Paulsen

  • " Effrayants, les arbres, l'eau étaient envahis d'une noirceur de plomb. L'angoisse suintait de partout ; Il semblait à Tatiana que l'acide venimeux de la civilisation, inconnu du peuple khanty, dévorait la forêt, rampait au fil de l'eau. L'acide avait gagné les rames, les tolets, s'était glissé dans la barque, infiltré dans son ventre. " Il aura fallu plus d'un demi-siècle pour que, sous la plume d'un écrivain sibérien, résonne la douleur des femmes khantyes, emportées dans la tourmente qui a secoué la région du Kazym dès les années trente du XXe siècle. Leurs filles connaîtront une autre descente aux enfers, où le bruit des armes aura laissé la place aux " dures caresses de la civilisation ". A la fois récits de vie et fiction, les deux oeuvres de Tatiana Moldanova, publiées pour la première fois en Occident, brossent l'angoissant destin des femmes autochtones de la Sibérie.

  • une côte abrupte et ténébreuse, la plus dangereuse du groenland.
    les est-groenlandais l'appellent "le nord du nord". une terre si inhospitalière qu'on ne voit pas comment elle pourrait accueillir des populations. et pourtant... si nous nous réveillons par temps calme... est la chronique d'une vaste lignée qui, pendant plus d'un siècle, a vécu et marqué la côte de blosseville; des gens à l'image de la région qu'ils ont peuplée: rudes, sombres, risque-tout. réaliste, d'une grande crudité, cette saga groenlandaise fait cependant la part belle au surnaturel, à l'humour et à la poésie.
    rites, traditions, légendes, commerce avec les esprits s'allient aux personnages souvent hors du commun et au cadre naturel pour créer une atmosphère tirant parfois sur le burlesque. jens rosing tente dans son ouvrage de perpétuer la mémoire collective de cette lignée inuit, transmise oralement au fil des générations depuis le xixe siècle. que reste-t-il, aujourd'hui, de la société dépeinte par jens rosingoe peu de choses, sans doute, sinon peut-être, à un moment où le monde s'interroge sur son présent et son devenir, quelques leçons à tirer de ce passé-là.

  • Indépendance: un fjord au nord-est du Groenland, que peu d'hommes ont exploré. Eigil Knuth est l'un d'eux. Dans ce petit livre de la maturité, insolite vade-mecum en forme de méditation, il fait la somme poétique de ses pérégrinations à travers la région. De sa contemplation des paysages englacés, déserts, Eigil Knuth tire une réflexion sur la condition humaine et rend hommage à la Terre d'Indépendance, où il a vécu l'une des expériences les plus rares qui soient : découvrir un univers aussi vierge que le regard qui s'y pose. Pour un sculpteur tel que lui, c'est une chance inouïe de transformer son appréhension du réel. En cela, Indépendance est le récit d'une renaissance.

  • 3 septembre 2006 : la goélette Tara et son équipage se laissent emprisonner par les glaces.
    Leur objectif : répéter, cent treize ans plus tard, la dérive de Nansen à travers l'océan Arctique. 21 janvier 2008 : la banquise relâche les " Taranautes " qui retrouvent la mer libre. Entre ces deux dates, 506 jours de gestion du quotidien et des rapports humains, relatés ici par Grant Redvers ; 506 jours d'isolement et de lutte contre le froid, mais aussi, de jubilation devant la beauté d'un paysage à la frontière de l'irréel ; 506 jours, enfin, passés à collecter toutes les données possibles sur la banquise, l'océan et l'atmosphère.
    Au terme de l'expédition, l'équipe peut s'enorgueillir de sa contribution au grand débat scientifique de notre temps : l'évolution du climat. Le Tara, lui, est entré dans la légende, devenant le " vaisseau amiral des missions environnementales " dans les régions extrêmes.

  • Au début du XIXe siècle, une quarantaine d'Esquimaux, sous la conduite d'un des leurs, Qitdlarssuaq, quitte la Terre de Baffin et fait route vers le nord. Deux ans plus tard, la plupart rebroussent chemin. Ils sont une quinzaine à poursuivre jusqu'à la côte nord-ouest du Groenland. Ils y entrent en contact avec les Esquimaux polaires, dont ils vont considérablement modifier les techniques de vie et de survie, notamment en leur enseignant l'utilisation de l'arc et du kayak. De leur incroyable voyage, nul ne saurait rien ou presque, si l'explorateur Knud Rasmussen n'avait rencontré, à Thulé, un demi-siècle plus tard, un rescapé de cette odyssée. Puis, sous la plume du père Guy Mary-Rousselière, les pièces du puzzle se sont mises en place, dessinant, dans les glaces et le froid, les silhouettes des héros d'une saga qui s'apparente au mythe.

  • Un "Américain bien tranquille'', tel est John D. Littlepage, ingénieur spécialisé dans l'extraction de l'or en Alaska, jusqu'à ce jour de 1927 où un bolchevik haut placé, Alexandre Serebrovski, lui propose de venir en Russie soviétique " monter le trust de l'or ". Quelques mois plus tard, la famille Littlepage débarque à Moscou avec armes et bagages. Elle ne sait pas encore qu'elle va sillonner le territoire des Soviets, de la capitale jusqu'au fin fond de la Sibérie et du Kazakhstan, pendant quelque dix années - et quelles années ! John D ; Littlepage assistera ainsi au triomphe politique de Staline, à la collectivisation des campagnes et à la dékoulakisation, à l'industrialisation et à la " lutte contre les saboteurs ", aux déplacements de populations et à la sédentarisation forcée des nomades. Son témoignage, écrit dans les années qui suivent son retour aux Etats-Unis, est celui d'un homme de terrain, appréhendant le réel par le prisme de sa profession. Ce point de vue, rare à l'époque - car rares furent les étrangers mêlés d'aussi près et sur un temps aussi long à la construction du réel soviétique -, fait de son livre un ouvrage exceptionnel. Document rigoureux, L'or des Soviets se lit aussi, et peut-être surtout, comme le roman d'une aventure moderne.

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