Littérature traduite

  • Le monde rural et ses figures allégoriques inspirent la plupart de ses romans : ses personnages du grand Ouest américain, leurs lieux de vie, leur quotidien vont s'incarner, à partir de 1939, dans des oeuvres dites « photos-textes ». Attribuant une valeur égale entre image et texte, Morris imagine des ouvrages mêlant littérature et photographie, l'une dialoguant avec l'autre dans une même puissance évocatrice.
    Durant une quinzaine d'années, il photographie la vie simple des Américains empruntant au réalisme des auteurs et photographes de la Grande Dépression, tels John Steinbeck ou encore Walker Evans : « J'ai vu le paysage américain encombré de ruines que je voulais sauver », précisant vouloir « enregistrer cette histoire avant qu'elle ne disparaisse ». Ses images, quasiment toujours vides de toute présence humaine, montrent des objets récurrents du quotidien. Des vêtements sans corps, des lits et des chaises vides, des couverts déposés sur une table : le temps est suspendu, l'image énigmatique. L'esprit des lieux est ici matérialisé par une infinité de détails ; Morris réussit à « capturer l'essence du visible ».
    Ses photographies sont des « morceaux de temps » : roues de charrettes à l'arrêt, enclos vides, façades de grange, évier de cuisine, fin de repas sur la table d'une salle à manger vide, vaisseliers, outils et objets du monde agricole... Wright Morris saisit un quotidien intime, le presque rien de vies simples du Midwest américain. Opérant un travail de mémoire, ses images oscillent entre réalisme et fiction, entre poétique et mystère d'un temps suspendu.

  • Lost and found

    Bruce Gilden

    Parmi ces milliers d'images inédites qu'il n'avait pour la plupart jamais vu lui-même, Gilden en a sélectionné une centaine. Émanant du désir de revisiter son oeuvre de jeunesse, cette archive historique, qui refait surface quarante ans plus tard telle la Valise Mexicaine, constitue un trésor inestimable. Il s'y dessine le portrait d'un New York hors du temps et dévoile par ailleurs un pan inconnu du travail de Gilden. Dans le plein élan de la trentaine, il s'était alors lancé sans flash (avant de devenir célèbre pour son usage quasi systématique) à l'assaut des New Yorkais, dans une ambiance visiblement tendue qui ne l'empêchait pas de bondir à un rythme frénétique sur ce que cette scène, à la fois familière et exotique, avait à lui offrir. Dans cette extraordinaire galerie de portraits, les compositions, la plupart horizontales, bouillonnent d'énergie et débordent de personnages les plus divers, comme si Gilden entendait inclure dans le cadre tout ce qui attirait son oeil. Dans Lost & Found, on perçoit déjà le fil conducteur du travail qui rendra Bruce Gilden célèbre : un mouvement et une tension continus, une fougue sans pareil, une affection instinctive et irrévérencieuse pour ses sujets - en parfaite connivence avec sa ville.

  • Figure de la littérature américaine, Wright Morris (1910-1998) sillonne les grandes plaines du Midwest durant les années 1930. Le monde rural et ses figures allégoriques inspirent la plupart de ses romans : ses personnages du grand Ouest américain, leurs lieux de vie, leur quotidien vont s'incarner, à partir de 1939, dans des oeuvres dites « photos-textes ». Attribuant une valeur égale entre image et texte, Morris imagine des ouvrages mêlant littérature et photographie, l'une dialoguant avec l'autre dans une même puissance évocatrice. En parallèle de son travail photographique, il mène une oeuvre d'écriture critique très poussée à propos de son outil. C'est a travers de nombreux articles et entretiens que Wright Morris théorise la photographie et ses pratiques. Publiés pour la première fois en français dans la collection TXT aux Éditions Xavier Barral, cet ouvrage rassemble les écrits du photographe et donne de nouveaux angles de lecture à la photographie contemporaine. Pour illustrer les concepts développés dans l'ouvrage, de nombreuses photographies accompagnent les textes : des images de Morris mais également d'autres photos pionnières ou emblématiques des thèmes développés.

