dans les marches forcées par lesquelles les nazis voulurent effacer les traces de leur crime devant la progression des armées russes et alliées.
    Nikolaus Wachsmann, professeur d'histoire contemporaine à Birkbeck College (université de Londres), a écrit la première histoire globale du camp nazi de 1933 à 1945, puis de sa survivance dans la mémoire occidentale. Un de ces livres majeurs qui, par le recours à des milliers de pages d'archives administratives ou de témoignages personnels, par le jeu d'échelles du centre du pouvoir hitlérien à la condition du détenu au ras de son châlit, marquent une étape dans la discipline.

  • Il y a presque 2 500 ans, Diogène demandait à ses disciples qu'à sa mort ils jettent son corps par-dessus le mur, où il serait dévoré par des bêtes sauvages. Quelle importance puisqu'il aurait quitté ce monde ? Cet ouvrage vise à comprendre pourquoi et comment Diogène, à rebours de toute logique culturelle, fit scandale. Pourquoi - quel que soit le contexte religieux et idéologique, et même lorsque la croyance en l'âme est imprécise - le corps sans vie est-il considéré, en tous lieux et à toutes époques comme important ? Comment la persistance de l'être se substitue-t-elle au corps mort ? Car les vivants ont bien plus besoin des morts que l'inverse, et les morts sont à l'origine de mondes sociaux.
    Mobilisant poésie et peinture, architecture et médecine, statuaire et géographie, littérature et théologie, ce grand livre délimite les manières dont les morts ont façonné le monde moderne, malgré le désenchantement supposé de notre ère.

    Trois questions le structurent. « Où sont géographiquement les morts ? » Laqueur décrit la naissance, au Moyen Âge, du lieu de repos dominant des morts - l'enclos paroissial - et expose les raisons pour lesquelles, aux XVIIIe et XIXe siècles, il fut largement supplanté par le cimetière moderne. « Qui sont les morts ? » explicite les raisons qui ont conduit, depuis le XIXe siècle et à une échelle sans précédent, à réunir les noms des défunts sur de longues listes et des monuments commémoratifs et, inversement, en quoi le fait d'être enterré sans nom est devenu insupportable. « Que sont les morts ? » éclaire l'échec de la crémation - la transformation du corps en matière inorganique indifférenciable : comment cette technique sophistiquée commencée comme une fantaisie moderniste visant à dépouiller la mort de son histoire, est venue buter sur l'inacceptable anonymat des cendres du Génocide.
    L'originalité foncière de Laqueur est de révéler les manières dont les morts font la civilisation à grande échelle et au niveau intime, en tous lieux et en tous temps ; leur poids historique, philosophique et anthropologique est immense et presque sans limite ni comparaison.

  • La théorie critique, autrement appelée " ecole de francfort ", fait retour, avec la troisième génération représentée par axel honneth, à la " philosophie sociale ".
    C'est-à-dire à l'analyse des processus de développement qui sont vécus comme manqués ou perturbateurs. dans sa quête d'une critique des " pathologies du social ", la théorie peut-elle également faire retour à des concepts marxistes ? soit le concept, fixé par georg lukacs, de " réification " - colonisation du monde vécu par la généralisation unidimensionnelle de l'échange marchand à toute interaction sociale, en sorte que les sujets perçoivent partenaires et biens comme des objets.
    La théorie critique, pour sa part, distingue trois formes de réification - intersubjective (le rapport aux autres), objective (le rapport au monde) et subjective (le rapport à soi) - également fondées sur l'oubli préalable de la reconnaissance de l'autre. la réification intersubjective résulte aujourd'hui de pratiques nouvelles qui considèrent les hommes indépendamment du monde vécu auquel ils appartiennent - depuis l'abolition de la substance juridique du contrat de travail jusqu'à la réduction des dons de l'enfant à un objet de mesure génétique et de manipulation.
    L'autoréification - saisir ce qu'on éprouve psychiquement comme objets à observer ou à produire de manière normée - est le fruit des pratiques institutionnalisées de présentation de soi : des entretiens d'embauche ou du coaching à la recherche d'un partenaire amoureux sur internet. demeure, pour axel honneth, " une certaine inquiétude : celle de voir nos sociétés prendre le chemin que lukacs, en utilisant des moyens insuffisants et en généralisant à l'excès, a entrevu il y a quatre-vingts ans ".

