Pu De Lyon

  • Le noir, société et symbolique, 1815-1995 : mémoire de recherche d'un apprenti historien Nouv.

    Samuel Paty, professeur d'histoire-géographie assassiné le 16 octobre 2020 pour avoir proposé à ses élèves d'étudier des caricatures du prophète Mahomet, fut étudiant à l'université Lumière Lyon 2 et à l'université Jean Moulin Lyon 3. En 1995, dans le cadre de sa maîtrise, il soutenait un mémoire de recherche consacré à l'usage et à la symbolique de la couleur noire dans la société française de 1815 à 1995, s'appuyant principalement sur des sources littéraires et picturales.
    À l'initiative de Christophe Capuano, les Presses universitaires de Lyon ont décidé de publier ce texte afin de faire entendre la voix d'un apprenti historien doté d'une forte culture littéraire, d'une réflexion à la fois fine et audacieuse, enfin d'une grande sensibilité aux images. Ce texte présente également l'intérêt d'apporter un témoignage sur la manière dont l'université formait les futurs historiens et enseignants en histoire il y a 25 ans.

  • Depuis une trentaine d'années, les revendications identitaires et religieuses liées à l'islam frappent aux portes de l'école. Comment en est-on arrivé là ? Comment est-on passé d'une mobilisation civique à l'époque des Marches pour l'égalité et contre le racisme (1983-1984) à une mise en visibilité de l'islam (à partir des années 1990), telle que l'école est perçue aujourd'hui par certains comme assiégée ? Cet ouvrage tente de comprendre les raisons et les enjeux de cette évolution en croisant enquêtes théorique et empirique.
    Sur le plan théorique, il s'appuie sur le concept de reconnaissance tel que défini par la philosophie sociale du chercheur allemand Axel Honneth : une dynamique qui vise l'émancipation individuelle au sein d'une communauté de réciprocité.
    Sur le plan empirique, l'enquête se fonde sur des entretiens réalisés dans une ville de la banlieue lyonnaise, Vénissieux. Sont interrogées sur leur rapport à l'école des familles françaises de culture musulmane issues de l'immigration algérienne, ainsi que des enseignants et des chefs d'établissement qui décrivent comment eux perçoivent ces familles et leurs enfants. Ici, pour une fois, la parole est donnée aux premiers concernés.
    Ce croisement fructueux entre approche théorique et enquête de terrain met en lumière les « ratés » de l'intégration touchant les générations issues de l'immigration musulmane et les interrogations qu'ils suscitent sur les concepts d'identité, d'universalité, de laïcité au sein de ces populations. Au terme de l'ouvrage, il apparaît que la compréhension de ces questionnements est une exigence politique qui engage l'avenir.

  • Thomas Müntzer (1490-1525) : christianisme et révolution ; écrits théologiques et politiques Nouv.

    Né vers 1490 dans ce qui n'était pas encore l'Allemagne, Thomas Müntzer émerge de la masse des partisans de Luther au printemps 1520, quand il est nommé prédicateur à Zwickau. En conflit avec la municipalité, il quitte la ville un an plus tard. Durant les cinq années qui suivent, la situation se reproduit : ses prédications comme ses textes, articulant théologie et politique, prônent l'usage de l'allemand dans les lieux de culte tout en s'insurgeant contre l'ordre établi, ce qui n'est pas du goût des puissants. Müntzer parcourt l'Allemagne du Sud-Ouest au moment où s'y développent les premiers signes de ce que l'on nommera plus tard la « guerre des Paysans », soulèvement de nature à la fois religieuse et sociale. Rentré en Thuringe en février 1525, il devient l'un des chefs de la rébellion dans cette région. Fait prisonnier le 15 mai 1525 à la bataille de Frankenhausen, qui marque la fin des révoltes paysannes, il subit la question et sera exécuté une quinzaine de jours plus tard.
    Son oeuvre, aussi brève et dense que sa vie, vise la fin de l'oppression culturelle entretenue par les clercs, la fin de l'oppression politique instituée par les princes, la fin de l'exploitation économique dont profitent les seigneurs. Cette oeuvre, quantitativement fort réduite par rapport à celle d'un Luther, est immense si l'on songe à son retentissement au xvie siècle et au cours des siècles suivants. Les sept textes fondateurs et les cinquante lettres rassemblés dans ce volume en démontrent l'actualité.

