D'ores Et Deja

  • Aux prises avec ses angoisses, les angoisses d'un monde sourd et défaillant, les angoisses d'un peuple immobile comme des moutons face à l'équarisseur levant son bâton. La violence de ce texte est à la hauteur du désir de liberté sans borne de la vierge rouge. Jusqu'à son dernier souffle, elle n'a cessé de nous réprimander, nous, sur qui le monde glisse, nous qui ne nous levons pas quand la liberté est en danger.

  • Paru en 1904 dans la revue Les Temps Nouveaux, Aux jeunes gens s'adresse aux adultes en devenir, à ceux qui sont encore en mesure, -?car non viciés par la société environnante- de rêver de Liberté. À l'instar de Rilke, la lettre à un jeune poète de Kropotkine est une missive d'engagement, lourde de sens. Une missive qui a su bouleverser quelques adolescents du début du siècle passé, une missive toujours actuelle.

  • "Vous-mêmes n'êtes-vous pas, sinon anarchistes, du moins fortement nuancés d'anarchisme ? Qui de vous, dans son âme et conscience, se dira le supérieur de son voisin, et ne reconnaîtra pas en lui son frère et son égal?" En 1894, Elisée Reclus prononce devant les Francs-maçons une conférence sur l'anarchie.

  • « L'idéal républicain de Blanqui est l'objet même du texte publié dans la présente édition.
    Écrit en 1834, Qui fait la soupe doit la manger est une charge lourde contre tout principe d'exploitation et d'inégalité. L'auteur redouble de pugnacité quand il s'agit de dénoncer l'idée d'égalitarisme comme remède contre toutes les injustices sociales.
    Non dénué d'un certain humour, ironique et incisif, Qui fait la soupe doit la manger, destiné au journal Le Libérateur, conserve une certaine fraîcheur aujourd'hui encore. »

  • Discours prononcé en mars 1838 à l'Assemblée Nationale, Sur l'abolition de la peine de mort est un chef d'oeuvre de la Littérature du XIXe siècle.
    Grandiose orateur de la première moitié du siècle, écrivain, poète et homme politique, Alphonse de Lamartine consacre son talent à la défense d'idéaux humanistes et républicains. Luttant contre la peine de mort et pour l'abolition de l'esclavage, le poète laisse derrière lui des poêmes et des discours convaincants de style. Concernant la peine de mort, l'argumentation connaît une densité rare pour l'époque sur un tel thème. Car l'analyse de Lamartine est basée sur l'exploration d'une société en pleine évolution, une sociéé ayant dépassé, selon lui, l'ère de la barbarie. Déclarant que la peine de mort est devenue inutile et nuisible dans une société évoluée, il fait appel à la liberté et à la moralité pour qu'enfin la transition s'annonce. Transition vers d'autres pratiques, vers une nouvelle façon de dire la justice.
    Pas si lointaine, et encore appliquée par ailleurs, tout discours sur la peine de mort mérite une attention particulière.
    Lamartine propose ici un chef d'oeuvre.

  • L'ère nouvelle

    Louise Michel

    Publié en 1887, bien après la Commune de Paris et la déportation en Nouvelle-Calédonie, L'ère nouvelle est un texte de Louise Michel où l'amertume se veut poétique. Convertie à l'anarchisme, révolutionnaire et assoiffée de justice, la Vierge rouge n'a de cesse d'interroger le genre humain, tentant inlassablement de comprendre pourquoi l'injustice et une certaine odeur de décomposition règnent. "Vont-ils se laisser abattre comme des bandes de loups ?" La hargne de Louise Michel s'explique par la singularité de la période d'écriture. La répression qu'a connue la Commune fut si rude que les souvenirs violents sont encore vifs en 1887. Ainsi, la douleur transperce les mots, les phrases sont encore chargées du poids de la défaite. Chez Louise Michel, là ou la défaite a frappé, l'espoir se lève, inéluctablement. C'est ainsi que la révolutionnaire emporte le lecteur, l'idée de progrès social renaît, une odeur de justice s'empare de pages mi-poétiques, mi-politiques. L'ère nouvelle s'achèvera sur une idée d'éternité, une victoire en somme.

