Science Marxiste

  • Le texte français du Manifeste, établi à partir de la traduction de Laura Lafargue, est présenté face au texte allemand de la première édition (1848) et accompagné de toutes les préfaces de Marx et Engels.

    L'appendice présente une chronologie des premières éditions du Manifeste jusqu'à 1914 dans les différents pays et les différentes langues, des notes sur ces premières éditions et des notices biographiques des promoteurs et des traducteurs.

  • Dans les «Adresses» qui furent publiées avec La guerre civile en France, nous trouvons la dignité, l'énergie, la documentation et, dessinées en une synthèse magistrale, les tendances principales du siècle à venir. Engels signalait la leçon fondamentale de cette lutte : «La Commune dut reconnaître d'emblée que la classe ouvrière, une fois au pouvoir, ne pouvait continuer à se servir de l'ancien appareil d'État.» L'État, né dans les sociétés anciennes en tant qu'organe pour la défense des intérêts communs, était devenu au fil des siècle un organe séparé, «au service de ses intérêts particuliers»; cela était évident «non seulement dans la monarchie héréditaire, mais également dans la république démocratique». La Commune n'est pas encore tombée quand, le 17 avril 1871, Marx écrit à Kugelmann: «La lutte de Paris a fait entrer dans une nouvelle phase la lutte de la classe ouvrière contre la classe capitaliste et son État. Quel qu'en soit l'issue immédiate, elle a permis de conquérir une nouvelle base de départ d'une importance historique universelle.» C'est un début car, écrit Cervetto, «l'époque des révolutions prolétariennes, avec leurs inévitables pas en avant et en arrière, ne fait que commencer. La forme démocratique de la révolution bourgeoise a mis des siècles à s'imposer et à s'élaborer; la Commune de Paris, elle, n'a duré que quelques jours. Lénine le sait bien quand il restaure la découverte de Marx, cinquante ans plus tard et quelques mois avant qu'en Russie le mouvement réel la remette à l'ordre du jour de la théorie et de la pratique».

    La forme politique enfin découverte par les prolétaires de 1871 est ainsi devenue «une nouvelle base de départ» confiée aux générations des communistes.

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  • Dans la préface de 1867 à la première édition du Capital, Karl Marx avertit le lecteur : «Dans toutes les sciences le commencement est ardu. Le premier chapitre, principalement la partie qui contient l'analyse de la marchandise, sera donc d'une intelligence un peu difficile.» Ce «premier chapitre», comme on le lit dans la même préface, est le résumé d'un écrit antérieur dont le Capital est le prolongement. Il s'agit précisément du présent livre, Critique de l'économie politique, que nous proposons de nouveau, cent cinquante ans après la première édition de 1859, dans la «bibliothèque jeunes» de notre maison d'édition.

    Le choix d'insérer dans cette collection un texte que Marx lui-même considérait comme un des plus ardus de son élaboration s'explique en lui-même. La «bibliothèque jeunes» se fonde sur le présupposé qu'il existe, parmi les nouvelles générations, aujourd'hui plus que jamais, une faim de théorie qui ne se satisfait pas d'aliments prémâchés.

    Le succès rencontré par les titres importants déjà publiés nous a confortés dans cette conviction. Les «lecteurs qui veulent apprendre quelque chose de neuf et par conséquent aussi penser par eux-mêmes» - vers lesquels Marx se tourne expressément - sont présents parmi les jeunes d'aujourd'hui en nombre beaucoup plus grand que ne le soupçonne le conformisme paresseux de nombreux sociologues à la mode.

    La crise des relations globales actuelle a produit, entre autres, une énième «redécouverte de Marx». Ces fondements théoriques de la doctrine économique marxiste se devaient d'être présents dans la «bibliothèque jeunes». Car c'est précisément dans l'«analyse de la marchandise» que réside l'explication ultime du phénomène typiquement capitaliste de la crise.

  • Cette oeuvre vit le jour dans le feu d'une bataille décisive pour le prolétariat international. Le Que faire ? constitua l'arme essentielle pour battre le révisionnisme qui niait le caractère scientifique de l'analyse marxiste, c'est-à-dire qu'il excluait pour le prolétariat la possibilité même de se doter d'une stratégie.
    Lénine se penche sur les précurseurs russes du marxisme révolutionnaire. Il rappelle la caractéristique principale de ces figures de révolutionnaires : «La grande importance de la théorie révolutionnaire, de la dévotion absolue à la révolution, de la propagande parmi le peuple, qui n'est jamais perdue même si des décennies séparent la période des semailles de celle de la récolte.» Avec Marx et Engels, la classe révolutionnaire moderne a porté la méthode de la recherche scientifique du domaine de la nature à celui des rapports sociaux. La bourgeoisie n'a pas intérêt à faire sortir cette méthode du domaine de la nature ; dans le domaine social, la bourgeoisie se cantonne à la défense de ses intérêts de classe, à la défense de la société qu'elle domine et qu'elle défend en propageant des illusions énormes.
    La classe révolutionnaire est la seule classe qui a intérêt à ce que les lois qui régissent le mouvement de la société bourgeoise soient découvertes. Elle doit les utiliser à «ses propres fins», pour le dépassement révolutionnaire de la société divisée en classes. Et pour lier la théorie à l'action, elle a besoin de l'«instrument».

    De la science à la stratégie, à l'instrument du parti : voilà, en synthèse, la signification que Cervetto donne au concept de parti-science. La fausse conscience de l'époque dans laquelle nous vivons recycle sans cesse de vieilles solutions.

