Casa De Velazquez

  • Le terme « Berbère », qui désigne la population du Maghreb au moment de la conquête islamique, renvoie à l'idée du caractère autochtone de cette dernière. Cette altérité coexiste cependant dans les textes avec la revendication du caractère oriental des Berbères, à travers l'élaboration de généalogies fictives des tribus, qui présente le Maghreb comme orientalisé avant même la conquête. Mais cette construction s'est accompagnée, très vite, d'un discours des auteurs maghrébins qui revendiquait la place originale et éminente des Berbères face aux Orientaux dans le plan divin, par une inversion assumée des polarités de l'Islam et des hiérarchies des peuples musulmans. Les études réunies dans ce volume analysent cette tension permanente dans le discours, entre la revendication d'une origine orientale et celle d'un rôle éminent des populations musulmanes du Maghreb dans le destin de l'Islam.

  • Avant le temps des ministres-favoris de l'époque baroque, les rois de l'Europe médiévale ont compté dans leur proximité sur l'assistance de personnages souvent vus comme leur préfiguration. Appelé « privauté » (privanza), ce phénomène a pour fondement le choix de l'amitié contre la parenté. Ainsi, pour se libérer de ses parents et de ses barons, qui entendent exercer une emprise sur sa royauté, le roi lance ses privados. Néanmoins, si ceux-ci oeuvrent donc à une expulsion, ils organisent dans le même temps une participation alternative et plus large au gouvernement du roi. Dans la Castille de la fin du Moyen Âge, ce phénomène se distingue par une continuité particulièrement propice pour interroger sons sens historique : réalisé sur le terrain idéologique à partir du milieu du XIIIe siècle et devenu stratégique à partir du début du XIVe siècle, le choix de la privauté est à la base d'un régime politique marqué par la distinction entre gouvernement et souveraineté. Cet essai envisage à nouveaux frais ce moment fondateur de l'expérience médiévale du pouvoir d'État.

  • Le temps et l'espace étaient les horizons de Bartolomé Bennassar : la profondeur historique de l'histoire espagnole, les grandes terres de l'Amérique latine. Comme tout pérégrinant, il écrivait ses voyages, mais avec une plume double : celle de l'écriture romanesque - l'un de ses romans a connu une adaptation au cinéma - et celle de l'historien. Il nous livre dans ce petit ouvrage la quintessence d'un itinéraire humain et intellectuel : de la découverte de la discipline qui sera la sienne, l'histoire, à sa carrière, scandée au rythme de la publication d'une oeuvre historiographique importante, de spécialiste attentif des évolutions du monde hispanique, sans oublier la passion de l'enseignement qui inlassablement l'emmène avec ses étudiants sur les routes des Andes.
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  • Le 4 août 1897, des ouvriers agricoles découvrent par hasard à La Alcudia, site de l'antique Ilici (Elche, au sud de la province d'Alicante), une sculpture ibérique datant du Ve-IVe siècle av. J.-C. et connue sous le nom de Dame d'Elche. Sa singularité et « l'étrangeté troublante de sa beauté » (Pierre Paris) conduisent les archéologues et les historiens de l'art à y voir le chef-d'oeuvre de l'art ibérique. Source d'inspiration pour les artistes, la Dame devient aussi, sous la plume des idéologues régionalistes et nationalistes espagnols, une icône identitaire. Cet ouvrage, écrit conjointement par un archéologue et une anthropologue, présente ces différents regards et les réactions esthétiques et affectives qui les accompagnent, tout en s'arrêtant sur les usages sociaux et politiques de la statue.

  • Au sortir de la guerre civile catalane de 1462-1472, Barcelone, principale cité de Catalogne et grand port méditerranéen, entre dans une phase de reconstruction. Le roi Ferdinand le Catholique transforme les modalités d'entrée au gouvernement municipal, formalise l'accès à la noblesse et implante dans la ville une nouvelle Inquisition sous contrôle royal. Affecté également, le haut clergé cherche sa place, et les chanoines de la cathédrale en particulier tâchent d'assurer leur implantation au sein des pouvoirs urbains en recomposition. Au croisement de l'histoire canoniale et de l'histoire urbaine, cette étude montre comment, au-delà de leurs attributions religieuses, évêques et chanoines, pleinement intégrés à l'élite dirigeante de la ville, sont amenés à jouer un véritable rôle dans la vie publique d'une cité en pleine mutation.

