Honore Champion

  • Le 15 octobre 1685, la révocation de l'Édit de Nantes est signée à Fontainebleau par Louis XIV. En octobre 1686, Bayle fait paraître les deux premières parties du Commentaire philosophique sur les paroles de Jésus-Christ, Contrains-les d'entrer. C'est donc un livre écrit dans l'urgence, mais qui affronte aussi l'événement dans sa dimension universelle : il s'agit de l'une des rares tentatives historiques de fonder philosophiquement la tolérance. Il garde ainsi toute sa virulence face à la menace endémique du fanatisme religieux sous toutes ses formes. C'est un texte d'une audace exceptionnelle pour son époque. Bayle énonce et cherche à fonder moralement les "droits de la conscience errante", mais s'interroge aussi sur la délicate question de leurs limites. Ainsi ce plaidoyer pour une tolérance absolue s'avère être, en même temps, un des questionnements les plus radicaux sur la nature du fait religieux et de ses dérives quasi-inévitables.


  • Ce livre présente la première biographie d'Auguste II Galland (1572-1637), en focalisant sur la carrière et l'action politiques de ce juriste protestant. Issu de la bourgeoisie de Tours, Galland fut, dans le sillage de son père, maître des requêtes (1590), puis conseiller d'État de Navarre (1603) d'Henri IV qui l'employa comme avocat (1596), puis comme procureur général (1606) de l'ancien domaine de Navarre au parlement de Paris. Galland fut également lieutenant du bailli de l'Arsenal de Paris à partir de 1599. Ses services, prolongeant ceux de son père, lui valurent l'anoblissement graduel (1610), puis l'office de bailli de l'Arsenal (1615). Devenu conseiller d'État de France (1620), il fut commissaire du roi, chargé de faire respecter la volonté de Louis XIII aux synodes nationaux des Églises réformées de France (1623-1631) et de convaincre ses coreligionnaires de Languedoc de ne pas prendre les armes contre le roi pendant le siège de La Rochelle (1627-1628). Le commissaire Galland se fit connaître dans tout le royaume mais la postérité n'a gardé de lui que l'image d'un juriste érudit, spécialiste des domaines royaux. Cette biographie montre que l'importance politique du conseiller d'État devait beaucoup à cette érudition, pourvoyeur inépuisable d'arguments précieux au service du roi, aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur des frontières du royaume. Adversaire de la révolte du duc de Rohan et défenseur des droits de ses coreligionnaires comme l'indiquent les documents édités ici pour la première fois, Galland fut un Politique protestant qui oeuvrait pour le " bien de l'État " et le " repos du public " au cours de la dernière guerre de religion. Son parcours fut celui d'un serviteur polyvalent de la monarchie qui permet de lever le voile sur une institution mal connue : le commissariat aux assemblées des Églises réformées de France.

  • Le jurisconsulte neuchâtelois Emer de Vattel (1714-1767) est l'auteur d'un Droit des gens auquel les diplomates, en particulier anglo-saxons, ont accordé une place de premier ordre. Partant du droit naturel et du philosophe Christian Wolff, il a produit une oeuvre à la fois personnelle et pratique. Il a humanisé le code de la guerre par son concept de la juste cause. Il a affirmé la souveraineté de la Nation et rejeté celle des princes. Après un séjour à Berlin, son amitié avec le secrétaire perpétuel de l'Académie de Berlin, Jean Henri Samuel Formey, a produit dès 1743 une abondante correspondance, aujourd'hui conservée sur les bords de la Spree et à Cracovie. Cet échange, conjugué à des correspondances et documents neuchâtelois, saxons et bernois, permet de rétablir les conditions externes de la genèse de ce classique du droit international public : le microcosme neuchâtelois et la situation personnelle de Vattel ; des influences diverses au sein de la République des Lettres ; l'expérience de la diplomatie au service d'Auguste III, roi de Pologne et électeur de Saxe, à Berne, Varsovie et Dresde ; les conséquences des guerres de Silésie.

