Cerf

  • Florence, 7 février 1497. Le Carnaval bat son plein. Sur la place de la Seigneurie, frère Jérôme Savonarole, le virulent réformateur de la cité, fait dresser un bûcher où sont brûlées des « vanités » cédées de gré ou de force par les Florentins. Disparaissent ainsi, dans les flammes, bijoux et parures, cartes à jouer, livres libertins, mais aussi oeuvres d'art jugées « païennes ».

    Comment Sandro Botticelli, l'auteur du « Printemps » et de la « Naissance de Vénus », a-t-il vécu un tel spectacle ? A-t-il été impressionné par les invectives du dominicain contre le dévoiement de l'art ? Va-t-il tourner le dos à la Renaissance, lui qui a célébré, par ses pinceaux, la magnificence de Laurent et brillamment mis en image la culture humaniste promue par les Médicis ?

    Le livre se présente comme une enquête : sans parti pris, l'auteur accumule les preuves, les témoignages ; il recherche des indices dans les tableaux de Botticelli eux-mêmes ; il donne la parole à Savonarole, le prêcheur de l'Apocalypse, mais aussi aux poètes et aux philosophes de cette Florence qui se prenait pour une Nouvelle Athènes. Le résultat est passionnant : on découvre deux personnalités d'exception, plus complexes qu'il n'y paraît ; on entre de plain-pied dans une époque brillante et novatrice, mais bien vite ébranlée dans ses certitudes et déchirée par ses propres contradictions. Les existences croisées de Savonarole et de Botticelli témoignent pleinement de la Renaissance arrivée à son apogée et déjà en crise.

  • Pensée. Thomas d'Aquin le familiarise avec la "nouvelle théologie" et le pousse à passer d'une démarche dogmatique à une approche herméneutique ; Maurice Blondel, lui, l'amène à opérer le tournant anthropologique de la théologie ; Karl Barth le rallie, avec réserve, à sa position : si nous ne connaissons Dieu que par Dieu, c'est nous qui le connaissons ; Eric Weil l'entraîne à approfondir, à sa manière, le tournant anthropologique déjà entrepris, en mettant en avant la double herméneutique de l'existence humaine et du message évangélique, tout en refusant le recours aux sciences de l'homme en théologie ; enfin, Emmanuel Levinas lui permet de cerner l'originalité chrétienne de l'incarnation de Dieu en Jésus.
    Si ces cinq rencontres l'engagent à passer d'une démarche dogmatique à une approche herméneutique, elles l'écartent aussi d'une méthode généalogique entée sur les sciences humaines. A ce titre, il est témoin des grandes orientations théologiques contemporaines.

  • La « Nouvelle Édition du centenaire » en huit volumes (Éd. du Cerf, 1992) a livré une masse de documents qui ont permis un affinement de la connaissance de la vie quotidienne de sainte Thérèse de Lisieux. Près de vingt ans après, on pouvait tenter d'écrire une biographie de la carmélite pour un vaste public, en cernant au plus près son contexte familial, carmélitain et ecclésial qui permet de mieux comprendre les textes de la plus jeune docteur de l'Église. Au terme de sa « course de géant » [Ms A, 44 v°], on peut constater que la sainteté de Thérèse a ignoré les illusions d'une spiritualité désincarnée mais s'est enracinée dans « le vrai de la vie » [Ms A, 31 v°].

  • " Parmi les bilans qu'inspire l'approche de l'an 2000, une histoire de la jeunesse s'imposerait ", écrivait en 1993 l'académicien Bertrand Poirot-Delpech dans Le Monde.
    C'est maintenant chose faite avec cette étude passionnante qui intéresse autant les historiens et les sociologues que les chercheurs en sciences de l'éducation, en éducation physique et sportive, et plus largement les éducateurs. Elle a pour point de départ les lendemains de la Révolution française, avec l'héritage des Congrégations mariales et l'oeuvre Allemand de Marseille (1799), et s'achève avec les JMJ de 1997 et la présentation des réseaux affinitaires d'aujourd'hui.
    Les différentes formes d'organisation de la jeunesse sont passées en revue, qu'il s'agisse des réseaux, des milieux populaires des villes ou des étudiants.
    Une large place est faite au scoutisme et au modèle de la JOC, la Jeunesse ouvrière chrétienne. Les mouvements de jeunesse se déclinent aussi au féminin, secteur où la recherche a encore de grands progrès à faire. Les années 1940-1956 sont celles des engagements et des prises de conscience difficiles, bientôt suivies par le temps des crises. Celles-ci laissaient entrevoir la fin de ces mouvements lorsque apparurent les tournants de 1975 et de 1997.
    Faut-il considérer ces années comme des étapes sur la voie d'une renaissance ?

  • Avec une prudence de dandy, Musset se méfie des idéaux majuscules - la Politique, le Savoir, la Philosophie, la Religion, la Littérature, même - parce qu'il sait qu'après 1793 et 1814, l'homme est durablement installé dans un paysage de ruines.

    L'amère vérité ne se clame pas, elle se dit « mezza voce », avec une forme consentie de désinvolture. Une grâce obstinée. Car dans le désastre demeure une étincelle, infime, précaire, elle-même travaillée par la désillusion ici régnante : l'amour. Soit presque rien. Sur quoi Musset fait le pari de tout bâtir, sa vie comme son oeuvre.

    Le presque-rien de Musset a encore beaucoup à nous dire, de cette présence ambiguë, en nous, du vide et de l'absence, de nos façons d'aimer, de ce que nous attendons des livres, de notre rapport aux idéaux qui continuent en nous leur oeuvre par-delà leur éviction.

    Dans l'enquête que nous avons entreprise depuis 2001 pour les Éditions du Cerf sur les rapports de la littérature et de la spiritualité, l'exercice de lecture que nous permet Musset nous mène vers cette zone de l'esprit, assez envoûtante, où le désenchantement le plus profond croise de façon inattendue une forme instinctive d'espérance. [E. G.]

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