  • Parcours, c'est en deux volumes une trentaine de textes de Jürgen Habermas, inédits pour la plupart, devenus introuvables en langue française pour les autres. Ils balisent l'évolution d'un des derniers philosophes contemporains de stature mondiale.
    Le premier volume permet de comprendre comment Habermas, ancré dans la théorie critique de l'École de Francfort, justifie, dans le prolongement de sa Théorie de l'agir communicationnel, la nécessité de passer d'une théorie de la conscience à une théorie du langage. À l'heure de la philosophie postmétaphysique, cette ouverture au langage fait de l'activité communicationnelle le fondement de la société : elle est ce qui permet la compréhension intersubjective, seule à même de définir pour le monde vécu les normes sociales, les valeurs éthiques et les procédures de la politique délibérative.
    Le tome deuxième élargit encore cette réflexion au thème des conditions de possibilité de la souveraineté populaire, à l'heure de la constitution de l'Europe, mais aussi de la revitalisation politique de la religion.
    Le lecteur dispose avec cet ouvrage des clefs nécessaires à la compréhension d'une pensée essentielle de notre siècle.

    Traduit de l'allemand par Christian Bouchindhomme, Frédéric Joly et Valéry Pratt.

  • Parcours, c'est en deux volumes une trentaine de textes de Jürgen Habermas, inédits pour la plupart, devenus introuvables en langue française pour les autres. Ils balisent l'évolution d'un des derniers philosophes contemporains de stature mondiale.
    Le premier volume permet de comprendre comment Habermas, ancré dans la théorie critique de l'École de Francfort, justifie, dans le prolongement de sa Théorie de l'agir communicationnel, la nécessité de passer d'une théorie de la conscience à une théorie du langage. À l'heure de la philosophie postmétaphysique, cette ouverture au langage fait de l'activité communicationnelle le fondement de la société : elle est ce qui permet la compréhension intersubjective, seule à même de définir pour le monde vécu les normes sociales, les valeurs éthiques et les procédures de la politique délibérative.
    Le tome deuxième élargit encore cette réflexion au thème des conditions de possibilité de la souveraineté populaire, à l'heure de la constitution de l'Europe, mais aussi de la revitalisation politique de la religion.
    Le lecteur dispose avec cet ouvrage des clefs nécessaires à la compréhension d'une pensée essentielle de notre siècle.

    Traduit de l'allemand par Christian Bouchindhomme, Frédéric Joly et Valéry Pratt. Édition de Christian Bouchindhomme.

  • Les praticiens l'ont toujours su.
    Dans toute philosophie, concédait Sartre, il y a "une prose littéraire cachée". Ce qu'on a moins élucidé, c'est la pression formatrice incessante des formes du discours, du style, sur les programmes philosophiques et métaphysiques. A quels égards une proposition philosophique, même dans la nudité de la logique de Frege, est-elle une rhétorique ? Veut-on dissocier un système cognitif ou épistémologique de ses conventions stylistiques, des genres d'expression qui prévalent ou sont contestés à l'époque ou dans le milieu qui sont les siens ? Dans quelle mesure les métaphysiques de Descartes, Spinoza ou Leibniz sont-elles conditionnées par les éléments constituants et l'autorité sous-jacente d'une latinité partiellement artificielle au sein de l'Europe moderne ? Quand, tels Nietzsche et Heidegger, le philosophe entreprend d'assembler une langue nouvelle, son idiolecte propre à son dessein est lui-même saturé par le contexte oratoire, familier ou esthétique.
    L'association étroite de la musique et de la poésie est un lien commun, toutes deux partageant les catégories du rythme, du phrasé, de la cadence, de la sonorité, de l'intonation et de la mesure. "La musique de la poésie" est exactement cela. Y aurait-il, en un sens apparenté, "une poésie, une musique de la pensée" plus profonde que celle qui s'attaque aux usages extérieurs de la langue, au style ? Ces aspects de la "stylisation" de certains textes philosophiques, de l'engendrement de ces textes via des outils et des modes littéraires, George Steiner nous les restitue dans son souci d'"écouter plus attentivement".

  • Ce que social veut dire est un ouvrage en deux tomes, destiné au seul lecteur français. Il entend permettre à ce dernier de comprendre, à travers quelque vingt-cinq textes échelonnés sur vingt ans, l'évolution théorique d'Axel Honneth, représentant de la troisième génération de l'École de Francfort.
    Le premier volume (Le déchirement du social) rassemble les contributions dans lesquelles Honneth, à travers la confrontation avec des auteurs classiques (Kant, Fichte, Hegel) ou contemporains et la philosophie sociale (Sartre, Lévi-Strauss, Merleau-Ponty, Castoriadis, Bourdieu, Boltanski et Thévenot), précise les caractères constitutifs de la 'lutte' sociale pour la 'reconnaissance'.
    Le second (Les pathologies de la raison, à paraître) appliquera la théorie de la reconnaissance au vaste domaine du diagnostic des injustices et des pathologies sociales (confrontations avec Adorno, Benjamin, Neumann, Mitscherlich, Wellmer, mais aussi la psychanalyse et la théorie de la justice).
    Ces deux aspects de l'évolution théorique - éclairer les causes des conflits sociaux et étudier comment ils peuvent être justifiés et jugés sur le plan normatif - sont ici distingués en deux volumes pour un souci de lecture, bien qu'ils se soient toujours chevauchés et mutuellement fécondés, dans un projet global très précis : rapporter toute vie sociale au désir des sujets de valoir aux yeux de leurs semblables comme des personnes à la fois dignes de considération et dotées d'une individualité unique.
    Ce qui exige que nous comprenions toujours les régulations centrales de la vie sociale comme des ordres de la reconnaissance, mais aussi comme la manifestation sociale d'un devoir-être moral. Prises ensemble, ces deux idées signifient également que la sociologie et la philosophie pratique ne peuvent s'exercer indépendamment l'une de l'autre.

