Yasmina Reza

  • Hammerklavier

    Yasmina Reza

    « J'ai fait le rêve suivant. Mon père mort revenait me voir.
    - Alors, lui dis-je, comment est-ce ? As-tu rencontré Beethoven ?
    Il se renfrogne et secoue la tête avec dégoût et tristesse :
    - Ah, la, la ! Horrible rencontre !
    - Comment ça ?
    - Très antipathique. Très.
    - Mais comment, papa ?
    - Je m'approche de lui, poursuit mon père, prêt à le serrer, sais-tu ce qu'il me dit :
    Comment avez-vous osé vous attaquer à l'Adagio d'Hammerklavier ! Comment avez-vous pu une seule seconde vous imaginer interpréter une mesure d'Hammerklavier ?
    - Pardonnez-moi maître, lui répondit mon père, je vous imaginais au-dessus de ça à présent...
    - Mais enfin ! s'écrie Beethoven, être mort n'est pas être sage ! » Ce récit a reçu le Prix de la Nouvelle de l'Académie Française en 1997.

  • Une désolation

    Yasmina Reza

    « Tu me bravais avec cette ridicule soif d'absolu qu'ont les gens de cet âge et je me disais, le petit est véhément à souhait, il sortira du lot. Mais tu n'es sorti de rien. Les vapeurs de jeunesse passées, tu as repris ta place dans la moyenne. Plus trace d'insurrection. Plus trace de vengeance. Tu as si vite craint pour ta peau, mon pauvre enfant. Comme la cohorte de tes amis les veules, tu sais que tout geste se paye, aussi as-tu choisi d'emblée de ne plus te signaler. Ecarter la souffrance, tel est votre horizon. Écarter la souffrance, vous tient lieu d'épopée. »

  • « Le maître de mon mari a étranglé sa femme, lui se contente de laisser sa main choir au bout de l'accoudoir, de façon lamentable et flétrie. Mon mari n'a pas de radicalité. C'est un disciple. La génération de mon mari a été écrasée par les maîtres. » Dans la luge d'Arthur Schopenhauer a été adapté au théâtre par Yasmina Reza.
    La pièce se donne au Théâtre Ouvert, Paris 18e, jusqu'au 21 octobre 2006.

    Mise en scène : Frédéric Bélier-Garcia, avec André Marcon, Maurice Bénichou, Christèle Tual et Yasmina Reza.

    « Adapté d'un de ses vifs et musicaux petits romans polyphoniques, l'exercice est virtuose. Yasmina Reza - entre Schnitzler et Nietzche, pourquoi pas ? - devient grand auteur. Très grand auteur.
    Fabienne Pascaud, Télérama

  • « Un jour, l'écrivain Adam Haberberg s'assoit devant les autruches sur un banc du Jardin des Plantes et pense, ça y est j'ai trouvé la position de l'hospice. Une position spontanée pense-t-il, qui ne peut se trouver que sans effort. Un beau jour, on s'assoit et ça y est, on est dans la position de l'hospice. Il se trouve bien dans cette position, je m y trouve bien parce que je suis jeune, pense-t-il, et que je n'ai pas l'obligation de m y tenir. En temps normal, Adam Haberberg reprend le dessus, mais il n'est pas en temps normal, un homme qui paye 6 euros pour faire quelques mètres le long du quai Saint-Bernard et revenir s'échouer sur le premier banc en face des autruches, dans ce qui est sans doute l'endroit le plus laid et le moins agréable du jardin. »

  • Un soir, dans un appartement parisien, Henri et Sonia débattent : faut-il répondre aux appels de leur fils qui, de son lit, réclame à manger alors qu'il s'est lavé les dents ?
    La situation s'envenime quand apparaissent Hubert et Inès qu'ils croyaient avoir invités pour le lendemain. La situation se détériore encore, d'autant qu'Hubert - patron d'Henri -, lui apprend qu'une communication sur les halos de matière noire dans les galaxies, sur quoi Henri travaille depuis trois ans, vient d être publiée, ce qui réduit à néant ses rêves de promotion.
    Cette tragi-comédie du quotidien est rejouée trois fois de suite, dans des interprétations différentes.
    Après une création mondiale de Luc Bondy au Burgtheater à Vienne, fin octobre 2000, la pièce sera mise en scène en novembre 2000 au théâtre Antoine à Paris. Elle sera également à l'affiche en décembre 2000 à Londres, en version anglaise.

  • « Un jour, l´écrivain Adam Haberberg s´assoit devant les autruches sur un banc du Jardin des Plantes et pense, ça y est j´ai trouvé la position de l´hospice. Une position spontanée pense-t-il, qui ne peut se trouver que sans effort. Un beau jour, on s´assoit et ça y est, on est dans la position de l´hospice. Il se trouve bien dans cette position, je m´y trouve bien parce que je suis jeune, pense-t-il, et que je n´ai pas l´obligation de m´y tenir. En temps normal, Adam Haberberg reprend le dessus, mais il n´est pas en temps normal, un homme qui paye 6 euros pour faire quelques mètres le long du quai Saint-Bernard et revenir s´échouer sur le premier banc en face des autruches, dans ce qui est sans doute l´endroit le plus laid et le moins agréable du jardin. »

  • « Les acteurs sont des lâches.
    Les acteurs n'ont pas de courage.
    Moi le premier.
    Les qualités humaines habituelles dans le monde normal sont contraires au bien de l'acteur. » Cinq acteurs répètent une comédie : une réunion de famille au cours de laquelle une mère présente à ses deux filles et à son gendre, le nouvel homme de sa vie, un veuf gérant d'immeuble...



    La création d'Une pièce espagnole aura lieu à partir du 20 janvier 2004, au théâtre de la Madeleine, dans une mise en scène de Luc Bondy.

  • « A l âge de sept ans, j'ai eu un professeur de violoncelle qui s'appelait M. Litnick. M. Litnick était la bonté même. Il avait un bras qui tremblait. Il ne pouvait plus jouer à cause de ce bras qui tremblait. Et il ne pouvait plus enseigner car il n'inspirait plus confiance... Le jour où il est venu pour la dernière fois chez nous, je lui ai dit au revoir et je l'ai regardé disparaître de ma vie par la fenêtre ? M. Litnick traversait la rue. Je pouvais voir de dos qu'il marchait avec chagrin. A l'arrêt de l'autobus, il a levé les yeux vers notre appartement, il m'a vu à la fenêtre, et il m'a fait un signe en soulevant son chapeau avec une gentillesse... Dans le sourire de Vienne, il y avait un encouragement identique, quelque chose que je n'avais pas vu depuis des années, de tendre et d'humain, d'une solitude à une autre... Quelque chose de vraiment inattendu de la part d'une femme à mon égard. »

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