  • Dans le tourbillon des années 1935 à 1955, Henri Calet compose une somme impressionnante de textes : chroniques, romans, nouvelles, critiques littéraires ou artistiques, pièces radiophoniques, scénarios, reportages... Il trace ainsi son sillon d'écrivain à la fois faussement léger et légèrement désespéré, adepte de l'utilisation du « je » et de « l'humour gris ».
    À travers des entretiens accordés aux radios et journaux entre 1935 et 1955 et réunis ici pour la première fois, c'est un Calet méconnu que nous révèle l'impressionnant travail de Michel P. Schmitt, non le Calet des livres, mais celui du métier. Nous voici plongés dans l'ombre de son oeuvre et de ses doutes. L'ouvrage, conçu de manière chronologique, entremêle finement les textes rassemblés par Michel P. Schmitt, la biographie de Calet, le contexte historique et littéraire de l'époque. Ce travail est introduit par un magnifique texte de l'écrivain Joseph Ponthus et complété par un inventaire exhaustif des oeuvres, des articles et des entretiens donnés par Calet.

  • En 2008, une enquête sociologique révélait qu'en France, un tiers des hommes et un quart des femmes avaient déjà trompé leur conjoint.e.
    Les amours clandestines constituent ainsi le quotidien de millions de personnes.
    Dans une enquête initiale (Amours clandestines. Sociologie de l'extraconjugalité durable, 2016), Marie-Carmen Garcia recueillait la parole de ces hommes et de ces femmes adultères et faisait de l'infidélité conjugale un objet sociologique.
    Dans cette « nouvelle enquête », elle se penche sur des thèmes renouvelés comme la naissance d'un enfant, la famille, l'argent... et adopte une approche délibérément féministe pour comprendre les formes de domination en action dans les couples illégitimes.

  • Que signifie « échouer » ou « réussir » à l'école primaire ? Comment comprendre les difficultés éprouvées par des élèves d'origine populaire en lecture-écriture, grammaire, conjugaison, orthographe, vocabulaire, expression orale et expression écrite ? Comment se construisent, jour après jour, les processus de production des inégalités scolaires dans les salles de classe ? Ce livre tente de répondre à ces questions, en procédant à l'étude détaillée des pratiques et des productions scolaires d'élèves du CP au CM2 en français. Soulignant le rôle central du rapport au langage dans la production des différences scolaires, l'auteur fonde son analyse sur une sociologie de l'éducation informée des travaux anthropologiques et historiques concernant la spécificité des cultures écrites. Il entend ainsi rendre raison de l'« échec scolaire » du double point de vue d'une anthropologie de la connaissance et d'une anthropologie du pouvoir. Cet ouvrage est issu de l'enquête menée par Bernard Lahire pour sa thèse de doctorat, soutenue en 1990. Trente ans plus tard, les réflexions et analyses qu'il propose n'ont rien perdu de leur actualité. Dans une préface écrite à l'occasion de cette réédition, il souligne le poids de sa propre trajectoire sociale - son statut de transfuge de classe issu d'un milieu populaire - sur le choix de son objet d'étude.

  • Forfaiture de Cecil B. Demille Nouv.