    Aujourd'hui, la méthode scientifique de Marx permet de comprendre la dialectique du mouvement réel : l'unité du marché mondial porte en elle sa propre contradiction, la scission de la collision entre puissances impérialistes de dimension continentale. C'est là le caractère dominant de notre époque, qui va caractériser toujours davantage les années à venir. Lénine a déjà démontré que le développement de l'impérialisme détermine l'émergence de nouvelles puissances et, par là, l'inévitable rupture de l'ordre mondial. Dans la dynamique de son évolution historique et naturelle, la biologie de l'impérialisme recèle les phases des catastrophes politiques, des guerres mondiales et des révolutions prolétariennes. On peut le nier seulement en ayant recours au sophisme, à l'opium de l'apparence. S'entourant de ce brouillard, l'homme bourgeois veut se nier lui-même, veut persuader que le processus évolutif fera de lui un singe pacifique et bienveillant.

  • Les deux textes que nous avons rassemblés dans ce volume ont été rédigés entre 1847 et 1865. Mais bien qu'ils aient été écrits voici près de cent cinquante ans, et malgré leur concision, ils ont l'étonnante capacité d'éclairer nombre de problèmes actuels. Ils sont en outre une illustration des capacités de Marx à «populariser» des notions complexes : ils présentent en effet les fondements de l'analyse économique de manière à la fois simple et scientifique. Ces deux ouvrages, Travail salarié et capital ainsi que Salaire, prix et profit, offrent une base solide et irremplaçable pour l'étude de la théorie marxiste de l'économie.

    Travail salarié et capital trouve toute sa richesse et sa modernité dans la combinaison entre le but pour lequel il a été écrit et son idée-force. Selon celle-ci, c'est le propre du capitalisme de dissimuler les rapports entre les hommes sous l'apparence de rapports entre « choses ». Les caractéristiques mystérieuses de « choses » telles que le capital ou le salaire peuvent être clarifiées en les ramenant aux rapports qui leur sont sous-jacents, des rapports entre les hommes. Et ce qui explique l'actualité de ce texte, c'est précisément que le rapport fondamental, aujourd'hui encore, n'a pas changé. La société se fonde sur la base du rapport instauré entre la minorité d'hommes qui monopolisent les moyens de production - les capitalistes - et la grande majorité de ceux qui en sont privés et qui, par conséquent, sont contraints de vendre leur capacité de travailler - les salariés.

    Salaire, prix et profit poursuit le même but. À l'origine, il s'agit d'un document lu par Marx au cours de deux séances du Conseil général de l'Association internationale des travailleurs, la Première internationale. Les «nouveautés» que les deux dirigeants de la Première internationale, sans s'en rendre alors réellement compte, eurent la chance de connaître en avant-première, ne sont autres que la découverte fondamentale de la «valeur du travail» ou, plus précisément, du fait qu'il est impossible de déterminer cette valeur sans introduire le concept de «force de travail». Salaire, prix et profit constitue ainsi la première explication scientifique du mécanisme de l'exploitation capitaliste.

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  • Lors de la polémique qui l'a opposé aux populistes à la fin du XIXe siècle, Lénine a du affronter cette objection : «Dans quelle oeuvre de Marx trouve-t-on sa conception matérialiste de l'histoire ?» L'idéologie allemande de Marx et Engels, écrite en 1845-1846 et publiée seulement en 1932, était à l'époque inédite.

    Mais la controverse sur cette question a ses raisons qui dépassent cette donnée contingente. Le populiste - un professeur d'université - se plaint de l'absence d'une oeuvre qui exposerait la nouvelle conception du processus historique avec la même rigueur que celle que Marx a employée dans Le Capital pour l'économie. Lénine riposte que la conception matérialiste de l'histoire se trouve déjà dans Le Capital. Le point de vue de l'académicien et du communiste ne peuvent coïncider : la littérature marxiste n'est qu'une arme de la lutte révolutionnaire.

    Et la théorie ne fait pas exception à la règle : le marxisme la met au premier plan uniquement parce qu'elle est indispensable à l'élaboration d'une solide stratégie révolutionnaire. D'un point de vue formel, l'académicien russe a raison : il n'existe aucun traité marxiste de philosophie de l'histoire. Cependant, il existe une conception radicalement nouvelle du «développement de la formation économico-sociale comme processus d'histoire naturelle», ainsi que le développements, les mises au point et le mise en oeuvre de cette idée que les échéances de la lutte politique révolutionnaire ont rendu, tour à tour, nécessaires. Cette anthologie présente différents moments de cette réflexion et obéit à la même logique révolutionnaire.

  • Les écrits de Marx recueillis sous le titre Les Luttes de classes en France par Engels, et la longue introduction qu'il a ajoutée, représentent une oeuvre fondamentale du marxisme selon au moins trois points de vue.
    Tout d'abord, ils fournissent la reconstitution incomparable d'une phase révolutionnaire cruciale, celle de 1848. L'analyse détaillée de Marx est encore aujourd'hui ce que l'on peut trouver de mieux sur le sujet.
    En second lieu, ce brillant résultat découle de la conception matérialiste de l'histoire. L'idée que les faits politiques ont en dernière instance des causes économiques - la géniale découverte qui a permis à Marx et Engels d'étendre les méthodes scientifiques à l'étude de la société est ici utilisée pour la première fois pour expliquer « un fragment d'histoire contemporaine à l'aide de sa conception matérialiste en partant de la situation économique donnée ».
    En troisième lieu, l'analyse politique des rapports sociaux dans une phase de luttes si intenses et si concentrées permet à Marx de construire ou de perfectionner certains repères théoriques. C'est dans Les Luttes de classes en France que l'analyse de la revendication prolétarienne du « droit au travail », rappelle Engels, aboutit pour la première fois à l'affirmation de l'objectif du communisme, par la formule de l'« appropriation des moyens de production par la société ». C'est encore dans ce livre qu'est décrite pour la première fois la dialectique entre intérêts particuliers et intérêt général de la bourgeoisie, qui constitue le casse-tête jamais résolu et le moteur irrépressible de la transformation des formes de l'État bourgeois. Mais surtout, en analysant les années qui, à partir de l'insurrection de février 1848, aboutissent au coup d'État de décembre 1851, Marx découvre le lien entre crise et révolution.

