George Steiner

  • Martin Heidegger

    George Steiner

    « Les questions que pose Heidegger à propos de la nature et du sens de l'existence sont capitales et contraignantes. En les posant encore et toujours, il a amené au centre d'une perspective nouvelle et radicalement provocatrice de nombreuses régions du comportement humain, de l'histoire sociale, et de l'histoire de la pensée. » Avec clarté et pédagogie, George Steiner nous initie à la philosophie complexe de ce penseur majeur du XXe siècle. Y est expliqué l'essentiel : son intérêt pour les racines de la pensée grecque, ses réflexions sur le langage humain et sur l'oubli progressif de l'être, sans oublier son attitude et ses silences à l'égard du nazisme.
    Dans cette introduction à l'oeuvre du « roi secret de la pensée », George Steiner insiste sur le fait que comprendre Heidegger, c'est accepter d'entrer dans un espace de sens et d'être qui est autre. Ce n'est pas la « compréhension » que son discours sollicite au premier chef, mais une « expérience », l'acceptation d'une étrangeté ressentie.

  • Ce thriller envoûtant met en scène quelques thèmes importants et tabous de notre époque. Hitler était-il fou ? Se considérait-il lui-même comme juif ? Israël est-il un legs d'Hitler ? Peut-on considérer l'Holocauste comme un acte du faux messie attendu depuis des millénaires ? Peut-on laisser ce vieillard décrépit faire entendre la magie noire de sa voix ? Le langage qui crée, le Logos, doit nécessairement impliquer son contraire, le mot qui « incrée ».

    Avec ce livre, George Steiner a réussi un rare tour de force : celui de nous poser les grands problèmes moraux tout en les immergeant dans un récit haletant et ensorcelant.

  • Née des oeuvres incestueuses d'oedipe et de Jocaste, Antigone bravera les ordres de Créon pour inhumer son frère, Polynice. Elle sera enterrée vive. Pamphlet contre la loi humaine et pour la loi divine ou, au contraire, apologie de la raison d'État : les générations se sont succédé, incapables de trancher. Au fil des pages, l'on découvre, cependant, que la loi divine invoquée par Antigone - enterrer les morts - n'est pas moins humaine, et que défendre l'État est aussi une loi divine, tandis que la pièce met en scène l'affrontement de deux amours : celui d'une soeur pour son frère et celui d'un homme pour la cité et son pouvoir. Les hésitations du choeur sont là pour souligner les incertitudes ou les ambiguïtés du devoir que dictent et l'amour et le droit.
    Cette pluralité des sens et cette irréductibilité des interprétations - d'Eschyle et Sophocle à Anouilh et Cocteau, en passant par Garnier, Racine, Alfieri, Marmontel, Hegel, Hölderlin - sont partie intégrante de la culture occidentale. Le conflit Antigone-Créon est désormais, semble-t-il, une dimension a priori de la conscience intellectuelle et politique de nos démocraties. Comment expliquer autrement que ces légendes grecques antiques continuent à inspirer et à déterminer tant de nos réflexes culturels les plus fondamentaux ?

  • Que signifie " enseigner " ? C'est dévoiler un Logos révélé, diront les uns, tel le maître qui enseigne la Torah, explique le Coran ou commente le Nouveau Testament, Au contraire, argueront d'autres, l'enseignement passe par la seule vertu de l'exemple, tels Socrate et les saints qui enseignent en existant. L'enseignement est un rapport de force, une forme de violence, protesteront les troisièmes. C'est compter sans les refus d'enseigner, faute de destinataire jugé digne de son héritage par le maître. Les exemples abondent dans l'histoire de la tradition alchimique et kabbalistique, ou bien de la philosophie. Par-delà toutes ces réponses, la question qui vaille n'est-elle pas de savoir s'il existe quelque chose à transmettre, sinon un premier éveil, une aurore de l'intelligence ?

