Littérature générale

  • Comment faire carrière dans les grandes administrations

    Giorgio Voghera

    • Allia
    • 2 Septembre 2021

    Lorsque il publie ce pamphlet (1959) sous le pseudonyme de Libero Poverelli, Giorgio Voghera est encore employé dans une grande compagnie d'assurance, la RAS.
    Entre ironie et faux cynisme, il analyse la mutation, dans les années d'après-guerre, du management des grandes entreprises et administrations : concentration du pouvoir, déresponsabilisation et désolidarisation des employés...
    Un système vertical où se perdent connaissances et capacités décisionnelles, les plus haut placés étant submergés par un sentiment d'incompétence tandis que les subordonnés sont réduits au rôle de courtisan.
    Le dénouement, corrosif, réglera définitivement la question posée par ce texte mordant : «Pourquoi vouloir faire carrière ?»

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  • De la bêtise

    Robert Musil

    • Allia
    • 6 Janvier 2015

    Dans la vie de tous les jours, on a coutume de considérer comme bête une personne "un peu faible de la tête". Mais les variantes qui affectent l'âme comme l'esprit sont fort nombreuses, et peuvent entraver, contrarier ou fourvoyer jusqu'aux intelligences les plus saines que la nature ait faites, de sorte qu'on en revient finalement à des cas pour lesquels la langue ne dispose encore que d'un seul nom?: la bêtise. Ce mot recouvre donc deux réalités au fond très différentes : la bêtise probe des simples, et l'autre, quelque peu paradoxale, qui est même un signe d'intelligence. Dans la première, la faiblesse de l'entendement est absolue, tandis que dans la seconde elle n'est que relative. C'est de loin cette deuxième forme qui est la plus dangereuse.

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  • L'uniformisation du monde

    Stefan Zweig

    • Allia
    • 7 Janvier 2021

    «Les visages finissent par tous se ressembler, parce que soumis aux mêmes désirs, de même que les corps, qui s'exercent aux mêmes pratiques sportives, et les esprits, qui partagent les mêmes centres d'intérêt. Inconsciemment, une âme unique se crée, une âme de masse, mue par le désir accru d'uniformité, qui célèbre la dégénérescence des nerfs en faveur des muscles et la mort de l'individu en faveur d'un type générique.» Dès 1925, Stefan Zweig pressent l'un des grands bouleversements sociaux de notre temps?: l'uniformisation du monde. Alors que le concept de mondialisation reste toujours à inventer, il examine avec perplexité des sociétés qui gomment peu à peu toutes leurs aspérités. Comment en sommes-nous arrivés là??
    Dans ces pages habitées d'une lumineuse mélancolie, il décrit déjà l'avènement de l'instantanéité et de la simultanéité, à travers la mode, le cinéma, la radio ou même la danse. Facilité par des bouleversements techniques profonds, ce culte de l'éphémère joue un rôle central dans l'unifor­misation critiquée par Zweig.
    S'il dénonce la gravité d'un tel processus­, c'est tout simplement qu'il en va de notre liberté. À une époque où le fascisme commence à poindre, Zweig nous met en garde contre une autre forme de tyrannie. Car il n'y a qu'un pas de l'uniformisation des modes de vie à la servitude volontaire des individus. En écho à la massification de la vie sociale, cette uniformisation ouvre finalement la porte à toutes les dérives autoritaires du pouvoir, dont Zweig perçoit le risque avec sensibilité. Dernier recours pour les individualités récalcitrantes?: fuir en elles-mêmes, pour oublier l'oppression du collectif.

  • Marie typhoide

    Soper George A.

    • Allia
    • 17 Septembre 2020

    En 1906, une épidémie de fièvre typhoïde se déclare dans une famille de l'État de New York . Chargé d'en découvrir la source, George A. Soper enquête. En examinant les antécédents de Mary Mallon, la nouvelle cuisinière, il découvre que sept des huit familles pour lesquelles elle a travaillé ont été frappées par la maladie.
    La voici désormais identifiée comme la première porteuse saine de la fièvre typhoïde. Elle se voit confinée pour trois années sur l'île North Brother. Finalement, en 1910, Mary Mallon est libre à condition de changer de métier. Elle reprend néanmoins du service sous divers pseudonymes. Démasquée, la voici de nouveau en quarantaine à compter de 1915, où elle restera confinée jusqu'à la fin de ses jours, en 1938.