  • Détruire la misère est un discours marquant de Victor Hugo prononcé en juillet 1849 devant l'Assemblée nationale. Texte de combat où les mots employés par l'orateur inquiètent les conservateurs présents à l'Assemblée. Interrompu par des huées et autres dénégations, Hugo provoque une grande colère en proposant un discours profondément humaniste, un discours fraternel et audacieux : « Je suis de ceux qui pensent et qui affirment qu'on peut détruire la misère ».
    En avril 1851, sous le conseil d'Auguste Blanqui, le député Victor Hugo visite les misérables caves de Lille. En plein débat sur la condition et le logement ouvrier à l'assemblée, Hugo sort de cette visite bouleversé et indigné. Dans Les caves de Lille, Hugo décrit la pénible condition des ouvriers du textile. Cette main d'oeuvre, faite de femmes et d'enfants, vit dans de sordides caves dépeintes avec précision tout au long du texte.
    Ce discours ne fut hélas jamais prononcé, du fait du coup d'état de décembre 1851.
    Il convient de noter le caractère véridique du récit en question. Différentes sources littéraires font état des caves de Lille.

  • Les Lunettes

    Edgar Allan Poe

    « Quant aux qualités physiques, je n'en suis nullement dépourvu. Au contraire, je me flatte d'être bien fait de ma personne et de posséder ce que neuf individus sur dix seraient disposés à appeler un beau visage. Ma taille est de cinq pieds onze pouces. Mes cheveux sont noirs et bouclés. Mon nez est d'une assez belle venue. Mes grands yeux gris ne manquent pas d'expression ; et bien qu'en réalité ils soient d'une faiblesse très gênante, on ne s'en douterait guère à les voir. Ce défaut, néanmoins, m'a toujours causé beaucoup d'ennuis et j'ai essayé tous les remèdes, hormis un seul. Étant jeune et joli garçon, j'éprouve une répugnance bien naturelle à porter des lunettes, et je m'y suis toujours refusé avec fermeté.»

  • Le 20 juillet 1846, Hugo entreprend une oeuvre considérable, noter chaque jour ce qu'il apprend sur des sujets divers.
    Hugo discerne dans les événements de la vie quotidienne, dans des rencontres, dans des propos entendus ou dans des "choses vues", ce qui est révélateur du monde dans lequel il vit et, plus universellement, de la condition humaine. Tout présente un intérêt, même la conversation la plus banale, tout peut enrichir cet esprit avide de connaissance, tout peut servir de matériau à l'artiste.

  • Pamphlétiste et anticlérical, Lafargue expose une vision hilarante de sa Sainteté le Pape et de ses différents déboires, désertion des fidèles, hémorroïdes.....
    Le texte est écrit sous forme de courte pièce de théâtre.

  • Paru en 1881, dans le journal Le Gaulois, L'art de gouverner est un pamphlet contre la classe dirigeante dans son ensemble. Considérant que l'absurdité des politiciens est une ruine pour le pays tout entier, Guy de Maupassant usera de son évidente notoriété pour dénoncer les affres du fait politique sur les Hommes, et plus particulièrement les plus pauvres. L'apolitisme de Guy de Maupassant se manifeste avec virulence et un certain humour. Car la médiocrité des dirigeants et les divers procédés politiques utilisés sont ici tournés en dérision. L'art de gagner les foules n'est pas donné à tous !
    À partir de 1886, la question sociale parcourt l'écriture de Maupassant. Ainsi, entre autres textes, le présent ouvrage propose « Le Vagabond » et « la Misère humaine », deux textes dans lesquels la misère et la pauvreté occupent une place prépondérante, créant un contraste évident avec les textes majeurs de l'écrivain, tel Bel-Ami.

  • En 1848, à l'apogée de la révolution, George Sand lance un journal qu'elle appellera La Cause du Peuple. Engagée politiquement, la femme de Lettres participe à sa manière au combat républicain et à la défense de valeurs justes. La publication ne connaîtra qu'un maigre succès, seuls trois numéros verront le jour.
    Le présent ouvrage propose, sous la plume de Sand elle-même, l'éditorial du premier numéro ; un texte dans lequel la responsabilité du peuple en vue de l'établissement d'un nouvel ordre social est manifeste.
    Dans ce même ouvrage est présentée la correspondance entre George Sand et Armand Barbès, républicain, acteur majeur de la révolution de 1848. L'engagement de Sand prend tout son sens dans ces échanges à la fois politiques et sensibles. La correspondance durera plusieurs décennies, de 1848 à 1870, le temps d'une profonde et vive amitié