  • Il a fallu un siècle pour que la Chine réalise sa métamorphose économique et sociale ; pays semi-colonial au début du XXe siècle, pays de jeune capitalisme dans les années 1960, puissance émergente de l'impérialisme aujourd'hui. L'histoire de la Chine durant les cent dernières années est l'histoire de ce passage. Hier elle subissait l'invasion des capitaux et des produits bon marché de l'Occident, aujourd'hui elle envahit le globe de ses produits et exporte ses capitaux dans les cinq continents. Hier l'Occident brisa les murailles érigées pour isoler l'Empire céleste, aujourd'hui c'est l'Occident qui doit faire face à des tentations répétées de protectionnisme contre les exportations modernes de la Chine. Hier la Chine fut une proie de l'impérialisme, aujourd'hui elle réclame sa place à la table du partage du monde.
    On tente à présent d'ensevelir sous une épaisse couche d'oubli le souvenir du puissant mouvement ouvrier qui secoua les villes chinoises de 1925 à 1927. À l'époque, la classe ouvrière n'avait pas la force du nombre ; aujourd'hui la masse des salariés s'est énormément accrue. Si le développement du capitalisme s'accompagne inévitablement de la lutte économique, ces salariés trouveront dans la meilleure tradition syndicale et politique des premières générations d'ouvriers les raisons d'un engagement internationaliste.

  • Dans la préface de juillet 1920 aux éditions allemande et française, Lénine met l'accent sur la double signification politique et stratégique de son texte L'impérialisme, stade suprême du capitalisme, écrit en 1916.

    Cet essai était né de l'exigence de la lutte politique contre les idéologies pacifistes et contre l'optique illusoire de la «démocratie mondiale» qui empêchaient la minorité révolutionnaire du prolétariat international de trouver une perspective indépendante et de rompre avec leur subordination à l'idéologie de la classe dominante dans ses multiples variantes.

    Le second point capital sur lequel Lénine insiste avec force est le caractère impérialiste de la guerre ; une guerre mondiale pour un nouveau «partage du monde» et une redéfinition des sphères d'influence, entre les six grandes puissances de l'époque.

  • Dans ce volume, nous avons réuni deux ouvrages de Friedrich Engels : Socialisme utopique et socialisme scientifique et Ludwig Feuerbach et l'aboutissement de la philosophie classique allemande. Il s'agit de deux chefs-d'oeuvre d'Engels. Dans la division du travail établie avec Marx, c'est à Engels qu'incomba en particulier le rôle de divulgateur et de polémiste. Toutefois, les textes que nous présentons ici sont à eux seuls suffisants pour prouver sa stature de théoricien.
    Socialisme utopique et socialisme scientifique est composé des trois derniers chapitres, consacrés au socialisme, de l'Antidühring, un texte que nous avons déjà publié dans la « Bibliothèque jeunes » en 2007. Engels y présente le parcours historique qui, partant de la société mercantile, conduit à la nécessité du communisme, en passant par le développement capitaliste. Il s'agit en effet de la présentation des bases objectives qui permettent de fonder scientifiquement les idéaux communistes. La clarté de l'argumentation dans ces chapitres est telle que la nécessité d'en préparer une publication séparée s'était imposée immédiatement. Ce texte fut publié pour la première fois en français, à la requête de Paul Lafargue. Son succès étonnant ouvrit la voie à des traductions en de nombreuses langues. La version que nous publions ici est justement reprise de la traduction qu'en fit Paul Lafargue, et qu'Engels révisa personnellement.
    Ludwig Feuerbach et l'aboutissement de la philosophie classique allemande est, comme l'écrit Engels lui-même, « un exposé succinct et systématique de nos rapports avec la philosophie hégélienne, de la façon dont nous en sommes sortis et dont nous nous en sommes séparés ». Cette oeuvre, poursuit Engels, lui « parut s'imposer de plus en plus » parce que, quarante ans après avoir rédigé L'Idéologie allemande et abandonné son manuscrit « à la critique rongeuse des souris » par manque d'éditeurs disponibles, ni Marx ni lui n'avaient plus trouvé le temps de revenir sur ce sujet important. C'est dans ce texte qu'Engels désigne le mouvement ouvrier comme « l'héritier de la philosophie classique allemande » et qu'il formule l'hypothèse, pleinement confirmée par les événements ultérieurs, que la science sur le terrain social ne peut avancer « avec intransigeance et sans préventions » qu'en tant qu'arme révolutionnaire de la classe ouvrière.
    Pour quelle raison publier ces deux ouvrages ensemble, dans cette collection, consacrée expressément aux jeunes générations ?
    Le marxisme n'est pas une doctrine académique, mais une arme de lutte. Marx et Engels n'étaient pas à la recherche d'une explication de l'Histoire ou d'une interprétation de la société, mais d'une théorie capable de résoudre un problème pratique, comme cela s'est d'ailleurs souvent vérifié dans le domaine des sciences naturelles. En l'occurrence, il s'agissait de porter le prolétariat au pouvoir et de le mettre en condition d'accomplir sa tâche historique : faire passer l'humanité au communisme. Le marxisme s'est maintenu, transmis et développé pour répondre aux situations changeantes et aux développements de cette lutte. Sa validité et sa force furent prouvées par la révolution d'Octobre, lorsque le prolétariat russe s'empara du pouvoir et imposa à la bourgeoisie les intérêts et la volonté de la classe ouvrière. C'est ainsi que, pour la première fois dans l'histoire, il parvint à arrêter une guerre, la Première Guerre mondiale impérialiste.
    La validité et la force pratique de la théorie marxiste ne sont pas un hasard. Leurs racines sont profondes, même si, souvent, elles ne sont pas mises en évidence. Le marxisme se base sur la vision du monde la plus moderne élaborée jusqu'à présent : le matérialisme qui reprend de la dialectique hégélienne le concept d'une réalité en transformation perpétuelle. Raison et volonté humaine peuvent orienter cette transformation, dans une certaine mesure qui n'est pas du tout négligeable. La dernière des onze thèses synthétiques sur Feuerbach, formulées par Marx en 1845, proclame justement : « Les philosophes n'ont fait qu'interpréter le monde de différentes manières ; mais ce qui importe c'est de le transformer. » Dans l'oeuvre que nous présentons ici, ce rapport entre vision du monde et « socialisme scientifique » est dans l'ordre inverse, mais cela correspond à ce qui s'est réellement produit. Ce n'est qu'en 1888 qu'Engels trouva le temps et l'occasion de revenir sur les fondements philosophiques du marxisme. Comme nous l'avons rappelé ci-dessus, l'ouvrage consacré à leur exposition n'avait pas trouvé d'éditeur (L'Idéologie allemande fut publiée à titre posthume en 1932). Ce n'est donc que depuis la parution du Ludwig Feuerbach que le grand public eut accès à une exposition organique de ces fondements.
    Aujourd'hui, la compréhension des bases théoriques de la science marxiste, et la conscience qu'elle s'appuie sur la vision du monde la plus moderne élaborée jusqu'à présent par l'humanité, peuvent devenir un élément de force supplémentaire pour les jeunes, à qui cet ouvrage s'adresse en particulier. S'il est vrai, comme le prévoyait Engels, que le mouvement ouvrier est l'héritier naturel de la philosophie classique allemande, les jeunes générations d'internationalistes qui sont aujourd'hui dans la lutte sont les héritières naturelles de ce legs.