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  • Les quatrains

    Omar Khayyâm

    • Allia
    • 23 Août 2008

    Omar Khayyam célèbre ici les femmes et la beauté, l'ivresse et la poussière du néant. Ennemi de l'esclavage de la pensée, il s'élève aussi dans ces vers contre l'imposture religieuse et politique. Mystique en apparence, débauché en réalité, préférant les jouissances de l'éphémère aux vérités érigées en dogmes, Khayyam ne souhaite à l'humanité qu'ivresse et amour. Le manteau des explications mystiques couvre, dans ses poèmes, toutes les hardiesses.
    Qu'un pareil livre ait pu circuler librement dans un pays musulman ne laisse pas de surprendre : la littérature européenne peut-elle citer un ouvrage où toute croyance soit niée avec une ironie si fine et si amère ?

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  • Un crime parfait

    David Grann

    • Allia
    • 16 Septembre 2009

    Au mois de décembre de l'année 2000, le corps sans vie de D. Janiszewski, jeune homme d'affaire polonais sans histoire, est découvert dans le lit calme d'une rivière, près de Wroclaw. Ses mains sont liées dans le dos et jointes par une corde à son cou. Des entailles profondes laissent à penser qu'il a été torturé avant d'être jeté à l'eau. Très vite, l'enquête s'enlise. L'affaire est classée sans suite. Mais, quelques années plus tard, l'opiniâtreté du détective Jacek Wroblewski la fait sortir de l'oubli. Divers éléments mènent l'enquêteur vers un dénommé Krystian Bala. C'est Amok, un récit libertaire d'inspiration nietzschéenne, pornographique et violent, dont Bala est l'auteur, qui capte toute l'attention du détective. Il n'y a pas de doute possible : le héros d'Amok, le tortionnaire de Janiszewski et l'écrivain, trop bien «documenté» et réaliste pour n'être pas coupable, ne sont qu'une seule et même personne...

    Dans cette chronique d'un meurtre annoncé, l'auteur, tel un Faulkner mais avec le lyrisme glacial et tranchant de la chronique «capotienne», décline les clichés du roman policier pour mener à bien une réflexion sur la force poétique du langage et la nature (coupable ?) de la littérature. Ici, se dessine la perfection du crime sous les yeux d'un lecteur constamment suspicieux, décontenancé et fasciné : soit Bala est coupable, et alors la reproduction exacte de son livre est une manière brillante pour l'assassin de détourner l'attention ; soit (plus brillant encore) l'auteur d'Amok est innocent, et son livre, comme preuve insuffisante et sous couvert de liberté créative, valide son innocence. Illustration judiciaire des thèses philosophiques les plus radicales, cette «Lettre de Pologne» réinvente l'acte littéraire fantastique. Fiction et réalité se mêlent jusqu'à l'indistinction. En effet, véritable amas de paroles rapportées, le récit même du narrateur - de David Grann ? - tout comme la véracité du crime conté sont remis en cause. Et le lecteur, pris d'une ultime sensation de vertige, de se demander si ce True crime porte bien son nom : la parole, quand bien même s'agit-il de celle de l'auteur, est-elle bien d'or ?

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  • Pomes penyeach

    James Joyce

    • Allia
    • 18 Juin 2020

    Au titre-jeu de mots, ce recueil a paru pour la première fois en 1927, vingt ans après Musique de chambre, qui lui avait valu l'admiration de poètes déjà reconnus, notamment Ezra Pound et T.S. Eliot. Avant d'être romancier, Joyce est d'abord poète ou... poémier.
    Pour lui, la poésie est un jeu, «art mineur», dit-il, mais aussi un laboratoire de recherches linguistiques. Tout le ressort de l'oeuvre romanesque se retrouve là, dans ces po(è)mmes. Pourtant, sans jamais cesser d'être des jeux de l'esprit, ceux-ci distillent un sentiment de désenchantement. Ils sont en effet marqués du sceau d'une dérive, physique (Dublin, Trieste, Zurich et Paris) et morale. Ils sont amers. Les pommes d'or du jardin des Hespérides réservent des surprises... «Tout un monde dans une coquille de noix.» Édition bilingue.

