Alain Erlande-Brandenburg

  • La cathédrale

    Alain Erlande-Brandenburg

    • Fayard
    • 11 Octobre 1989

    Notre imaginaire de la ville occidentale doit beaucoup à la présence des cathédrales qui l'ont, pendant des siècles, dominée de leur masse, lui ont donné sens et signification. Presque toutes pourtant ont aujourd'hui perdu l'essentiel de leurs entours, et le romantisme, s'il a eu le mérite d'attirer notre attention sur elles, nous en a légué une vision partielle quand elle n'est pas fausse.

    Seule l'enquête approfondie d'un historien - portant son regard sur la France, mais aussi sur l'Angleterre, l'Allemagne, l'Italie, l'Espagne, voire la Bohème;
    élargissant les préoccupations de l'histoire de l'art; prenant en compte les conclusions de fouilles récentes, réexaminant les états successifs de l'aménagement urbain; proposant une nouvelle lecture des documents écrits (chroniques, chartes, comptes, etc.) - permet de saisir les métamorphoses d'un type d'édifice qui a plus changé qu'aucun autre entre l'Antiquité tardive et la Renaissance.

    L'église de l'évêque s'est d'abord insérée dans la cité antique bientôt vidée de ses hommes, se contentant de dimensions et d'installations modestes (hormis le baptistère). Touchée ensuite par les réformes tant liturgiques qu'administratives des Carolingiens, elle connaît dès les Xe-XIe siècles et surtout le XIIIe des bouleversements considérables. La ville médiévale acquiert un poids politique et économique, se repeuple, peu après éclate et sort de l'enceinte gallo-romaine; elle contraint l'évêque et son chapitre, parfois les pouvoirs civils, à voir toujours plus grand, à imaginer des financements toujours plus compliqués, à trouver toujours plus de pierre, à revoir l'implantation, à modifier l'accès et la circulation des fidèles, à réformer l'organisation interne, à multiplier les bâtiments annexes. Elle constitue à la fin du Moyen Age une ville dans la ville, une " cité sainte " entièrement tournée vers Dieu; à son tour, elle influe sur l'urbanisme. Requérant l'exploit technique, une telle révolution s'amplifie grâce à lui: c'est la course au gigantisme.

    L'histoire de la cathédrale est donc celle d'une constante et subtile dialectique entre les grands tournants de l'histoire ecclésiastique - spirituelle aussi - et les étapes de la croissance urbaine. Sans omettre, bien entendu, la volonté de puissance des hommes et le génie de certains architectes.

    Chartiste, Alain Erlande-Brandenburg, directeur d'études à l'Ecole pratique des hautes études (IVe section), est conservateur en chef du musée de Cluny.
    Inspecteur général des musées, il a également été adjoint au directeur des musées de France. Il a publié en 1984L'art gothique(éd. Mazenod) et en 1987La conquête de l'Europe 1260-1380(coll. " L'Univers des Formes "), etc.

  • Notre ignorance quasi totale de l'identité des sculpteurs de Chartres, de l'architecte de la Sainte-Chapelle ou des enlumineurs des grands manuscrits à peinture n'est pas le fruit de lacunes documentaires, mais du faible intérêt porté par les hommes du Moyen Age à ceux que nous appelons les artistes. Plus exactement, ils estiment que le seul véritable créateur est le commanditaire, celui qui a voulu l'oeuvre et l'a financée, et c'est lui que nomment les sources.Intellectuel (quand il est homme d'Eglise) ou bien détenteur de la puissance publique, il n'est pas un mécène qui permet à l'artiste de s'exprimer, mais un maître d'ouvrage qui trace un programme précis à l'intention du peintre, du sculpteur ou de l'architecte. De ceux-ci il n'attend qu'une seule chose : l'excellence manuelle dans l'exécution.Dans les derniers siècles de l'Antiquité, la création artistique se trouve entre les mains du pouvoir impérial, puis passe, sous les Mérovingiens et plus encore sous les Carolingiens, à celles des rois, enfin à celles des abbés et des évêques, avant de revenir - comme dans l'Allemagne ottonienne ou la France de Saint Louis - au roi. C'est seulement avec l'apparition, aux XIVe et XVe siècles, d'une société civile qui se détache peu à peu de l'Eglise et de la monarchie que la création s'affirme en tant que telle. Le mouvement est alors lancé : avec le Quattrocento italien puis la Renaissance, on assiste au véritable sacre de l'artiste.L'approche, très novatrice, d'Alain Erlande-Brandenburg enrichit la réflexion traditionnelle sur le jeu des styles ou des formes, elle affine la reconstitution (chronologique) des filiations et des influences ; elles s'inscrit dans la contingence, dans l'Histoire elle-même. Elle libère l'histoire de l'art de la froideur et de l'abstraction qui parfois la menacent et lui confère la vitalité du vécu humain.
    Alain Erlande-Brandenburg, directeur d'études à l'Ecole Pratique des hautes études (IVe section), professeur à l'Ecole des chartes, conservateur général du Patrimoine, ancien adjoint au directeur des Musées de France, ancien directeur des Archives de France (1994-1998), a publié en 1984 L'Art gothique (éditions Mazenod), en 1987 La Conquête de l'Europe, 1260-1380 ("L'Univers des formes"), en 1992 La Cathédrale (Fayard), ainsi que de nombreux ouvrages relatifs à l'art du Moyen Age.