    La sortie de The Cheat de Cecil B. DeMille en France en 1916 sous le titre Forfaiture marque une rupture dans l'histoire du cinéma. Laurent Véray fait le récit de ce moment en considérant le film dans sa globalité, de sa réalisation à sa réception critique, tout en menant l'enquête sur le contexte de sa diffusion en pleine guerre mondiale.
    Ce drame mondain met en scène un collectionneur japonais (interprété par Sessue Hayakawa) très attiré par une jeune femme frivole et dépensière (Fanny Ward). Celle-ci dilapide en bourse une forte somme d'argent et emprunte le montant perdu à son richissime ami, qui espère ainsi gagner ses faveurs. Mais la jeune femme se refuse à lui et le dandy outragé se venge en imprimant son cachet brûlant sur l'épaule de l'héroïne en une scène devenue mythique.
    En France, l'engouement du public et l'accueil de la critique sont exceptionnels.
    Colette et Louis Delluc, entre autres, voient dans ce film la promesse d'un nouvel art de l'image. L'oeuvre possède en effet de nombreux atouts, de la rupture esthétique qu'elle marque (usage du clair-obscur ou du contre-jour, gros plans sur les visages) au jeu exceptionnel de Sessue Hayakawa, en passant par la campagne publicitaire inédite lancée à sa sortie.
    Enfin, Laurent Véray situe l'oeuvre de Cecil B. DeMille dans l'histoire de la cinéphilie française, à travers l'analyse de ses multiples ressorties, le repérage de ses adaptations au théâtre, en littérature, à l'opéra et l'analyse du remake réalisé, sous le même titre, par Marcel L'Herbier en 1937.

  • L'anthropologie a mis au jour que tous les êtres humains n'ont pas la même compréhension du monde ni de ce que signifie être au monde ; parmi ces ontologies, aucune ne surclasse les autres. Existe-t-il alors un point de vue neutre à partir duquel les étudier et les comparer ? Dans ces manières d'être et de «composer des mondes», quelle est la part du processus ? Quelle est la part de l'inscription de l'homme dans l'enchevêtrement des existences et celle de l'observateur dans son objet ? Telles étaient les questions posées dans le cadre du festival «Mode d'emploi» organisé par la Villa Gillet en novembre 2013, lors du débat de Philippe Descola et Tim Ingold, animé par Michel Lussault.
    /> Le livre conçu aujourd'hui à partir de ce débat propose une ouverture par Michel Lussault, un dialogue réagencé et révisé où alternent les voix de Philippe Descola et de Tim Ingold, enfin un post-scriptum de la main de chacun des deux intervenants.

  • Le 21 novembre 1912, la Nouvelle Revue française (NRF) décide de ne pas publier Du côté de chez Swann, alors intitulé Le Temps perdu, de Marcel Proust. Ils sont six à diriger la revue, mais c'est André Gide qui portera la responsabilité de cette décision, une « impardonnable erreur » qu'il regrettera jusqu'à la fin de sa vie. Dès lors, Gide apparaîtra comme l'ennemi de Proust, et avec lui d'une certaine littérature.
    En s'appuyant sur la correspondance échangée par les deux hommes, Pierre Masson, l'un des plus grands spécialistes d'André Gide, apporte un nouvel éclairage à cet épisode célèbre de l'histoire littéraire et démontre que leur dialogue fut riche, bien que compliqué. Car si Gide et Proust vouaient tous deux un culte à l'art, ils ne concevaient pas la littérature de la même manière, le premier la voyant comme une mission, le second comme une manière de donner forme à sa vie. Car si l'un et l'autre vivaient leur homosexualité de manière cachée, ils n'envisageaient pas de la dévoiler au même rythme et Proust, d'une certaine façon, semblait incarner tout ce que Gide souhaitait refouler.
    C'est donc à une conversation (parfois heurtée) entre deux figures capitales de la littérature du xxe siècle que Pierre Masson nous invite à participer, où l'on croisera également Fiodor Dostoïeski, Oscar Wilde ou Gabriele d'Annunzio, le tout dans un style d'une limpidité et d'une élégance rares.

