Casa De Velazquez

  • Le terme « Berbère », qui désigne la population du Maghreb au moment de la conquête islamique, renvoie à l'idée du caractère autochtone de cette dernière. Cette altérité coexiste cependant dans les textes avec la revendication du caractère oriental des Berbères, à travers l'élaboration de généalogies fictives des tribus, qui présente le Maghreb comme orientalisé avant même la conquête. Mais cette construction s'est accompagnée, très vite, d'un discours des auteurs maghrébins qui revendiquait la place originale et éminente des Berbères face aux Orientaux dans le plan divin, par une inversion assumée des polarités de l'Islam et des hiérarchies des peuples musulmans. Les études réunies dans ce volume analysent cette tension permanente dans le discours, entre la revendication d'une origine orientale et celle d'un rôle éminent des populations musulmanes du Maghreb dans le destin de l'Islam.

  • Le temps et l'espace étaient les horizons de Bartolomé Bennassar : la profondeur historique de l'histoire espagnole, les grandes terres de l'Amérique latine. Comme tout pérégrinant, il écrivait ses voyages, mais avec une plume double : celle de l'écriture romanesque - l'un de ses romans a connu une adaptation au cinéma - et celle de l'historien. Il nous livre dans ce petit ouvrage la quintessence d'un itinéraire humain et intellectuel : de la découverte de la discipline qui sera la sienne, l'histoire, à sa carrière, scandée au rythme de la publication d'une oeuvre historiographique importante, de spécialiste attentif des évolutions du monde hispanique, sans oublier la passion de l'enseignement qui inlassablement l'emmène avec ses étudiants sur les routes des Andes.
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  • Avant le temps des ministres-favoris de l'époque baroque, les rois de l'Europe médiévale ont compté dans leur proximité sur l'assistance de personnages souvent vus comme leur préfiguration. Appelé « privauté » (privanza), ce phénomène a pour fondement le choix de l'amitié contre la parenté. Ainsi, pour se libérer de ses parents et de ses barons, qui entendent exercer une emprise sur sa royauté, le roi lance ses privados. Néanmoins, si ceux-ci oeuvrent donc à une expulsion, ils organisent dans le même temps une participation alternative et plus large au gouvernement du roi. Dans la Castille de la fin du Moyen Âge, ce phénomène se distingue par une continuité particulièrement propice pour interroger sons sens historique : réalisé sur le terrain idéologique à partir du milieu du XIIIe siècle et devenu stratégique à partir du début du XIVe siècle, le choix de la privauté est à la base d'un régime politique marqué par la distinction entre gouvernement et souveraineté. Cet essai envisage à nouveaux frais ce moment fondateur de l'expérience médiévale du pouvoir d'État.

  • L'histoire des "mozarabes" a suscité des débats acharnés, mais qui convergent vers l'image d'une communauté fossile, maintenue sous perfusion après le le siècle. Pourtant, la geste des martyrs de Cordoue ne constitue pas le chant du cygne, mais au contraire l'origine même du mozarabisme en péninsule Ibérique. La formation d'une culture arabo-chrétienne dans la seconde moitié du IXe siècle témoigne de l'avancée du processus d'islamisation, mais aussi de la profondeur de l'arabisation dans la société.
    Cet ouvrage s'interroge sur l'échec de ce mouvement d'acculturation, qui se mesure au rôle social et culturel marginal que joue le christianisme arabisé en al-Andalus à partir du XIe siècle. Parmi les facteurs d'explication avancés, des migrations continues disséminent dans les terres de marges du nord de la Péninsule des noyaux de populations chrétiennes arabisées, contribuant à faire de cette "situation mozarabe" un phénomène transfrontalier, prolongé à Tolède jusqu'au XIVe siècle.

  • Au sortir de la guerre civile catalane de 1462-1472, Barcelone, principale cité de Catalogne et grand port méditerranéen, entre dans une phase de reconstruction. Le roi Ferdinand le Catholique transforme les modalités d'entrée au gouvernement municipal, formalise l'accès à la noblesse et implante dans la ville une nouvelle Inquisition sous contrôle royal. Affecté également, le haut clergé cherche sa place, et les chanoines de la cathédrale en particulier tâchent d'assurer leur implantation au sein des pouvoirs urbains en recomposition. Au croisement de l'histoire canoniale et de l'histoire urbaine, cette étude montre comment, au-delà de leurs attributions religieuses, évêques et chanoines, pleinement intégrés à l'élite dirigeante de la ville, sont amenés à jouer un véritable rôle dans la vie publique d'une cité en pleine mutation.