  • Antoine Le Clair, secrétaire de trois intendants de l'armée d'Italie de 1653 et 1660 puis secrétaire du duc de Lesdiguières à Grenoble, devint officier des troupes de milice et aide-major de la ville de Grenoble.
    Les missions confiées à Le Clair, que ce soit dans le cadre de l'armée de milice, dans celui de la police urbaine, ou encore dans la mise au pas de spéculateurs divers en période de disette, sont aussi nombreuses que variées. Signalons en particulier le rôle de premier plan qu'il joua à Grenoble lors de la révocation de l'édit de Nantes. Ses mémoires constituent ainsi un témoignage rare sur la répression religieuse exercée contre les huguenots, celui d'un homme qui s'est fait l'instrument efficace de la politique religieuse de Louis XIV.
    Ses mémoires s'accompagnent de nombreux documents, rapports et lettres divers permettant de justifier ses dires. Par la qualité de ces informations sur Grenoble et le Dauphiné dans la seconde moitié du XVIIe siècle, ce remarquable manuscrit méritait une édition critique.

  • Charenton hébergeait le temple phare de la communauté huguenote française. Son cimetière est celui des huguenots parisiens sous l'Édit de Nantes. Parce que leur attitude face à la mort oppose catholiques et protestants aux XVIe et XVIIe siècles, les cimetières sont sujets de conflit entre les deux communautés. Calvin recommande des funérailles honnêtes, mais que recouvre ce terme ?

    Charenton - aujourd'hui situé sur la commune de Saint-Maurice (Val-de-Marne) - est le premier cimetière protestant en France à bénéficier d'une opération de fouille archéologique et d'une étude anthropologique poussée. Aussi pouvons-nous saisir la pratique réelle des sépultures protestantes du XVIIe siècle, le rituel et les pathologies de cette population dite privilégiée.

    La culture matérielle liée à la pratique funéraire est dévoilée, et comparée à celle d'autres cimetières de l'époque moderne. Des hypothèses sont proposées sur la proximité du temple.

  • La France et les petits États qui l'entouraient avant qu'ils ne soient intégrés, comptèrent huit académies protestantes, nées entre 1560 et 1604. Orthez, Orange, Die, Nîmes, Montpellier, Montauban, Saumur et Sedan créèrent ainsi un réseau d'instruction réformée. L'entreprise était nouvelle et devant la difficulté à recruter sur place des professeurs instruits et expérimentés pour l'enseignement des langues, de la philosophie et de la théologie, il fut fait appel aux Écossais dont la belle réputation de pédagogues en ces matières n'était plus à faire. En un essai panoramique, la présente contribution montre la place, le rôle et l'intégration des maîtres écossais en dégageant leur apport surprenant à bien des égards. À partir d'une documentation faite parfois de traces infimes, cette recherche inédite permet d'identifier les individus et leurs parcours professionnels. Une des conclusions qui s'impose est que la présence de ces Écossais fut déterminante dans la survie des académies protestantes, notamment dans les premières décennies de leur existence au XVIIe siècle.

  • Les travaux réunis dans le présent volume visent à remettre en question - par le biais d'une méthode de lecture tendant à retrouver le noyau conceptuel de la position de Bayle derrière son enveloppe rhétorique - un certain nombre de lieux communs très répandus : Bayle adepte du dualisme cartésien et de l'occasiona isme malebranchiste ; Bayle héritier de la doctrine protestante des droits de la conscience ; Bayle sceptique et tenant d'un fidéisme calviniste irréprochable...

    Bayle fut sans doute « influencé » par le cartésianisme, par Malebranche et par les théologiens protestants. Il reste à savoir si cette influence donne lieu, en dernière analyse, à une pensée qui peut encore être définie comme cartésienne, malebranchiste ou protestante. Car Bayle renverse de manière irréversible les doctrines qu'il adopte : le malebranchisme se transmue sous sa main en une nouvelle forme d'athéisme rationaliste, alors qu'en développant la thèse des droits de la conscience errante, il aboutit à une vision intégralement laïque de la tolérance. Même son fidéisme, tout en exploitant des formules théologiques traditionnelles, s'écarte par son radicalisme de toutes les doctrines précédentes, jusqu'à se retourner paradoxalement contre la religion chrétienne. Cette nouvelle édition comporte également une bibliographie mise à jour des oeuvres de Bayle et des travaux sur Bayle de 1900 à 2020, classés par ordre chronologique.