  • La Littérature et la Gymnastique est un court texte dans lequel Zola rappelle que la culture du corps participe à la Culture. La forme de ce texte est particulière.
    Loin des romans parfaitement maîtrisés, Zola oeuvre ici en critique littéraire, occupation qui était la sienne notamment de 1865 à 1868 quand il rédige Mes haines, causeries littéraires et artistiques.
    OEuvre particulière dans la mesure où il s'agit d'un recueil de critiques au titre assez singulier. Zola ne haïssait personne, c'est ainsi qu'il expliqua son titre :
    « Ce sont des batailles théoriques entre gens qui s'entendent au fond. » La Littérature et la gymnastique fut donc publié dans ce recueil.
    Il faut noter une certaine forme d'humour chez Zola quant à sa manière d'aborder un tel thème. Son désir de surprendre tous les parisiens cultivant leur corps dans différents espaces publics peut faire sourire, quand son appréciation de la Littérature de l'époque peut terrifier.

  • Manuscrit découvert en 1895, La question sociale est un texte encore méconnu de Jean Jaurès. Il expose l'état des inégalités en France et en Europe et soulève un certain nombre de questionnements, actuels aujourd'hui encore.
    Paru dans La Dépêche en 1890, Au clair de lune relate la rencontre et la conversation entre Jaurès et un jeune étudiant issu de Polytechnique.
    Le texte est écrit par jaurès lui-même, les faits sont relatés en prenant soin de mettre en évidence les thèses abordées lors de l'échange : le socialisme.
    Une certaine sagesse habite ce second texte, une forme de distance acceptée et revendiquée par l'auteur lui-même. Le discours politique se veut chargé d'une certaine tendresse, nourri par divers éléments liés à la nature même. Jaurès achève sa démonstration en faisant appel aux évidences de l'univers, aux différentes forces de la nature qui toutes convergent vers un seul et même principe profondément socialiste.

  • Ce livre rassemble des textes jamais publiés de Jean Jaurès. Grand amateur d'art, critique et esthète, défenseur d'un art beau, réaliste, idéal, un art pro- che du peuple et de la société, Jaurès a écrit un cer- tain nombre d'articles republiés ici. Ces articles ont pour but d'informer le peuple de l'actualité artistique, surtout littéraire, mais également théâtrale et pictu- rale. Jaurès affirme un goût très classique également influencé par l'art du XVIIIème et la pensée des Lu- mières. Lorsque Jaurès s'engage en politique dès les années 1885, c'est avec son bagage d'homme de let- tres. En tant qu'homme politique, c'est toujours cet art beau et générateur de belles pensées que Jaurès va défendre.
    En 1900, il prononce un discours sur l'art et le socia- lisme . Jaurès y expose ses idées posant les bases d'une pensées sur l'art social. L'art, gratuit, doit être présent partout et pour tous. C'est au socialiste de permettre l'émergence de cette société nouvelle, en paix avec elle-même, de laquelle jaillira un art entier et harmonieux.

  • « La Parabole montre que l'essence du politique n'est pas là où on le voit, dans l'Etat : il est dans la force invisible de ceux qui produisent les richesses économiques. Le pouvoir et l'appareil d'Etat ne sont qu'un corps dont l'âme et l'esprit sont dans la production.
    La technique de la disparition employée par Saint-Simon, sert de révélateur, au sens photographique, à ce qui est invisible. « Ces suppositions mettent en évidence le fait le plus important de la politique actuelle ; elles placent à un point de vue d'où l'on découvre ce fait dans toute son étendue et d'un seul coup d'oeil ;. Ces suppositions font voir que la société actuelle est véritablement le monde renversé ».

  • Les Souvenirs de Lafargue sont empreints d'une certaine déférence à l'égard du savant que fut Karl Heinrich Marx, une estime suggérant une profonde admiration. Bien qu'écrit en 1890, soit sept ans après la mort de Marx et vingt-cinq ans après leur première rencontre, le texte semble avoir été rédigé dans les premiers mois de leur relation, tant la fougue et l'enthousiasme sont présents d'un bout à l'autre des Souvenirs.
    Première biographie de Karl Marx, ce texte offre une approche intime de l'entourage du théoricien.
    Le présent ouvrage donne en effet une « photographie » parfaite de la famille Marx, le clan apparaît tel qu'il existât au moment de la rencontre des deux protagonistes.
    Davantage encore se dessine « la méthodologie » de Marx, cette manière singulière de travailler, d'édifier l'érudition. Le disciple Lafargue donne une place de choix à la méthode, à l'étude et à la large connaissance.
    Ce texte est sans nul doute l'approche la plus amicale du théoricien du Capitalisme.

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