  • À l'apogée du califat de Cordoue au milieu du Xe siècle, plusieurs établissements ruraux ont été fondés dans la vallée de l'Èbre pour accueillir et regrouper des communautés rurales dans le but de mettre en exploitation des terres à vocation céréalière, dont une partie des productions approvisionnait les centres urbains régionaux tels que Huesca. L'une de ces habitats, associé à une mosquée, était Las Sillas à Marcén, un site archéologique qui a fait l'objet d'une série de campagnes de fouilles minutieuses. Celles-ci ont permis de dresser un nouveau panorama du monde rural d'al-Andalus au cours des Xe et XIe siècles.

  • L'histoire des "mozarabes" a suscité des débats acharnés, mais qui convergent vers l'image d'une communauté fossile, maintenue sous perfusion après le le siècle. Pourtant, la geste des martyrs de Cordoue ne constitue pas le chant du cygne, mais au contraire l'origine même du mozarabisme en péninsule Ibérique. La formation d'une culture arabo-chrétienne dans la seconde moitié du IXe siècle témoigne de l'avancée du processus d'islamisation, mais aussi de la profondeur de l'arabisation dans la société.
    Cet ouvrage s'interroge sur l'échec de ce mouvement d'acculturation, qui se mesure au rôle social et culturel marginal que joue le christianisme arabisé en al-Andalus à partir du XIe siècle. Parmi les facteurs d'explication avancés, des migrations continues disséminent dans les terres de marges du nord de la Péninsule des noyaux de populations chrétiennes arabisées, contribuant à faire de cette "situation mozarabe" un phénomène transfrontalier, prolongé à Tolède jusqu'au XIVe siècle.

  • Ce livre examine les fondements historiques et scripturaires de l'idéal de pureté partagé par les juifs et les chrétiens à la fin du Moyen Âge en péninsule Ibérique. Le croisement des sources théoriques et des documents de la pratique, des sources latines, hébraïques et vernaculaires met en évidence la façon dont ce thème majeur de la littérature biblique et talmudique s'est perpétué à travers les siècles et a eu des incidences nombreuses sur la vie quotidienne des hommes au XVe s.
    La réflexion débouche sur des questions centrales pour l'histoire de la minorité juive en péninsule Ibérique : le passage de l'antijudaïsme à l'antisémitisme, l'apparition du concept de race, la prépondérance du sang dans l'assignation à une identité, le poids de l'accusation de crime rituel, l'incrimination des non chrétiens dans une société Ibérique de plus en plus exclusive, la discrimination et la ségrégation pour s'en protéger jusqu'à l'expulsion.

  • Dans le processus de construction des cultures nationales, les commémorations ont joué un rôle « thérapeutique » au service de la reconnaissance des communautés imaginées qui se mettent en scène. Le cas hispanique présente l'originalité d'une dimension transnationale des identités construites à partir du XIXe siècle fondée sur la notion d'hispanidad. Ce dossier étudie les conséquences de la mobilisation de cette catégorie, depuis les commémorations du IVe centenaire de 1492 jusqu'à la célébration de l'hispanidad par le franquisme.

  • La transition vers la démocratie occupe une place de choix dans l'imaginaire espagnol. Miroir positif de la tragédie représentée par la Guerre civile de 1936-1939, vantée à l'extérieur comme un modèle à suivre, cette transition est devenue en Espagne un mythe fondateur. Réputée pacifique, elle n'aurait pas, ou peu, fait couler le sang. Ce livre souligne pourtant le contraire. À partir de données inédites, il conclut à l'existence d'un cycle de violences qui, loin d'être à mettre sur le seul compte de l'ETA, est imputable à des protestataires de tous bords ainsi qu'aux agents de l'État parfois enclins à la bavure. Cet ouvrage se penche sur les motivations et les pratiques des acteurs ainsi que sur la réforme du système répressif franquiste, entachée par le recours à la torture ou à la « guerre sale » contre un terrorisme croissant. Il décrypte en outre le poids des imaginaires dans une Espagne traumatisée par un passé douloureux que réactive la violence du présent. Ainsi, en replaçant la violence et sa mémoire au coeur de l'analyse, il contribue à renouveler l'interprétation de cette période clef de l'Espagne contemporaine.