    Ce livre propose des textes méconnus en France mais fondateurs dans l'histoire de la photographie, et vient s'inscrire dans la collection de livres de textes développés en parallèle des livres de photographie.

  • Spectacle-performance polymorphe mis en scène et écrit par William Kentridge, The Head & the Load explore le rôle de l'Afrique durant la Première Guerre mondiale.

    Cette histoire, encore peu étudiée, est déroulée au fil de tableaux scéniques mêlant musique, danse, jeu d'acteur, projections et sculptures mécanisées. Sur un livret polyglotte (anglais, allemand, français et langues vernaculaires africaines) se déploient tous les méandres de ce conflit et l'importance cruciale qu'eurent tous les porteurs africains utilisés par les Britanniques, les Français et les Allemands. Allusion au proverbe ghanéen disant « la tête et la charge sont les ennuis du cou », cette performance théâtrale met en exergue une histoire aux lourdes répercussions politiques, humaines et sociologiques et s'inscrit pleinement dans la démarche plastique de l'artiste dont les oeuvres sont des catalyseurs politiques. Accompagné d'une distribution internationale de chanteurs, d'acteurs et de danseurs, ainsi que de son complice, le compositeur Philip Miller, William Kentridge développe avec force couleurs, projections vidéos, dessins et mots une oeuvre protéiforme. Une longue et imposante procession d'acteurs et danseurs déroule le récit de ces porteurs africains qui assurèrent le succès des vainqueurs mais restèrent dans l'ombre. L'histoire coloniale et ses répercussions dans le monde actuel sont ici reconsidérées par Kentridge. Présentée à l'été 2018 à la Tate Modern, à Londres, et à l'automne dernier à New York, The Head & the Load fera l'objet de plusieurs représentations en 2020 au Grand Palais, à Paris.

  • Halo

    Rinko Kawauchi

    « Le jour de la Fête des lanternes du nouvel an chinois est l'occasion dans un certain village de la province du Heibei, en Chine, d'un festival du nom de Da Shuhua. Cette fête - que la tradition fait remonter à plus de trois cents ans - trouve son origine dans l'ancienne coutume des forgerons locaux de célébrer la nouvelle année en lançant du métal en fusion sur les murs de la ville, à la place de feux d'artifice qu'ils étaient trop pauvres pour acheter. Idée lumineuse née d'une aspiration à la beauté que l'on retrouve même chez des êtres plongés dans l'indigence. Les éclaboussures de feu sur les murs forment une pluie de lumière, et les hommes qui projettent continuellement des débris de fer sous la pluie ardente qui se déverse sur eux ressemblent à des guerriers luttant contre une force invisible. » (Extrait du texte de Rinko Kawauchi.) Couverture toilée rehaussée d'éclats métaliques. Relié à la japonaise.

  • Cet ouvrage transporte le lecteur, dans un récit passionnant à la première personne, au coeur du processus créatif des grandes séries de Susan Meiselas depuis les années 1970 jusqu'à aujourd'hui : des strip-teaseuses de fêtes foraines en Nouvelle Angleterre, aux zones de conflits du Salvador au Kurdistan en passant par l'insurrection sandiniste au Nicaragua.

    À travers une sélection de photographies pour certaines iconiques, pour d'autres rarement publiées, enrichie d'un long entretien conduit par Mark Holborn, ce livre revient sur une carrière remarquable « en première ligne » au sein de l'agence Magnum.

  • Seascapes

    Hiroshi Sugimoto

    L'eau et l'air, ces substances primordiales qui rendent la vie possible sur Terre constituent le sujet de la série des Seascapes [paysages marins] de Hiroshi Sugimoto. Depuis trente ans, Sugimoto parcourt le monde en photographiant les mers. L'ensemble de son oeuvre est une longue méditation sur le passage du temps et sur l'histoire naturelle de la Terre. Avec cette série, Sugimoto, qui appelle la photographie « la fossilisation du temps », saisi un moment spécifique tout en évoquant un sentiment d'intemporalité.

    Ce volume, réimpression augmentée d'une dizaine d'images, présente la série complète qui contient plus de 200 Seascapes. Les images sont toutes de format identique, précisément divisées par la ligne d'horizon, bien que parfois la mer et le ciel se fondent en une seule entité. Chaque photographie saisit un moment où la mer est calme, presque étale.