  • Le tome I de Ce que social veut dire (2013), centré sur "Le déchirement du social", dégage, par le biais notamment d'une confrontation avec la tradition de la philosophie sociale (Sartre, Lévi-Strauss, Merleau-Ponty, Castoriadis, Bourdieu, Boltanski et Thévenot), le modèle du conflit mis en oeuvre par la théorie de la "lutte pour la reconnaissance".
    Mais se pose alors le problème de la justification normative de ce modèle. Deux possibilités s'offrent, qui ont longtemps paru s'exclure mutuellement : soit la valeur normative des luttes pour la reconnaissance est appréciée selon ce qu'elles apportent à la réalisation d'une "vie bonne" parmi les membres de la société ; soit leur rôle normatif se mesure à leur contribution à l'instauration de la "justice" sociale dans la société. Dans le premier cas, c'est la réalisation individuelle de soi qui constitue le critère normatif, et, dans le deuxième, la répartition équitable des libertés individuelles entre tous les membres de la société.

    Renouant avec la tradition de la Théorie critique, Honneth se confronte ici avec Adorno, Benjamin, Neumann, Mitscherlich, Wellmer, mais aussi la psychanalyse et la théorie de la justice ; il établit qu'à la différence d'autres terminologies morales qui peuvent être mobilisées pour juger de l'état normatif des sociétés - que ce soient les concepts d'"aliénation" ou de "réification" d'un côté, de "discrimination" ou d'"exploitation" de l'autre, mais qui ne relèvent que de la philosophie sociale ou de la philosophie politique -, la lutte pour la reconnaissance est à la fois l'indicateur d'une pathologie sociale et l'indice d'une injustice.

  • Pendant toute la guerre, les Britanniques ont procédé à des écoutes systématiques de milliers de prisonniers allemands - sous-mariniers, soldats de l'armée de l'air, la Luftwaffe, et de l'armée de terre -, gravé sur des disques de cire les passages de ces conversations qui leur paraissaient présenter un intérêt spécifique (stratégie, organisation de la chaîne de commandement, moral des troupes, etc.) et en ont réalisé des transcriptions. Tous les procès-verbaux ont survécu à la guerre. Rendus accessibles en 1996, personne, au cours des années suivantes, n'a compris l'importance de ces sources, qui ont continué à sommeiller sur les rayons des magasins sans que nul ne s'en soucie.
    Dans un premier temps, le lecteur aura l'impression d'entendre parler les soldats, de les voir gesticuler et débattre, avec la rude franchise de la camaraderie lorsqu'ils racontent leurs combats, la mort donnée et la mort reçue. Très vite, cependant, il comprend l'importance inédite de cet ouvrage : jusque là, les historiens devaient utiliser des sources très problématiques pour étayer leurs recherches sur la perception de la violence et la propension à tuer (dossiers d'enquête, lettres de la poste aux armées, récits de témoins oculaires, Mémoires). Autan de propos, récits, descriptions rédigés en toute conscience pour un destinataire - un procureur, une épouse restée au domicile, ou bien un public auquel on aimerait communiquer sa propre vision des choses. En revanche, lorsque les soldats internés dans les camps parlaient les uns avec les autres, c'était sans intention particulière - jamais aucun d'entre eux n'aurait imaginé que ses récits et ses histoires pourraient devenir à quelque moment que ce soit une « source », et a fortiori être imprimées. Ici, des hommes parlent en temps réel de la guerre et de ce qu'ils en pensent - une source qui oblige à porter un regard tout à fait neuf et unique sur l'histoire de la mentalité de la Wehrmacht, et de l'armée en général - particulièrement sur la propension à la violence contre les civils, fruit d'une éducation étrangère à l'humanisme libéral et porteuse de valeurs cimentées par l'appartenance de l'individu à un collectif qui lui sera supérieur en tout.
    La nazification fut alors un surplus idéologique, ce complément qui fit notamment basculer les soldats des crimes de guerre dans ceux contre l'humanité.