  • L'heure d'une lutte de classe moderne a sonné il y a longtemps dans les métropoles d'Asie : Marx n'est pas dépassé à Pékin, à Shanghai, à Wuhan, à Canton, comme dans les grandes agglomérations urbaines des nouvelles puissances asiatiques. Aux États-Unis, l'ascension sociale qui dure depuis cinquante ans a entraîné le développement d'une bourgeoisie et d'une classe moyenne noires, à côté du prolétariat noir. Malgré cela, les discriminations à cause de la couleur de la peau ont continué à masquer l'oppression de classe. Dans les quartiers des métropoles américaines, ce que les nouveaux flux d'immigrés, le prolétariat afro-américain et les stratifications de salariés blancs ont en commun, c'est la discrimination sociale.
    Enfin, en France, en Italie, en Espagne ou en Allemagne, au fil des décennies, les métropoles ont aussi changé de visage : les tâches les plus pénibles et les salaires les plus bas sont réservés au prolétariat immigré. Ainsi, la vieille Europe, qui avait pourtant connu l'horreur du génocide, a replongé dans la honte du racisme et de la xénophobie.
    « Black Lives Matter », bien sûr : les vies noires comptent, mais gare aux hypocrites qui ne dénoncent le racisme que chez les autres. Les vies des désespérés qui continuent à se noyer dans le canal de Sicile, les vies des ouvriers agricoles exploités dans des conditions inhumaines, celles des millions de travailleurs sans aucune protection dans les chantiers, les usines, les entrepôts et les hôtels : toutes ces vies comptent. La crise de la pandémie séculaire a révélé ce qui était sous les yeux de tout le monde, mais que personne ne voulait voir. Pour se battre contre toute oppression et toute exploitation, il faut alors retourner à Marx. Il faut retrouver le principe de l'unité de classe, dans la conscience scientifique du communisme.

  • La lutte entre le prolétariat et la bourgeoisie, qui dure désormais depuis plusieurs siècles, concerne le monde entier. Il y a cent cinquante ans, en mars 1871, dans une seule ville - Paris - et en un laps de temps très court - 72 jours -, l' "assaut du ciel" tenté par le prolétariat, et férocement étouffé par une bourgeoisie montante, résolut dans la pratique des questions théoriques fondamentales du socialisme, qui jusque-là n'avaient eu que des réponses provisoires.
    Qui plus est, la Commune permit de découvrir les caractères typiques que la dictature du prolétariat doit inévitablement adopter. Parmi ces caractères typiques, il faut avant tout souligner le plus important : la Commune fut un "Etat non-Etat" . Dans son "Adresse" sur La Guerre civile en France du 30 mai 1871, Marx aborde ce point crucial, en tirant un bilan théorique de la Commune. "Son vrai secret le voici.
    La Commune était essentiellement le gouvernement de la classe ouvrière, le résultat de la lutte entre la classe qui produit et celle qui exploite, la forme politique enfin découverte grâce à laquelle on arrivera à l'émancipation du travail". Depuis la bataille de 1871, le monde a profondément changé. Ayant atteint l'apogée de son développement, l'ère bourgeoise connaît depuis un certain temps des convulsions de plus en plus explosives qui conduiront à sa fin inévitable.
    L'Etat libéral lui-même, ses pouvoirs, sa démocratie impérialiste et ses institutions représentatives sont de plus en plus remis en question. En même temps, la montée en puissance impérialiste de la Chine en tant que nouveau géant continental se poursuit de façon irrépressible. Mais, dialectiquement, cette jeune classe qui, il y a 150 ans, releva la tête pour s'engager dans une bataille à l'époque désespérée a énormément multiplié sa force numérique, jusqu'à devenir la majorité de l'humanité.
    Une puissance parmi les puissances. L'expérience glorieuse et pionnière de la Commune demeure dans la mémoire collective de notre classe. La Commune est le mot d'ordre de l'avenir de cette classe internationale, car elle fut un "audacieux champion de l'émancipation du travail" et aussi un gouvernement "international au plein sens du terme" .