  • Ce livre examine les fondements historiques et scripturaires de l'idéal de pureté partagé par les juifs et les chrétiens à la fin du Moyen Âge en péninsule Ibérique. Le croisement des sources théoriques et des documents de la pratique, des sources latines, hébraïques et vernaculaires met en évidence la façon dont ce thème majeur de la littérature biblique et talmudique s'est perpétué à travers les siècles et a eu des incidences nombreuses sur la vie quotidienne des hommes au XVe s.
    La réflexion débouche sur des questions centrales pour l'histoire de la minorité juive en péninsule Ibérique : le passage de l'antijudaïsme à l'antisémitisme, l'apparition du concept de race, la prépondérance du sang dans l'assignation à une identité, le poids de l'accusation de crime rituel, l'incrimination des non chrétiens dans une société Ibérique de plus en plus exclusive, la discrimination et la ségrégation pour s'en protéger jusqu'à l'expulsion.

  • À l'apogée du califat de Cordoue au milieu du Xe siècle, plusieurs établissements ruraux ont été fondés dans la vallée de l'Èbre pour accueillir et regrouper des communautés rurales dans le but de mettre en exploitation des terres à vocation céréalière, dont une partie des productions approvisionnait les centres urbains régionaux tels que Huesca. L'une de ces habitats, associé à une mosquée, était Las Sillas à Marcén, un site archéologique qui a fait l'objet d'une série de campagnes de fouilles minutieuses. Celles-ci ont permis de dresser un nouveau panorama du monde rural d'al-Andalus au cours des Xe et XIe siècles.

  • Propiciadas por et desarrollo de la imprenta, las continuaciones litera rias conocen en la Esparia de la Edad Clâsica un verdadero auge que afecta a todos los âmbitos de la ficciàn. Sin embargo, este fenômeno no es totalmente nuevo puesto que durante la Edad Media cualquier elaboracion literaria se centraba en la reutilizaciàn y continuaciôn de textos ajenos. Sin hacer caso omiso de esta herencia medieval, este libro trata de especificar la nociôn de continuacion para la época moderna considerandola como una modahdad peculiar del préstamo.
    Situandose por encima de las fronteras genéricas, ofrece un estudio de conjunto de esta prâctica proponiendo una arqueologia de la misma y tomando en cuenta la dimension creativa que conllevan las obras correspondientes.
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  • Dépassant l'approche limitée à une simple étude de l'imaginaire mythique et merveilleux du détroit de Gibraltar, lieu des confins du « monde habité », ce livre explore de nouvelles sources et croise les regards qui se sont posés sur cet espace : regards des mythes, revisités par les textes médiévaux arabes et latins ; regards de savants, voyageurs et marins ; regards aussi des pouvoirs qui ont tour à tour contrôlé, ou tenté de le faire, ce seuil essentiel entre Méditerranée et Atlantique, entre Europe et Afrique, entre monde chrétien et monde musulman. Il est proposé ici une étude diachronique de l'image que renvoie le détroit de Gibraltar depuis la présence romaine jusqu'à la fin de la Reconquista.

  • La transition vers la démocratie occupe une place de choix dans l'imaginaire espagnol. Miroir positif de la tragédie représentée par la Guerre civile de 1936-1939, vantée à l'extérieur comme un modèle à suivre, cette transition est devenue en Espagne un mythe fondateur. Réputée pacifique, elle n'aurait pas, ou peu, fait couler le sang. Ce livre souligne pourtant le contraire. À partir de données inédites, il conclut à l'existence d'un cycle de violences qui, loin d'être à mettre sur le seul compte de l'ETA, est imputable à des protestataires de tous bords ainsi qu'aux agents de l'État parfois enclins à la bavure. Cet ouvrage se penche sur les motivations et les pratiques des acteurs ainsi que sur la réforme du système répressif franquiste, entachée par le recours à la torture ou à la « guerre sale » contre un terrorisme croissant. Il décrypte en outre le poids des imaginaires dans une Espagne traumatisée par un passé douloureux que réactive la violence du présent. Ainsi, en replaçant la violence et sa mémoire au coeur de l'analyse, il contribue à renouveler l'interprétation de cette période clef de l'Espagne contemporaine.