  • Provocatrice, irrévérencieuse, Christine Angot est devenue, notamment depuis la publication de L'Inceste en 1999, une écrivaine incontournable. Retraçant livre après livre les expériences souvent douloureuses de son double de papier, elle place son écriture sous le signe de la transgression, irritant du même fait une bonne partie de la critique française.
    Francesca Forcolin nous donne à lire dans cet ouvrage la première monographie d'envergure consacrée à celle que l'on a souvent nommée « la reine de l'autofiction ». Très novatrice dans son approche, son analyse s'appuie sur l'exploration de différents mythes : oedipe, Ulysse ou Antigone sont convoqués pour éclairer le parcours de l'écrivaine. L'étude est complétée par un entretien avec Christine Angot, qui permet d'approfondir le rapport de l'auteure à son oeuvre.

  • La correspondance entre André Gide et l'orientaliste pétersbourgeois d'origine estonienne Fédor Rosenberg (1867-1934) est l'une des très rares correspondances gidiennes majeures encore inédites. Riche de 338 lettres, elle s'échelonne de 1896 (Gide et Rosenberg se rencontrent à Florence pendant le voyage de noces du premier) à 1934 (date du décès de Rosenberg).
    Ces lettres permettent d'apporter une lumière nouvelle sur plusieurs aspects fondamentaux de la pensée, de l'oeuvre et de la vie de Gide : son rapport à l'homosexualité ; sa passion pour Dostoïevski ; ses jugements sur les écrivains russes ; son goût pour les littératures dites « orientales » ;
    Sa vision de la traduction ; l'image qu'il se fait du communisme et de l'URSS ; ou encore son amour pour la musique.

  • Conçu avec le concours de chercheurs issus de divers domaines - études littéraires, linguistique, histoire de l'art -, cet ouvrage aborde de manière sensible le passé comme le présent de nos villes.
    D'abord sont étudiés les replis de l'Histoire : les profondeurs de la shakespearienne Londres des xvie et xviie siècles, la mouvante urbanisation du Brésil au début du xxe siècle, les villes imaginées par les écrivains germanophones Wolfgang Hilbig et Georg Klein.
    C'est une cartographie de la rencontre qui est ensuite proposée : la place Bellecour, à Lyon, au xixe siècle, a deux visages, l'un diurne, l'autre nocturne, qui ne favorisent pas les mêmes croisements ; Vienne est revisitée dans l'« Anti-Heimatroman » (roman antipatriotique) de Doron Rabinovici ; le Berlin de la République de Weimar, notamment celui de Döblin dans Berlin Alexanderplatz, nous dévoile une frénésie qui ne présage rien de bon.
    Enfin, l'entrelacs des voix et des regards nous donne à voir des villes disparues ou en passe de l'être :
    Mexico-Tenochtitlán décrite par les voyageurs au cours de son histoire, le Paris d'Aragon, le centre historique de Pékin, dont la peinture contemporaine enregistre l'effacement et, pour achever le voyage là où nous l'avions entamé, le Londres de Graham Swift.
    Laissons-nous emporter dans ce fascinant parcours au coeur des entrelacs urbains tels que décrits et pensés par la littérature et la peinture.

  • Recrutés massivement depuis les années 1960 dans les usines Citroën et Talbot, les travailleurs immigrés, ces « OS à vie », y sont fortement encadrés par des syndicats à la solde des directions et par des organismes émanant de leurs pays d'origine. Or, au printemps 1982, alors que la gauche est au pouvoir depuis peu, ces ouvriers jusqu'alors discrets se mobilisent et s'emparent des répertoires d'action et des mots d'ordre des luttes ouvrières. Face aux conditions de travail déplorables, aux bas salaires, aux menaces de licenciements collectifs, au racisme latent, aux transformations du travail et aux politiques d'immigration, ils réclament ce qui leur est dû : le respect, la liberté, la dignité.
    Au croisement de l'histoire et de la sociologie, Vincent Gay analyse minutieusement les relations sociales à l'intérieur et à l'extérieur des usines, la place de la politique dans les débats, les pratiques des ouvriers immigrés, leur appropriation du syndicalisme et de la grève. Dans un contexte de crise et de restructurations industrielles, c'est un moment charnière de la contestation sociale, ouvrière et immigrée qui resurgit.

