Jean Ladrière

  • OEuvre monumentale, parue de 1932 à 1995, voici donc Le Dictionnaire de Spiritualité enfin publié intégralement de A jusqu'à Z, avec un index particulièrement utile. A beaucoup de points de vue, c'était un défi. Le pari a été tenu. On peut même dire que les fruits dépassent le projet primitif, car très vite les perspectives du début ont été amplifiées et précisées. Dans les années 30, lancer l'idée et assurer la réalisation d'un tel dictionnaire pouvait paraître, face au bloc solide du dogme catholique, une entreprise marginale concernant les techniques de prière, les états mystiques et les divers phénomènes qui parfois les accompagnent... A cette époque, la réflexion chrétienne, encadrée et limitée par une théologie dogmatique, en grande partie déductive et obligatoire, avait besoin d'un nouveau souffle. Voici que la spiritualité, fondée en même temps sur l'expérience et sur la liberté qui président à l'invention des divers chemins conduisant à Dieu, renouvelait toutes les questions... Cette révolution tranquille s'est faite lentement, sans bruit, sans excès. A sa place, avec d'autres éléments similaires, elle a préparé l'éclosion irrésistible de Vatican II ; et aujourd'hui, patiemment, elle aide à bien comprendre l'originalité et le dynamisme de ce concile... Des milliers de collaborateurs, provenant du monde entier et de tous les horizons, ont contribué à faire de ce Dictionnaire ce qu'il est : particulièrement utile à tous ceux qui veulent mieux connaître les auteurs spirituels de divers pays, suivre l'évolution des mentalités, des institutions, des grandes notions fondamentales... et plein d'intérêt pour tous les curieux. Ainsi s'est-il répandu à travers le monde entier et dans tous les milieux.

  • Après avoir brossé un panorama des fondements de l'éthique économique et sociale, Christian Arnsperger ébauche une analyse inspirée du fonctionnement de la société économique moderne. Catherine Larrère nous invite, pour sa part, à replacer la nature comme médiatrice entre les deux ordres rivaux de l'éthique et de l'économie, pour en faire une demeure accueillante et durable. D'où vient l'inflation contemporaine de la demande d'éthique ? Dans un troisième essai, Jean Ladrière nous livre sa réponse : de l'inefficacité de nos normes usuelles face à l'artificialisation croissante du monde par la science et la technique.

  • Saint Pierre et ses clefs, Saint Georges terrassant un dragon ; oui, mais qui est représenté par un lion, une palme ou un jeune homme transpercé de flèches ? 4 évangélistes, la Création en 7 jours, 10 plaies d'Égypte, 40 ans dans le désert... Les chiffres portent aussi leur symbole... D'où viennent les expressions « avocat du diable », « bouc émissaire », « mea culpa », « morbleu » ou « sapristi » ? Quand célèbre-t-on la Pâque juive, la Dormition orthodoxe, la Pentecôte chrétienne ? Héritages apporte une réponse à toutes ces questions ; il retrace l'histoire du christianisme depuis ses origines jusqu'à Vatican II, présente les différents livres de la Bible, explique les pratiques des religions judéo-chrétiennes et donne des repères pour lire un tympan, un tableau, une pièce de Racine ou un poème de Victor Hugo...

  • Le système soviétique s'effondre ; le capitalisme libéral subsiste seul mais, hors quelques rares pays, il ne conduit qu'à des désordres. Une autre voie doit être tracée, dans laquelle les hommes seraient libres de refuser l'ingouvernabilité du monde, l'incapacité dont il souffre d'orienter son dynamisme technologique dans le sens d'un projet délibéré : est inacceptable en effet toute résignation aux misères, aux sociétés duales, aux désespoirs généralisés, aujourd'hui partout présents. C'est dans cette voie que Paul Ladrière et Claude Gruson, l'un sociologue, l'autre économiste, ont mené leur réflexion. Ils traitent des rapports entre éthique et économie en passant par une interprétation sociologique de la modernité, celle de Max Weber d'abord, celle de Jürgen Habermas ensuite. Dans l'analyse qu'ils font de la crise radicale vers laquelle les sociétés actuelles sont entraînées, l'appel à une exigence éthique transformatrice est maintenue malgré tout, comme sensée et possible. Mais, ils démontrent que cette exigence éthique ne s'inscrira dans l'action qu'au prix d'un progrès révolutionnaire des techniques qui permettent de comprendre l'évolution économique et sociale, et d'en déceler les développements virtuels. Ce progrès implique l'affirmation d'une volonté politique et le renouvellement du débat démocratique. Les acteurs, constatant la multiplicité et l'étendue des liens d'interdépendance qui les enserrent, doivent se regarder comme solidaires dans la recherche de l'intelligibilité, laquelle n'est accessible que dans un cadre dépassant la nation, en tout cas un cadre européen. Telle pourrait être la clé du renouvellement, tant attendu aujourd'hui, de la pensée politique.

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