Didier Barrière

  • Aux abords du fantastique

    Didier Barrière

    • L'arbre vengeur
    • 11 Avril 2013

    Comment «l'éditeur», Didier Barrière, s'est-il procuré ces trois textes? Il nous laisse le soin d'en juger, les rassemblant en une étrange trilogie dans laquelle le présentateur distingue trois éléments constitutifs du genre fantastique. Le premier auteur, Marcel Bertrand, en imaginant Monsieur Meidart et les voisins du dessous, produit un récit du fantastique avorté au style heurté, qui nous immerge dans le quotidien sombre et misérable d'un misanthrope qui n'arrive pas à se libérer. Le narrateur du deuxième se libère au point de finir par atteindre une sorte de merveilleux, mais au risque de se perdre; l'obsession de la cartographie est d'autant plus forte dans Le véritable passage du Nord-Ouest que l'auteur André-Charles Naugé nous fait voyager dans un monde imaginaire délirant. Quant au troisième récit, La bouche sans langue, signé J.-François Michel, il s'affranchit totalement du réel ; il ne s'agit plus alors d'enchantement mais de grotesque, les personnages ne sont plus que des marionnettes se livrant à un combat dérisoire contre une sorte d'allégorie de la confusion des langues et des désirs, et cette dérision généralisée se manifeste jusque dans l'écriture du récit.
    En rassemblant ces trois aspects du fantastique, c'est aussi et curieusement la personnalité de l'éditeur qui se révèle, d'autant que sa présence s'insinue par le truchement d'un paratexte dont des variantes proches d'un appareil critique. Didier Barrière, toujours tenu par ses manies érudites, semble ainsi s'emparer de la trilogie et fidèle à l'esprit du génial Nodier (voire de Borges) il s'insinue grâce à ce procédé joueur sans négliger le risque de n'être pas lu...
    Et sa préface est elle-même une nouvelle, quête personnelle et d'apparence autobiographique à la recherche d'un fantastique qui se dérobe.
    Une très belle manière d'établir des étapes, des distances entre le fantastique et nous, soit pour nous en prémunir, soit pour lui donner plus de force.

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