Littérature générale

  • Quand je m'allonge, terrassé, que je pose mes mains sur mon front, que je garde la bouche ouverte, que ma langue pique, que la garde républicaine fait du sur-place dans ma poitrine, que mille sabots martèlent mes organes, qu'un étau se resserre sur mes tempes, c'est que je vais mourir. Je meurs souvent. Tito Le matin à Versailles une mousseline de ciel et d'eau enveloppe un char tiré par quatre chevaux, comme un songe qui resterait après la nuit. Les robes feu se reflètent dans le plomb du bassin, l'eau et le ciel s'embrasent le plomb se transforme en or j'ai passé la journée dans les jardins du château j'aurais aimé que les chevaux s'arrachent du bassin d'Apollon sauter sur l'un d'eux. Je regarde ce Dieu de la lumière que la nuit avale et tout ce qu'il y a autour. Vivre. C'est dans la conscience qu'on est seul. Pas en dehors d'elle, mais en dedans d'elle. Dans la mort il y a l'extinction, le rien. Mais aussi, parfois, le souvenir, la mémoire. On n'est pas seul dans la mort. Dans la conscience on est si seul qu'on aimerait en sortir quelquefois. C'est maintenant que je sais l'être depuis trente-cinq ans. Seul. Et pour mener une existence qui me fait oublier, à moi et aux autres, que je suis le mort que je serai.

  • Le moteur de la Dyna tournait doucement. Il ronronnerait encore une heure ou deux, puis, le réservoir d'essence enfin vide, le silence tomberait. Le roulis des vagues se contenterait alors de souligner ce silence soudainement insolite, sans l'interrompre. Au matin, peut-être la police perturberait-elle cette quiétude. La police prévenue par un promeneur.

  • La route goudronnée reflète l'éclat du jour, serpente comme un gigantesque miroir sombre. La terre que je suis forcé de quitter n'a ni la force ni l'envie de se permettre quelques fantaisies, de s'élever en monts ou de s'affaisser en vallées. Sous la chaleur implacable que fait pleuvoir un soleil de plomb, elle se résigne à être plate et monotone comme notre destinée. Quelques collines, vestiges des temps passés, sont également là, sans prétendre pour autant rompre l'homogénéité de l'espace. Piqués de pierres tombales, leurs sommets renforcent la sensation d'une catastrophe imminente.

  • Allez, concentre-toi, essaye de croire vraiment à ta liberté, ta volonté. Tu deviendras friable, sec, tu étoufferas sous tes propres gravats. J'ai abusé de ce genre de lointains. Depuis, j'ai mal à mes distances, elles boitent et n'en finissent pas de se cogner aux perspectives. Croire en soi ? Non, terminé. Je ne décide rien, rien ne m'appartient ; et quand je mâche ainsi la première personne, je m'agenouille encore devant le ridicule. « Moi », coïncidence sur pattes, fugitive comme une rancune de piaf, ruse des mots pour circonvenir le quotidien, expédier les affaires courantes, ne pas semer l'intendance. L'arbitraire s'est trouvé une viande affamée d'autres viandes, il dévore, absorbe, rejette, bande et s'injecte, au risque de faire naître une nouvelle errance, unique, qui - au mieux - appellera « mystère » sa trouille et « âme » son ignorance. Pas le choix, je ne pouvais résister à la lente fonte de mon front sur la fenêtre, jusqu'à ce que la silhouette aimée m'accorde un instant pur entre « il était une fois » et le premier parking.

  • Deux hoquets, puis comme un rot sonore, suivi d'un chapelet pétaradant du pot d'échappement. Étienne coupa le contact pour éviter une souffrance supplémentaire au moteur de sa « quatrelle » défaillante. Le coude sur la portière ainsi qu'un touriste arrogant survenant en contrée conquise, il jeta un regard vers le mur du cimetière qui défilait à sa gauche. Il remit les gaz.

  • Georges-Henri Pitcham coulait des jours tragiques au sein de l'orchestre national. Comme il disait à sa contrebasse, les soirs où ça n'allait vraiment pas : « si tu savais comme je m'emmerde ! » Et c'était vrai. Il cherchait désespérément à attirer l'attention du public, mais en vain. Quand il jouait un solo, les gens souriaient, comme quand on regarde un singe en train de faire la grimace. Et c'était tout.

  • Nous sommes nombreux ici. Mille peut-être. Les uns disent plus, les autres moins. On nous a jamais comptés. Sauf Vermonchet. Vermonchet savait certainement combien nous étions. Il comptait tout par habitude. Même les nuages qui passaient. Dans sa tête tout se transformait en grosse pelote de chiffres. C'était un secret qu'il gardait sous sa langue comme un bonbon. Nous sommes mille peut-être dans cette ville que Wolff a voulu bâtir. Il avait trouvé cet endroit par hasard au bout des routes et c'est ici qu'il s'est installé. c'était un endroit de nulle part. Avant nous il y avait personne. Puis d'autres sont venus et d'autres encore. Et la ville a grandi.