  • Le temple national : prêtres et pasteurs au Parlement français depuis 1789 Nouv.

    À rebours d'une histoire nationale souvent résumée en un affrontement irréconciliable entre politique et religion, la présence d'ecclésiastiques, catholiques et protestants, au Parlement français depuis 1789 a été un fait minoritaire peut-être, mais constant.
    Cette présence s'explique par la place des Églises dans la société globale, mais aussi par les sociabilités provinciales qui servent de cadre aux circonscriptions électorales. Elle illustre aussi la volonté de représenter les idéaux et les intérêts propres aux différentes confessions et sensibilités religieuses qui traversent l'opinion publique.
    C'est à la contribution des Églises dans l'apprentissage de la démocratie parlementaire qu'invite donc à réfléchir ce livre original, écrit par les meilleurs spécialistes d'histoire religieuse et politique de la France contemporaine.

  • Cet ouvrage, doté d'une introduction permettant à chacun, selon son degré de connaissance du sujet, de s'approprier les clés de lecture nécessaires, fournit un nouvel éclairage sur la dynamique de la correspondance gidienne, portant ici sur une thématique hautement politique. C'est Roger Martin du Gard qui provoque la rencontre entre André Gide et le diplomate suisse Marcel de Coppet en 1920. Ce dernier est engagé dans l'administration coloniale (Madagascar, Sénégal, Guinée, Tchad, Congo, etc.). Leur correspondance débute le 25 novembre 1924, d'abord littéraire et intime puis de plus en plus politique.
    En 1925, Gide part pour une année de voyage en Afrique subsaharienne. En pleine période de crise coloniale, Marcel de Coppet, personnalité attachante, fut la cheville ouvrière du voyage de Gide au Congo et au Tchad et de ses engagements politiques et éthiques. Scandalisé par ce qu'il découvre de la colonisation française (massacres, recrutement forcé, drame du chemin de fer Brazzaville-Océan), Gide décide de dénoncer ces agissements : Voyage au Congo est publié en volume en juin 1927, après une parution dans La NRF à la fin de 1926 ; Retour du Tchad suivra bientôt. En annexe de cet ouvrage, on trouvera un « Rapport sur les aspirations des indigènes » signé par André Gide, un inédit du plus grand intérêt pour les historiens du fait colonial ou les spécialistes de la diplomatie culturelle dans l'entre-deux-guerres.

  • Ce catalogue accompagne l'exposition éponyme qui aura lieu au Musée des moulages de l'Université Lumière Lyon 2 du 17 septembre 2021 au 27 mars 2022.
    Cette exposition célèbre la Révolution grecque de 1821, conflit durant lequel les Grecs, soutenus par la Russie, le Royaume-Uni et la France, obtinrent leur indépendance de l'Empire ottoman. Dès lors, les archéologues purent lancer des fouilles, dont les résultats furent diffusés dans toute l'Europe. Cet événement nourrit la tradition philhellénique lyonnaise et se concrétisa par la création d'un musée des moulages en 1899, mettant à l'honneur l'histoire de l'art grec antique.
    L'exposition évoque d'abord les découvertes faites sur le sol grec avant 1821 à travers trois moulages d'oeuvres célèbres, l'Apollon de Choiseul Gouffier, la Korè de Lyon et la Vénus de Milo. Est alors abordée la redécouverte d'Athènes, notamment à partir du plan-relief de l'Acropole et des moulages des fameuses Caryatides. Viennent ensuite les merveilles exhumées à Delphes, telles que le sphynx des Naxiens, la frise du trésor de Siphnos ou le célèbre aurige. Sont enfin mises à l'honneur les figures de l'archéologue Salomon Reinach, dont les statuettes originales de Tanagra, récemment retrouvées dans un coffre-fort, seront présentées dans l'exposition, ou le photographe Fred Boissonnas, dont les images sur plaques de verre documentent plusieurs campagnes de fouilles.
    Ce sont ainsi plus de 170 oeuvres originales, moulages, photographies et documents qui sont ici rassemblés et présentés.

