Thomas Bouchet

  • Utopie

    Thomas Bouchet

    • Anamosa
    • 21 Janvier 2021
    Ajouter au panier
    En stock
  • La bourgeoise Adélaïde, épouse hypocondriaque d'un scientifique du Jardin des plantes s'ennuie à mourir. Épouvantée par le choléra et les insurrections, elle se délecte du chocolat de Marquis et dévore la Gazette des tribunaux. Émilie la saint-simonienne se bat du haut de Ménilmontant pour faire émerger la cause féministe. Louise, marchande ambulante du centre de Paris, atteinte du choléra et soupçonnée d'avoir participé à l'insurrection, est soumise à l'interrogatoire de la police, du juge et du médecin. Lucie, la mystique en extase, jouit du corps du Christ et de celui de Marthe au fond sa cellule.
    Comment situer ce texte inclassable, oeuvre littéraire d'un historien, à mi-chemin entre le Martin Guerre de Natalie Zemon Davis, le Pierre Rivière de Foucault et la fresque romanesque ? « Tout est vrai, mais rien n'est vrai » nous dit Thomas Bouchet, historien talentueux du sensible et amoureux rigoureux de littérature. Ces femmes sont fictives, mais leur incarnation aux accents hyperréalistes se développe à travers l'usage minutieux des archives. Ce sont le corps et ses humeurs, l'expérience sexuelle, les maux de dents, le goût du chocolat ou celui de l'eau de vie dans les estaminets. L'éclat de réel du paysage avec la girafe du Jardin des Plantes, ces indigènes qui traversent le paysage et les faits divers. Mais le tour de force littéraire et politique réside aussi et surtout dans la voix des femmes. Toutes sont recluses, c'est leur condition, que ce soit dans « l'île » du Jardin des plantes, le couvent de la rue Neuve Sainte-Geneviève, la colline de Ménilmontant et la prison la vraie, Saint-Pélagie, pour Louise. Bouchet donne la parole aux femmes, alors que les hommes en sont privés. Chacune a un mode d'expression qui s'accorde avec sa condition : la bourgeoise a accès à la correspondance et se prête à des essais littéraires, pour la religieuse c'est le journal intime, pour la militante, le discours, la harangue, et la marchande, la plus précaire de toutes, parle à travers les minutes des interrogatoires.
    L'effet de réel est parfait.

  • Ce jeudi-là, charles lagrange s'emporte et alphonse de lamartine s'épanche, auguste billault déconcerte son auditoire, armand dufaure développe à loisir sa vision du monde.
    Armand marrast préside à la tribune. de leurs bancs, adolphe thiers et victor hugo écoutent et observent. d'autres prennent la parole sans que leurs interventions soient entendues. la plupart assistent en spectateurs à l'un des plus riches débats d'idées que l'histoire parlementaire française ait connu. près de cent soixante ans plus tard, le lecteur est convié à cette mémorable séance de l'assemblée nationale constituante de la iii république, l'après-midi du 14 septembre 1848.
    Pour démêler l'écheveau des discours qui la scandent, thomas bouchet suit pas à pas des représentants du peuple confrontés à la question qui figure à l'ordre du jour : le droit au travail. leur responsabilité est lourde : s'ils font figurer ce droit dans le préambule de la constitution, la république sera sociale. journaux, comptes rendus de comités et de commissions, textes politiques, écrits sur l'art oratoire, mémoires, caricatures, portraits et plans dessinent les contours d'un âpre combat fait de phrases qui crépitent, de chuchotements discrets ou de pesants silences.
    On y repère des lignes de clivage et des rapports de force tantôt inédits, tantôt hérités de la révolution française ou des années de monarchie censitaire. les règles de l'éloquence politique, les caractéristiques de la vie parlementaire, les dynamiques propres de l'événement et les logiques des parcours individuels ou collectifs aident à comprendre l'entrelacement du discours et de la politique au milieu du xixe siècle français.

  • La question de la sensualité met les socialismes à l'épreuve : la poser, c'est s'interroger sur les formes et les limites de l'émancipation commune. Telle est l'hypothèse peu orthodoxe qui sous-tend cette enquête au long cours où deux siècles d'histoire des socialismes français sont passés au crible des plaisirs des sens. Depuis les harmonies sensuelles de Charles Fourier jusqu'au socialisme gouvernemental et pâlot d'aujourd'hui, une tension joue en permanence : d'un côté, dominant, un socialisme anguleux adepte de l'ascèse militante ; de l'autre, minoritaire, un socialisme tout en rondeurs qui intègre la bonne chère, la fête et l'amour à son programme.