  • Le but de cette étude est de répondre à la question de savoir comment s'est établie une conception, comment est née une représentation historique, comment enfin a été délimitée l'époque de la « guerre de religion ». Le terme de « guerre de religion » apparaît déjà sporadiquement à la fin du XVIe siècle. Il se trouve plus fréquemment dans les imprimés de l'époque de la guerre de Trente Ans. Cependant, une discussion élargie de ce phénomène ne s'établit qu'au seuil du XVIIIe siècle. Aussi bien la guerre de Neuf Ans que la guerre de Succession d'Espagne sont perçues comme des guerres de religion. La propagande de Louis XIV et des Alliés, ses ennemis, y a contribué largement en cherchant à rendre légitimes leurs politiques respectives. Ainsi la France et les guerres du Très Chrétien ont joué un rôle déterminant dans la discussion sur la guerre de religion - qui paraît impensable sans la personne et sans la politique du roi. La guerre de religion ne devient qu'à cette époque-là un mot-clé politique. L'idée de guerre de religion ne gagne son statut historiographique que dans le débat politique du siècle de Louis XIV.

  • Pierre Bayle, « calviniste libertin » ? Une façon paradoxale d'inscrire la pensée, mais aussi la personnalité du philosophe de Rotterdam dans la tension dynamique qui parcourt son oeuvre.

    Le pôle calviniste, c'est l'affirmation de son maintien dans la foi réformée, vers laquelle il a choisi de revenir, et son fidéisme, quel qu'en soit le degré de sincérité. C'est aussi son indéfectible soutien militant des huguenots persécutés, si l'on considère que la critique sévère des dérives des protestants du Refuge s'enracine dans la fidélité aux principes qui ont toujours prévalu dans leur famille confessionnelle.

    Le pôle libertin, c'est la critique de la religion dont on ne sait pas toujours jusqu'où elle mène, le scepticisme, l'athéisme au moins méthodologique. C'est aussi sa liberté de ton et son humour, qui peut aller jusqu'à une obscénité d'autant plus déconcertante qu'elle s'exprime sous la plume d'un homme de lettres « vertueux ».

    Entre ces deux pôles se déploie une pensée dont on trouvera ici la présentation, sur quatre registres qui se télescopent et se recoupent : l'ensemble qui concerne les motifs de la foi et de la croyance, où l'on s'interroge sur les frontières entre religion, superstition, idolâtrie et crédulité ; le déploiement de la pensée critique sans limite, qui va de pair avec la liberté de conscience et la revendication d'une complète liberté de ton et d'expression ; le plan de la logique intellectuelle et du savoir érudit, terreau des échanges savants ; et la réflexion politique, sur laquelle se greffe un patriotisme français et une méditation désabusée sur la tyrannie.

  • Dans l'histoire du peuplement de l'Afrique du Sud, l'apport français est assurément dérisoire. Entre 1652, date de l'installation des premiers Européens dans la péninsule du cap de Bonne- Espérance, et 1700, moins de 300 Français, des réfugiés protestants chassés de France par la révocation de l'édit de Nantes, choisirent de vivre durablement dans ce qui n'était qu'un poste de ravitaillement hollandais sur la route de l'Asie.

    Pourtant, ces réfugiés, génériquement qualifiés de « French Huguenots » par les historiens sud-africains, méritent une attention particulière. Cet ouvrage précise et analyse l'histoire et l'empreinte de ce Refuge du bout du monde, ainsi que celles des individus qui composaient, à la fin du XVIIe siècle, la petite mais influente communauté huguenote du Cap.

  • John Dury (v.1600-1680) plaida en faveur d'un rapprochement entre les confessions chrétiennes et d'une réforme en profondeur dusavoir universel. En contact avec Descartes, Mersenne, Grotius et Spener, correspondant de Pierre Serrurier, Gisbert Voetius, Benjamin Furly et Menasseh Ben Israël, Dury fut également, avec Samuel Hartlib et Jan Amos Comenius, la cheville ouvrière d'un vas te réseau savant, précurseur de la Royal Society de Londres.

