Ombres

  • "Très cher père, tu m'as demandé l'autre jour pourquoi je dis que je te crains.
    Comme d'habitude, je n'ai rien su te répondre, en partie justement à cause de la crainte que j'ai de toi, en partie parce qu'il me faut, pour expliquer cette crainte, entrer dans une foule de détails dont je ne pourrais rendre compte oralement avec tant soit peu de cohérences. et si j'essaie ici de te répondre par écrit, ce ne sera encore que de manière très incomplète, parce que, même à l'écrit, la crainte et ses conséquences entravent ma relation avec toi et parce que le sujet, par son ampleur, excède de beaucoup ma mémoire et mon entendement.".

  • Charity Royall s'ennuie à mourir dans le petit village de North Dormer, en Nouvelle-Angleterre, où elle a été recueillie enfant par un avocat. Un jour de début d'été, elle voit apparaître dans la minuscule bibliothèque municipale où elle travaille, un jeune architecte, Lucius Harney, venu dessiner les vieilles demeures de la région. Très rapidement, la jeune femme s'éprend de lui.

  • On avait ouvert le piano à queue, la partition des noces de figaro était sur le pupitre ; la fiancée, accompagnée par le baron, chanta l'air de suzanne dans la scène du jardin, oú l'on respire la douceur de la passion comme les parfums d'un soir d'été.
    Les joues colorées d'eugénie furent un instant d'une extrême pâleur ; mais aux premières notes, qu'elle donna d'une voix claire, son trouble disparut ; elle souriait, portée par la musique et fort émue à la pensée qu'un pareil moment serait unique dans sa vie.
    Mozart était visiblement ravi. lorsqu'elle eut fini, il s'approcha d'elle et lui dit dans sa manière naturelle et spontanée :
    " quel compliment vous faire, aimable enfant ? vous êtes comme le soleil qui se donne à soi-même la plus belle louange en répandant sur tous le bien-être.
    A vous écouter, on est comme l'enfant dans son bain, qui rit et admire et ne sait rien de plus beau au monde. ".

  • Oui, je baiserai ta bouche, iokanaan.
    Je te l'ai dit, n'est-ce pas ? je te l'ai dit ? eh bien, je la baiserai, maintenant. mais pourquoi ne me regardes-tu pas, iokanaan ? tes yeux qui étaient si terribles, qui étaient si pleins de colère et de mépris, ils sont fermés maintenant. pourquoi sont-ils fermés ? ouvre tes yeux ! soulève tes paupières, iokanaan. pourquoi ne me regardes-tu pas ? as-tu peur de moi, iokanaan, que tu ne veux pas me regarder ? .
    Et ta langue qui était comme un serpent rouge dardant ses poisons, elle ne remue plus, elle ne dit rien maintenant, iokanaan, cette vipère rouge qui a vomi son venin sur moi. c'est étrange, n'est-ce pas ? comment se fait-il que la vipère rouge ne remue plus ? tu m'as dit des choses infâmes. tu m'as traitée comme une courtisane, comme une prostituée, moi, salomé, fille d'hérodias, princesse de judée ! eh bien, iokanaan, mois je vis encore, mais toi, tu es mort et ta tête m'appartient.

  • De Borges à Pierre Michon, nombreux sont les auteurs qui, au XXe siècle, ont écrit à l'enseigne des Vies imaginaires. Au gré de sa fantaisie et de son érudition, Schwob réinvente dans ce livre unique le genre de la biographie, croquant par le menu une vingtaine de personnages, illustres ou méconnus, de l'Antiquité au milieu du XIXe siècle : l'acteur Gabriel Spenser, les assassins Burke et Hare, la «matrone impudique» Clodia, le «pirate illettré» Walter Kennedy, le «poète haineux» Angiolieri...
    Une délicieuse série de tableaux, dont Colette, s'adressant à Schwob, dira : «J'ai ici tes admirables Vies imaginaires, heureusement, et la perfection irritante de quelques-unes me fait mal dans les cheveux et des picotements dans les mollets. Tu ne connais pas ça, qu'on ressent en lisant quelque chose qui vous plaît trop ?»

