Alexander Schnell

  • Le projet de cette introduction/mise au point vise à reprendre un problème essentiel de et pour la phénoménologie depuis son départ chez Husserl. Il s'agit d'une reprise questionnante de l'essence même de la phénoménologie, dans ce qui constitue son coeur même, et tout ce qu'elle implique dans le rapport au monde et pour la constitution du sens.

  • Au coeur du présent ouvrage se trouve la question de savoir ce qu'est, non pas « un » phénomène ou « des » phénomènes, mais le phénomène. L'auteur part d'une compréhension du concept de phainomenon comme « apparition » et montre l'importance de la redéfinition kantienne du phénomène pour la postérité. Ainsi - de Kant à Heidegger, en passant par l'idéalisme allemand (Fichte et Hegel) et la philosophie de Husserl - se précise la triple perspective, gnoséologique, spéculative et phénoménologique, qu'engage le concept de phénomène. Non seulement quelque chose se manifeste, ou apparaît, mais encore cet apparaissant (l'objet) apparaît à une conscience (le sujet). Quel est alors le rôle du sujet dans l'apparition ? Et quel est le rapport entre le sujet et l'objet, ou encore le statut du sujet et de l'objet, qu'engage le phénomène ?

  • Levinas a cherché à ériger l'éthique en "philosophie première".
    Comment ce projet est-il conciliable avec la méthode phénoménologique dont il s'est toujours inspiré et dont il est resté tributaire tout au long de sa vie? L'auteur essaie d'y répondre en mettant en évidence ce qu'il appelle une phénoménologie "sans phénoménalité". Celle-ci s'inscrit expressément dans la tradition de la phénoménologie transcendantale que Levinas prolonge et actualise en promouvant un concept inédit du transcendantal (conçu comme "conditionnement mutuel du constituant et du constitué").
    Au sommet de cette phénoménologie est l'"épiphanie du visage", manifestation d'une altérité radicale qui confère le sens à l'apparaissant sur un mode non intentionnel et non phénoménal. C'est autour du visage que s'articulent les "catégories" fondamentales de son parcours: jouissance, demeure, possession, féminité, amour, érotisme, fécondité, etc. Le présent ouvrage qui s'appuie essentiellement sur le premier chef d'oeuvre de Levinas (Totalité et infini, paru en 1961) tente d'éclaircir ces concepts, tout en exposant les idées directrices de la philosophie lévinassienne de la subjectivité, de la transcendance, du langage, du temps et de la vérité.

  • L'" idéalisme allemand" ne désigne pas la philosophie allemande post-kantienne en tant qu'elle culminerait dans le système hégélien, mais renvoie à différents systèmes - les plus connus d'entre eux étant ceux de Fichte, Schelling et Hegel - qui ne sont pas dans un rapport hiérarchique.
    Alors que les recherches hégéliennes ont déjà pour une large part contribué à dévoiler la teneur systématique et les sources historiques de la pensée de l'auteur de l'Encyclopédie des sciences philosophiques, les recherches fichtéennes et schellingiennes n'ont pu prendre leur essor que plus tardivement - aussi et surtout pour des raisons éditoriales. Les difficultés d'accès aux sources étant désormais écartées, il est temps d'étudier les textes clés de Fichte et de Schelling pour eux-mêmes et non pas comme moments subordonnés du système hégélien.
    L'objectif de cet ouvrage est de présenter les idéalismes transcendantaux de Fichte et de Schelling. Alors que la doctrine de la science de Fichte est de part en part un idéalisme transcendantal, dont l'auteur cherche à mettre en évidence l'unité et la cohérence, l'idéalisme transcendantal de Schelling ne constitue qu'une étape dans l'évolution de sa pensée - une étape certes majeure, aboutissant à son " premier système " de 1800, mais qui est méconnue voire inconnue.
    Dans quelle mesure les idéalismes transcendantaux de Fichte et de Schelling s'inscrivent-ils dans la tradition de l'idéalisme transcendantal initiée par Kant ? Quels sont les principes fondamentaux de l'idéalisme fichtéen ? Quelle est la figure particulière de l'idéalisme schellingien ? Comment ces deux idéalismes se rapportent-ils l'un à l'autre ? Y a-t-il des influences réciproques ? Leurs idéalismes se distinguent-ils fondamentalement ou parviennent-ils finalement à un accord de principe? Telles sont les questions auxquelles l'auteur se propose de répondre afin de contribuer à jeter les bases d'une discussion de fond entre les trois protagonistes de la philosophie classique allemande.