  • Lénine écrit L'État et la révolution en août-septembre 1917, en Finlande, où il s'est réfugié alors que le gouvernement provisoire russe a lancé un mandat d'arrêt contre lui. En février 1917, une forte crise politique en Russie a provoqué la chute du tsarisme et la naissance d'une république démocratique. On parvient à une situation de dualisme du pouvoir : le parlement et le gouvernement cohabitent avec les soviets, qui sont l'expression politique la plus authentique des forces révolutionnaires, les ouvriers et les paysans pauvres en uniforme. Le mouvement ouvrier révolutionnaire russe doit alors opérer politiquement dans le cadre de la république la plus démocratique que l'histoire ait jamais produite.
    Dans ce contexte, sans une théorie révolutionnaire sur la nature de l'État bourgeois, qui puisse dénoncer les idéologies et les préjugés opportunistes à l'égard de l'État, il ne peut exister de mouvement révolutionnaire d'opposition à la démocratie, l'enveloppe la plus efficace de cet État. En quelques semaines, l'enchaînement rapide des événements met la théorie marxiste de l'État à l'ordre du jour, et celle-ci devient immédiatement un instrument dans la lutte pratique.
    La révolution d'Octobre précède la publication de L'État et la révolution, en 1918, mais Lénine a déjà mis en oeuvre l'essentiel de la stratégie qui y est présentée. Les soviets, l'enveloppe politique de l'avant-garde russe du prolétariat mondial, ont vaincu la très démocratique république bourgeoise russe, l'enveloppe politique du secteur russe de l'impérialisme mondial.
    L'État et la révolution devient l'un des piliers de la Troisième Internationale dont le premier congrès a lieu à Moscou en mars 1919. La victoire du prolétariat russe, comme la défaite tragique du prolétariat allemand, confirment l'essence de L'État et la révolution, qui pose un jalon important de la théorie marxiste : « La république démocratique est la meilleure enveloppe politique possible du capitalisme ; aussi bien le capital, après s'en être emparé, [...] assoit son pouvoir si solidement, si sûrement, que celui-ci ne peut être ébranlé par aucun changement de personnes, d'institutions ou de partis dans la république démocratique bourgeoise. »

  • Il n'existe aucun exposé systématique du communisme dans sa conception marxiste, et cet ouvrage n'entend pas y suppléer. Cependant, au terme de cette brève anthologie constituée à partir d'écrits de Marx, Engels et Lénine, le lecteur pourra facilement apprécier la pertinence de la définition du communisme en tant que «cause de l'humanité tout entière». Au fil de ces extraits rassemblés par ordre chronologique, Marx, Engels, puis Lénine, nous offrent leurs réflexions sur la perspective communiste. Il s'agit de courts passages qui abordent la future société sans classes selon les différents points de vue qui, chaque fois, sont suggérés ou imposés par la lutte politique. En effet, pour Marx et Engels, le « communisme n'est pas un état de choses qu'il convient d'établir, un idéal auquel la réalité devra se conformer». Ils appellent «communisme le mouvement réel qui abolit l'état actuel des choses». Leur principale préoccupation n'est pas de décrire la société de demain, mais d'étudier les processus qui préparent, dans la société actuelle, l'issue historiquement nécessaire du communisme. Leur engagement est totalement absorbé par la lutte - théorique, politique et organisationnelle - visant à faire tomber les résistances qui entravent le « mouvement réel » vers l'abolition de la propriété privée. Cette utopie imaginée par quelques penseurs du passé, défendue entre la fin du XVIIIe et le début du XIXe siècles par de nombreux chefs de file communistes ou socialistes, acquiert un fondement réel lorsqu'elle se concentre sur les moyens de production que le capitalisme a rendus sociaux. Par une formule célèbre, Engels a défini ce passage comme l'évolution de l'utopie à la science. Marx et Engels ramènent la myriade de contradictions sociales criantes que les communistes utopistes dénonçaient, à une contradiction fondamentale que chacun peut vérifier empiriquement. Le capitalisme accélère la socialisation de la production en la portant à des niveaux extrêmement élevés et historiquement inédits, mais la richesse sociale - désormais créée par une « usine-monde » où se combine le travail de plus d'un milliard d'hommes - continue d'être accaparée de manière privée, comme il y a des siècles, à l'époque de la petite production artisanale et paysanne. Cette anthologie cherche avant tout à inciter à la lecture des oeuvres dont sont tirés les différents extraits, mais pas seulement, elle veut contribuer à susciter les énergies que la cause communiste réclame.