  • " niels lyhne" va maintenant s'ouvrir devant vous, livre de splendeurs et de pénétrations.
    Plus on le lit, plus il apparaît que tout y est : du parfum le plus léger de la vie à la pleine saveur des fruits les plus lourds. il n'en est rien là qui ne soit compris, saisi, ressenti, et - à la résonance vibrante du souvenir - reconnu. rien n'y est petit. le moindre événement se déroule comme une destinée, et la destinée elle-même s'y déploie comme un tissu, ample et magnifique, dont chaque fil, conduit par une main infiniment douce, se trouve pris et maintenu par cent autres.
    Vous allez connaître le grand bonheur de lire ce livre pour la première fois. vous irez, comme dans un rêve, d'étonnement en étonnement. et je puis vous dire que, dans la suite, vous serez toujours à travers ces pages le même marcheur émerveillé, car elles ne sauraient jamais rien perdre du charme féerique, de la puissance miraculeuse de leur première rencontre. on en jouit chaque fois davantage. elles vous rendent toujours plus reconnaissantts, meilleurs, plus simples de regard, plus pénétrés de foi en la vie, et, dans la vie même, plus heureux et plus grands ".
    Rainer maria rilke, lettre à un jeune poète.

  • Une dizaine de nouvelles publiées par Emmanuel Bove de son vivant dans divers journaux et magazines et qui n'ont jamais été réédités depuis (ni même, pour la moitié d'entre elles, répertoriées par ses biographes), suivi de la totalité de ses (rares) interviews, d'essais critiques et d'une bio-bibliographie détaillée, illustrée de plusieurs portraits et caricatures représentant l'auteur.

  • Une histoire d'amour bohème dans le vieux New York, près de Washington Square, entre Eden Bower, une jeune chanteuse fraichement débarquée de l'Ouest et Hedger, un peintre, qui vit en solitaire avec son bouledogue César dans un studio et dont l'arrivée de cette très belle voisine changera la vie.

  • Martin Boyne, un homme de quarante-cinq ans déjà fatigué et à qui rien n'arrive jamais, est en route vers la femme qu'il aime depuis des années, enfin libre de tout lien.
    Sur le pont d'un navire qui le mène vers l'Italie, la rencontre inopinée avec un groupe d'enfants hétéroclites mal élevés et tout à fait délicieux et de leur soeur ainée, le pousse à prolonger sa « traversée ».
    Dans ce roman rédigé dans un style primesautier, Edith Wharton interroge une fois de plus la notion du dilemme du héros entre Rose Cellars, une femme de son âge et de son milieu et la trop jeune Judith Wheather, soulignant la difficulté de capturer une jeunesse à jamais disparue.

  • " L'ensemble des textes de Maintenant constitue une autobiographie déchirée, une des plus subversives et maudites que nous ait légué cette génération. Une autobiographie qui oscille entre le lyrisme et le sarcasme le plus grossier, situant Cravan de plein droit parmi les précurseurs essentiels de l'aventure dada. " (Maria Lluïsa Borràs, Arthur Cravan. Une stratégie du scandale, Jean-Michel Place, 1996).

  • Cette histoire écrite au mexique en 1943 reprend le thème principal de la septième croix : le comportement de l'allemand moyen sous le nazisme.
    Mais ce qui en fait l'irremplaçable qualité, c'est sa tonalité dominante, qui est celle de l'élégie. c'est un requiem aux amis écrasés, aux parents, à la propre jeunesse d'anna seghers, partie mélancoliquement à la recherche du temps perdu...

    Ces quinze jeunes filles en fleur ont succombé à la tragédie allemande : déportations, suicides, bombardements, tortures, leni, marianne, nora, gerda, else, elli, sophie, lotte...toutes disparues sans retour.
    La méthode narrative donne une force beaucoup plus impressionnante au drame : le récit couvre simultanément deux époques, qui entrent sans cesse en collision. l'idylle du passé, à peine éclose, est impitoyablement piétinée par la brutalité du présent. davantage encore : l'idylle est obscurcie dès sa naissance, car l'ombre du destin ultérieur s'appesantit sur elle. les élans sincères, les sentiments délicats de l'adolescence sont démentis et ravagés par les lâchetés, les compromissions et les cruautés de l'âge mûr.