  • L'histoire impériale de l'Espagne a commencé bien avant le règne de Charles Quint.
    Elle trouve ses origines dans le petit royaume astur-léonais du X e au XI e siècle, dont quelques rois furent désignés imperatores. Elle connaît son développement le plus étonnant au cours de la période qui va du règne d'Alphonse VI de Castille-León (1065-1109) à celui de son petit-fils Alphonse VII (1126-1157). Ces deux souverains n'hésitèrent pas à s'autoproclamer « empereurs des Espagnes » et à revendiquer une souveraineté qui, dans cette période de Reconquête, s'étendait idéalement sur toute la péninsule Ibérique.
    Ce livre retrace l'histoire de ce phénomène singulier que l'historiographie espagnole du milieu du XX e siècle avait érigé en mythe identitaire hispanique. Par un regard dépassionné sur les sources, il s'attache à dégager les procédés de légitimation monarchique dont témoigne l'usage du concept d'empire dans le León médiéval.

  • Les réformes bourboniennes du règne de Charles III dans des domaines essentiels (fiscalité, administration, commerce, relations inter-ethniques) ont amené des modifications profondes, bouleversé de vieux équilibres séculaires et suscité partout dans l'Empire espagnol de très vives réactions dans les divers secteurs sociaux. À partir des relations entre l'exercice du pouvoir et la société, ce livre brosse un panorama d'ensemble de l'histoire des Indes d'Espagne au tournant des XVII e et XVIII e siècles, une période qui n'avait guère suscité de recherches et, pourtant, un moment charnière entre l'essoufflement d'un modèle colonial et l'imposition d'un autre plus moderne et fondé sur d'autres valeurs politiques. Il présente aussi un état des lieux de la recherche avec des synthèses bibliographiques et historiographiques.

  • Connecté à la fois à l'Orient, l'Afrique subsaharienne et la Méditerranée, le Maghreb islamique s'insère entre le VII e et le XV e siècle dans des réseaux complexes qui donnent à ses ports un rôle croissant dans les échanges commerciaux, mais aussi plus largement dans la structuration de l'espace. L'analyse des sources arabes et latines permet ainsi de montrer l'évolution des réseaux à différentes échelles, d'abord dans un espace centré sur les pays d'Islam, puis à partir du XIe siècle dans une économie-monde élargie à l'Europe latine. Le pouvoir politique, comme les acteurs économiques, développent alors des stratégies s'adaptant à l'évolution des réseaux à l'échelle mondiale, qui font des ports des pôles et des centres de gravité essentiels de l'espace maghrébin, sur le plan tant politique qu'économique.

  • Entre 1569 et 1589, l'Espagnol Alonso de Ercilla et le Portugais Jerónimo Corte-Real composèrent une série d'épopées, liées aux Lusiades de Luís de Camões (1572), au fil desquelles émerge un modèle partagé de narration épique dans une étroite relation intertextuelle. D'une part, la comparaison de ces poèmes avec les chroniques révèle une mimésis formelle destinée à autoriser ces récits en vers en adoptant de certains traits de l'histoire en prose. Ainsi, les deux poètes opèrent un rapprochement entre récit d'histoire et récit héroïque qui construit un même regard critique sur les profonds changements qui accompagnent l'expansion territoriale espagnole et portugaise et la réunion des deux couronnes en 1580. D'autre part, en reflétant les mêmes motifs et en se répondant d'un texte à l'autre, Ercilla et Corte- Real forgent sur deux décennies un patron narratif ibérique qui rompt avec le modèle du Roland furieux avant que celui du Tasse ne s'impose dans la péninsule.

  • Le problème du salut personnel et collectif, crucial pour tous les chrétiens, entraîne l'émergence d'individus et de groupes sociaux réputés particulièrement aptes à faire leur propre salut et à oeuvrer pour celui des autres. Partant de cette donnée fondamentale, le présent ouvrage examine la tension entre les ambitions spirituelles et les contraintes individuelles, communautaires et institutionnelles des moines, des chanoines réguliers et des frères mendiants, dans le cadre du Moyen Âge hispanique. Trois modalités d'accès au salut sont mises en évidence : la conversion, c'est-à-dire le choix d'entrer en religion et la continuelle transformation individuelle qu'il suppose ; la médiation, fondée sur la prière et sur la liturgie ; le soin des âmes enfin, lié à l'engagement pastoral.

