Arnaud Esquerre

  • Qu'est devenue la vérité ? À l'heure de la mise en oeuvre de la première loi supposée limiter les « fake news », Arnaud Esquerre, spécialiste des phénomènes de croyance, analyse la logique propre à ces faits alternatifs et les raisons de leur succès dans la sphère publique.

  • Au début du XXIe siècle, en France, il est des images filmées dont l'État interdit l'accès à une catégorie du public, les mineurs, parce que leurs effets sont jugés dangereux : ce sont des images d'actes sexuels, des images d'actes violents, ou les deux. De quelle instance procèdent ces décisions ? Selon quels critères ? Avec quelles conséquences en cas de contestation de la décision du gouvernement, aussi bien par les artistes que par des associations de spectateurs au nom de la protection de la jeunesse et du respect de la dignité humaine ?

    Arnaud Esquerre a assisté aux débats en huis clos des membres de la Commission de classification. Il analyse comment les commissaires interprètent et rendent un avis sur les films. Il se penche aussi sur la manière dont des décisions ministérielles délivrant des visas ont été remises en cause à plusieurs reprises depuis le film Baise-moi en 2000.

    Il peut sembler évident que la liberté d'expression en France, un État se présentant comme démocratique, ne cesse de s'étendre et que cette extension sera acquise pour toujours. Pourtant, en pénétrant dans les coulisses de la « censure » au cinéma telle qu'elle s'exerce aujourd'hui, ce que la lectrice ou le lecteur sont invités à découvrir, c'est pourquoi la liberté d'expression n'est jamais définitivement gagnée.

  • Alors que l'astrologie est très répandue sous la forme populaire des horoscopes, mais aussi des consultations astrologiques, nous savons peu de choses sur elle. Pourtant les questions ne manquent pas : les astrologues sont-ils des «charlatans » qui s'autodésignent « astrologues » ? Peuvent-ils être comparés à des thérapeutes ou à des poètes ? Les horoscopes sont-ils rédigés de la même manière depuis la Renaissance, voire depuis l'Antiquité ?
    L'enquête menée propose de conduire le lecteur au coeur de la consultation astrologique : que s'y passe-t-il précisément ? Cette expérience peut-elle être rapprochée de la sorcellerie ou de la voyance ? Enfin, pourquoi tant de personnes ont-elles recours à l'astrologie au début du XXIe siècle en France ?
    À toutes ces interrogations, les réponses apportées par l'étude sociologique d'Arnaud Esquerre sont souvent inattendues et invitent à s'interroger, plus largement, sur le rapport entre temps et langage.

  • Qui aujourd'hui se préoccupe des os et des cendres des personnes décédées? Personne, est-on tenté de répondre tant on répète à l'envi que notre société individualiste vit dans le déni de la mort. Et pourtant, l'enquête sociologique d'Arnaud Esquerre révèle à l'inverse que l'Etat ne s'est jamais autant soucié des morts. Depuis que le contrôle de l'Eglise sur les restes humains a perdu de sa vigueur, la puissance publique a commencé à s'intéresser aux os et aux cendres. Face aux bouleversements des trente dernières années (essor de la crémation, développement des preuves par l'ADN, demandes de restitution des têtes maories, etc.), l'Etat déploie une nouvelle politique : interdire que les morts, même réduits en cendres, séjournent ailleurs que dans l'espace public, empêcher ou limiter l'exposition de restes humains, même s'ils sont considérés comme des oeuvres d'art, distinguer les morts "nationaux" appelés à rester sur le territoire et les autres, instituer la notion de profanation, largement punie. Derrière ces changements majeurs des relations entre les os, les cendres et l'Etat se joue une nouvelle politique de la mort, méconnue et passionnante.