  • Oeuvres

    George Steiner

    Connaissez-vous George Steiner? L'arpenteur de toutes nos cultures, présentes et passées, le philosophe qui nous convainc que penser c'est aussi dialoguer avec d'autres langues, d'autres cultures. Car pour Steiner, le don des langues dont il est doté c'est la jubilation de communiquer au lecteur le savoir le plus érudit mais c'est aussi le talent sans égal de raconter la pensée, de la mettre en scène, d'en faire un événement. Il est l'homme aussi bien de l'essai, du récit, de la critique que du roman - pour ce qui relève de la forme - ; quant à son «matériau», en définir les contours reviendrait à défier la Culture même. Pour celui qui «a commis l'indiscrétion d'être juif», le coeur de l'oeuvre est habité par «la volonté d'être présent», dans tous les sens du terme, «après la Shoah». Est-ce à cet héritage talmudique que nous lui devons ce statut de maître de lecture? Un maître qui nous fait la courte échelle pour gravir des sommets autrement inaccessibles.

  • Longtemps, nous avons cru que le progrès de la morale allait de pair avec le développement de la culture.
    Le nazisme, montre george steiner a pulvérisé cette illusion : buchenwald n'est situé qu'à quelques kilomètres de weimar.
    Longtemps aussi, au moins depuis athènes, nous avons été animés par la conviction que l'investigation intellectuelle devait aller toujours de l'avant et, selon la belle métaphore de steiner, nous conduire à ouvrir l'une après l'autre les portes du château de barbe-bleue. mais cette foi dans le progrès est aujourd'hui vacillante : peut-être le développement technique est-il un piège et non une libération ; peut-être la dernière porte du château donne-t-elle sur des réalités contraires à notre équilibre mental et à nos maigres réserves morales.
    L'optimisme des lumières nous est donc interdit, et c'est une redéfinition tragique de la culture que propose le livre dense et lucide de george steiner.

  • L'étude de la tragédie grecque, élisabéthaine, classique française est la matière de ce livre.
    Définir la vision tragique du monde, découvrir le sens de l'homme traqué, du cri de cassandre au silence ultime de phèdre, déceler à quel moment dans la conscience occidentale, et pour quelles raisons complexes, cette vision tragique perd son autorité t poétique, tels sont les objets que se donne l'auteur. peut-il y avoir une tragédie chrétienne ou marxiste, l'écriture moderne a-t-elle perdu le mystère du mot et le matériel de la forme sans lesquels il peut y avoir drame, mais non tragédie ? poser la question dans les termes oú elle doit l'être est déjà répondre aux grandes lignes d'une enquête passionnée, plus qu'épiloguer vainement sur les gloires du passé.

  • Ce tournant de siècle est marqué par une lassitude foncière. Ontologique, dirait-on : la chronométrie intime, les contrats avec le temps qui déterminent si largement notre conscience indiquent la fin d'après-midi. Nous sommes des tard venus. Du moins avons-nous le sentiment de l'être. On nous dirait ployés vers la terre et vers la nuit, comme des plantes à la tombée du jour.
    Quel impact ces temps couverts ont-ils sur la grammaire - c'est-à-dire l'organisation articulée de la perception, de la réflexion et de l'expérience, la structure nerveuse de la conscience qu'elle communique avec elle-même et les autres ? Que deviennent les temps verbaux qui organisent notre présence au monde quand les sciences humaines et les arts, désenchantés par la glose, ne croient plus possible la création, mais que les sciences sont, elles, saisies par l'ivresse de la découverte des commencements, possible dans les temps à venir ? Faut-il vraiment désormais que du futur la pensée et les arts fassent table rase oe
    Au crépuscule des utopies - politiques, théologiques, philosophiques -, qui n'appartiennent plus à notre syntaxe, George Steiner a écrit le premier in memoriam pour les temps futurs. Du temps où la découverte des origines de la matière n'entendait pas encore tenir lieu de réflexion sur le néant, donc sur la création.