  • La décoration intérieure au XVIIIe siècle n'a guère laissé de traces matérielles et l'étude de ses sources est également rare. À ce titre, le projet décoratif des appartements de la duchesse d'Albe élaboré par le marchand de soies et décorateur François Grognard pour le palais de Buenavista à Madrid (1792) représente un témoignage précieux et original, écrit sous la forme d'un voyage pittoresque et de lettres à caractère poétique. Ce récit est accompagné de la transcription annotée de sa correspondance manuscrite, de trois études sur Grognard, le palais de Buenavista et l'activité des décorateurs madrilènes à l'époque moderne,.et d'un glossaire historique de termes textiles.

  • Est-il possible de parler de sécularisation en Espagne avant que cette notion n'ait une existence juridique et constitutionnelle effective ? Durant la période traitée par l'ouvrage, 1700-1845, le principe de sécularisation du politique fait l'objet de multiples blocages, et l'idée même de sécularisation est débattue. Cependant, un processus de sécularisation sociale et culturelle semble être à l'oeuvre en parallèle : l'influence sécularisatrice des idées des Lumières entraîne des changements sociaux et de nouvelles pratiques culturelles, scientifiques et artistiques, même au sein de l'Église.

  • Le 4 août 1897, des ouvriers agricoles découvrent par hasard à La Alcudia, site de l'antique Ilici (Elche, au sud de la province d'Alicante), une sculpture ibérique datant du Ve-IVe siècle av. J.-C. et connue sous le nom de Dame d'Elche. Sa singularité et « l'étrangeté troublante de sa beauté » (Pierre Paris) conduisent les archéologues et les historiens de l'art à y voir le chef-d'oeuvre de l'art ibérique. Source d'inspiration pour les artistes, la Dame devient aussi, sous la plume des idéologues régionalistes et nationalistes espagnols, une icône identitaire. Cet ouvrage, écrit conjointement par un archéologue et une anthropologue, présente ces différents regards et les réactions esthétiques et affectives qui les accompagnent, tout en s'arrêtant sur les usages sociaux et politiques de la statue.

  • L'histoire de l'intendance hispano-américaine ne peut se faire sans l'histoire des hommes qui la gouvernent. Au-delà des données biographiques classiques, cet ouvrage se penche sur leur environnement familial, social et professionnel. Son originalité réside dans la composition du groupe étudié. Il recense l'ensemble des intendants de la vice-royauté de la Nouvelle-Espagne entre 1764 et 1821 quel que soit leur mode de nomination, qu'ils soient entrés ou non en charge. Il est le seul à étudier les intendants de cette aire géographique dans toute son intégralité territoriale (Nouvelle-Espagne, Guatemala, Louisiane, Cuba, Porto Rico, Philippines).

  • À la fin de l'Antiquité et durant le Moyen Age, peut-on considérer la lettre comme une arme de guerre ? Depuis plusieurs années, différents programmes européens de recherche explorent les ressources de l'art épistolaire, qui sert tout autant à maintenir le lien entre des amis éloignés qu'à alimenter la haine ou la controverse entre des protagonistes qui ne peuvent, ou ne veulent, se rencontrer. Le présent volume propose de réfléchir sur un temps long aux modalités épistolaires des conflits, à leur mise en forme et en mots, ainsi qu'à leur gestion mémorielle, afin d'éclairer les continuités et ruptures sur la période choisie, du IVe au XVe siècle, en combinant les approches historique et littéraire et en articulant l'étude du contenu et à celle du contenant.

  • Au Moyen Âge et dans les temps modernes, les familles aristocratiques, nobles, mais aussi marchandes et paysannes, conservent et transmettent les documents importants pour défendre leurs droits, bien gérer, construire leur domination et leur mémoire. Centré sur la péninsule Ibérique, mais ouvert à des comparaisons dans l'Occident chrétien, ce livre étudie le phénomène de l'archivage en touchant l'histoire, les droits et la mémoire des familles, la genèse de ces archives familiales, leur histoire au fil des générations, leur statut et leur rôle : trésor, arsenal, mémorial.

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