  • comment lutter contre les dérives possibles des groupes sectaires ? quand les membres de sectes sont victimes d'escroquerie, d'atteintes à leur personne, de séquestration ou d'autres types de délits connus, l'etat dispose d'un arsenal juridique efficace pour mener des actions et, après procès, obtenir d'éventuelles condamnations. hors de ces délits caractérisés, la lutte contre les sectes relevait jusqu'aux années 1960 de la seule eglise catholique, soucieuse de combattre de « fausses églises ».
    mais à partir des années 1970, cette lutte s'est émancipée du giron de l'eglise et a changé de nature. il s'est agi de lutter contre la manipulation mentale que feraient subir ces groupes à leurs adeptes, les privant de tout libre arbitre. l'etat, qui s'est fait le relais de ce combat initié par des groupes de victimes et de proches de victimes, a donc cherché à qualifier juridiquement la manipulation mentale.
    dans les années 2000, cette lutte a abouti à la création d'un délit pénal punissant la sujétion psychologique. mais comment peut-on qualifier une situation de manipulation mentale ? qui peut l'expertiser ? cette sujétion psychologique est-elle réservée aux sectes ou s'applique-t-elle dans d'autres situations ? et agir par le droit a-t-il permis de faire disparaître ou de réduire les manipulations mentales ?
    arnaud esquerre a mené l'enquête pendant plusieurs années auprès de toutes les parties concernées : victimes, proches des victimes, membres de sectes, représentants de l'etat, juges, etc. il raconte en sociologue comment la france a inventé le délit de « sujétion psychologique ». il montre ses implications pour nous tous : ces combats contre la manipulation mentale sont autant d'agencements à travers lesquels l'etat exerce un pouvoir sur le psychisme des êtres humains. un pouvoir particulièrement inquiétant parce qu'il laisse à ceux qui en ont la maîtrise une marge d'arbitraire très grande.

    arnaud esquerre est sociologue, rattaché au groupe de sociologie politique et morale (gspm) à l'ecole des hautes etudes en sciences sociales, et il a enseigné à sciences po paris de 2005 à 2008.

  • Depuis le milieu du XXe siècle, les mystérieux témoignages d'ovnis, de soucoupes volantes et de phénomènes aériens non identifiés ont fleuri. Les témoins ne se connaissent pas, ne vivent ni au même endroit, ni parfois à la même époque, mais tous leurs récits se ressemblent : quelqu'un raconte avoir aperçu dans le ciel, de manière soudaine et inattendue, puis avoir perdu de vue, tout aussi subitement, une chose qu'il ne reconnaît pas. Comment ces récits énigmatiques peuvent-ils être résolus ?
    En se plongeant dans les centaines de témoignages collectés en France depuis les années 1970 par un petit département du Centre national d'études spatiales qui leur est strictement dévolu (le GEIPAN) et dans les procès-verbaux des enquêtes de gendarmerie, Arnaud Esquerre propose une nouvelle piste : tous ces témoignages ont une structure commune qui place l'incertitude au coeur de ce qui a été vécu.
    Comprendre ainsi que des récits aussi étonnants que ceux d'événements extraterrestres sont, en fait, des récits fantastiques, même s'ils ne sont pas littéraires, c'est aussi une manière d'explorer notre rapport à la réalité.

  • À quelques mois d'intervalle, entre 1988 et 1989, et à la faveur d'un film de Martin Scorsese, La Dernière tentation du Christ, et d'un roman de Salman Rushdie, Les Versets sataniques, l'accusation de blasphème a soudainement refait actualité dans nos paisibles démocraties pluralistes. Ce fut un tournant pour l'anthropologue Jeanne Favret-Saada, qui n'a eu de cesse, depuis, d'enquêter sur ce retour de bâton religieux, y compris les caricatures de Mahomet.

    Un an avant l'assassinat du professeur Samuel Paty, AOC avait choisi d'accueillir un entretien important entre Jeanne Favret-Saada et Arnaud Esquerre, un texte refusé par la revue Terrain qui l'avait initialement commandé pour un dossier intitulé... « Faire taire». En revenant sur les enquêtes qu'elle mène depuis trente ans sur ces sujets, Jeanne Favret-Saada nous permet de mieux saisir comment le mot blasphème a fait son grand retour à la « une » des journaux.

    Jeanne Favret-Saada est anthropologue, elle a travaillé successivement sur les systèmes politiques tribaux en Algérie, la sorcellerie dans le bocage de l'Ouest français, l'antisémitisme et l'antijudaisme catholiques et les accusations de blasphème dans l'Europe contemporaine.
    Arnaud Esquerre est sociologue, il a notamment travaillé sur les sectes, les cimetières, l'astrologie, la censure. Il est le co-auteur avec Luc Boltanski d'Enrichissement (Gallimard).

