FeniXX réédition numérique (Méréal)

  • « La tendance Sang & Foutre d'un hypothétique néo-néopolar est-elle en expansion ? [...] Bertrand Delcour publie "En pure perte", sur le même ton forcené. Dans une brève préface, l'inestimable Pouy agite les noms de Georges Bataille, Barbey d'Aurevilly et Tristan Tzara. C'est démesuré, mais "En pure perte" est plutôt démesuré aussi. Peu importe l'intrigue (la recherche d'une disparue dans une ambiance d'extrême nervosité). Il y a beaucoup de violence et de sexe, et un mélange pervers des deux, avec une bonne couche de sophistication littéraire par-dessus. [...] Les choix stylistiques, et autres, de Delcour, ne sont pas les miens, mais son livre est cohérent comme un ballon de rugby. À déconseiller toutefois aux âmes sensibles et aux estomacs fragiles ».

  • Marc Villard, nouvelliste, romancier observe ses personnages postés au coin de la rue. Ont-ils une chance de s'en sortir, de quitter la mistoufle ? Les voilà montant dans un hôtel minable, dévalant les escaliers pour affronter le destin de la rue. L'écriture de Villard est dégraissée, serrée comme une mauvaise nouvelle, ses personnages n'ont pas le temps de se retourner. Attiré par ceux que la vie écrase, les malchanceux, Marc Villard condense leur vie le temps d'un coup de feu. Le temps du rock, du jazz, de l'artiste peintre, de la banlieue, de Paris le grand espace compris entre Clichy et Barbès. On trouvera dans ce volume des textes sur ces domaines et davantage, un entretien substantiel sur la vie de l'auteur et ses passions.

  • Quand je m'allonge, terrassé, que je pose mes mains sur mon front, que je garde la bouche ouverte, que ma langue pique, que la garde républicaine fait du sur-place dans ma poitrine, que mille sabots martèlent mes organes, qu'un étau se resserre sur mes tempes, c'est que je vais mourir. Je meurs souvent. Tito Le matin à Versailles une mousseline de ciel et d'eau enveloppe un char tiré par quatre chevaux, comme un songe qui resterait après la nuit. Les robes feu se reflètent dans le plomb du bassin, l'eau et le ciel s'embrasent le plomb se transforme en or j'ai passé la journée dans les jardins du château j'aurais aimé que les chevaux s'arrachent du bassin d'Apollon sauter sur l'un d'eux. Je regarde ce Dieu de la lumière que la nuit avale et tout ce qu'il y a autour. Vivre. C'est dans la conscience qu'on est seul. Pas en dehors d'elle, mais en dedans d'elle. Dans la mort il y a l'extinction, le rien. Mais aussi, parfois, le souvenir, la mémoire. On n'est pas seul dans la mort. Dans la conscience on est si seul qu'on aimerait en sortir quelquefois. C'est maintenant que je sais l'être depuis trente-cinq ans. Seul. Et pour mener une existence qui me fait oublier, à moi et aux autres, que je suis le mort que je serai.

  • Ma grand-mère, la mère de ma mère, venait de la campagne, de Saint-Pourçain-sur-Sioule, et quand elle est arrivée à Paris, rue Pernety, elle a eu du mal à s'habituer. Elle disait qu'elle étouffait. Surtout qu'elle vivait dans un studio, au septième, avec vue sur le ciel par une lucarne de trente centimètres sur trente. Elle était en ménage avec Adrien qui, par le fait, devait devenir mon grand-père, mais à l'époque il était tout jeune, un peu moins que ma grand-mère, à eux deux, s'ils atteignaient les quarante ans, c'était bien beau.

  • Le moteur de la Dyna tournait doucement. Il ronronnerait encore une heure ou deux, puis, le réservoir d'essence enfin vide, le silence tomberait. Le roulis des vagues se contenterait alors de souligner ce silence soudainement insolite, sans l'interrompre. Au matin, peut-être la police perturberait-elle cette quiétude. La police prévenue par un promeneur.

  • « Vers la fin je devenais de plus en plus malade, assoiffé de sang, et pourtant ces flots de sang m'emmerdent. Ce n'est pas quelque chose que j'ai envie de voir. Ce que je désire ardemment, par contre, c'est assister à la mort, et savourer le triomphe que j'y associe, mon propre triomphe sur la mort des autres. C'est comme une drogue, qui me pousse à en vouloir toujours plus. Je veux triompher de ma victime. Vaincre la mort. Elles sont mortes et moi, je suis vivant. C'est une victoire personnelle. » Ainsi s'exprime Edmund Emil Kemper lors des dizaines d'heures d'entretiens inédits qu'il a accordés à Stéphane Bourgoin dans le pénitencier de Vacaville, en Californie, où il est emprisonné depuis 1974. Interné à l'âge de 14 ans pour le meurtre de ses grands-parents, ce géant de deux mètres dix est relâché à 21 ans sur décision favorable des psychiatres. En l'espace de deux ans, il assassine, décapite, mutile six étudiantes, ainsi que sa mère et la meilleure amie de celle-ci, et il viole parfois les cadavres. En 1973, il se livre à la police.