  • On a pu dire de l'oeuvre considérable de George Steiner qu'elle tourne tout entière autour du langage, de son sens et de ses conséquences morales et religieuses. On le verra en lisant cet ouvrage écrit voici quarante ans par l'auteur de Après Babel et Réelles présences et qui, dans un style clair et rigoureux, analyse les menaces qui pèsent sur le langage, sur la position du poète face à la barbarie et la survie d'un sens lié à la culture occidentale. Les humanités survivront-elles ? Chacun sait que la réponse est un combat qui ne cessera jamais.

  • Nul autre que chardin, dans son tableau un philosophe occupé de sa lecture, n'a mieux dépeint cet acte : le philosophe a revêtu un habit de cérémonie, car la lecture est un acte de courtoisie à l'égard du texte, entrée en commerce du lecteur avec un auteur et ses mots ; il s'est entouré de dictionnaires et d'autres volumes, car les mots lui arrivent chargés de tout ce que leur histoire contient en puissance ; il a préparé sa plume, car la lecture est réponse à un texte, grâce aux annotations marginales, aux notes prises, aux citations relevées.
    Dans le silence de son étude, il va apprendre des passages par coeur, sur lesquels, devenu lui-même écrivain, il fera fond, comme les grands écrivains d'occident qui n'ont cessé de reprendre quelques thèmes uniques et singuliers - telles les deux cènes, du christ et de socrate -, imposant la littérature comme réseau de résonances. dans le inonde numérique de demain, que restera-t-il de ces passions impunies, de ces lectures bien faites, pour reprendre la formule de péguy ? mourir plutôt que d'abandonner, dans sa cité livrée au pillage, une déduction géométrique, tel avait été, aux origines de notre continent, le choix d'archimède.
    La culture, réponse à la barbarie, est notre destin. ce destin, il se trouve encore à syracuse - syracuse en sicile plutôt que dans l'état de new york.

  • Les praticiens l'ont toujours su.
    Dans toute philosophie, concédait Sartre, il y a "une prose littéraire cachée". Ce qu'on a moins élucidé, c'est la pression formatrice incessante des formes du discours, du style, sur les programmes philosophiques et métaphysiques. A quels égards une proposition philosophique, même dans la nudité de la logique de Frege, est-elle une rhétorique ? Veut-on dissocier un système cognitif ou épistémologique de ses conventions stylistiques, des genres d'expression qui prévalent ou sont contestés à l'époque ou dans le milieu qui sont les siens ? Dans quelle mesure les métaphysiques de Descartes, Spinoza ou Leibniz sont-elles conditionnées par les éléments constituants et l'autorité sous-jacente d'une latinité partiellement artificielle au sein de l'Europe moderne ? Quand, tels Nietzsche et Heidegger, le philosophe entreprend d'assembler une langue nouvelle, son idiolecte propre à son dessein est lui-même saturé par le contexte oratoire, familier ou esthétique.
    L'association étroite de la musique et de la poésie est un lien commun, toutes deux partageant les catégories du rythme, du phrasé, de la cadence, de la sonorité, de l'intonation et de la mesure. "La musique de la poésie" est exactement cela. Y aurait-il, en un sens apparenté, "une poésie, une musique de la pensée" plus profonde que celle qui s'attaque aux usages extérieurs de la langue, au style ? Ces aspects de la "stylisation" de certains textes philosophiques, de l'engendrement de ces textes via des outils et des modes littéraires, George Steiner nous les restitue dans son souci d'"écouter plus attentivement".

  • Recueil de 28 courts essais publiés par G. Steiner dans le magazine américain«The New Yorker». Il se divise en 4 parties distinctes : histoire et politique, écrivain et littérature, penseurs, études d'une vie. G. Steiner évoque notamment le compositeur autrichien Anton Webern, le critique d'art Anthony Blunt ou encore la vie d'Albert Speer.