  • " de tous mes livres peu me sont indispensables : deux sont toujours parmi les choses à ma portée, oú que je sois.
    Ici même ils sont près de moi. ce sont : la bible et les livres du grand poète jens peter jacobsen. a propos, connaissez-vous ses oeuvres ? procurez-vous le petit volume six nouvelles et le roman niels lyhne. commencez par la première nouvelle, qui a pour titre mogens. un monde vous saisira : le bonheur, la richesse, l'insondable grandeur d'un monde.
    . lisez ensuite l'admirable livre sur le destin et les passions de marie grubbe, les lettres de jacobsen, ses pages de journal, ses fragments et enfin ses vers qui vivent en résonances infinies.
    Vivez quelque temps dans ces livres ; mais surtout aimez-les. cet amour vous sera mille et mille fois rendu, et quoi que devienne votre vie, il traversera, j'en suis certain, le tissu de votre être, comme une fibre essentielle, mêlée à celles de vos propres épreuves, de vos déceptions et de vos joies. ".

  • " de tous mes livres peu me sont indispensables : deux sont toujours parmi les choses à ma portée, où que je sois.
    Ici même ils sont près de moi. ce sont : la bible et les livres du grand poète danois jens peter jacobsen. a propos, connaissez-vous ses oeuvres ? procurez-vous le petit volume six nouvelles et le roman niels lyhne. commencez par la première nouvelle, qui a pour titre mogens. un monde vous saisira : le bonheur, la richesse, l'insondable grandeur d'un monde.
    ...lisez ensuite l'admirable livre sur le destin et les passions de marie grubbe, les lettres de jacobsen, ses pages de journal, ses fragments et enfui ses vers qui vivent en résonances infinies.
    Vivez quelque temps dans ces livres, apprenez-y ce qui vaut, selon vous, d'être appris ; mais surtout aimez-les. cet amour vous sera mille et mille fois rendu, et quoi que devienne votre vie, il traversera, j'en suis certain, le tissu de votre être, comme une fibre essentielle, mêlée à celles de vos propres épreuves, de vos déceptions et de vos joies. " rainer maria rilke " lettres à un jeune poète "

  • Aux côtés de Jane Austen, des soeurs Brontë, de Charles Dickens et de George Eliot, Elizabeth Gaskell (1810-1865) occupe une place importante sur la scène littéraire victorienne. Fille et femme de pasteur, elle connaissait intimement la vie provinciale et les milieux industriels. Sa sensibilité aux questions sociales la porta à peindre avec sympathie la condition des opprimés de son temps : les ouvriers et les femmes.

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  • " pendant un certain temps elle se tint les yeux baissés ; puis, soudain, reprenant possession d'elle-même, elle promena sur les rangs des spectateurs son regard fixe mais distrait, comme replié en lui-même.
    " quels yeux tragiques elle a ! " fit observer un vieux fat aux cheveux grisonnants assis derrière aratov, qui avait la mine d'une cocotte de province et qui passait à moscou pour un critique avisé. ce vieux fat était un sot et ne disait que des sottises. mais son observation était juste pourtant. aratov qui, depuis l'apparition de clara, ne la quittait pas des yeux, se souvint à ce moment seulement de l'avoir vue chez la princesse; et que non seulement il l'avait vue, mais qu'il avait remarqué qu'elle avait alors, à plusieurs reprises, dirigé vers lui son regard sombre et fixe.
    Et à cet instant encore - ou bien n'était-ce qu'une illusion ? - il semblait que le visage de la jeune fille se fût soudain animé au moment où elle le découvrit au premier rang, et qu'à nouveau elle le fixait avec insistance. ".

  • " telle fut ma folie que, sur la route morne, à chaque créature rencontrée, j'ai demandé non le divertissement, non quelque exaltation dont l'amour essayé eût pu me faire tangent, mais l'absolu.
    L'absolu ? je me perdais. fallait-il m'accuser d'orgueil ou dire au contraire pour ma défense que je cherchais dans les êtres la révélation d'une âme universelle ? hélas ! à peine de temps en temps, pouvais-je à nouveau découvrir ce petit tas d'os, de papilles à jouir, d'idées confuses et de sentiments clairs qui portaient mon nom. ".