  • L'oeuvre que nous proposons ici montre comment l'approfondissement scientifique, disciplinant la passion, peut se traduire en un travail d'analyse minutieusement et précisément documenté, sans que la charge d'idéaux propre au tempérament juvénile en soit affectée. C'est en soi une bonne raison pour insérer La situation de la classe ouvrière en Angleterre dans la « bibliothèque jeunes » de notre maison d'édition, mais certainement pas la seule. De ce point de vue, le texte d'Engels est le premier d'une longue série d'oeuvres marxistes centrées sur différents aspects ou sur des moments successifs de l'évolution de la formation économico-sociale capitaliste. Ce texte porte sur une profonde transformation sociale, celle pour laquelle l'auteur forge la définition de « révolution industrielle », consacrée par la suite comme catégorie historiographique universelle. Dans la préface de 1892, Engels note que l'état de choses décrit dans l'ouvrage appartient au passé de l'Angleterre, et esquisse en quelques pages les profonds changements suscités en cinquante ans, précisément par la « révolution » que lui-même avait décrite dans sa jeunesse. Il estime toutefois que l'ouvrage mérite d'être reproduit intégralement, pour des raisons qui, en substance, coïncident avec celles qui motivent la présente publication. La « situation de la classe ouvrière », en Angleterre et en général dans les pays avancés de l'Occident, a aujourd'hui beaucoup changé, mais ce qu'a décrit Engels est un processus typique des premières phases d'industrialisation. L'Angleterre des débuts du XIXe siècle s'est reproduite maintes et maintes fois, à mesure que les phénomènes d'exode rural, de prolétarisation, d'urbanisation, de passage de l'artisanat au système de l'usine, analysés dans ce pays, se sont étendus à de nouvelles parties du globe. Aujourd'hui, de nouvelles Manchester parsèment par centaines les cartes des pays émergents ou récemment émergés ; par de nombreux aspects, elles ressemblent de façon surprenante à l'originale anglaise du XIXe siècle, elles en diffèrent profondément par d'autres, à commencer par une échelle démographique agrandie d'un facteur dix ou cent. Pour des jeunes qui, comme Engels en son temps, préfèrent « connaître la réalité de la vie » plutôt que de dissiper la leur en « conversations mondaines et cérémonies ennuyeuses », La situation de la classe ouvrière en Angleterre est plus qu'un modèle. Elle ne fait pas seulement qu'inciter à l'étude et à la compréhension des Manchester du XIXe siècle, mais fournit aussi d'excellents instruments pour s'y appliquer. D'un côté, des indications fondamentales de méthode, de l'autre une grande masse de données et d'observations pratiques indispensables pour ces comparaisons qui sont au coeur de la méthode marxiste elle-même. Si le marxisme est la recherche de la loi du changement social, il est essentiel de distinguer ce qui change de ce qui persiste, d'identifier ce qui est typique et ce qui est spécifique, de séparer ce qui est fortuit de ce qui, dans le changement, constitue précisément une règle. Disposer d'une analyse aussi approfondie et détaillée de ce qui arrivait à notre classe dans l'Angleterre d'il y a deux siècles est une base solide pour l'étude de la « situation » du prolétariat d'aujourd'hui dans de vastes zones de l'Asie, de l'Amérique latine et de l'Afrique. Après Engels, plusieurs générations de révolutionnaires ont continué à enrichir le laboratoire marxiste d'outils conceptuels et de recherches empiriques, le dotant ainsi d'un patrimoine théorique dont il tire avantage dans la compréhension des phénomènes inédits liés à l'émergence de nouvelles puissances, de dimensions continentales. Le point de vue théorique général de La situation de la classe ouvrière en Angleterre est encore embryonnaire par rapport au marxisme. C'est Engels lui-même qui l'affirme en 1892, prenant comme exemple la « grande importance » attribuée au fait que le communisme n'est pas seulement la doctrine du parti ouvrier mais une théorie « dont le but final est de libérer l'ensemble de la société, y compris les capitalistes eux-mêmes, des conditions sociales actuelles qui l'étouffent ». Ceci est vrai dans l'abstrait, note Engels, mais dans la pratique la bourgeoisie s'oppose de toutes ses forces au changement, et « la classe ouvrière se verra contrainte d'entreprendre et de réaliser seule la révolution sociale ».

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  • Engels dut s'attacher, à partir de septembre 1876, à la «nouvelle théorie socialiste» de M. Dühring, une de ces «camelotes extra qui ont des prétentions à la supériorité et à la profondeur de pensée, à la différence de la camelote banale et platement vulgaire».

    Ces articles finirent par être rassemblés dans un livre, qui devint le texte sur lequel se forma la nouvelle génération révolutionnaire, celle de Lénine.

    Aujourd'hui nous nous trouvons dans moment de lutte qui prépare le batailles qu'il faudra livrer demain contre l'impérialisme et contre son opportunisme. C'est la raison pour laquelle nous gardons toujours le livre ouvert : « La conception matérialiste de l'histoire part de la thèse que la production, et après la production, l'échange des ses produits, constitue le fonda ment de tout régime social, que dans toute société qui apparaît dans l'histoire, la répartition des produits, et, avec elle, l'articulation sociale en classes ou en ordres se règle sur ce qui est produit et sur la façon dans cela est produit ainsi que sur la façon dont on échange les choses produites. En conséquence, ce n'est pas dans la tête des hommes, dans leur compréhension croissante de la vérité et de la justice éternelles, mais dans les modifications du mode de production et d'échange qu'il faut chercher les causes dernières de toutes les modifications sociales et de tous les bouleversements politiques ; il faut les chercher non dans la philosophie, mais dans l'économie de l'époque intéressée.» En dernière instance donc, tout changement politique trouve son explication dans l'économie, où il faut aller la chercher.