    AOC est un quotidien d'idées numérique fondé en janvier 2018 par Sylvain Bourmeau, Raphaël Bourgois et Cécile Moscovitz. Du lundi au vendredi, il publie chaque jour une Analyse, une Opinion et une Critique, le samedi un entretien et le dimanche un texte littéraire.
    En presque trois ans, AOC a publié 2 500 articles de plus de 1 300 auteurs différents (chercheuses et chercheurs, écrivain.e.s, artistes, journalistes...). Plus de 80 000 lecteurs reçoivent chaque jour par email le sommaire, parmi lesquels 7 000 sont abonnés.
    Dès avant son lancement, le quotidien d'idées AOC a imaginé publier dans un ouvrage de belle facture certains de ses articles de référence, renouant ainsi, à l'ère numérique, avec les brochures du XVIIIe siècle.

  • Luc Boltanski et Arnaud Esquerre restituent le mouvement historique qui, depuis le dernier quart du XXe siècle, a profondément modifié la façon dont sont créées les richesses dans les pays d'Europe de l'ouest, marqués d'un côté par la désindustrialisation et, de l'autre, par l'exploitation accrue de ressources qui, sans être absolument nouvelles, ont pris une importance sans précédent. L'ampleur de ce changement du capitalisme ne se révèle qu'à la condition de rapprocher des domaines qui sont généralement considérés séparément - notamment les arts, particulièrement les arts plastiques, la culture, le commerce d'objets anciens, la création de fondations et de musées, l'industrie du luxe, la patrimonialisation et le tourisme. Les interactions constantes entre ces différents domaines permettent de comprendre la façon dont ils génèrent un profit : ils ont en commun de reposer sur l'exploitation du passé.
    Ce type d'économie, Boltanski et Esquerre l'appellent économie de l'enrichissement.
    Parce que cette économie repose moins sur la production de choses nouvelles qu'elle n'entreprend d'enrichir des choses déjà là ; parce que l'une des spécificités de cette économie est de tirer parti du commerce de choses qui sont, en priorité, destinées aux riches et qui constituent aussi pour les riches qui en font commerce une source d'enrichissement.
    Alors l'analyse historique revêt, sous la plume des auteurs, une deuxième dimension : l'importance, l'extension et l'hétérogénéité des choses qui relèvent désormais de l'échange ouvrent sur une critique résolument nouvelle de la marchandise, c'est-à-dire toute chose à laquelle échoit un prix quand elle change de propriétaire, et de ses structures. La transformation, particulièrement sensible dans les États qui ont été le berceau de la puissance industrielle européenne, et singulièrement en France, devient indissociable de l'analyse de la distribution de la marchandise entre différentes formes de mise en valeur.
    On comprend d'entrée que cet ouvrage est appelé à faire date.

  • Tirés à part n. m. - Extrait d'une revue ou d'un ouvrage relié à part en un petit livret. Destiné habituellement à faire connaître un article récemment publié, la collection détourne l'usage et la fonction du tiré à part pour inviter à la (re)découverte d'un texte.

    En lieu et place du traditionnel mot d'accompagnement de l'auteur, Arnaud Esquerre partage ici, dans une courte présentation, son expérience de lecture de : "On y croit toujours plus qu'on ne croit. Sur le manuel vaudou d'un président" de Jeanne Favret-Saada.

    Croisant sorcellerie, droit et politique, un procès fait en 2008 par Nicolas Sarkozy, alors Président de la République, à une maison d'édition ayant édité une poupée vaudou à son effigie, attire l'attention de l'anthropologue Jeanne Favret-Saada. Elle livre quelques mois plus tard une analyse magistrale de cette affaire dans un article présenté par le sociologue Arnaud Esquerre.

  • "Jours de colère" a réuni le 26/01/14 des milliers de manifestants. Ce qui ne se serait jamais produit il y a encore quelques années sans susciter l'indignation, nourrit désormais notre actualité et se manifeste aussi bien dans les conversations, que dans les votes et les actes de gouvernement. La situation politique apparaît aujourd'hui comme exceptionnelle : elle se caractérise par une dérive vers la droite tirée vers l'extrême de toute la société.
    Que l'impossible d'hier devienne chose probable aujourd'hui suppose une situation d'autant plus inquiétante que ceci ne concerne pas uniquement la France. S'il est possible d'éviter ce que nous ne voulons pas, il faut commencer par répondre à la question : "Qu'est-ce que notre actualité ?". C'est à cette tache que ce texte s'associe.

empty