  • L'histoire de l'intendance hispano-américaine ne peut se faire sans l'histoire des hommes qui la gouvernent. Au-delà des données biographiques classiques, cet ouvrage se penche sur leur environnement familial, social et professionnel. Son originalité réside dans la composition du groupe étudié. Il recense l'ensemble des intendants de la vice-royauté de la Nouvelle-Espagne entre 1764 et 1821 quel que soit leur mode de nomination, qu'ils soient entrés ou non en charge. Il est le seul à étudier les intendants de cette aire géographique dans toute son intégralité territoriale (Nouvelle-Espagne, Guatemala, Louisiane, Cuba, Porto Rico, Philippines).

  • À la fin de l'Antiquité et durant le Moyen Age, peut-on considérer la lettre comme une arme de guerre ? Depuis plusieurs années, différents programmes européens de recherche explorent les ressources de l'art épistolaire, qui sert tout autant à maintenir le lien entre des amis éloignés qu'à alimenter la haine ou la controverse entre des protagonistes qui ne peuvent, ou ne veulent, se rencontrer. Le présent volume propose de réfléchir sur un temps long aux modalités épistolaires des conflits, à leur mise en forme et en mots, ainsi qu'à leur gestion mémorielle, afin d'éclairer les continuités et ruptures sur la période choisie, du IVe au XVe siècle, en combinant les approches historique et littéraire et en articulant l'étude du contenu et à celle du contenant.

  • Au Moyen Âge et dans les temps modernes, les familles aristocratiques, nobles, mais aussi marchandes et paysannes, conservent et transmettent les documents importants pour défendre leurs droits, bien gérer, construire leur domination et leur mémoire. Centré sur la péninsule Ibérique, mais ouvert à des comparaisons dans l'Occident chrétien, ce livre étudie le phénomène de l'archivage en touchant l'histoire, les droits et la mémoire des familles, la genèse de ces archives familiales, leur histoire au fil des générations, leur statut et leur rôle : trésor, arsenal, mémorial.

  • La valeur esthétique et éthique reconnue au trait d'esprit dans l'Espagne du Siècle d'or modifia en profondeur les formes de la facétie littéraire ainsi que son statut artistique. Poésie savante et souvent érudite, poésie où l'on rencontre les personnages les plus ridicules mais aussi les héros de la mythologie, poésie où la facétie paraît parfois le disputer à la réflexion contenue, le burlesque doit surprendre un lecteur invité à relever le défi interprétatif lancé par le poète. Les mille détours empruntés pour formuler le bon mot sont autant d'énigmes offertes à la sagacité du lecteur et à sa complicité. Laisser entendre sans tout à fait dire, laisser entrevoir sans montrer directement, surprendre par l'obscénité du trait ou sa profondeur constituent autant d'objectifs assignés aux poètes burlesques du XVIIe siècle. Il existe dans leurs oeuvres un ensemble cohérent de procédés qui constituent une véritable poétique, que cet ouvrage entreprend d'établir et d'interpréter.

  • Cet ouvrage porte sur les «plèbes urbaines», groupe hétérogène dans lequel se retrouvent les castas mais aussi la foule des Indiens ladinos et des Espagnols déclassés. Cette définition mène à analyser la question de la stratification sociale à travers un double filtre, socio-économique au niveau de la réalité quotidienne et socio-raciale au niveau des représentations et des sensibilités. Une telle approche induit non seulement un questionnement sur la constitution de la société coloniale mais introduit aussi la notion du discours sur autrui, autant de problèmes qu'il faut résoudre en confrontant la réalité coloniale, le vécu des «plèbes urbaines» et le discours dont elles font l'objet.
    L'enquête, fondée sur un dépouillement systématique de fonds d'archives mexicains, permet de mieux prendre la mesure des dynamismes, de la fluidité et de la grande instabilité qui affectaient ces sociétés minières. C'est ainsi que l'on peut révéler une société infiniment complexe et mouvante, une véritable mosaïque sociale.