  • L'autobiographie religieuse a été pratiquée partout et dans toutes les confessions. Mais c'est en Occident qu'elle a pris un essor fulgurant à partir de 1600. Églises, sectes, congrégations ont massivement publié des récits de conversion ou de persécution, des témoignages d'ascèse, d'extase, d'apparitions... Si le genre n'a cessé de décliner depuis le XVIIIe siècle, son ambition réflexive s'est diffusée dans le roman, la poésie et les écritures du moi.
    Adoptant une démarche géographique résolument originale, Philippe Gasparini se penche dans cet ouvrage sur une zone méconnue de l'espace autobiographique et passe en revue plus de deux cents auteurs, des plus célèbres (Jean-Jacques Rousseau, Thérèse de Lisieux) aux plus oubliés, appartenant aux différentes confessions chrétiennes, orthodoxie comprise, mais également au judaïsme, à l'islam et aux religions orientales. À travers ce tour d'horizon, des itinéraires et des tempéraments se dessinent. Des hommes s'interrogent, des femmes s'affirment. Et un nouveau champ des écritures du moi, jusqu'ici négligé par les universitaires, prend forme.

  • Invisibles, niées ou condamnées, les amours clandestines durables n'en sont pas moins bien présentes dans la vie sociale. Elles sont le quotidien de nombreux hommes et femmes en couple hétérosexuel ; elles occupent des esprits, des coeurs, des agendas et des hôtels. Ce livre invite à explorer ces « jardins secrets » à partir de l'analyse d'une trentaine de récits de vie et d'un corpus de témoignages recueillis sur Internet, traités sous l'angle de la sociologie du genre et des socialisations.
    L'auteure montre que l'extraconjugalité durable se caractérise par la transgression de deux normes fondamentales du couple contemporain :
    La norme de véracité et l'égalité des sexes. Elle propose enfin des clefs pour la compréhension de ces liaisons, à la fois fascinantes et dérangeantes, et plus largement de l'amour et de la sexualité des couples hétérosexuels.

  • Omniprésent dans les médias et le champ politique, mais aussi dans le langage ordinaire, le terme "bobo" n'est pas neutre. Son usage et ses variantes ("boboïsation", "boboïsé") tendent à simplifier, et donc aussi à masquer, l'hétérogénéité des populations et la complexité des processus affectant les espaces urbains qu'ils prétendent décrire. En réduisant les " bobos " à des caricatures, on juge des caractères, des intentions et des volontés, en oubliant que les représentations et les pratiques des individus et des groupes sociaux prennent place dans des trajectoires singulières et un monde hiérarchisé.
    Ainsi, scientifiquement parlant, "les bobos n'existent pas", et les notions de "boboïsation" ou de "boboïsé" ne conviennent pas pour saisir et caractériser la diversité des logiques et des mécanismes, voire, parfois, les contradictions à l'oeuvre dans les phénomènes de "gentrification", marqués par le " retour en ville " des catégories moyennes et supérieures, l'effacement des plus pauvres et le renouvellement des activités et des paysages urbains.
    C'est ce que montre cet ouvrage, qui propose un regard historique et sociologique sur le mot "bobo" et ses usages, dans les univers médiatiques, politiques et culturels, comme dans les discours des populations impliquées.

  • Dans cet ouvrage, Jean-Pierre Esquenazi s'empare d'un classique du cinéma mondial, Le Dictateur de Charlie Chaplin, dont la préparation débute en 1938 et qui est présenté au public pour la première fois le 15 octobre 1940. Mais c'est sous un angle particulier, celui du film politique, qu'il en analyse le contenu. Car cette oeuvre, dénonçant une situation au moment même où elle se déroule, appelant à la lutte contre l'inhumanité de ses instigateurs, est unique dans l'histoire du cinéma. Et cette volonté se traduit dans la manière de filmer de Chaplin. Car, alors que Le Dictateur s'ouvre comme une suite de Charlot soldat (1918) et de son esthétique, un monde sépare les deux films, qui résulte sans doute de la volonté chaplinienne de rendre compte de la dépression des années 1930 et de l'arrivée au pouvoir du fascisme et du nazisme. C'est donc à la question « Comment fait-on un film politique, notamment dans un contexte brûlant ? » que répond cet ouvrage passionnant, doté d'une magnifique iconographie directement issue des archives Chaplin.