    Un texte de Munesuke Mita, professeur de sociologie à l'Université de Tokyo, examine l'art contemporain à l'aune de la sociologie reliant l'histoire récente de l'art aux prévisions mathématiques de croissance démographique et établit un lien entre l'oeuvre de Sugimoto.

  • Réflexion sur l'enfance et l'adolescence, sur la perte d'innocence, ses images sont construites à partir du réel et imprégnées de la culture du sud des États-Unis chère à Faulkner.
    Elles montrent des instants intimes et singuliers : des enfants jouent, se baignent dans les rivières ou posent crânement dans une nature puissamment présente, de jeunes couples s'enlacent sous leur véranda, des corps nus s'allongent dans des pairies aux herbes hautes. Profondément marquées par la littérature et la philosophie de Thoreau et Emmerson qui célèbrent la fusion de l'homme avec la nature, les images de Sally Mann posent la question des origines, de l'identité, de l'histoire, de la place de l'individu dans le monde. Si elles s'appréhendent comme un journal photographique et explorent la culture américaine, elles sont aussi des réflexions personnelles qui tendent vers l'universel à travers des témoignages intimes et ordinaires.
    Le travail sur le collodion qu'effectue la photographe donne à ses tirages des noirs très charbonneux ou des blancs éclatants. Cette approche pictorialiste confère à ses images théâtralité et lyrisme. Ode à la puissance de la vie, les photographies de Sally Mann parlent aussi de la décrépitude des corps, de la perte...
    Cette monographie richement illustrée et accompagnée d'essais de spécialistes de son oeuvre présente plus de deux cents photographies et explore toutes les facettes de son travail : études sur la figure humaine, portraits intimistes, natures mortes, paysages, vues architecturales, un univers visuel qui célèbre le romantisme de la vie ordinaire.

  • Un homme en fuite trouve refuge sur une île déserte. Un lieu étrange où se dresse une villa immense dont les sous-sols cachent une machine aux fonctions singulières. Dans une atmosphère moite et une chaleur écrasante, le narrateur réalise peu à peu que l'île s'avère peuplée de personnages avec lesquels il ne peut communiquer. Chaque semaine les mêmes scènes se répètent, avec régularité. Une jeune femme en particulier apparaît chaque jour au narrateur sur les falaises, face à la mer. Celui-ci tente de l'aborder mais elle ne semble ni le voir ni l'entendre. La fiancée fantomatique devient obsessionnelle. Avec le temps, le narrateur va découvrir le secret de cette île : un inventeur, Morel, a conçu une machine susceptible de donner l'immortalité...
    Mêlant passé, présent et futur sur une terre insulaire où les saisons changent selon les heures de la journée, où la végétation luxuriante se métamorphose en arbres morts, où l'on peut voir deux soleils et deux lunes et où les personnages disparaissent de manière aléatoire, Bioy Casares plonge le lecteur dans une atmosphère irréelle. Comprenant que la femme qu'il aime n'existe pas et qu'il ne pourra jamais la rencontrer, le narrateur décide de s'enregistrer lui-même pour paraître aux cotés de sa bien-aimée...
    Roman fantastique considéré par Borges comme « parfait », L'Invention de Morel a inspiré de nombreux écrivains, cinéastes et artistes contemporains. L'exposition à la Maison de l'Amérique latine présentera les oeuvres de quinze artistes internationaux directement inspiréees du roman ou dont les thèmes sont les même : l'incommunicabilité, la solitude, la reproduction à l'infi ni d'événements, l'illusion du réel, la quête du passé, les traces du présent, la survie des corps, la puissance technique de la machine et ses conséquences sur nos vies, la captation du temps présent et sa perception... Autant de réfl exions sur notre époque et ses questionnements tant philosophiques que scientifiques.