  • À la fin du XVIe siècle, la guerre civile, qui avait divisé et ravagé la France durant près de trente ans, cédait le pas à la polémique tant politique que théologique. Emile Kappler propose ici l'inventaire et l'analyse de l'ensemble des conférences théologiques entre catholiques et protestants au XVIIe siècle, depuis la conversion d'Henri IV jusqu'à la révocation de l'Edit de Nantes. Ces conférences opposent les tenants de deux conceptions du salut, des sacrements, de l'Église et des pratiques religieuses, dans un combat pour la vérité. Elles s'inscrivent donc logiquement dans le prodigieux courant de controverse issu de la Réforme, et dont la source ne tarit pas au XVIIe siècle. La polémique entre catholiques et protestants connaît une extraordinaire diffusion en français : traités théologiques pour spécialistes, ouvrages de vulgarisation pour les gens de robe, abrégés pour un public plus large, dialogues satiriques à caractère populaire, parfois en patois et pouvant être mis en scène pour des représentations publiques.


    Le regretté Emile Kappler était un spécialiste de l'histoire religieuse ; il s'intéressait tout particulièrement aux huguenots et a publié une Bibliographie critique de l'oeuvre imprimée de Pierre Jurieu (Paris Honoré Champion, 2002 : collection " la Vie des huguenots "). Nous publions aujourd'hui sa thèse de 3e cycle, soutenue à l'université de Clermont-Ferrand sous la direction de Guy Demerson.


    Olivier Christin, professeur à l'université de Neuchâtel, spécialiste reconnu de l'histoire religieuse et tout particulièrement de la controverse entre catholiques et protestants, est l'auteur d'un Avant-Propos qui ajoute une bibliographie récente et les conclusions des dernières recherches dans ce domaine d'étude.

  • Dans l'abondante littérature publiée sur les différents Refuges des huguenots, la question éducative a toujours tenu une place respectable ; cependant, les aspects éducatifs ont rarement constitué le thème principal d'une recherche. Pourtant les réfugiés éducateurs - maîtres d'école, précepteurs, gouverneurs et gouvernantes - représentent un vaste éventail social, depuis les nobles désargentés jusqu'aux pauvres hères instituteurs de village. Il peut s'agir de prestigieux mécènes fondateurs d'institutions, de précepteurs à domicile, de savants professeurs ou de maîtres d'école acculturés maîtrisant à peine le français. À la diversité sociale répond la diversité géographique : les auteurs collaborant à ce volume parcourent nombre de pays d'Europe du Nord, depuis l'Angleterre et l'Irlande jusqu'à la Russie, en passant par l'Alsace, les Pays-Bas, la Suisse et l'Allemagne, sans oublier l'éducation protestante en France à la veille de la Révocation de l'édit de Nantes. Autour des questions éducatives, les enjeux sont de taille, et il n'est pas étonnant de voir des conflits de pouvoirs autour de la direction des établissements scolaires. À mesure qu'on avance dans le siècle, les ambitions éducatives augmentent, les matières se diversifient. Avec le développement général de l'intérêt pour l'éducation, on assiste à la publication d'écrits théoriques auxquels des huguenots participent ; plusieurs contributions témoignent des nombreux contacts entre les huguenots et leur entourage, porteurs d'influences réciproques.

  • Les registres des actes du consistoire de l'Église réformée de Frankenthal et de celle d'Otterberg dans le Palatinat constituent une source inestimable de détails sur les mentalités et sur la mémoire de ces communautés. Ils dévoilent l´organisation sociale, religieuse et politique des paroisses, la vie intime de leurs membres, la théologie en vogue et leur rayonnement extérieur.

  • Ce recueil rassemble des études sur des personnages ou des mouvements dissidents, comme les Samaritains, le prêtre Vigilance, les petits prophètes huguenots, les camisards, les prédicants du Désert. La deuxième partie est consacrée à la pensée de Pierre Bayle, son approche de la critique biblique, ses réflexions sur Michel Servet ou sur Henri IV, sa vision laïque du rôle de l'État face aux religions, sa recherche obstinée de la vérité et sa vision singulière de la foi chrétienne. Une troisième partie aborde la façon dont la littérature, de la Renaissance à Claudel, a utilisé et présenté la Bible, en mettant en lumière des aspects que l'interprétation sacrée élaborée par les clercs avait laissés de côté. Il y a donc des alternatives aux orthodoxies majoritaires et dominantes, soit qu'elles expriment une autre option théologique, soit qu'elles proviennent d'une réflexion philosophique, voire d'une création littéraire. Tel est le fil conducteur qui relie les textes de circonstances réunis dans ce volume.