  • Que faire des enfants de l'immigration coloniale et postcoloniale ? L'école doit-elle adapter ses programmes à leur présence ? La question de l'articulation entre l'universalisme républicain et la pluralité culturelle a toujours travaillé l'institution scolaire, mais elle s'est reconfigurée ces quarante dernières années pour répondre aux débats sur l'immigration et la mémoire coloniale. Que faire des héritages d'une histoire douloureuse pour les uns, glorieuse pour les autres, méconnue de beaucoup ? A partir des archives de l'Education nationale, mais aussi des textes officiels et des manuels scolaires, Laurence De Cock retrace les débats qui ont agité l'enseignement de l'histoire de la colonisation depuis les années 1980.
    En analysant la confection des programmes d'histoire, elle interroge l'influence des débats publics sur leur écriture et montre combien le passé colonial, progressivement saisi par le politique, bouscule en profondeur la fabrique scolaire de l'histoire. Pour un enseignement qui a toujours eu comme finalité de contribuer à l'intégration sociale, les nouvelles demandes de reconnaissance des enfants et petits-enfants d'immigrés sont un facteur de reconfiguration de la discipline historique et des finalités de l'école républicaine.

  • A quelles conditions la philosophie politique et la sociologie permettent-elles d'ouvrir aujourd'hui de nouveaux espaces de liberté ? Comment, dans un monde globalisé, rendre aux individus leur autonomie et garantir davantage de justice sociale ? Comment réarticuler critique de la domination et philosophie de l'émancipation pour leur redonner une efficacité ? Telles étaient les questions posées dans le cadre du festival «Mode d'emploi», organisé par la Villa Gillet en novembre 2012, lors du débat de Luc Boltanski et Nancy Fraser, animé par Philippe Corcuff.
    Le livre conçu aujourd'hui à partir de ce débat propose une ouverture par Philippe Corcuff, un dialogue réagencé et révisé où alternent les voix de Luc Boltanski et de Nancy Fraser, enfin un post-scriptum de la main de chacun des deux intervenants.

  • Mes impressions d'Afrique

    Henri Calet

    Mes impressions d'Afrique regroupe deux textes inédits de Henri Calet, qui devaient s'intituler L'Algérie du bout des lèvres et Un Maroc d'hiver. Textes charnières, ils furent rédigés alors que Calet était déjà un romancier reconnu, tout autant qu'un chroniqueur de grand talent, dans Combat notamment aux côtés d'Albert Camus et de Pascal Pia. Il s'apprêtait alors à publier son « récit fourre-tout » Le Tout sur le tout, qui connut un grand succès.
    Dans l'hiver 1947-1948, les Mouvements de jeunesse et d'éducation populaire invitèrent Calet, au même titre que d'autres intellectuels métropolitains comme Michel Leiris ou Francis Ponge, pour un séjour à Sidi Madani au sud d'Alger, afin d'y débattre de questions politiques et culturelles propres à l'Algérie. Cette invitation était aussi pour chacun l'occasion de jouir d'excellentes conditions matérielles pour mener à bien ses propres travaux :
    C'est ainsi par exemple que Ponge put rédiger un texte essentiel comme My creative method. Le séjour algérien de Calet se prolongea par un voyage au Maroc, à caractère plus privé cette fois-ci.
    Ces deux textes nord-africains de Calet, même sous leur aspect inachevé, n'en sont pas moins représentatifs au premier chef de son style, de son humour, de sa faculté aiguë d'observation, et plus encore peut-être de son inclination, qui sera de plus en plus forte au fil des années, vers la notation brève et l'écriture impressionniste.

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