  • D'une simplicité et d'une originalité inédite pour son époque, la photographie de Renger-Patzsch a ceci de particulier qu'elle repose sur un style documentaire privilégiant la sobriété et l'immédiateté du réalisme, qui sont pour lui des caractéristiques fondamentales de la représentation photographique. Son oeuvre témoigne d'une approche technique et formelle rigoureuse dans laquelle l'appareil photo n'intervient que pour intensifier notre vision et notre conscience de la réalité.
    Le livre explore ce travail fondamental pour la photographie, caractéristique de l'avant-garde du XXe siècle, à travers 190 photographies emblématiques choisies par le commissaire d'exposition. L'ensemble est accompagné d'un important corpus de textes illustrés de nombreux documents d'archives et de publications d'époques.

  • Automate

    Nicholas Foulkes

    L'histoire des automates est intimement liée à l'émergence puis au développement de l'horlogerie à travers les siècles, à la maîtrise du temps et à la science mécanique. Dès les premières civilisations apparaît la nécessité de mesurer le temps afin d'organiser la vie sociale. Inspirée de l'étude du mouvement des planètes et du cycle des saisons, la maîtrise du temps permet aux prêtres de l'Antiquité - tous astronomes - d'établir les premiers calendriers luni-solaires.
    Au XVIe siècle, le pape Grégoire XIII commande à l'astronome Christophorus Clavius un calendrier calé sur l'année astronomique : cette division est notre calendrier actuel. Depuis, dans les grandes villes d'Europe, des horloges astronomiques peuplées d'automates sonnent les heures et scandent la journée.
    En 1675, l'astronome et mathématicien Christian Huygens invente le ressort spirale qui va jouer le rôle de poids dans l'élaboration de montres plus petites et plus précises, au mécanisme d'une grande complexité. La création d'engrenages plus compliqués, l'utilisation de ressorts spirales extrêmement minutieux laissent libre cours à l'imagination des horlogers qui, pour émerveiller les princes, inventent des objets animés qui fascinent aussi bien les philosophes que le monde scientifique. Hommes de médecine, de théâtre, penseurs du monde moderne : tous regardent ces automates de plus en plus à l'image de l'homme, véritables simulacres de vie. Ces figurines articulées vont inspirer la pensée, la science, la littérature, le monde du spectacle...

  • L'artiste Sud-Africain William Kentridge présentera à la 13e Documenta de Kassel, de juin à septembre 2012, une installation -spectale intitulée The Refusal of Time. Événement culturel international, la Documenta expose tous les cinq ans les artistes majeurs de l'art contemporain autour d'une problématique faisant émerger les enjeux actuels de l'art.
    Le spectacle sera également accueilli au Festival d'Avignon, au Festival RomaEuropa et dans divers lieux culturels européens.
    Né de la rencontre avec le compositeur Philip Miller et d'une série d'échanges avec l'historien des sciences Peter Galison, Refusal of Time mêle musique, lecture, danse, chants, vidéos, dessins, performance et met en scène les interrogations de Kentridge sur la notion de temps.
    Connu, depuis trente ans, pour ses dessins au fusain, ses films d'animation et ses installations dénonçant l'apartheid et le colonialisme, Kentridge poursuit actuellement un travail aux frontières de l'art et de la science.
    La question de la perception et de la compréhension du temps a mené l'artiste a reconsidérer le processus créatif. Temps narratif, fragmenté, ralenti ou accéléré, distorsion de l'espace-temps, simultanéité sont autant de concepts revisités sur scène.
    Kentridge explore à travers divers médiums - danse, musique, films, narration, machines-métronomes - une certaine appréhension du monde. Véritable work in progress, Refusal of Time poursuit et approfondi l'oeuvre polymorphe, onirique, politique et humaniste développée par l'artiste depuis ses débuts.
    Faisant écho à cette performance théâtrale en perpétuelle évolution, l'ouvrage sera une mise en abîme : il présentera à la fois des moments forts du spectacle, des dessins spécialement réalisés par l'artiste pour le livre, de nombreux croquis et carnets d'études, l'ensemble des textes lus lors de la représentation, ainsi que des entretiens avec Peter Galison et des images du workshop.
    Scrapbook de The Refusal of Time, ce livre d'artiste s'appréhende tel un work in progress, immergeant le lecteur au coeur du processus créatif de William Kentridge.

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