Daniel Apruz

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • L'histoire que raconte « Au bord du monde » se déroule dans une ville étrange minée par des taupes sournoises plus ou moins mythiques. Mais nous ne saurons jamais si les maisons s'écroulent réellement. Nous ne saurons jamais si ce que dit le narrateur est le rêve ou la réalité. Ce narrateur est un singulier personnage. Il n'a pas de nom. Il n'a pas d'âge. Il vit la réalité comme s'il rêvait. Ou peut-être rêve-t-il comme s'il vivait. En tout cas on ne le saura pas non plus. Il s'agit d'une épopée dérisoire et farfelue dans un monde qui paraît chavirer. Des aventures banales ou étranges, burlesques ou tragiques, se succèdent et se télescopent comme la réalité condensée sur l'écran d'un téléviseur, ou comme les rêves en miettes dans un kaléidoscope détraqué. Le tout dans le vacarme des sirènes et le bruit des bulldozers. Peut-être s'agit-il d'une descente cocasse aux enfers. Mais cette fois Béatrice joue à cache-cache...

  • « Banlieues lointaines » est le cinquième roman de Daniel Apruz. Et, sans doute, est-ce le roman le plus achevé mais aussi désespéré, sans cri, sans larme, d'une manière parodique et cocasse, avec cette désespérance paisible et souriante d'une errance qui tourne en rond. On trouve dans ce texte le pessimisme de l'immédiat qui déjà se remarquait dans les précédents romans de Daniel Apruz. Mais sans amertume, avec le sourire de celui qui fume sa pipe en attendant que ça se passe. Banlieues lointaines, dont le thème principal est peut-être la mort, peut se lire comme le roman d'un temps qui se termine dans un cul-de-sac. Dans cette rue Moche du roman où tout le monde se retrouve, et où chacun est la banlieue lointaine de l'autre.

  • « Dix mille jours » est la chronique d'un quartier des Godeaux, petite ville où se déroule l'histoire de Geneviève et de Léonard le Balayeur. Ce Léonard, lorsqu'il balaye, on croirait qu'il danse, au point que l'on accourt de partout pour le regarder. Quand Geneviève en tombera amoureuse, son compagnon, Élie Toubaron, n'en sera pas étonné. Il l'avait prévu. Il avait tout prévu, puisque ses rêves deviennent réalité. Ainsi Élie rêvera-t-il Hitler, la guerre, l'occupation et toutes les catastrophes qui s'abattront sur les Godeaux. Une foule de personnages, dont nous ferons connaissance chez le bougnat du coin, s'entrecroisent et virevoltent autour des destins de nos trois héros : Monsieur Borêve qui tente d'assassiner la statue du square aux formes si provocantes : Constant qui ne peut garder de compagne mais finira par trop en avoir ; Monsieur Pingron avec son accordéon, cherchant à apprivoiser dans les égouts les rats, âmes perdues ; Pépé Borniol qui apprend presque a ne pas mourir ; Monsieur Gourachon, Nina Trumaille et tant d'autres, sortis dirait-on d'un dessin de Folon ou d'un poème de Prévert, présentés par la voix de Daniel Apruz, qui nous apporte un monde de drôlerie, de merveilleux et de poésie.

  • Il était une fois un jeune homme appelé Jérôme qui avait un arbre dans la tête. Un arbre ou une idée, un amour ou une lubie, pourquoi pas ? Ce sont des choses qui arrivent et ne manquent pas de poser quelques problèmes. Quand Jérôme était enfant, on avait tendance à l'oublier - sans doute prenait-il racine - et devenu plus grand, malgré ses yeux rêveurs et sa peau douce, les demoiselles, sitôt le dos tourné, ne pensaient plus à lui. Jusqu'au jour où Jérôme rencontra Julien et sa fille Isabelle, autant dire l'amitié et l'amour. Tous trois, ils s'en allèrent rejoindre Marianne et sa vieille mémé, quelque part du côté de l'Ardèche, dans un pays où l'on chasse les arbres à coups de fusil, parce qu'ils grimpent sur les murs et démolissent les maisons... À mi-chemin du rêve et de la réalité, le nouveau roman de Daniel Apruz se lit comme un récit d'aventures, rempli d'épisodes cocasses et de personnages inattendus. On y retrouve les qualités d'invention, l'humour familier qui ont fait le succès des Pendules de Malac (Grand Prix de l'humour noir). C'est aussi l'histoire d'une passion et d'une solitude, où se dévoile la vérité toute simple de la vie, telle qu'elle apparaît aux yeux neufs de l'enfance. Méfiez-vous des arbres !