  • La métaphysique fait de nouveau l'objet d'une attention particulière. Le présent ouvrage développe une position transcendantale qui diffère des approches « réalistes » récentes. Dans les élaborations systématiques de la philosophie allemande classique, les « idéalistes allemands » se comprenaient en même temps comme les plus grands réalistes. Dans le débat actuel, en revanche, toute position idéaliste semble être compromise puisque relevant d'un subjectivisme désuet. L'idéalisme transcendantal ici défendu poursuit une perspective dans laquelle la question de l'« être » doit être posée à l'horizon de ses « corrélations » en deçà d'un rapport sujet-objet hypostasié. Ce traité de métaphysique phénoménologique s'inscrit ainsi dans un débat contemporain qui est autant philosophique (notamment grâce au « nouveau[x] réalisme[s] ») qu'anthropologique (à propos du statut du « relationnisme »).

  • Marc Richir est l'un des représentants majeurs de la troisième génération de phénoménologues ; ayant accompli un véritable «tournant imaginaire» dans la phénoménologie contemporaine, il a recentré la méthode phénoménologique sur l'»imagination» et la «phantasia», en se démarquant par là du dogme (husserlien) de la priorité d'une conscience «perceptive» et «objectivante» sur tout rapport affectif au monde. Physicien de formation, disciple de Max Loreau, grand connaisseur de la philosophie classique allemande et de la phenomenologie husserlienne et heideggerienne, influence par Merleau-Ponty et par Derrida, lecteur passionné de l'anthropologie lévi-straussienne, de la psychanalyse lacanienne et winnicottienne, spécialiste de Melville.

    M. Richir ouvre la phénoménologie à des champs très variés de la pensée moderne et contemporaine. Le présent ouvrage cherche à en rendre compte en présentant ses contributions originales à une phénoménologie du langage et de l'idéalité, de la corporéité et de l'affectivité, du temps et de l'espace. L'oeuvre de M. Richir, si elle propose une refonte de la phénomenologie transcendantale, s'attache ainsi de la façon la plus vive à une pensée du «réel».

  • L'objectif de cet ouvrage est d'introduire le lecteur à la pensée du « premier » Heidegger à travers un commentaire d'Être et temps (publié en 1927) et des cours professés à la fin des années 1920 (en particulier les Fondements métaphysiques de la logique et les Concepts fondamentaux de la métaphysique).
    L'auteur expose d'abord le projet heideggerien d'une ontologie phénoménologique - en rapport (et en rupture) avec la phénoménologie husserlienne - mettant en oeuvre une « analytique existentiale » de l'être-là humain qui est reconstituée selon ses moments structurels. Le chapitre central du livre est consacré au problème du temps, chez Heidegger, au sujet duquel l'auteur propose une interprétation inédite. Les deux derniers chapitres présentent la « métaphysique de l'être-là » et la « métaphysique du monde » avec lesquelles Heidegger s'éloigne de son projet initial et prépare le fameux « tournant » des années 1930.

  • L'auteur se propose d'introduire le lecteur à la phénoménologie de Husserl - et ce, en en définissant et en en exposant les concepts fondamentaux (intentionnalité, subjectivité, constitution, transcendance, phénomène, acte, signification, intuition, etc.). Mais l'ouvrage a surtout pour ambition de renouveler les recherches husserliennes en mettant l'accent sur les composantes non pas "descriptives", mais "constructives" de la méthode phénoménologique qui déterminent d'une façon décisive le transcendantalisme husserlien. Une fois introduit et élucidé, ce procédé constructif est directement mis à l'épreuve dans les champs principaux de la phénoménologie husserlienne.