  • Le présent ouvrage retrace l'histoire au XVIIe siècle des deux Églises réformées les plus septentrionales du royaume de France. L'étude commence par rappeler que les terres du Nord (Picardie et anciens Pays-Bas méridionaux) furent très tôt touchées par les idées de Luther et de Calvin. Si, à partir des années 1560, la répression menée par les Espagnols alors installés en Flandre et en Artois éradiqua durablement le protestantisme de ces régions, celui-ci trouva refuge au bord de la " mer Océane " (la Manche). Là, furent dressées les deux Églises réformées de Boulogne-sur-Mer et surtout de Calais et du Calaisis où s'implanta une des plus grosses communautés huguenotes vivant au nord de la Loire. Les protestants boulonnais et surtout calaisiens, majoritairement paysans, firent preuve d'un attachement indéfectible à la foi réformée qui les poussa à émigrer massivement vers l'Angleterre et la Hollande lors de la Révocation de l'Édit de Nantes (1685).
    L'ouvrage traite de la vie sociale, économique, religieuse et culturelle de ces deux communautés au XVIIe siècle et se termine en posant la question de l'inévitable et nécessaire intégration d'une minorité de réfugiés au sein de la société anglaise entre 1685 et le début des années 1730.

  • L'importance des huguenots est un sujet inconnu pour la plupart. Qui sait aujourd'hui que les architectes, artistes et négociants français, qui ont créé un monde de luxe dans la Suède culturellement arriérée du XVIIe siècle, étaient des huguenots persécutés ou défavorisés dans leur patrie catholique? Et combien savent que les forges au nord de Stockholm ont été conçues et construites à partir des cités idéales des calvinistes, suite logique des guerres de Religion dans la France du XVIe siècle?
    Ce livre va à la rencontre des réformés qui marquèrent de leur empreinte la Suède des XVIIe et XVIIIe siècles, depuis les tout premiers immigrés jusqu'à l'entrepreneur Louis De Geer et ses successeurs, parmi des Français et des Hollandais qui constituèrent le noyau de l'aristocratie du négoce de Stockholm et des forges au nord de la capitale. A l'arrière-plan, se poursuit le débat sur le rôle des calvinistes dans le développement de la société moderne suédoise.

  • La troisième édition du Vieux Cévenol, roman historique et conte philosophique de Jean-Paul Rabaut dit Rabaut Saint-Étienne (1743-1793) paraît, clandestinement, en 1788. Cette fiction qui s'adresse à un large public catholique expose l' " absurdité " et le " barbarisme " des lois françaises promulguées contre les huguenots depuis les années 1660. Le pasteur nîmois est aussi, depuis 1765, l'auteur de sermons destinés à expliquer l'Écriture à quelque douze mille fidèles, en proposer une application religieuse et morale, donc à un auditoire limité et convaincu. La rencontre de textes aussi différents - du roman et des sermons - était improbable. Pourtant, ils se complètent et s'éclairent mutuellement.
    Homme d'écriture et de discours, tant religieux que politiques, épris d'histoire et de journalisme, Rabaut Saint-Étienne mérite d'être lu et étudié non seulement comme un acteur de l'histoire réformée, mais aussi comme un homme de Lettres dans la France des Lumières.

