Daniele Lorenzini

  • Quel(s) rapport(s) est-il possible de tracer entre l'éthique et la politique ? Michel Foucault, Pierre Hadot et Stanley Cavell, à partir de trois positions philosophiques très différentes, ont élaboré des stratégies de réponse à cette question que le présent ouvrage se propose de rendre explicites et d'explorer. Ainsi, l'esthétique de l'existence, les exercices spirituels et le perfectionnisme moral y sont combinés afin de construire un arrière-plan conceptuel et pratique permettant de saisir à la fois les enjeux politiques d'une « éthique de soi » et l'incontournable dimension éthique d'une « politique de nous-mêmes ». Cet ouvrage entend contribuer à l'élaboration d'une « philosophie analytique de la politique » dont le but est de rendre visibles l'existence et le fonctionnement concret du pouvoir dans ses ramifications quotidiennes; une telle entreprise se noue de façon étroite avec une analyse des « techniques de l'ordinaire », c'est-à-dire de ces pratiques que les individus utilisent pour donner une forme à leur vie et pour transformer leur rapport à eux-mêmes, aux autres et au monde.

  • Une lecture originale du projet foucaldien d'une histoire de la vérité : pour ce faire, nous nous appuyons sur les outils théoriques et méthodologiques élaborés par Foucault dans Le pouvoir psychiatrique et dans Du gouvernement des vivants, et nous soutenons la nécessité de sortir d'une conception « logico-scientifique » de la vérité afin d'explorer les dimensions proprement éthiques et politiques de la pratique du dire-vrai. Ainsi, nous abordons également l'étude foucaldienne de la parrêsia antique. Pourtant, en allant au-delà de ce que Foucault a pu dire à ce propos, c'est à travers une analyse détaillée de la parrêsia en tant qu'acte de langage, et grâce à une confrontation serrée avec les travaux de John L. Austin sur l'énoncé performatif et de Stanley Cavell sur l'énoncé passionné, que nous proposons d'étudier les effets perlocutoires d'un genre d'énoncés - les énoncés parrèsiastiques - dont la fonction principale est de manifester le rapport éthique des êtres humains à la vérité.
    Notre objectif, en dressant une « liste » (dont nous revendiquons le caractère provisoire et ouvert) de sept conditions nécessaires qu'un énoncé doit remplir pour pouvoir être considéré comme parrèsiastique, est de mettre en lumière tout particulièrement la valeur éthico-politique d'une vérité considérée comme une force critique à l'intérieur d'un champ de bataille, et de poser à nouveaux frais le délicat problème du rapport entre vérité et vie au sein d'une éthique et d'une politique du dire-vrai. Bref, en un sens, le problème que cet ouvrage entend poser est celui de la force du vrai, qui est bien entendu étroitement lié à celui de la force ou du pouvoir des mots. Mais le vrai - objectera-t-on - ne peut pas être une force, car la vérité n'existe que dans le domaine de la connaissance, et elle est donc libre de tout rapport de pouvoir... Autant d'idées que cet ouvrage se propose de retourner, pour montrer qu'elles ne sont des « évidences » qu'au sein d'un régime de vérité tout à fait spécifique et contingent, et que la vérité-connaissance n'est en réalité qu'une des formes possibles et historiquement existantes qu'a pu prendre la vérité.

  • Les oeuvres de Foucault et de Wittgenstein, qui relèvent de traditions philosophiques fort éloignées, peuvent toutefois entrer en résonance et se relancer mutuellement : cette mise en perspective permet alors de cerner les points aveugles comme l'insistance contemporaine du questionnement philosophique propres à chacune d'elles.

    Ces deux auteurs ont en effet proposé une critique radicale de la notion classique d'une subjectivité souveraine, contre une compréhension traditionnelle d'un sujet de l'action et du savoir transparent à soi-même.

    Quelles sont dès lors les conséquences éthiques et politiques d'une telle conception - non psychologique et non métaphysique - de la subjectivité ?

    En explorant, hors de tout clivage institué, des thèmes tels que le « rapport à soi », la conscience et ses illusions, l'identité subjective dans sa dimension institutionnelle et politique, les rapports entre le Je et le Nous, il s'agit de faire émerger de la confrontation Foucault/ Wittgenstein un « style de pensée » qui nous pousse à repenser radicalement la forme de nos intérêts et de nos préoccupations éthiques et politiques.

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