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  • L'enigme de la sphinx

    Thomas De Quincey

    • Allia
    • 7 Février 2019

    Trois mille ans se sont écoulés depuis que la Sphinx a posé cette énigme : «Quelle est la créature qui marche sur quatre pieds le matin, sur deux pieds à midi, et sur trois au coucher du soleil ?» OEdipe répondit que c'était l'homme, qui marche enfant à quatre pattes, se tient debout dans la force de l'âge et s'appuie sur un bâton en sa vieillesse. Une fois ce secret révélé et la Sphinx disparue en mer, OEdipe accéda au trône et épousa la veuve royale, Jocaste, sa propre mère. Mais quand il apprit la vérité sur ses origines, privé de toute possibilité de rachat, il se creva les yeux. Or, selon De Quincey, il existe une autre solution de l'énigme, une signification plus profonde, laquelle tient tout entière dans ce mot : OEdipe. L'auteur livre peut-être la clef de cet effroyable destin.

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  • Ma paresse

    Italo Svevo

    • Allia
    • 6 Janvier 2015

    Le narrateur, un vieil homme de 70 ans, vit aux côtés de sa femme Augusta. Or, sentant approcher le crépuscule de sa vie, il développe une hypocondrie, qui s'avère chronique. Sur les conseils de son neveu et médecin Carlo, il commence alors, et secrètement, à payer les services amoureux de jeunes femmes, qui égrènent les prénoms allégoriques, de Felicita à Amphore. L'homme espère déjouer ainsi les pièges de "Mère Nature" et se convaincre qu'il peut encore embrasser la vie et ses illusions. Mais il prend conscience que son temps est passé : il réalise que "Dame Nature" ne maintient un organisme en vie qu'à la condition que celui-ci sache se reproduire. Le narrateur sombre alors dans une paresse qui est une forme de renoncement.
    Déni du libre arbitre, puissance de la nature sur le Vouloir, lui-même illusion, tous les thèmes de la philosophie de Schopenhauer sont exprimés là.

  • Sur James Joyce

    Italo Svevo

    • Allia
    • 6 Mars 2014

    Cette conférence de 1927 constitue une voie d'accès originale à l'univers fascinant de James Joyce. De son amitié avec ce dernier, rencontré à Trieste en 1906, Italo Svevo confie la genèse : ignoré par la critique et en mal de lecteurs, il abandonne l'écriture et entre dans la fabrique de vernis de son beau-père. Il prend alors des cours d'anglais à l'École Berlitz de la ville, où Joyce, de vingt ans son cadet, enseigne. De là naît une amitié, qui se traduira par des conseils et encouragements mutuels. Joyce sera d'ailleurs la clé de voûte du rayonnement européen de l'oeuvre de Svevo. Mais Svevo donne aussi une interprétation brillante de l'oeuvre même. Celui qui aurait inspiré Léopold Bloom, le héros principal de Ulysse, nous en livre ici une poétique inspirée et inspirante.

  • La cavale de Billy Micklehurst

    Tim Willocks

    • Allia
    • 4 Mai 2012

    Clochard errant, alcoolique, Billy « sou. re » d'hallucinations : des démons le tourmentent, attendant de lui qu'il les libère. Habitantes d'un cimetière mystérieux, ces créatures démo niaques logent en réalité dans les méandres cérébraux de Billy et conduiront cette « épave indestructible » au suicide. Le lecteur assiste au montage d'un court-métrage, il plonge à la fois dans l'atmosphère du récit fantastique - plans larges, espaces énigmatiques, ténébreux - tout comme il frôle la surface des choses, se confronte à la réalité la plus concrète tant Tim Willocks sait décrire non seulement un personnage mais aussi un homme, yeux enfoncés, gencives ravagées, dents cassées, costume à fi nes rayures maculé.
    Les éditions Allia proposent une édition bilingue de ce conte noir de Tim Willocks, suivi d'un entretien inédit avec l'auteur dans lequel il revient en particulier sur les liens entre son expérience de psychiatre et l'écriture.¤ Alors que la version en poche de La Religion¤rencontre un immense succès en librairie, un nouveau roman de Tim Willocks paraît aux éditions Syros, Doglands.

