Nicole Lemaitre

  • Les collègues et amis de Jean Jacquart se sont associés pour offrir ce volume d'hommage, qui est d'abord un livre d'histoire. On y voit que Paris n'est pas seulement une capitale de pierre et de béton mais aussi une campagne. Avant que l'urbanisation du dernier siècle ne submerge tout, la capitale était ceinturée de plantureuses campa­gnes, couvertes de blé, de vignes, de prairies, de forêts. Sans céréales, sans vin, sans animaux de chasse, de pêche ou d'élevage à proximité, jamais une telle ville n'aurait pu se construire et travailler. On a aujourd'hui oublié la difficulté de nourrir réguliè­rement les grands ensembles urbains à l'époque préindustrielle et l'étonnante richesse des campagnes d'Ile-de-France. On a plus encore oublié les difficultés techniques et climatiques du labeur paysan, les calamités agricoles, les récoltes irrégulières et les disettes. La terre et ses ruraux, la ville et ses citadins, les activités commerciales et administratives d'une capitale incomparable sont ici tour à tour présentées. C'est cette nécessaire imbrication de la ville et de ses campagnes, avec quelques comparaisons françaises ou étrangères que rend palpable cet hommage à Jean Jacquart. La fécondité de l'oeuvre de Jean Jacquart. historien du monde rural et de Paris, universitaire, président de la Fédération des Sociétés Savantes de Paris et de l'Ile-de-France est ici éclatante. Ces études nous parlent d'une seule voix d'un monde que nous avons perdu et d'un temps qui a marqué de façon indélébile le visage de Paris et les paysages familiers des Franciliens. Ce volume est un complément idéal de l'oeuvre de Jean Jacquart : Paris et l'Ile-de-France au temps des paysans (xvie-xviie siècles). parue en 1990 chez le même éditeur.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • Les montagnards sont-ils différents ? Sont-ils façonnés par l'espace qu'ils arpentent ? D'où vient leur esprit de famille ou, si l'on préfère, leur goût pour les clans ? On a vu parfois dans les montagnes archaïques et solitaires des réservoirs de prêtres, on a dit qu'elles hébergeaient facilement les maquisards, les insoumis, les sorciers, les juifs, les cathares... Vingt-neuf chercheurs sont allés voir de près. Ils ont bien découvert des familles de prêtres, de ces clans qui donnent à leurs cadets les bases de l'écriture et de la lecture : de quoi en faire en effet des prêtres, mais aussi des colporteurs et des instituteurs... Ils ont mis en valeur la singularité de ces clergés montagnards : prêts à se sacrifier pour leurs familles, pour leurs ancêtres, pour leur foi, pour un absolu, dans toutes les religions, et surtout en cas de faiblesse des pouvoirs supérieurs. Ils ont vu que ces familles devaient trouver en elles-mêmes les règles de leur survie : des subsistances pour le corps, les écritures pour rendre des comptes ; des symboles pour rêver, des rites pour échapper à l'angoisse et d'autres pour maintenir la vie à tout prix. Espace fragile, isolé, grandiose, la montagne s'impose à l'homme dans ses excès. Les hommes des montagnes croient toujours qu'ils ne sont pas tout à fait comme les autres, même et surtout quand ils sont en plaine.

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