    Lectures Chroniques du New Yorker George Steiner a écrit plus de cent trente articles pour le prestigieux magazine américain The New Yorker entre 1967 et 1991, et il est incontestable que son érudition exceptionnelle y trouve une expression particulièrement brillante et divertissante. Le présent volume en offre un choix significatif et nous permet de suivre l'intellectuel européen dans son intérêt pour des thèmes ou personnages extrêmement divers. Que ce soit le destin d'Albert Speer - son amitié avec Hitler, son rôle dans le régime nazi, puis son long emprisonnement dans la prison de Spandau - ou la singularité du roman 1984 de George Orwell, devenu une véritable jauge de l'évolution de nos sociétés, ou encore l'histoire d'Anthony Blunt - grand critique d'art, spécialiste de la peinture française du XVIIe siècle, conseiller de la reine d'Angleterre, et espion pour le compte de l'Union soviétique -, George Steiner raconte et analyse tout à la fois. Anton Webern, Graham Greene, Thomas Bernhard, Vladimir Nabokov, Samuel Beckett, Louis-Ferdinand Céline, Waiter Benjamin, Cioran, Claude Lévi-Strauss, Hermann Broch, André Malraux, Michel Foucault ou Paul Celan - pour ne citer qu'eux - donnent lieu à d'autres développements passionnants, vifs et nuancés. Ainsi rassemblés dans un recueil pour la première fois, l'ensemble nous offre un formidable condensé de la pensée du grand George Steiner.


  • les cafés caractérisent l'europe.
    ils vont de
    l'établissement préféré de pessoa à lisbonne aux cafés d'odessa, hantés par les gangsters d'isaac babel. ils s'étirent des cafés de copenhague, devant lesquels passait kierkegaard pendant ses promenades méditatives, aux comptoirs de palerme. pas de cafés anciens ou caractéristiques à moscou, qui est déjà un faubourg de l'asie. très peu en angleterre, après une mode éphémère au xviiie siècle.
    aucun en amérique du nord, sauf dans cette antenne française qu'est la nouvelle-orléans. dessinez la carte des cafés, vous obtiendrez l'un des jalons essentiels de la "notion d'europe".

  • épreuves

    George Steiner

    Rien de plus faussé en notre siècle que le rapport à la vérité.
    Rarement l'humanité aura à ce point sacrifié à l'erreur.
    A lui seul, le héros de george steiner illustre ce terrifiant constat. voilà plus de trente ans que les yeux infaillibles de ce correcteur d'épreuves repèrent l'erreur la plus minime au long de documents aussi ardus que des annuaires téléphoniques ou la liste des cours en bourses.
    Mais un jour, la vision aiguë qui fit la réputation du professore commence à décliner.
    Cette tragédie personnelle est en soi une tragédie historique : ce n'est pas seulement la vision du correcteur qui se voile, c'est la vision du monde de ce communiste qui se brouille. défilent alors devant lui les tragédies du siècle : le facisme, le communisme, leur volonté d'éradiquer l'erreur de l'opinion libre chez l'homme, le nazisme qui prétendit éliminer les juifs par le génocide. quel avenir reste-t-il lorsque tous les systèmes, le capitalisme y compris, se sont révélés insuffisants ? l'histoire est un grand livre qui devient, pour finir, illisible, donc impossible à corriger.

  • Les livres sont notre mot de passe pour devenir plus que nous ne sommes.
    Leur capacité de produire cette transcendance a suscité des discussions, des allégorisations et des déconstructions sans fin. la rencontre avec le livre, comme avec l'homme ou la femme, qui va changer notre vie, souvent dans un instant de reconnaissance qui s'ignore, peut être par hasard. le texte qui nous convertira à une foi, nous ralliera à une idéologie, donnera à notre existence une fin et un critère, pouvait nous attendre au rayon des occasions, des livres défraîchis, des soldes.
    Il peut se trouver, poussiéreux et oublié, sur un rayon juste à côté du volume que nous cherchons. g. s.