  • Ce recueil d'articles est issu d'un colloque qui s'est tenu à l'École normale supérieure de Lyon en février 2012 et qui avait pour objectif l'examen de certains résultats issus des recherches récentes sur les Pays-Bas aux XVIIe et XVIIIe siècles. Dans l'Europe de l'époque, les provinces néerlandaises ont constitué un véritable laboratoire des pratiques et des idées. Pour le chercheur d'aujourd'hui, elles demeurent une « mine d'études de puissant intérêt », comme l'écrivait un jour Lucien Febvre à Johan Huizinga. Tant par la dimension innovante des expériences menées que par l'accueil réservé aux oeuvres venues d'ailleurs, que ce soit sur le plan intellectuel, économique, social ou politique, les Pays-Bas (la Hollande en tête) ont joué un rôle phare dans l'espace européen de leur temps. Nombre d'aspects de cette histoire essentielle ont été, au cours des décennies récentes, mis en lumière, explorés et documentés à partir de sources nouvelles. En même temps, il est apparu avec force que les méthodes devaient se croiser et que les regards pouvaient avec profit se rencontrer, en-deça comme « par-deça » - pour reprendre les expressions de l'époque - les espaces nationaux. Autrement dit, que l'histoire d'un pays pouvait être utile à l'histoire d'un autre. Les textes réunis dans ce volume ont pour ambition de le montrer.

  • À Paray-le-Monial, dans la seconde moitié du XVIIe siècle, une communauté bi-confessionnelle irénique subit les assauts d'une Contre- Réforme rigoriste dirigée par un évêque de cour et certaines familles nobles d'origine ligueuse. L'affrontement entre ces deux modèles est alors significatif du pouvoir d'intégration et de l'extrême fécondité économique, sociale, philosophique et théologique du premier. En 1651, par sa condamnation vigoureuse de la colonisation et de l'esclavage et sa conception d'une république promotrice de liberté de conscience, de tolérance, d'égalité en droit et d'éducation, le protestant Pierre Moreau atteste une pensée se situant alors à la pointe des « Lumières radicales » naissantes à Amsterdam.

    Mais en 1685-1689, l'exil du cardinal de Bouillon à Paray-le-Monial transpose sur le plan local le conflit politique opposant Louis XIV à la Sainte Ligue constituée contre les Turcs par Innocent XI et l'empereur Léopold 1er. En 1689, une Visitandine lance un appel au roi associant le culte du Sacré-Coeur à la reconquête catholique de l'Europe. En 1691, le jésuite Jean Croiset publie La dévotion au Sacré-Coeur [...] qui amalgame le mythe de croisade à la mystique de l'amour divin des Ligueurs du XVIe siècle et amorce un processus de fabrication d'une sainte. Mais à la fin du siècle, l'ouvrage est mis en cause par plusieurs auteurs bénédictins et protestants avant d'être condamné, le 11 mars 1704, par la Congrégation de l'Index.

    Victime, depuis l'édit de Fontainebleau, de persécutions sélectives et durables visant à l'exclusion de sa minorité, la petite ville perd 80 % de sa communauté protestante. À Genève, un groupe d'une quarantaine d'exilés s'intègre remarquablement à la ville, réalise de nouvelles performances économiques, soutient la reconquête protestante de la France et, entre 1734 et 1738, s'engage au front de la révolte des contestataires républicains.

  • Le grand tour, 1701-1703 : lettres de Henry Bentinck et de son précepteur Paul Rapin-Thoyras, à Hans Willem Bentinck Nouv.

    Entre 1701 et 1703, au début de la guerre de Succession espagnole, Henry Bentinck (1682-1726), vicomte Woodstock et son tutor huguenot, Paul Rapin de Thoyras (1661-1725), entreprennent un voyage pédagogique - le Grand Tour - qui devait les conduire de La Haye dans les Provinces-Unies à travers les États allemands jusqu'en Italie. Nous éditons la centaine de lettres connues de la correspondance qu'ils entretiennent au cours de ce voyage, avec le père du jeune homme, Hans Willem Bentinck (1649-1709), earl de Portland.

  • Texte maudit et mystérieux, l'Avis aux réfugiés (1690) est publié en Hollande au lendemain de la Glorieuse Révolution anglaise. L'attribution de ce texte est débattue depuis plus de trois siècles. La paternité exclusive de Bayle est ici établie définitivement. Une fois attribué à Bayle, l'Avis perd toute connotation confessionnelle pour devenir une dénonciation à la fois du caractère potentiellement subversif des croyances religieuses et de leur rôle subordonné par rapport aux enjeux politiques.

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