  • Observateur amusé et goguenard du couple à l'affût de l'amour, l'auteur trouve le ton pour faire parler des femmes capricieuses et des hommes au langage cru.

  • Le vide sanitaire est l'espace entre un cercueil et la terre qui le recouvre. Il sert à proscrire toute sorte de pourrissement. Michel, guichetier ou fossoyeur occasionnel, héros ordinaire de ce roman, tente de combler ce trou primitif en un itinéraire fait de lieux communs et de figures singulières. Roman du désenchantement quotidien, de l'extase banlieusarde, roman d'un corps à la recherche de son propre cadavre...

  • J'en rêve la nuit de cette princesse. Je n'exagère pas quand j'affirme que ses cheveux sont d'or, que son menton semble sculpté dans l'ivoire et que ses lèvres enduites d'un carmin sauvage évoquent les framboises que l'on trouve sur le bord de la route - quand on s'arrête pour faire pipi ou quand mon père veut fumer sa Gauloise. Et ces framboises-là, justement, ne sont pas consommables ; d'aucuns prétendent que leur poison pourrait freiner la croissance et même déclencher des troubles intestinaux. Parfois j'imagine mes lèvres contre les siennes. Ça chatouille et aussitôt quelque chose se met à vibrer en moi. C'est tout à fait nouveau comme impression, c'est attirant, magique, et défendu aussi. Alors forcément, je ne pense qu'à ça. Et puis il y a aussi le fait qu'elle soit riche. Il me semble que je pourrais, par le biais de promenades bucoliques, évaluer l'exact fossé qui nous sépare. Cette différence sociale qui parfois me pousse à me poser des questions aussi farfelues que : M. Morinelli trempe-t-il son pain dans la soupe de légumes (après y avoir versé un restant de vin rouge) ? Mme Morinelli y regarde-t-elle à deux fois avant d'acheter quelque chose ? Choisit-elle systématiquement les périodes de soldes, janvier février ?

  • Un voyage initiatique sur les courants controversés de la vie. L'itinérance lointaine et proche d'un homme frisant les carcans d'une société familiale pour mieux s'y renfermer.

  • Un long dialogue avec Bernard Lamarche Vadel, une chronologie du critique d'art, poète et romancier et des entretiens avec Philippe Sollers, Christian et Dominique Bourgeois. L'ensemble est illustré par de jeunes photographes.

  • On l'apprend avec calme, on ne s'étonne pas bruyamment. Du sapin suffira, un drap blanc, pas de dépenses, nous n'avons plus rien. Premièrement, escamoter l'arme ; et, deuxièmement, la toilette ; mon vieux costume bleu marine à rayures conviendra et cravate autour du cou bien serrée. Enfin on étouffe l'affaire, surtout auprès des jeunes générations, dans un cimetière de campagne, en pays natal, loin. La grande photographie de la princesse accrochée au-dessus de mon lit vous revient de droit.

  • Il y a pour moi trois personnes en une. La personne qui pense ; la personne qui vit par ses organes soigneusement tenus à l'abri ; et la « personne-peau », celle qui se voit, que l'on voit, celle qui peut agir directement sur elle-même, se punir, se mutiler, se ravager. La « peau-mémoire » peut donc faire le fil de toute une vie. On commence à découvrir que la dermatologie n'est pas seulement une collection de répugnances, mais aussi une autre voie royale qui mène à l'inconscient, à moins que ce ne soit au caché. La « peau-mémoire », au-delà du titre, un de ces points d'interrogations qu'il faut réfléchir longtemps. Un appel. La peau, une manière aussi de tout dire. Professeur Jean-Paul Escande

  • 1433. Jeanne d'Arc a été brûlée deux ans auparavant. À Tocane, petit village du Périgord, personne n'en sait rien. La guerre, proche et lointaine, ruine les campagnes. Comme les Écorcheurs, qui pillent villes et villages. Ont-ils tué Géraud, ce jeune moine de retour dans sa famille ? Ou ce meurtre cache-t-il d'autres raisons plus graves ? La mort de la Pucelle, incarnant l'espoir d'une vie meilleure, en est-elle la cause ? Pierre, le père de la victime, un simple paysan, mène l'enquête. Un roman à mi-chemin entre les inventions historiques d'un Dumas et la Série Noire...

  • "Bon débarras", "La Fonte des langues", "Panaché" et "Essorage" sont quelques-uns des chapitres de cet auteur qui s'interroge ici sur le bien-fondé de sa démarche.

  • Vagabond sédentaire, Robert Gordienne entraîne son lecteur dans la suite des aventures du Contrôleur du Rialto. Boires et déboires de Robert (?) Mc Harrel, le contrôleur-écrivain. Un roman prenant et tendre, à l'accent nonchalant des belles du Sud.

  • Jarris, Hal et Raymond, Clyden Harvey et Lee Oswald, Buck et Aaron, une suite de portraits d'hommes que vous détesterez avec plaisir.

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