  • Expulsions ? Ce sont, entre autres exemples, neuf millions de foyers américains chassés de chez eux par la saisie de leur maison suite à la transformation de leur crédit d'accession à la propriété en produits financiers à haut risque ; ce sont ces millions d'Européens ou d'Américains du Sud exclus de leur travail suite aux plans d'austérité imposé par des institutions internationales, ;
    Ce sont ces millions d'éleveurs ou de cultivateurs chassés de leurs terres parce que leur État les a vendues à un autre État afin que celui-ci puisse développer les productions nécessaires à l'alimentation de ses classes moyennes ; ce sont ces gaz à effet de serre que les puissances industrielles et productivistes libèrent à chaque instant ; ce sont ces nappes phréatiques asséchées par les procédés ravageurs d'expulsion du gaz de schiste.
    Là où nombre de spécialistes, aveuglés par la complexité, verraient dans cette énumération des mots en laisse, Saskia Sassen, faisant fi des frontières comme de nos catégories impuissantes désormais à penser le monde que nous faisons (Nord contre Sud ; riches contre pauvres ;
    Inégalités résultant d'un mauvais usage de la technologie ou de pathologies dérivées d'un affolement de la financiarisation de l'économie, etc.), montre que derrière cette apparente diversité s'opère une terrible convergence : la violence désormais ordinaire du capitalisme à son stade gobal s'explique par un modèle, un concept - celui d' expulsion .
    C'est ainsi qu'il convient de nommer la logique qui préside à l'économie globalisée.

  • Qu'est-ce que la censure? L'historien croit disposer d'un concept unitaire mais plonge-t-il dans les archives qu'il est alors saisi par la diversité des expériences qu'en firent ceux qui la subirent - en l'occurrence, dans la France des Bourbons, dans l'Inde coloniale et dans la République démocratique allemande.
    Peut-on cependant dégager des trais communs à ces trois situations?
    La première dimension est la répression : Mlle Bonafon, treize ans d'internement dans un couvent pour avoir écrit un conte de fées politique (Tanastès) ; Mukunda Lal Das, trois ans d'«emprisonnement rigoureux» pour avoir entonné la très suggestive «Chanson du rat blanc» ; Walter Janka, cinq ans d'isolement carcéral pour avoir publié Lukács, un auteur tombé en disgrâce.
    La seconde dimension comparative est l'herméneutique : la censure est une lutte sur le sens. Elle implique le décodage de références dans un roman à clé ou des querelles sur la grammaire sanskrite, elle suppose toujours des débats interprétatifs qui conduisent peu ou prou à une collaboration entre censeurs et auteurs. Les deux parties comprennent la nature du donnant-donnant : la coopération, la complicité et la négociation caractérisent la façon dont les auteurs et les censeurs opèrent, au moins dans les trois systèmes étudiés ici. Plus qu'un simple affrontement entre création et oppression, la censure, en particulier aux yeux du censeur, apparaît coextensive à la littérature, au point de s'en croire la source.
    L'écrivain Norman Manea, quand il reconsidérait les coupes qu'il avait acceptées afin que son roman L'enveloppe noire parût dans la Roumanie de Ceaus,escu, ne regrettait pas tant l'amputation des passages critiques que le processus de compromis et de complicité qui lui faisait conclure au «succès à plus long terme de la Censure, là où il n'était pas visible...».

  • C'est un étrange dossier des archives de la Bastille et l'un des plus fascinants, fait de paperolles, qu'ouvre, pour la première fois, Robert Darnton.
    Au printemps de 1749, le lieutenant général de police à Paris reçut l'ordre de capturer l'auteur d'une

  • Du XVIIe siècle et jusqu'au coeur du XXe, de Vermeer à Matisse et Picasso, nombre de peintres européens ont pris l'atelier pour le monde. C'est dans l'atelier qu'ils firent l'expérience du monde, tel qu'il entre dans la peinture. Le fait est sans précédent, tant dans l'art européen antérieur que dans d'autres traditions picturales comme celles de l'Asie. La singularité des postulats mais aussi des préoccupations et contraintes picturales qu'implique le phénomène de l'atelier n'a pas été spécifiquement reconnue ni définie. Pour une part, l'expérience immédiate de l'artiste dans l'atelier est rarement représentée à l'état pur. De nombreux autres facteurs - les conventions de la représentation réaliste, les relations avec la clientèle et le marché, la nature de l'exposition - entrent dans la fabrication et la vision des tableaux qui sont informés par l'atelier. Qui plus est, bien que la pratique du studio laisse paraître des traits cohérents, le milieu de l'atelier ne s'est pas prêté au genre de thèses discursives qui ont été élaborées, par exemple, sur les constructions picturales de la perspective. Les réalités de l'atelier sont fuyantes, mais elles sont déterminantes et étonnamment vivaces dans la peinture européenne. Elles sont ici cernées par Svetlana Alpers.

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