  • Outre des notes autobiographiques et des aphorismes percutants, l'oeuvre écrite d'Erik Satie témoigne d'une réflexion originale sur la musique en général, mais aussi en relation avec les autres disciplines artistiques, la poésie et la peinture tout particulièrement. Nous présentons ici l'intégralité des textes que le compositeur a publiés sous son nom dans diverses revues d'avant-garde. Cette édition a été établie d'après les publications originales, en respectant l'usage de la ponctuation, si singulier, de son auteur : Mémoires d'un amnésique, Cahiers d'un mammifère, Observations d'un imbécile (Moi), suivi de divers écrits publiés entre 1895 et 1924. L'esprit de Satie revêt mille formes divertissantes. Il va de l'humour pince-sans-rire à la grosse charge d'atelier, de l'ironie la plus fine à la cocasserie ahurissante... Ces écrits sont évidement des morceaux d'anthologie. Ils sont dignes d'Alphonse Allais et de Jules Renard, comme d'Alfred Jarry.

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  • De Raymond Roussel (1877-1933), écrivain, dramaturge et poète français, le grand public ne connaît que vaguement la légende : sa richesse immense (mais il meurt ruiné) ; ses manies étranges (tous les repas quotidiens pris en un seul, ses chemises portées une seule fois) ; ses caprices (la première roulotte automobile de grand luxe) ; ses dépenses énormes pour faire imprimer ou pour faire jouer ses pièces ; sa dernière passion : les échecs ; sa mort mystérieuse.
    Pour André Breton, Raymond Roussel est « Le plus grand magnétiseur des temps modernes » ; pour Proust : « Un prodigieux outillage poétique » ; pour Aragon : « Une statue parfaite du génie » tandis que Paul Eluard écrivait : « Il nous montre tout ce qui n'a pas été ; cette réalité seule nous importe ». Nouvelles Impressions d'Afrique de Raymond Roussel est fondamental pour l'écriture : possibilité de lectures multiples et livre précurseur des réalités virtuelles que nous connaissons aujourd'hui.

  • « Dans Le Grand Dieu Pan Machen combine le thème de Frankenstein avec Le Portrait de Dorian Gray d'Oscar Wilde et L'Aventure de Mr Waldemar de Poe en une oeuvre à sensation, mais terne en même temps, pour éviter de donner un sentiment concret d'horreur, se retranchant derrière le voile de l'indicible. Helen Vaughan, l'héroïne (née d'une jeune fille que le docteur Raymond soumet à une expérience, l'opérant du cerveau de manière à lui faire voir le Dieu Pan ; elle devient idiote et neuf mois plus tard donne le jour à Helen) est un monstre, une femme fatale. Paul-Jean Toulet aima le livre et le traduisit.
    Laurent Tailhade l'appelait ''cauchemar de luxure démoniaque''. » (Mario Praz)

  • Pierre Dumont aime Arthur Bruggle et est aimé par Diane Blok. Il ne va à Diane que lorsque Arthur le délaisse mais Diane se plaît au rôle de consolatrice. Le père de Pierre, le colonel Dumont, est devenu fou et sa mère le menace perpétuellement de pareille folie. Quant à Mme Blok, dont le mari s'est suicidé sans raison, elle ne cesse de soupirer à sa fille que le suicide est une maladie héréditaire. Pierre rompt avec sa mère, avec Diane et rejoint Arthur qui le bafoue avec une petite gouape au cours d'une soirée. Il se suicide. Arthur désespéré va verser de vraies larmes sur son cadavre et Diane, touchée par ces vraies larmes, trouve un nouveau rôle de consolatrice. "Cette trame fort mince ne rend absolument pas compte du livre. Crevel, qui a inventé une forme nouvelle de roman "poétique", construit, à coups de phrases rapides et de réflexions acides, un récit qui saisit tout le panorama intérieur de ses personnages. Le style d'une vivacité et d'un nonconformisme inimitables fait regretter que l'oeuvre de Crevel ait à peu près cessé d'être lue." (Bernard Noël)

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