  • « Monuments en perspective » est une collection qui se propose de rénover le genre monographique quelque peu délaissé en France durant ces dernières décennies, tandis que dans le même temps l'Histoire et l'Histoire de l'Art prenaient une dimension jamais égalée. Il devenait indispensable que cet acquis nouveau s'applique enfin à nos grands monuments, qui font l'admiration de visiteurs de plus en plus nombreux. Le titre de la collection indique clairement la volonté d'une prise en compte globale du monument. Fait de civilisation, il s'insère dans une « perspective » historique. OEuvre ayant reçu et à son tour exercé des influences, il s'inscrit dans une « perspective » de l'histoire des formes et des idées. La caractéristique de la collection est avant tout la qualité. Des sujets : les monuments les plus significatifs de l'histoire de l'art français, quels qu'en soient l'époque, le type et l'importance. Des auteurs : les archéologues et les historiens d'art les plus avertis. Des choix éditoriaux : une présentation et des illustrations destinées à mettre le sujet en valeur pour le plus grand nombre de lecteurs.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • Le jubil de l'an 1300 sonne pour l'Europe occidentale le glas de l'quilibre
    qu'a connu la socit mdivale. Thomas d'Aquin vient de reconnatre, ct du
    droit divin, l'existence d'un droit humain et d'affirmer que le pouvoir peut
    aussi relever du peuple : le destin des nations comme celui de l'individu va
    ds lors l'emporter sur d'autres considrations. Cet avnement d'une socit
    civile modifie profondment les conditions de la cration. De nouveaux
    commanditaires - aristocrates, souverains et bourgeois - conoivent des
    programmes diffrents, font appel des artistes novateurs et tablissent avec
    eux des rapports d'galit. Le crateur est prsent un vritable partenaire,
    apprci pour ses prouesses techniques, pour son imagination et non plus un
    excutant. Il dcouvre un espace de libert, se trouve assur de vivre
    convenablement, voire de s'enrichir. Le mme mouvement bouleverse la hirarchie
    des arts elle-mme. Les souverains, de plus en plus ports sur le
    " monumental ", font ainsi de la commande architecturale un instrument
    essentiel de leur politique. De leur ct, les riches bourgeois des villes,
    plus sensibles l'intimit, assurent au peintre un succs qui ne se dmentira
    plus ; il intervient partout, fournissant maquettes et cartons pour la
    broderie, l'mail, la gravure, la tapisserie, le vitrail.

    Alain Erlande-Brandenburg analyse ce tournant capital qui rompt avec les usages
    prcdents (ils sont l'objet du premier volet de sa recherche : De pierre, d'or
    et de feu, 1999) et explore l'alchimie de la cration au couchant de ce qu'il
    est convenu d'appeler le Moyen ge. L'oeuvre d'art n'est plus rductible une
    autre, et un crateur peut ds lors s'lever au chef-d'oeuvre. Le portrait des
    Arnolfini par Van Eyck en est un tmoignage clatant entre tous : l'artiste
    assiste au moment o un couple s'engage par serment dans le mariage ; non
    seulement il signe son oeuvre, mais encore il se reprsente auprs des
    commanditaires : il est dsormais un acteur part entire de la socit.

    Alain Erlande-Brandenburg, directeur d'tudes l'cole pratique des hautes
    tudes (IVe section), conservateur gnral du Patrimoine, ancien adjoint au
    directeur de s Muses de France, ancien directeur des Archives de France (1994-
    1998), directeur du Muse national de la Renaissance (chteau d'couen), a
    publi de nombreux ouvrages relatifs l'art du Moyen ge.


  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

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