  • Comment développer une phénoménologie de la connaissance qui, tout en restant fidèle aux perspectives fondamentales des deux pères fondateurs de la phénoménologie, tire profit des acquis essentiels des deux générations postérieures de phénoménologues ? L'auteur se propose de poursuivre le projet d'une refondation de la phénoménologie qui prend au sérieux les critiques du fondationalisme (traditionnel) sans pour autant abandonner une perspective visant à légitimer le bien-fondé de tout discours exhibant le sens de ce qui apparaît. La thèse fondamentale est qu'une telle refondation se doit de mettre en son centre non plus la perception objectivante, mais l'imagination (Einbildungskraft) à la source de toute formation ou configuration du sens (Sinnbildung), laquelle constitue la base de tout « apparaissant » et de tout « événement ». L'imagination est ici comprise à la fois comme dévoilant la constitution « imageante » (imaginaire et imaginal) du réel et comme productrice d'« images » (ou d'« icônes ») dont il s'agit de préciser la dimension génétique, voire « générative », eu égard à plusieurs concepts déterminants de la phénoménologie (tels que la « vérité », la « subjectivité », le « réel », l'« inconscient », le « temps », l'« espace », etc.).

  • L'objectif de l'ouvrage est de mettre en évidence les liens d'affiliation entre
    la phénoménologie et la philosophie transcendantale allemandes. Le prisme
    utilisé est celui du temps qui occupe une place centrale en phénoménologie.
    Celle-ci ne pose pas simplement la question de l'origine du temps, mais elle
    aborde le temps en tant que dimension originaire de l'ouverture du sujet à
    l'objet. Et dans la mesure où le temps est l'« étoffe » de la conscience
    intentionnelle, il entre de manière décisive dans la constitution même de la
    subjectivité transcendantale. Si le temps est traité chez les plus grands
    représentants de la philosophie transcendantale allemande (de Kant à Fink),
    l'accent est mis en particulier sur les différents croisements qui témoignent
    des rapports systématiques entre les phénoménologues du vingtième siècle et les
    pères fondateurs de l'idéalisme transcendantal. Alexander Schnell est maître de
    conférences d'Histoire de la philosophie contemporaine à l'Université Paris-
    Sorbonne et co-coordinateur du master Erasmus Mundus EuroPhilosophie
    (Université Toulouse le Mirail).

  • Chez plus grands idéalistes allemands (Kant, Fichte et Schelling) l'auteur décèle une parenté intellectuelle donnant lieu à chaque fois, sous des facettes différentes, à une fragilisation de l'idée de nécessité (remise en question de la possibilité d'une reconduction à un principe unique, absolu) et, en même temps, l'ouverture à une dimension de la contingence au coeur même de la catégoricité. En croisant ces deux aspects, A. Schnell exploite diverses modalités d'un effondrement de la nécessité.