  • épigrammes

    Ambrose Bierce

    • Allia
    • 5 Juin 2014

    Si ces épigrammes devaient être gravés sur la tombe d'un monument, ce serait un monument à la liberté... de pensée. Que l'on en juge : "Nous nous soumettons à la majorité parce que nous y sommes tenus. Mais nous ne sommes pas forcés de donner à notre attitude soumise une posture respectueuse." Ou encore : "Chez celui qui n'a jamais causé de tort à autrui, la vengeance est une vertu." C'est une collection d'aphorismes de cette trempe que renferme ce petit ouvrage, appelé à tenir dans la poche, sinon à occuper durablement sa table de nuit. Dans un style à la Flaubert dans son Dictionnaire des idées reçues, ces diatribes acerbes­ sonnent comme autant de piqûres de rappel. Celui qui est devenu l'un des maîtres du fantastique sait introduire ce qu'il faut de méchanceté ("Le premier homme que vous croiserez est un imbécile. Si vous pensez le contraire, interrogez-le et il vous le prouvera"). Ajoutez à cela une once d'anticléricalisme ("Chrétiens et chameaux accueillent leurs fardeaux à genoux"), une pointe de lucidité trempée dans l'ironie ("La mort n'est pas la fin ; il reste le litige sur l'héritage"), enfin une infime misogynie ("Pour étudier ce qu'il y a de bon et de mauvais chez la femme, il est inutile de faire appel à deux femmes"). Pour finir, laissez tonner et résonner la formule impeccable et de circonstance : "Un auteur populaire est quelqu'un qui écrit ce que pense le peuple. Le génie les invite à penser autre chose."

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  • Cocorico

    Herman Melville

    • Allia
    • 22 Janvier 2009

    Au milieu d'un paysage campagnard - par ailleurs remarquablement décrit - s'élève le chant d'un coq. Banal au demeurant, sauf que ce chant-là, puissant et incroyablement mélodieux, prend des airs de cantiques et possède l'étrange vertu de chasser la moindre idée noire de quiconque viendrait à l'entendre. Hilarant et loufoque, le récit de Melville nous entraîne sur les talons du protagoniste, homme endetté et buveur invétéré, dans une truculente course au coq dont la conclusion tragique n'altère en rien la fraîcheur du texte. Mi allégorie, mi conte rural, Cocorico est un récit dont on suit la trame inhabituelle avec une impatience enjouée.

  • L'histoire de Lapin Tur

    Toroni Niele

    • Allia
    • 1 Juin 2017

    Écrite en 1976, cette petite fable allégorique pleine d'humour et d'ironie relate l'histoire d'un lapin dénommé Tur. Méprisé par ses petits frères, Lapin Tur est mis à l'eau et, de rage, passe par toutes les couleurs avant de finir par amuser la galerie... Les malheurs sont nombreux et tout semble condamner Lapin Tur qui est dans de beaux draps, sent mauvais et coule à une fin tragique. Sous des faux airs de conte pour petits et grands, Niele Toroni condamne fermement la peinture académique, plus particulièrement celle de chevalet, déjà bien mise à mal dans les années 1970.
    Suivi de L'Histoire de la couleur de Georg Simmel, conte écrit en 1904.

  • La seconde chance

    Henry James

    • Allia
    • 31 Mai 2012

    En convalescence Dencombe, écrivain, reçoit de son éditeur son « dernier paru ». Happé, il le relit et pense qu'il y a atteint l'acmé de son art. Cet ouvrage s'intitule La Seconde Chance .
    Or, Dencombe est alors au crépuscule de sa vie. Un sentiment de frustration intense le saisit. Pourtant, cette lecture lui laisse entrevoir un sursis : la rencontre avec le jeune docteur Hugh. Lui-même est en train de lire l'ouvrage, qu'il salue comme le meilleur de l'écrivain. Celui-ci, inavoué, reste à ses côtés entendre avec délice les éloges du jeune homme. James multiplie les métaphores les moins conventionnelles qui soient et déplie avec virtuosité une ironie voilée. Texte qui, contre toute vanité d'auteur, dit quelques vérités sur l'art d'écrire et les flux de conscience qui obsèdent tout écrivain.

  • De l'élaboration de la pensée par le discours

    Heinrich Von Kleist

    • Allia
    • 3 Mars 2016

    Semblable à une lettre adressée à un ami, cet essai fulgurant hisse l'oralité comme condition de la raison. Pour que je puisse formuler clairement ma pensée, il me faut une oreille. Mieux encore : un visage. Quand la relation à autrui nous anime, nous sollicite, nous excite, nous pousse aux improvisations les plus éhontées, sources des idées les meilleures.
    Que vous bafouilliez, émettiez des sons inarticulés ou oubliiez quelque liaison, peu importe :
    La clarté peu à peu se fait dans votre esprit et vous encourage à poursuivre. L'interaction oblige à puiser en soi, à faire preuve d'audace, à développer une stratégie prompte à se tirer d'affaire. À la lumière de sa propre expérience, Kleist écrit là une véritable plaidoirie en faveur de l'expression orale et de ses ressorts cachés.