  • La route goudronnée reflète l'éclat du jour, serpente comme un gigantesque miroir sombre. La terre que je suis forcé de quitter n'a ni la force ni l'envie de se permettre quelques fantaisies, de s'élever en monts ou de s'affaisser en vallées. Sous la chaleur implacable que fait pleuvoir un soleil de plomb, elle se résigne à être plate et monotone comme notre destinée. Quelques collines, vestiges des temps passés, sont également là, sans prétendre pour autant rompre l'homogénéité de l'espace. Piqués de pierres tombales, leurs sommets renforcent la sensation d'une catastrophe imminente.

  • Allez, concentre-toi, essaye de croire vraiment à ta liberté, ta volonté. Tu deviendras friable, sec, tu étoufferas sous tes propres gravats. J'ai abusé de ce genre de lointains. Depuis, j'ai mal à mes distances, elles boitent et n'en finissent pas de se cogner aux perspectives. Croire en soi ? Non, terminé. Je ne décide rien, rien ne m'appartient ; et quand je mâche ainsi la première personne, je m'agenouille encore devant le ridicule. « Moi », coïncidence sur pattes, fugitive comme une rancune de piaf, ruse des mots pour circonvenir le quotidien, expédier les affaires courantes, ne pas semer l'intendance. L'arbitraire s'est trouvé une viande affamée d'autres viandes, il dévore, absorbe, rejette, bande et s'injecte, au risque de faire naître une nouvelle errance, unique, qui - au mieux - appellera « mystère » sa trouille et « âme » son ignorance. Pas le choix, je ne pouvais résister à la lente fonte de mon front sur la fenêtre, jusqu'à ce que la silhouette aimée m'accorde un instant pur entre « il était une fois » et le premier parking.

  • Deux hoquets, puis comme un rot sonore, suivi d'un chapelet pétaradant du pot d'échappement. Étienne coupa le contact pour éviter une souffrance supplémentaire au moteur de sa « quatrelle » défaillante. Le coude sur la portière ainsi qu'un touriste arrogant survenant en contrée conquise, il jeta un regard vers le mur du cimetière qui défilait à sa gauche. Il remit les gaz.

  • Georges-Henri Pitcham coulait des jours tragiques au sein de l'orchestre national. Comme il disait à sa contrebasse, les soirs où ça n'allait vraiment pas : « si tu savais comme je m'emmerde ! » Et c'était vrai. Il cherchait désespérément à attirer l'attention du public, mais en vain. Quand il jouait un solo, les gens souriaient, comme quand on regarde un singe en train de faire la grimace. Et c'était tout.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • Endroit avec barbus Nouv.

    Les nouvelles de Sholby ont - pour dénominateur commun - des personnages à la dérive, dans un grand dénuement matériel et humain. Ce désespoir fondamental trace un univers sans pitié, où l'on croise sans se recontrer, où l'on regarde sans se voir, où l'on meurt enfin, sans le dernier secours de l'amour.

  • Rencontre avec l'oeuvre de Jean-Bernard Pouy, auteur d'intrigues policières.

  • Le vide sanitaire est l'espace entre un cercueil et la terre qui le recouvre. Il sert à proscrire toute sorte de pourrissement. Michel, guichetier ou fossoyeur occasionnel, héros ordinaire de ce roman, tente de combler ce trou primitif en un itinéraire fait de lieux communs et de figures singulières. Roman du désenchantement quotidien, de l'extase banlieusarde, roman d'un corps à la recherche de son propre cadavre...

  • L'autobiographie n'étant pas sa pente naturelle, le maître de l'aphorisme se confie à travers les vingt-six lettres de l'alphabet. Pour chaque lettre il trouve le mot juste, la meilleure définition. Si tout Montaigne est dans Les Essais, tous les goûts et couleurs de Roger Judrin sont dans Portrait abécédaire. Aujourd'hui. Ce pou entre deux ongles, il faut le nourrir du sang le plus rouge. Lire. Je n'estime ni les livres qui se laissent lire ni les femmes qui se laissent aimer. je veux un commerce et non un abandon, une possession réciproque et non une concession mutuelle.

  • J'étais continuellement en proie au désir - vous appellerez ça le désir de tuer - et plus il y en avait, mieux c'était. Oui, si j'en avais eu la possibilité, j'aurais tué des masses de gens. J'aurais engendré des catastrophes. Tous les soirs, j'écumais les rues de la ville à la recherche d'une victime. Mais ce n'était pas si facile que ça d'en trouver une. Lorsque je rentrais à minuit passé, parfois gorgé du sang de mes victimes, je ne faisais jamais de mauvais rêves et mes nuits n'étaient jamais troublées par le manque de sommeil. Je n'ai absolument aucun remords. Après tout, j'étais là pour accomplir ma mission. Ainsi s'exprime Peter Kürten, le vampire de Düsseldorf, dans ses hallucinantes confessions qui sont pour la première fois publiées en France dans leur intégralité. Sadique sexuel, Kürten nous dresse le portrait d'un serial killer. Ce document capital de l'histoire de la criminologie est complété par deux entretiens de l'auteur avec des vampires tueurs modernes, James Riva et Richard Chase.

