Alya Aglan

  • Si dans l'ordre politique ordinaire, la guerre civile représente a priori la guerre illicite, intolérable parce qu'elle met en péril la cité entière, en temps d'exception, elle surgit comme un miroir inversé de la société soumise à la subversion et à la corrosion des valeurs. Contrairement aux conflits réguliers, d'État à État, dans la guerre civile, la supériorité revient à celui qui désigne en premier l'ennemi intérieur, qui se pose en défenseur d'une norme, établie ou à établir. L'Occupation redessine des frontières internes et externes, bouleversant les solidarités nationales. La politique allemande à l'égard des territoires occupés joue sciemment le rôle de dissolvant des liens politiques et sociaux. La résistance vue comme guerre civile inverse l'ordre des choses en identifiant un autre ennemi que l'occupant, créant une triangulation qui vient troubler les repères traditionnels. Travail, famille, Patrie remplace désormais Liberté, Égalité, Fraternité, soit la France à l'envers. L'ennemi intime s'ajoute à l'ennemi séculaire dans la combinaison entre guerre mondiale, guerre internationale et guerre interne à la nation. A cette échelle peuvent mieux se lire et se comprendre les antagonismes entre Français des années noires pris dans un conflit planétaire.

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  • Universitaire, spécialiste de la Résistance, Alya Aglan propose enfin un panorama synthétique de cette partie de notre histoire qui demeure encore obscure et qui nous hante. Pour clarifier cette époque, elle a choisi comme mode de compréhension le temps et, ce faisant, elle nous permet d'appréhender sous un tout autre angle les acteurs, les enjeux et les valeurs de la Résistance. Loin des querelles d'historiographes et des problèmes de personnes où se sont souvent enfermés les spécialistes, Alya Aglan prend la Résistance comme un bloc. Ne plus douter de la qualité et du courage qu'il fallait pour résister, tel est le parti pris qu'elle adopte, faisant converger faits et témoignages pour apporter un éclairage nouveau sur cette révolution comparable à la Révolution française. Au fond de l'histoire il y a des sentiments, disait Lucien Febvre. Des sentiments, le lecteur en éprouve beaucoup : il perçoit dans toute leur gravité la prise de risques de celles et ceux qui décidèrent d'entrer dans l'action, de faire basculer leur vie, cette urgence aussi, et cette ombre de la mort planant sur les personnages célèbres ou anonymes que raconte ce livre hommage... Mais c'est aussi un livre d'insoumission : Alya Aglan se nourrit des archives de la clandestinité, des mémoires des protagonistes, des archives secrètes. L'Occupation a été vécue comme une attente, un temps hors de la vie, et la Résistance fut une volonté de vivre contre un temps bloqué. Alors que le totalitarisme annule le temps, la Résistance est créatrice de temps, elle dévoile à l'homme un nouvel accès à l'Histoire. Enfin, ce livre propose un horizon élargi en invitant à comparer les projets d'avenir des Résistances française, allemande, italienne...


  • En faisant revivre les héros parfois ordinaires du mouvement Libération-Nord, Alya Aglan révèle la vérité d'une Résistance socialiste étouffée pour des raisons politiques. Venue du syndicalisme socialiste et chrétien, Libération-Nord, elle incarne le versant utopique de la Résistance désireuse de rénover la société politique d'après-guerre.


  • De Hitler à Sigmaringen, l'histoire comparée, parallèle et croisée de la France et de l'Allemagne permet de comprendre un moment crucial d'une Europe secouée par la grande dépression économique, déchirée par l'émergence des totalitarismes et par la Seconde Guerre mondiale. Dans ces années matricielles du xxe siècle, le flux inexorable d'événements monstres n'a exonéré ni les personnes ni les institutions les mieux établies d'un choix civilisationnel. Des deux côtés du Rhin, l'engagement s'affirme alors comme une issue vers l'avenir. L'édification d'un « Reich de mille ans » génocidaire qui aspire la vie de millions de soldats et de travailleurs entend unifier par la force le continent contre le bolchevisme, tandis que les résistances clandestines, soumises à la répression, réinventent l'idée d'Europe chère aux années 1930.

  • Christian Pineau (1904-1995) a été un homme de conviction et un acteur de son époque : militant syndicaliste avant guerre, résistant parmi les premiers (fondateur du mouvement libération-Nord), arrêté en 1943 et déporté à Buchenwald, Compagnon de la Libération.
    La Résistance l'a mené à la politique : député socialiste de la Sarthe, il est devenu un homme politique de premier rang sous la IVe République, notamment pour avoir été huit fois ministre entre 1947 et 1958, prenant une part décisive à l'expédition de Suez, en 1956, et acteur de la construction européenne. Ce volume reproduit les textes réunis à l'occasion d'un colloque qui s'est tenu en 2003 : analyses d'historiens, et témoignages issus de personnes, qui ont simplement croisé ou bien connu Christian Pineau au cours de sa longue existence.
    Plus qu'une simple évocation de la mémoire de l'homme et de ses actions multiples, cet ouvrage s'intéresse aux traces laissées par cette personnalité peu commune dans ce vingtième siècle tourmenté. S'intéresser à la trajectoire de Christian Pineau revient à visiter la plupart des questions fondamentales qui se posent aux Français depuis plusieurs décennies : l'ancrage du syndicalisme et sa relation au pouvoir politique, la construction du socialisme, la Résistance et l'expérience de 1a déportation, le gaullisme, les IVe et Ve Républiques, la place de la France dans un monde qui est devenu celui de la guerre froide, l'invention et l'élaboration de l'Europe, les relations entre les sphères privées et publiques.

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