  • Sommes-nous aujourd'hui encore capables de jouir d'une oeuvre ? savons-nous encore lire un texte, voir un tableau, écouter une sonate ?
    La question est d'importance.
    Nous vivons à l'ère moderne - celle qu'inaugurèrent rimbaud et mallarmé. tous deux prophétisèrent la fin d'un monde, celui - classique - où le mot désignait une chose. depuis lors, on s'est acharné à théoriser la fin du discours, l'arbitraire du signe, le texte autoréférentiel, l'autonomie de la structure, la mort de dieu d'abord, de l'homme ensuite. même les compositeurs ont proclamé la mort de la musique, et les artistes la fin de l'art...
    De tout cela, il nous reste un lourd héritage : nous vivons, en effet, à l'époque que george steiner appelle l'ère de l'épilogue.
    C'est l'ère où le monde n'a plus de sens, où le sens d'une oeuvre, quelle qu'elle soit, n'est plus la raison d'être de notre lecture, mais où, au contraire, chacune de nos lectures accorde une raison d'être à l'oeuvre. les intentions du créateur n'importent plus, seule compterait ce qu'arbitrairement nous mettrions dans l'oeuvre que nous déconstruirions.
    Face à cette mode de l'indécidable, de l'interchangeabilité du sens, george steiner, nourrissant ses réflexions d'exemples puisés dans la littérature, la musique et la peinture, nous convie à parier à nouveau sur le sens, et même sur le scandale radieux de la transcendance : il y a bien un accord et une correspondance entre le mot et le monde, entre, d'une part, les structures de la parole et de l'écoute humaines et, d'autre part, les structures, toujours voilées par un excès de lumière, de l'oeuvre.
    C'est grâce à ce pari que nous pourrons jouir de l'oeuvre et comprendre sa nécessité.

  • Anno domini

    George Steiner

    Traduit de l'anglais par louis lanoix " sous la violence de l'effort, il avait la tête enfoncée dans les épaules comme s'il portait une armure et, à chaque pas, des gouttes de sueur perlaient à la limite de sa chevelure rousse.
    La douleur ainsi que l'attention constante qu'il prêtait à son précaire équilibre embrumaient si bien son regard que ses yeux avaient pris une teinte grise indéfinissable. mais lorsque, posant sa valise par terre, il reprenait son souffle en s'appuyant sur sa canne comme le héron sur ses longues pattes, alors ses yeux retrouvaient leur couleur naturelle, un bleu dur. le visage à la bouche fine, à l'ossature délicate, jurait avec sa démarche contorsionnée.
    L'homme était beau, mais d'une beauté lasse ".

  • Découvrez Fragments (un peu roussis), le livre de George Steiner. "Y a-t-il un trou noir au coeur de l'être? Ce qui ne peut se conceptualiser ne saurait se dire, ce qui ne peut se dire ne saurait être." En quelques fragments lumineux, dans la tradition d'Héraclite, George Steiner nous conduit au plus profond du paradoxe humain. Question : quelles sont les forces de vie concurrentes à l'oeuvre dans notre monde ?
    Quelle dialectique épineuse s'est donc installée entre tabous et bonnes intentions au point d'éprouver les limites du progrès et de la science ? Que peuvent ainsi les lumières de l'éducation face à la récurrence implacable des continents noirs de l'inégalité ? Que vaut l'idéal de l'amour, aussi éclatant que passager, face aux vertus régulières de l'amitié ? Au-delà de la dualité qui sépare ombre et lumière, gloire et misère, jouissance et connaissance, apparaît peu à peu le dialogue avec les dieux qui arracha à Socrate un chant extraordinaire au moment même de mettre fin à ses jours. Le génie du stoïcisme et le sourire de l'artiste éclairent ces méditations inoubliables en huit aphorismes - sur la lumière, l'amitié, le mal, l'argent, la musique, Dieu et la mort - qu'on lira également comme autant de fragments d'autoportrait.