    Les Fruits défendus visite les fronts multiples du débat sur la sensualité. On y rencontre Pierre-Joseph Proudhon et Léon Blum, Claire Démar et Jeannette Vermeersch, Marcel Sembat, Roger Vailland et François Mitterrand ; on y tourne les pages de L'Atelier ou de L'Humanité ; on y rejoint dans leurs combats les militants de la SFIO ou du MLF ; on y découvre la retraite de Ménilmontant, les milieux libres de la Belle Époque ou le restaurant des Lipp ; on y suit ceux qui se régalent d'une douzaine d'huîtres et ceux qui ferraillent contre les séductions de l'amour charnel. Au terme du parcours, c'est une autre histoire des socialismes qui se dessine.

  • Côté pile, les insultes sont réputées injustes et blessantes. Côté face, on les dit futiles et indignes d'attention. Elles semblent incarner les petitesses du débat politique. Elles méritent pourtant mieux que l'irritation, le sourire ou le mépris. Que l'on choisisse simplement d'en étudier une de près et l'enquête, palpitante, commence. Car la parole mordante ne se laisse pas cerner si facilement. Elle ne se révèle dans toute sa profondeur que si l'on prend le temps de décortiquer les mots incriminés, d'identifier les auteurs, victimes et témoins, de mettre les principaux enjeux en lumière, de décrypter le déploiement des conséquences immédiates ou lointaines. Au-delà de leur impact immédiat, « menteur », « ruraux », « vous êtes du Syndicat », « chiens couchants » ou « représentants du peuple entre guillemets » exigent - bien davantage que le très pauvre « Cass'toi alors, pauv'con » de Nicolas Sarkozy - un patient décodage. Noms d'oiseaux est l'étude suivie d'une douzaine de ces situations d'insultes extraites de l'histoire française, au fil de deux siècles de parlementarisme. On y croise, au gré des chapitres, des groupes d'ultraroyalistes, de boulangistes ou de communistes en colère, mais aussi Honoré Daumier à sa table de travail, Michel Goudchaux en pleine déconfiture, Victor Hugo à l'assaut de « Napoléon le Petit », Georges Clemenceau l'épée au poing, Jean Jaurès frappé à la nuque, Léon Blum ou Simone Veil estomaqués par l'abjection de ce qu'ils viennent d'entendre, Dominique de Villepin les deux index pointés contre François Hollande. Par la petite porte, les insultes permettent de s'installer au coeur des débats d'hémicycle, de la Restauration à nos jours, en passant par l'Affaire Dreyfus, le Front populaire ou encore la Guerre froide.

  • La gauche a souvent oscillé entre le singulier et le pluriel depuis 150 ans.
    Si certains de ses combats - sur le terrain économique, par exemple - l'ont plutôt aidée à s'identifier, d'autres ont eu l'effet inverse. Meetings & Alcôves montre que les questions de sexualité ont contribué à brouiller les repères. Les partis, syndicats, journaux, militants européens ou américains ont en général opposé ou disjoint engagement politico-social et expressions du désir sexuel, mais au prix de multiples tensions et contradictions.
    The Left has often wavered between the singular and the plural. Some of its struggles - in the field of economy for example - have if anything reinforced its sense of identity. Yet others have had the opposite effect. Meetings & Alcôves argues that conflicts over sexual issues have been the source of more perplexity. With political parties, trade unions and activists, socio-political involvement and the expression of sexual desire have generally been considered as antagonistic or clearly independant of each other.
    But this disjunction has caused many tensions and contradictions.

  • "You snivelling little git!" ! " (" Espèce de petit connard de pleurnicheur ! ") ; " Pepe Botella ! " ("Jojo la Bouteille .
    ") , Oligarcas ! " (" Oligarques ! ") ; " A bas les ruraux ! ", Parmi des centaines d'autres, ces mots et expressions scandent L'Insulte (en) politique, Noms d'oiseaux désobligeants, dévalorisants, humiliants, lancés aux tribunes, dans les cortèges ou devant les caméras, en français, en anglais ou en espagnol, ils ont été jusqu'ici peu étudiés. Le présent livre est né de ce constat. Il présente les résultats d'une longue et passionnante traque sur deux continents, des campagnes du Haut-Quercy et du Pérou aux murs de Belfast, de la chambre des Communes et des Cortes aux kiosques à journaux parisiens, On y rencontre Léon Blum et Carlos Menem, Byron et Louis-Napoléon Bonaparte, Louise Bernardi et Manuel Almandos, des femmes du Venezuela et des députés de la Ve République, des camelots et des caricaturistes, des commissaires de police et des juristes.
    Certaines caractéristiques majeures de la vie politique d'hier ou d'aujourd'hui sont ainsi rendues lisibles dans le bruissement ou le fracas des mots.

empty