  • En voie du reel

    Alexander Schnell

    • Hermann
    • 21 Août 2013

    La phénoménologie post-husserlienne s'est détournée des orientations fondamentales de son père fondateur pour adopter une position ou bien déconstructiviste ou bien théologisante - sinon ouvertement anti-idéaliste. Restant fidèle à l'attitude phénoménologique qui consiste à mettre hors circuit tout présupposé métaphysique (qu'il soit de nature antisubjectiviste ou dogmatique), le présent ouvrage met en évidence des motifs cherchant à mettre en place une phénoménologie de la connaissance et de la compréhension qui évite à la fois l'écueil d'un scepticisme radical et celui d'une philosophie de la transcendance. À ce dessein, l'essai se divise en trois parties dans lesquelles sont examinés et explicités - conformément à une orientation husserlienne, heideggerienne ou encore propre à la phénoménologie française contemporaine - les concepts fondamentaux d'une phénoménologie transcendantale fondée spéculativement. Dans la mesure où se profile par là une position philosophique qui intègre, par ailleurs, des compréhensions et acquis toujours valables de la philosophie classique allemande, se dessinent les lignes fondamentales d'un « transcendantalisme spéculatif » qui essaie de renforcer la phénoménologie du XXIe siècle naissant au sein du débat contemporain (par exemple face au « réalisme spéculatif »). Il s'agit en particulier de répondre, du côté de la phénoménologie, au rapprochement de la tradition européenne effectué actuellement par la génération la plus jeune des penseurs « analytiques ». Cela rendra peut-être possible d'élever l'échange entre les deux orientations contemporaines à un niveau qui n'était pas accessible au XXe siècle en raison de préjugés et distorsions idéologiques.

  • Depuis la parution - sous la direction de Peter Trawny - des fameux Cahiers noirs (2014), la pensée de Heidegger est une nouvelle fois le point de mire de la critique. Si Levinas n'a pu avoir connaissance de ces écrits, il a commencé très tôt une Auseinandersetzung avec une pensée qu'il jugeait aussi « géniale » que « diabolique ».
    Dans la continuité des ouvrages Relire Totalité et infini d'Emmanuel Levinas (Vrin, 2015) et Relire Autrement qu'être ou au-delà de l'essence d'Emmanuel Levinas (Vrin, 2016), ce livre se consacre aux rapports, fort complexes, entre Heidegger et Levinas. Si celui-ci a reconnu en divers endroits de ses écrits sa dette envers celui-là, il a concurremment engagé un débat fondamental avec lui à propos du sens et de la possibilité d'une « pensée de l'être ». C'est le sort de la philosophie première qui s'y trouve mis en jeu: la métaphysique peut-elle prétendre à être « neutre », ou n'engage-t-elle pas fondamentalement une prise de position éthique?

    Avec les contributions de D. Brezis, Ph. Capelle-Dumont, D. Cohen-Levinas, Fr. Dastur, C. Meazza, J.-Cl. Monod, K. Novotný, D. Pradelle, A. Schnell, Cl. Serban, L. Villevieille et J. Watin-Augouard.

  • Dans la continuité de l'ouvrage Relire Totalité et infini (Vrin, 2015), ce livre se consacre à la lecture et à l'interprétation d'Autrement qu'être ou au-delà de l'essence (1974). Emmanuel Levinas y radicalise sa pensée par rapport à Totalité et infini (1961) en déplaçant l'accent sur la question de la diachronie du temps et en montrant comment l'humain est travaillé par une intelligibilité immémoriale qui n'appartient plus à l'ordre de la manifestation et qui n'est plus commandée par la question de l'être constituable par la conscience. Si l'on y retrouve des thèmes chers au philosophe déjà abordés dans sa thèse de doctorat, ces derniers sont comme hyperbolisés. Levinas reprend le fil de sa réflexion sur la diachronie du temps, qui n'est plus récupérable dans la patience du concept. Le présent de la conscience porte toujours la trace d'un événement déjà passé, en se situant dans un temps plus ancien que tout passé remémorable. La figure éthique de la subjectivité porte la trace de cet événement irrattrapable. Comment dès lors penser l'articulation entre immanence et transcendance, entre essence et autrement qu'être, entre l'assignation à la responsabilité et l'exigence de justice, entre l'exposition à l'autre et l'inspiration par l'autre, entre le Dire et le Dit?

    Ont collaboré à ce volume : S. Bancalari, J. Benoist, J. Bierhanzl, D. Brézis, D. Cohen-Levinas, J. Colette, J.-F. Courtine, N. Depraz, S. Facioni, E. Ferrario, N. Garrere-Tolbert, F. Guibal, R. Moati, K. Novotný, A. Schnell, L. Tengelyi, J. Watin-Augouard.

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