  • Par ses romans, par ses essais, George Steiner s'est imposé comme une des dernières figures de la grande culture européenne.
    Errata raconte comment très tôt la conscience lui est venue que notre monde était désormais celui où le contrat entre le mot et le sens était rompu, ouvrant une faille où s'engouffrerait toute la barbarie du siècle : il n'est d'examen possible de la frustration contemporaine des espoirs et des promesses des Lumières qui ne doive partir de cette " crise du langage " qui, avec la Première Guerre mondiale, a porté notre siècle sur les fonts baptismaux.
    Un siècle que George Steiner a accompagné. Au commencement, il y a la traversée des langues - un milieu juif austro-tchèque, où se parlent divers idiomes, où se croisent diverses cultures. Une traversée des langues, et des littératures dont elles sont les porteuses, qui, du fait de la tragédie du nazisme, devient une traversée des territoires : la France, les Etats-Unis, la Suisse, où George Steiner professa à l'université de Genève, l'Angleterre, où il enseigne désormais à Cambridge.
    Avec pour défi à relever, celui de répondre à la question : " Comment saisir psychologiquement, socialement, la capacité d'êtres humains à jouer Bach et Schubert le soir, et à torturer d'autres êtres humains le lendemain matin ? Existe-t-il des congruités intimes entre l'humain et l'inhumain ? " La dizaine de chapitres s'ouvre à chaque fois sur une anecdote, familiale, malgré une pudeur extrême, ou historique, à partir de laquelle Steiner déroule le sens de ses quêtes, comme autrefois on déroulait avec mille précautions un rouleau ou l'on ouvrait un incunable.
    George Steiner se fait ici, pour le plaisir de chacun, le lecteur de sa vie, l'herméneute de lui-même.

  • Un vieux dicton - une malédiction peut-être - veut que l'on souhaite à son ennemi de devoir écrire un livre. Sept, ajoute George Steiner, comme le temps de la Création, comme le nombre de branches du chandelier. Que ces livres Steiner ait jamais voulu les écrire réellement, peu importera au lecteur. On le croira volontiers dans certains cas, où il n'est pas jusqu'au plan qui ne nous soit exposé. On en doute dans d'autres où le sujet annoncé est prétexte, à la manière de Montaigne, à dériver vers un autre propos, plus autobiographique. En ouverture, la mésaventure du jeune journaliste Steiner qui entreprend de se lancer dans la biographie d'un monstre sacré de la sinologie occidentale, Joseph Needham, l'auteur d'une impressionnante histoire de la science en Chine, inachevée malgré ses huit forts volumes. L'occasion toute trouvée de s'interroger sur ces oeuvres continents qui finissent par n'avoir d'autres fins que de se maintenir en vie, par leur inachèvement. Les oeuvres suscitent souvent des jalousies qui frisent chez certains sujets la démence criminelle, comme le poète Cecco d'Ascoli qui, toute sa vie, se jugea persécuté par la splendeur de Dante. Qu'est-ce que vivre à l'ombre de génies reconnus, quand on n'est soi-même qu'un brillantissime esprit ? Nous entrons dans la sphère intime de Steiner, qui parlera tour à tour du sexe dans différentes langues, de son rapport à Israël ou à la culture européenne à travers la crise des humanités au profit des sciences exactes, sans oublier la grande question - celle de ses convictions politiques. Chemin faisant, le lecteur est promené à travers siècles et continents par l'auteur. Si ce dernier n'a pas écrit ces livres, ne serait-ce pas qu'il n'entendait répondre directement à aucune des sept questions ?