  • Au cours de la seconde moitié du XVe siècle, a vu le jour un cycle particulièrement brillant pour la culture écrite, dont les conséquences peuvent s'étendre à l'époque contemporaine. Ce livre traite particulièrement de certaines de ces manifestations : les formes graphiques et les significations des écritures exposées, de l'inscription de la Renaissance au graffiti politique dans la dictature chilienne ; les pratiques épistolaires, dans la mesure où elles témoignent de l'importance sociale de la communication écrite ; les livres de mémoires, considérés comme objets configurateurs de la mémoire personnelle et familiale ; et, enfin, tourné vers les consommateurs de la noblesse cultivée aux lecteurs plus faibles, les diverses approches de l'appropriation des textes, manuscrits et imprimés, entre le XVIe et le XIXe siècles.
    Face au fétichisme livresque qui caractérise de nombreuses approches de l'histoire de la culture écrite, cet ouvrage s'intéresse à celle-ci dans la diversité de ses formes textuelles - épigraphiques, murales, manuscrites ou imprimées, permanentes et éphémères -, car ce n'est qu'ainsi qu'il est possible de saisir la richesse de ce qu'une société, composée de gens de lettres, mais aussi d'illettrés et d'analphabètes, écrit et lit.

  • Cet ouvrage aspire à renouveler la lecture de l'oeuvre de Leopoldo Alas Clarín à partir d'une analyse stylistique de l'intégralité de ses écrits en prose, sans perspective hiérarchique. Son objet est de montrer que l'ironie est une catégorie esthétique, et que l'esthétique clarinienne est ironique. Il fait appel aux références culturelles de l'auteur et aux échos internes à son oeuvre pour décrire son vitalisme intellectuel et explorer le phénomène d'intimité textuelle. Traditionnellement, le concept d'ironie en fait un outil au service de la satire. Or, cette étude change de perspective, et conçoit l'ironie comme un mode de représentation. Elle est l'instrument privilégié par Clarín dans sa mise en relation des voix textuelles et des acteurs de l'échange créateur, dans un mouvement intégrateur des emprunts qui manifeste la puissance du démiurge et qui défie le lecteur à partir des failles du langage. Le style clarinien est mélange et combinaison, fragmentation et recomposition du réel sous la plume d'un esprit qui joue avec sérieux : il nourrit un réalisme complexe qui porte l'empreinte d'une subjectivité créatrice forte.

  • IPertenece la historia de al-Andalus a la historia de Espana? iQué relaciones cabe establecer entre etlas? Una fuerte corriente historiogrâfica puso et acento, en et siglo XX, en la hispanizaciôn de al-Andalus, convertido asi en "Espana musulmana" y habitado por espanoles que, por azares de la historia, eran musulmanes.
    En tiempos mâs recientes, esa tradiciôn, de marcado caràcter esencialista, se ha visto superada por interpretaciones que sitùan al-Andatus en un contexto màs definido por etementos magrebies y orientales que por los propiamente hispànicos. En este libro se plantea una revisiôn de la historiografia espanola, francesa y portuguesa sobre la historia de al-Andalus, desde una mirada critica que abarca otros temas igualmente centrales para ta comprensiôn de un fenômeno histôrico que ha generado y continûa generando polémica.
    En torno a la reivindicaciôn o ta reputsa de lo andalusi, se han creado paradigmas culturales de gran potencia, se han marcado lineas divisorias y âreas de contacto o de conflicto. Todo etlo no puede eliminarse de un plumazo o contemplarse con una mirada desdenosa: forma parte de un pasado que todavia hoy solivianta a muchos, mientras que atrae a otros, lo que quiere decir que su actualidad sigue vigente.

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