  • « On a parfois peu réfléchi au fait que les mêmes événements qui peuvent abêtir et briser certains courants politiques en instruisent et aguerrissent d'autres. C'est une leçon de la conception matérialiste de la politique » (A. Cervetto, 1988).
    Cette réflexion représente au mieux l'esprit du présent livre, Leur politique et la nôtre. Comme dans La Tâche inédite, qui rassemblait des textes publiés de 1996 à 2006, ce nouvel ouvrage réunit des écrits des quatorze dernières années, de 2007 à 2020, tous rédigés en relation avec des batailles politiques ou des moments de la vie du parti. D'où leur valeur particulière, l'attention systématique portée à la traduction pratique des réflexions théoriques et des analyses politiques générales. Tout cela est lié à un autre caractère commun des articles de ce livre : ils commencent et se terminent avec deux crises majeures - celle que nous avons appelée la crise des relations globales, qui a commencé en 2007, et l'actuelle crise de la pandémie séculaire. Tous ces articles ont été écrits au rythme des tensions et des crises partielles entre les puissances, qui marquent les « temps orageux » de la nouvelle phase stratégique.
    Ce n'est donc pas un hasard si un autre fil conducteur des écrits rassemblés dans cet ouvrage est la bataille pour l'organisation, qui est le véritable terrain sur lequel chaque résultat peut être sauvegardé, conservé et donc transmis. Cela renvoie à un dernier aspect, qui est l'attention que l'on doit porter à une nouvelle génération, entraînée dans la politique précisément dans les crises et les bouleversements des quinze dernières années.

  • Friedrich Engels joua un rôle très important dans l'élaboration du patrimoine théorique à la base du matérialisme historique et dialectique. Si l'on considère effectivement tout ce qu'il a produit sur le plan théorique et politique, il apparaît clairement que le préjugé - répandu même dans la gauche européenne - qui voudrait opposer un Engels mécaniciste à un Marx dialecticien est complètement infondé. La collaboration entre Marx et Engels fut très étroite. C'est à ce dernier que nous devons la publication des Livres II et III du Capital de Marx. Des éléments essentiels du marxisme « classique » sont la contribution d'Engels : il suffit de penser à l'Antidühring et à L'Origine de la famille, de la propriété privée et de l'État. Son action en tant que dirigeant du mouvement ouvrier international fut tout aussi importante, de la Ligue des communistes à la Première Internationale et au Parti social-démocrate allemand.
    C'est ce que démontre cette anthologie à travers un recueil d'écrits d'Engels lui-même, de Marx, de Marx et Engels, de Lénine et d'autres auteurs, organisés selon un schéma chronologique et thématique: la formation initiale du jeune Friedrich, l'expérience du prolétariat anglais, la maturation « de l'utopie à la science », la révolution de 1848, les guerres régionales bourgeoises, la Première Internationale, la lutte pour le parti et la stratégie. Chaque chapitre est introduit par une biographie politique d'Engels dans la période considérée.
    Il en ressort la vie exemplaire d'un militant et dirigeant ouvrier. « En 1888 - pouvons nous lire dans l'introduction -, il écrivait que la volonté s'appuie sur la réflexion et la passion, bien que celles-ci soient déterminées par le cours profond de l'histoire. Il faut aujourd'hui s'en souvenir, d'autant plus que, dans la tradition politique de nombreuses couches du mouvement ouvrier européen, l'assimilation des leçons stratégiques, de la capacité tactique, de la ténacité organisationnelle de la tradition marxiste est absente. Réflexion et passion, pour le nécessaire travail de reconstruction d'un parti révolutionnaire - qui a plus de retard dans les consciences que dans les faits. »

  • La maladie infantile du communisme (Le «communisme de gauche») fut publié par Lénine en juillet 1920. Cette oeuvre s'insère dans le cycle politique caractérisé par la plus grande crise révolutionnaire que le prolétariat européen et mondial ait vécue. Notre école marxiste requiert une lecture léniniste de l'oeuvre de nos maîtres. Cela vaut encore et surtout pour l'étude de La maladie infantile du communisme. Ce travail de Lénine a été l'un des chevaux de bataille de l'idéologie stalinienne. Il était présenté comme une sorte de manuel de la tactique d'où l'on pouvait extraire à tout moment la formule magique pour exorciser et supprimer toute critique de l'idéologie du socialisme dans un seul pays. Pour l'idéologie démocrate et social-démocrate, en revanche, c'était une sorte de nouveau Prince de l'oligarchie russe qui, travesti en bolchevik, servait de couverture à un régime totalitaire. Cette phase-là, caractérisée par les idéologies du monde bipolaire imposait sa propre lecture de La maladie infantile du communisme. Il ne pouvait en être autrement : l'idéologie dominante est l'idéologie de la classe dominante, tel est l'enseignement que Marx et Engels nous ont légué dès le lointain 1846. Cette idéologie devait être mise en pièces par la minorité révolutionnaire qui, fidèle à la leçon de Lénine, lisait cette oeuvre pour en chercher le sens profond là où Lénine l'avait placé. «... certains traits essentiels de notre révolution n'ont pas une portée locale, ni particulièrement nationale, ni uniquement russe, mais bien internationale». Lénine précise que le sens de cette affirmation réside dans «la répétition historique inévitable, à l'échelle internationale, de ce qui s'est passé chez nous». La validité historique et universelle du léninisme était le point d'aboutissement auquel était parvenue la science. Il n'était pas possible de revenir en arrière. Dans son écrit, Lénine explique, à l'aide d'une série d'exemples concrets tirés de la lutte révolutionnaire incessante et chauffée à blanc de ces années-là, que le parti est l'instrument de la stratégie.

  • En 1892-1893, Lénine tint plusieurs conférences, dans les cercles ouvriers de Samara, contre les épigones du populisme russe qui s'étaient donné pour mission d'attaquer la conception matérialiste de l'histoire. Ces conférences lui fournirent le matériel pour la rédaction de Ce que sont les « Amis du peuple » au cours de la première moitié de 1894.