  • Près de la voie ferrée

    Nalkowska/Zofia

    • Allia
    • 16 Septembre 2009
  • La nouvelle du bon vieux et de la belle enfant

    Italo Svevo

    • Allia
    • 8 Septembre 2011

    Avec humour et ironie, Italo Svevo met en scène les motifs de la vieillesse, de l'amour et de la solitude. Le narrateur, un vieil homme d'une soixantaine d'années, tombe sous le charme de la jeune conductrice d'un tramway de Trieste. Sous couvert d'une philanthropie protectrice, il lui propose un rendez-vous, qu'elle accepte. Le bon vieux et la belle enfant entament une idylle. Malheureusement, cette romance s'interrompt précipitamment lorsqu'il tombe malade. Le vieux se retire et mène une vie de solitaire, jusqu'à ce qu'il découvre la belle enfant aux bras d'un beau jeune homme.
    Désabusé, il tente de la reconquérir, y parvient, mais c'est bientôt la déception.
    Il se plonge alors dans l'écriture d'une grande oeuvre sur l'amour et les relations entre les âges.

  • La vie de personne

    Giovanni Papini

    • Allia
    • 22 Janvier 2009

    Pourquoi se fatiguer à relater une vie sans éclat ? N'est-ce pas se rabaisser au pathétique des héros et adresser des louanges imméritées à l'existence ? Voilà pourquoi Papini le provocateur se propose d'écrire, en 1912, une Vie de Personne, dédiée à Personne et qui se fout bien des règles du monde. Esthète bavard, agitateur volubile, il nous raconte un morceau de notre vie qui nous échappe ; ce moment qui dépasse la mémoire et commence par l'acte d'amour : « Moi je me rappelle avoir été germe barbotant dans le sperme des testicules paternels et je me rappelle avoir eu depuis lors une volonté extrême de vie et de liberté. » Et effectivement, ce gamète enragé s'installe dans le ventre de sa mère pour prospérer sans égard pour elle. Ce voyage intra-utérin offrira à l'embryon l'opportunité de clamer sa haine envers ses géniteurs, son insatiable et absurde désir de vivre ; avant d'éclore enfin, de s'affranchir par la naissance - ce premier sanglot qui ne s'arrête jamais.

  • Journal de Holyhead

    Jonathan Swift

    • Allia
    • 23 Avril 2009

    Dans sa Vie de Swift en 1875, John Forster révéla l'existence d'un «journal inédit, de la main de Swift, singulier dans sa nature et d'un extraordinaire intérêt, écrit sur la route de Dublin, dans une terrible inquiétude pour Esther Johnson, alors dangereusement malade». Ce journal a été tenu du 24 au 29 septembre 1727, au terme du dernier séjour de Swift en Angleterre. Lorsqu'il se rendit en terre anglaise au printemps 1727, Swift a été reçu comme un prince. Lors de son précédent voyage, il avait apporté le manuscrit des Voyages de Gulliver, violente satire de la société anglaise et de la civilisation de l'époque, dont le succès, à sa publication, ne se fit pas attendre. Cependant, au mois d'août, une lettre de son ami Thomas Sheridan l'avertit de l'état alarmant de Stella, le grand amour de sa vie. Sans prendre le temps de prévenir personne, il gagna en diligence le port de Chester mais manqua de peu le navire régulier pour Dublin. Il prit la décision de pousser jusqu'à Holyhead, à trois jours de cheval, où d'autres compagnies assuraient la traversée. Durant l'attente du départ, il rédigea le Journal de Holyhead, adressé à Sheridan, comprenant des pages désarmées et sans apprêt, des poèmes mais aussi des anecdotes incisives, sans complaisance, concernant la nourriture, le temps, l'antipathie des Gallois ou l'alcoolisme des Irlandais. Lorsqu'il arriva enfin à Dublin, aux premiers jours d'octobre, Swift trouva Stella à l'article de la mort. Il écrivit à Sheridan : «En ce moment même, je me dis que la plus belle âme qui fût au monde a quitté son corps. Je suis depuis longtemps las du monde, et pour le restant de mes jours je serai las de la vie, car j'aurai perdu pour toujours cette amitié qui seule pouvait la rendre tolérable à mes yeux.» Esther Johnson s'éteignit le 28 janvier 1728. Swift n'avait pas coutume d'écrire pour lui-même ; ce journal, tout à la fois intime et cocasse, s'adresse à un ami, comme autrefois le Journal des années 1710-1714 l'avait été à Stella.

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