  • Par ses romans et ses essais, george steiner s'et imposé comme une des dernières figures de la grande culture européenne.
    Errata raconte comment très tôt la conscience lui est venue que notre monde était désormais celui où le contrat entre le mot et le sens était rompu, ouvrant une faille où s'engouffrerait toute la barbarie du siècle : il n'est d'examen possible de la frustration contemporaine des espoirs et des promesses des lumières qui ne doive partir de cette " crise du langage " qui, avec la première guerre mondiale, a porté notre siècle sur les fonts baptismaux.
    Un siècle que george steiner a accompagné.
    La dizaine de chapitres s'ouvre à chaque fois sur une anecdote, familiale, malgré une pudeur extrême, ou historique, à partir de laquelle steiner déroule le sens de ses quêtes, comme autrefois on déroulait avec mille précautions un rouleau ou l'on ouvrait un incunable.
    George steiner se fait ici, pour le plaisir de chacun, le lecteur de sa vie, l'herméneute de lui-même.

  • George Steiner, professeur à l'Université de Genève, est déjà très connu en France, non seulement par ses livres traduits en notre langue - le dernier qui connaît un très grand succès est intitulé : Les Antigones - mais encore par ses conférences et surtout par ses interventions si brillantes et si géniales dans le cadre des grandes émissions littéraires de la télévision.
    Dans ce livre, qu'il a voulu intituler Le Sens du sens, on trouvera le texte d'une conférence fondamentale, donnée dans les trois langues qui déterminent sa vie et son espace culturel. Cette conférence égale la conférence célèbre de Heidegger sur la métaphysique. Mais elle est beaucoup plus claire. En la composant George Steiner a cru réussir à formuler la promesse qu'annonçait son oeuvre antérieure déjà si abondante.
    Mais il considère aussi sa conférence comme le testament de sa pensée, comme les pages qu'il faudra toujours relire. C'est dans un labeur acharné touchant la littérature comparée que George Steiner est devenu un philosophe. Il égale déjà Heidegger et il est une figure éminente en notre siècle. Il préfère au titre de philosophe celui de maître à lire. Il est celui qui montre comment lire. Si Dieu lui prête une longue vie nous pouvons assurer qu'il sera le plus grand maître à lire du xx° siècle, et que par l'énergie absolue de sa pensée il dominera toute la philosophie.

  • « Si vous autres, fumiers de Nord-Américains, vous avaliez pas toutes ces drogues, si vous vous jetiez pas dessus comme des chiens enragés, toute cette fosse à purin s'assécherait du jour au lendemain. Fini les feuilles de coca. Fini les labos dans la jungle. Fini les passeurs, fini les mules qui trimballent des sacs de marchandises après avoir passé la frontière. Fini le bain de sang à Medellin. Kaput. Nada, mon jeune ami. Pigé ? » Warren surprit comme une odeur de caoutchouc brûlé dans l'haleine de l'Informateur. « Pigé, le scribouillard ? Foutus Amerloques ! Ils prêchent, vous demandent des excuses pendant qu'ils sniffent de l'héroïne à plein nez.

  • Nous avons tendance à oublier que les livres, éminemment vulnérables, peuvent être supprimés ou détruits. Ils ont leur histoire, comme toutes les autres productions humaines, une histoire dont les débuts mêmes contiennent en germe la possibilité, l'éventualité d'une fin. George Steiner souligne ainsi la permanence sans cesse menacée et la fragilité de l'écrit en s'intéressant paradoxalement à ceux qui ont voulu - ou veulent - la fin du livre. Son éblouissante approche de la lecture va de pair ici avec une critique radicale des nouvelles formes d'illusion, d'intolérance et de barbarie produites au sein d'une société dite éclairée. Cette fragilité, répond Michel Crépu, ne renvoie-t-elle pas à un sens intime de la finitude que nous apprend précisément l'expérience de la lecture ? Cette si étrange et douce tristesse qui est au fond de tous les livres comme une lumière d'ombre. Notre époque est en train de l'oublier. Jamais les vrais livres n'ont été aussi silencieux.

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