    Sergueï Mitskevitch, militant depuis 1893 du cercle ouvrier de Moscou, écrivait dans ses mémoires : « Au cours de l'hiver 1893-1894, les revues libérales et libérales-populistes ont publié plusieurs articles contre les marxistes russes. Cette campagne n'a reçu aucune réponse de notre part dans la presse [.]. Les livres de Plekhanov [.] étaient dédiés à la lutte contre l'ancien populisme, contre Bakounine, Tkatchev et Lavrov, dont les idées n'étaient plus d'actualité ; leurs épigones avaient renoncé au populisme révolutionnaire et diffusaient les idées d'un populisme opportuniste et philistin. Les marxistes russes avaient besoin d'une oeuvre qui réponde à ces attaques et dénonce leur contenu petit-bourgeois [.] et cette oeuvre parut [.]. On peut dire que ce fut le Manifeste du marxisme révolutionnaire russe, le premier document-programme du bolchevisme. » Dans Ce que sont les « Amis du peuple », Lénine prenait la défense du marxisme, illustrait ses fondements méthodologiques et scientifiques, et critiquait ses détracteurs en montrant les contradictions et le contenu idéologique de leurs thèses. Dans cette bataille théorique, Lénine ne se contentait pas de reprendre et d'expliquer les idées fondamentales du Capital de Marx. En se fondant sur celles-ci, il restaurait les outils théoriques pour une conception du parti basée sur la science.

  • Au cours de son histoire, l'école marxiste a produit une série d'oeuvres qui sont devenues les piliers de la conception communiste. Ces oeuvres renferment les point de repère de l'identité communiste, nécessaires - mais non suffisants - afin de caractériser la lutte pour une société sans classes, la lutte pour que l'évolution sociale fasse un saut qualitatif, la lutte pour le communisme.

    Matérialisme et empiriocriticisme est l'un de ces piliers, un ouvrage d'une importance mondiale. Il dépasse son temps et représente une pierre milliaire pour toutes les générations qui veulent comprendre la période dans laquelle elles vivent, ses contradictions et son évolution historiquement nécessaire. Ce livre, paru dans un contexte de lutte politique sur le terrain spécifique du matérialisme historique. La méthode que Marx et Engels ont élaborée en prenant pour point de départ les niveaux les plus élevés atteints à leur époque par la pensée mondiale dans le domaine de la théorie de la connaissance. La méthode de Marx et d'Engels, «héritiers légitimes de tout ce que l'humanité a produit de meilleur au XIXe siècle : la philosophie allemande, l'économie politique anglaise et le socialisme français», comme l'écrit Lénine en 1913.

  • Quels enseignements peut-on tirer de ces années héroïques et tragiques, de ces combats qui décidèrent du destin de la Révolution internationale commencée en 1917 en Russie ? Premièrement, cette tentative fut défaite, parce que l'assaut d'Octobre resta isolé après l'échec de la révolution en Allemagne. Grâce à la stratégie de Lénine et des bolcheviks, le prolétariat international avait mis fin, sur le front russe, à la boucherie industrialisée de la Première Guerre mondiale impérialiste ; privé de cette boussole, il fut livré, sans pouvoir réagir, au massacre démultiplié du second conflit mondial.
    Deuxièmement, après la nouvelle guerre mondiale et l'ignominie du partage impérialiste de Yalta, s'ensuivit un cycle colossal de développement capitaliste, dans les vieilles et les nouvelles régions du marché mondial. C'est précisément ce développement, avec l'irruption de l'Asie et de la Chine, qui est une démonstration éclatante de la justesse de la stratégie de Lénine, malgré la défaite des années 1920. D'un côté, deux milliards de salariés, de l'autre, une poignée de puissances impérialistes en lutte pour le partage des marchés ; le développement inégal conduit les vieilles puissances de l'ordre atlantique, l'Amérique et l'Europe, au déclin, et fait émerger de nouveaux concurrents en Asie, la Chine et l'Inde. C'est un développement gigantesque aux contradictions gigantesques. Le système des États de l'impérialisme n'est pas en mesure de maintenir l'ordre mondial ; les crises et la rupture de l'ordre seront la brèche pour la stratégie du prolétariat révolutionnaire, comme il y a environ cent ans dans l'assaut d'Octobre et dans l'épopée de l'Internationale.
    Troisièmement, la course contre la montre de 1919 enseigne que le parti-stratégie doit être construit et enraciné auparavant, durant les longues années de la contrerévolution. Reconstruire, homme par homme, une conscience internationaliste, enraciner un parti sur le modèle bolchevique au coeur de l'impérialisme européen : c'est la tâche inédite, c'est notre bataille à l'ordre du jour. C'est la leçon ultime de l'Internationale communiste.

  • Celui qui tenterait de séparer les célèbres descriptions faites par Darwin de la faune des îles Galápagos et sa théorie de l'évolution se couvrirait de ridicule. Sans la théorie qui les a soutenues et dirigées, ces descriptions ne seraient ni méticuleuses, ni pertinentes : surtout, elles n'auraient aucune valeur scientifique.
    À l'inverse, la tentative de séparer les analyses scientifiques de Marx de la théorie communiste globale qui les nourrit est récurrente. C'était déjà le cas il y a 30 ans, lorsque nous avons publié pour la première fois le présent ouvrage en Italie (par les Éditions Lotta Comunista), et c'est de nouveau une tendance à la mode depuis la crise des relations globales. De nombreux économistes - ou présumés comme tels - ont redécouvert que les études de Marx sur le phénomène des crises du capitalisme restent aujourd'hui inégalées. Toutefois, afin de pouvoir se les approprier, ils doivent amputer les analyses économiques de leurs racines et de leurs conclusions communistes.
    En réponse à l'énième réédition de cette vieille ruse, nous reprenons encore et toujours les propos d'Engels sur la tombe de son ami et camarade de lutte de toute une vie : Marx fut un «homme de science. Mais, ce n'était point là, chez lui, l'essentiel de son activité. [.] Car Marx était avant tout un révolutionnaire».

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