  • À Malac, il y a dix-sept pendules qui n'en font qu'à leur tête. Elles vous façonnent des heures de toutes les tailles et c'est Nicolas, un employé de la mairie, qui doit les remettre dans le droit chemin de l'exactitude. Mais à peine a-t-il tourné le dos, qu'elles recommencent à battre la campagne. À Malac, il y a le vieux Titi Pissou qui raconte des histoires et dont on se demande s'il mourra un jour. Il y a des filles qui s'envolent, plus légères que des bulles de savon, un arbre à mots dans le jardin public et un revenant qui se balade tout nu au milieu de la ville. À Malac, il y a des gens comme vous et moi, Léonard, le colleur d'affiches ou Tropano, le gardien d'immeuble. Éloi, l'ancien instituteur qui traque les fautes d'orthographe sur les murs ou le pâtissier Ernest dont les gâteaux tournent de l'oeil. Il y a l'amour de Pauline pour Fred et Nicolas, l'amour de Fred pour l'eau des sources et la folie des frères Mochet, retranchés dans l'usine en faillite, celle précisément qui fabrique les pendules de Malac. À Malac, il y a... Mais on n'en aura jamais fini avec Malac et ses pendules, ses travaux et ses légendes. Une merveilleuse chronique pleine d'humour et de tendresse, où plusieurs voix se mêlent, frappantes de justesse et d'invention. Malac, c'est le pain des rêves qui nourrit notre vie de chaque jour. Allez-y, vous ne regretterez pas le voyage.

  • Il s'agit d'un roman picaresque. Si l'on y prend tout littéralement c'est un récit d'aventures invraisemblables. Mais symboliquement il signifie tout autre chose : c'est une « représentation ». D'où le peu d'importance accordée à la psychologie des personnages. Ce qui importe c'est la signification générale que prend tel ou tel acte, telle situation inventée par rapport au réel, et la manière de dire, de projeter, de représenter. À travers une suite d'épisodes bouffons ou fantasques, l'auteur exprime quelques-unes des obsessions contemporaines qu'il croit réelles : le cancer, l'argent, le béton, la sexualité, la violence, la folie... la peur surtout ! Le monde est déshumanisé et refusé... mais sans discours, simplement, en filigrane. « La Baleine » est un roman d'un style, d'une violence peu communs. Il faudrait remonter à Céline pour en reconnaître l'équivalent. Mais celui-ci est bien de notre temps, véritablement, profondément révolutionnaire. Mais aussi désespéré.

  • C'est une histoire toute simple. C'est l'histoire d'un type qui cherche un peu d'amour. C'est l'histoire d'un type qui vit et qui voudrait bien exister. C'est l'histoire d'un type qui débarque. Il voudrait bien savoir, il voudrait bien comprendre... Enfin les autres sont là et le remettent dans le droit chemin. La vie se joue à l'extérieur. Vous verrez, c'est une histoire d'amour... Il aurait pu s'appeler Tristan, elle aurait pu s'appeler Yseult. Je dédie ce livre à ceux que la littérature contemporaine accable. Je dédie ce livre à ceux qui n'ont pas de nom, plus d'âme, plus rien. Je dédie ce livre à la fosse commune des vivants anonymes. Mais j'interdis la lecture de ce livre aux Pangloss de tout poil. Attention ! Les gargouilles crachent du sang. Je bouffonne, je manipule la langue sans vergogne, je recours à la farce et au burlesque. J'en appelle à Lazarillo de Tormes, à Don Quichotte, à Gulliver, à Moll Flanders et à Ubu. Je rêve de raconter sur une place mes histoires, mes contes et mes légendes. Je suis un barbare. Ce livre est méchant, invraisemblable, les symboles s'y promènent en gros sabots... Il est grotesque. L'imaginaire est dangereux, le fantastique cache des boîtes d'où jaillissent des diablotins hérissés. Le roman d'aujourd'hui se fait des grimaces et des sourires dans une glace. Il vasouille dans l'esthétisme. Il est gâteux, il bégaie. Il se parodie. Moi j'affirme qu'un roman c'est avant tout une action de même nature qu'un coup de poing sur la table.

  • Nous sommes nombreux ici. Mille peut-être. Les uns disent plus, les autres moins. On nous a jamais comptés. Sauf Vermonchet. Vermonchet savait certainement combien nous étions. Il comptait tout par habitude. Même les nuages qui passaient. Dans sa tête tout se transformait en grosse pelote de chiffres. C'était un secret qu'il gardait sous sa langue comme un bonbon. Nous sommes mille peut-être dans cette ville que Wolff a voulu bâtir. Il avait trouvé cet endroit par hasard au bout des routes et c'est ici qu'il s'est installé. c'était un endroit de nulle part. Avant nous il y avait personne. Puis d'autres sont venus et d'autres encore. Et la ville a grandi.

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