  • J'en rêve la nuit de cette princesse. Je n'exagère pas quand j'affirme que ses cheveux sont d'or, que son menton semble sculpté dans l'ivoire et que ses lèvres enduites d'un carmin sauvage évoquent les framboises que l'on trouve sur le bord de la route - quand on s'arrête pour faire pipi ou quand mon père veut fumer sa Gauloise. Et ces framboises-là, justement, ne sont pas consommables ; d'aucuns prétendent que leur poison pourrait freiner la croissance et même déclencher des troubles intestinaux. Parfois j'imagine mes lèvres contre les siennes. Ça chatouille et aussitôt quelque chose se met à vibrer en moi. C'est tout à fait nouveau comme impression, c'est attirant, magique, et défendu aussi. Alors forcément, je ne pense qu'à ça. Et puis il y a aussi le fait qu'elle soit riche. Il me semble que je pourrais, par le biais de promenades bucoliques, évaluer l'exact fossé qui nous sépare. Cette différence sociale qui parfois me pousse à me poser des questions aussi farfelues que : M. Morinelli trempe-t-il son pain dans la soupe de légumes (après y avoir versé un restant de vin rouge) ? Mme Morinelli y regarde-t-elle à deux fois avant d'acheter quelque chose ? Choisit-elle systématiquement les périodes de soldes, janvier février ?

  • Un long dialogue avec Bernard Lamarche Vadel, une chronologie du critique d'art, poète et romancier et des entretiens avec Philippe Sollers, Christian et Dominique Bourgeois. L'ensemble est illustré par de jeunes photographes.

  • Rassemble autour d'une iconographie un grand nombre d'anecdotes et de citations sur l'histoire des corps, le combat des femmes au XXe siècle pour leur liberté et leur émancipation de la domination masculine, les grandes dates de l'édition érotique et une petite histoire de la censure connexe.

  • Qui se souvient ? Qui a rêvé ? Qui a eu peur ? Beaucoup de gens, sans doute, qui se remémoreront souvenirs, humeurs, espoirs... Beaucoup aussi, qui ne les ont pas vécus (trop jeunes ou éloignés de l'effervescence), sont concernés par ces événements qui parlaient de liberté... Un document synthétique, pour l'information rétrospective, un essai qui assume son point de vue et le relie à l'actualité présente et un almanach illustré de plus de cent photos pour le plaisir de qui aime aussi papillonner, jour après jour. Et quelques questions, enfin, qui se posent à notre présent : le vent du libéralisme sauvage souffle fort, ces temps-ci, gare aux bégaiements de l'Histoire.

  • On l'apprend avec calme, on ne s'étonne pas bruyamment. Du sapin suffira, un drap blanc, pas de dépenses, nous n'avons plus rien. Premièrement, escamoter l'arme ; et, deuxièmement, la toilette ; mon vieux costume bleu marine à rayures conviendra et cravate autour du cou bien serrée. Enfin on étouffe l'affaire, surtout auprès des jeunes générations, dans un cimetière de campagne, en pays natal, loin. La grande photographie de la princesse accrochée au-dessus de mon lit vous revient de droit.

  • Il y a pour moi trois personnes en une. La personne qui pense ; la personne qui vit par ses organes soigneusement tenus à l'abri ; et la « personne-peau », celle qui se voit, que l'on voit, celle qui peut agir directement sur elle-même, se punir, se mutiler, se ravager. La « peau-mémoire » peut donc faire le fil de toute une vie. On commence à découvrir que la dermatologie n'est pas seulement une collection de répugnances, mais aussi une autre voie royale qui mène à l'inconscient, à moins que ce ne soit au caché. La « peau-mémoire », au-delà du titre, un de ces points d'interrogations qu'il faut réfléchir longtemps. Un appel. La peau, une manière aussi de tout dire. Professeur Jean-Paul Escande

  • Les auteurs se sont penchés sur l'histoire des Français pour tenter d'y découvrir sous forme anecdotique le plus grand nombre de révoltes et de mouvements de colère ayant suscité la grogne des Français, du Moyen Age à Décembre 1995.

  • 1433. Jeanne d'Arc a été brûlée deux ans auparavant. À Tocane, petit village du Périgord, personne n'en sait rien. La guerre, proche et lointaine, ruine les campagnes. Comme les Écorcheurs, qui pillent villes et villages. Ont-ils tué Géraud, ce jeune moine de retour dans sa famille ? Ou ce meurtre cache-t-il d'autres raisons plus graves ? La mort de la Pucelle, incarnant l'espoir d'une vie meilleure, en est-elle la cause ? Pierre, le père de la victime, un simple paysan, mène l'enquête. Un roman à mi-chemin entre les inventions historiques d'un Dumas et la Série Noire...

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